Loubna Abidar, ainsi que le réalisateur Nabil Ayouch font l'objet d'une poursuite pénale. Le jugement tombera le 10 février prochain. Médias 24 fait le point sur le procès.

Parmi les griefs, entre autres, "l'incitation à la prostitution, l'outrage public à la pudeur ou exploitation d'enfant dans un film pornographique". Des délits dont les sanctions peuvent atteindre 5 ans d'emprisonnement et une amende d'un million de DH.

La dernière audience s'est tenue le mercredi 27 janvier 2016, au tribunal correctionnel de Marrakech. Une audience consacrée à l'audition des deux prévenus, Nabil Ayouch et Loubna Abidar, qui étaient néanmoins absents.  

Nominée aux Césars et ayant quitté le Maroc depuis plusieurs semaines, Loubna Abidar est en France. Dans cette affaire, elle n'est assistée par aucun avocat. Quant à Nabil Ayouch, il s'est fait représenter par deux avocats. "Nous avons demandé le report de l'audience pour lui permettre de comparaître. Nous avons, à titre conservatoire, demandé l'autorisation de plaider en son absence. Mais le juge a refusé, nonobstant l'existence, dans la loi, d'une dérogation qui le permet et que l'on a utilisée à plusieurs reprises", regrette l'un des deux avocats du réalisateur, Me Youssef Chehbi, contacté par Médias 24.

Mais pourquoi Nabil Ayouch refuse-t-il de se présenter? "Pour des raisons de sécurité", explique l'avocat, qui dit s'inquiéter "de l'excitation des individus présents dans la salle d'audience, lesquels, viennent en nombre pour suivre l'affaire".

"Vous vous imaginez? Si Nabil se présente à l'audience, ni lui ni Loubna n'en sortiraient indemnes", affirme Me Chehbi, qui confie avoir personnellement conseillé au réalisateur de s'abstenir, car "le tribunal n'offre aucune garantie de sécurité".

En tout cas, le dossier est mis en délibéré à l'issue de l'audience de mercredi 27 janvier. Et le jugement interviendra alors que la défense d'Ayouch n'a jamais eu l'occasion de livrer ses arguments. De quoi scandaliser Me Chehbi qui, tout en critiquant "une procédure qui n'a ni queue ni tète, qui a bafoué toutes les règles du procès équitable", dit ne pas comprendre "comment un juge peut interdire à deux avocats assermentés de plaider, alors qu'il autorise un repris de justice à hurler pendant un quart d'heure dans la salle d'audience".

Le plaignant

Ce repris de Justice, c'est Mustapha El Hessnaoui, la personne qui a déposé plainte contre les deux artistes.

Nous l'avons contacté et lui avons posé, par curiosité et non sans gêne, la question sur ses antécédents judiciaires. L'intéressé confirme avoir été condamné pour escroquerie: "Mais c'était quand j'avais 21 ans. Maintenant, j'en ai 53 et j'assume mon passé. J'ai fait des erreurs de jeunesse, j'ai purgé ma peine. Désormais, je n'ai de compte à rendre à personne", nous livre le président de "l'Association marocaine de défense du citoyen".

Notre curiosité assouvie, nous l'interpellons sur l'affaire. Pour motiver sa plainte, notre interlocuteur invoque l'indignation "quasi-générale" qu'a suscitée selon lui le film Much Loved. "Je n'ai fait que traduire en acte ce à quoi tendent la majorité des Marocains, qui ont vu en ce film une atteinte à l'image du pays et de la femme marocaine. J'ai converti en poursuite, des actes que la loi juge attentatoires à l'ordre social. Si ça dérange quiconque que la loi marocaine incrimine la pornographie, qu'il fasse changer la loi", relativise-t-il, alors que pour sa part, la défense de Ayouch trouve une incohérence au fait de poursuivre un réalisateur pour "un film dont l'interdiction n'a jamais été notifiée par le ministre de la Communication et qui, en prime, n'a même pas fait l'objet d'une demande de diffusion".

Concernant le procès, la partie civile estime qu'il "n'a rien d'expéditif",  ajoutant que "l'on en était à la sixième audience, lorsque le juge a décidé de mettre le dossier en délibéré. Durant les six audiences, ni Nabil Ayouch ni Loubna Abidar n'ont daigné répondre présents, en dépit des notifications."

Et de poursuivre: "Quand un accusé ne se présente à aucune audience, son avocat ne peut pas plaider. C'est la procédure. Le juge n'a fait que l'appliquer."

Quant au jugement, qui sera rendu le 10 février, M. Hessnaoui se montre "optimiste": "Nous avons récolté toutes les preuves à charge contre les prévenus. Les faits, les déclarations et mêmes les aveux. Tout est inclus dans un CD que nous avons livré au juge."

Ce CD, justement, pose problème du côté de la défense. Me Chehbi estime ne pas en avoir reçu copie et donc, ne pas avoir eu l'occasion de jauger la véracité de son contenu. "Le Monsieur a peaufiné un CD tout seul, à la maison, et est venu le faire valoir comme preuve devant un tribunal", tance l'avocat, pour qui ledit CD n'a aucune valeur probante.

Alors, rejet de la plainte ou condamnation de l'actrice et du réalisateur? Quelle que soit la teneur du verdict, il fera certainement date.

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Loubna Abidar, ainsi que le réalisateur Nabil Ayouch font l'objet d'une poursuite pénale. Le jugement tombera le 10 février prochain. Médias 24 fait le point sur le procès.

Parmi les griefs, entre autres, "l'incitation à la prostitution, l'outrage public à la pudeur ou exploitation d'enfant dans un film pornographique". Des délits dont les sanctions peuvent atteindre 5 ans d'emprisonnement et une amende d'un million de DH.

La dernière audience s'est tenue le mercredi 27 janvier 2016, au tribunal correctionnel de Marrakech. Une audience consacrée à l'audition des deux prévenus, Nabil Ayouch et Loubna Abidar, qui étaient néanmoins absents.  

Nominée aux Césars et ayant quitté le Maroc depuis plusieurs semaines, Loubna Abidar est en France. Dans cette affaire, elle n'est assistée par aucun avocat. Quant à Nabil Ayouch, il s'est fait représenter par deux avocats. "Nous avons demandé le report de l'audience pour lui permettre de comparaître. Nous avons, à titre conservatoire, demandé l'autorisation de plaider en son absence. Mais le juge a refusé, nonobstant l'existence, dans la loi, d'une dérogation qui le permet et que l'on a utilisée à plusieurs reprises", regrette l'un des deux avocats du réalisateur, Me Youssef Chehbi, contacté par Médias 24.

Mais pourquoi Nabil Ayouch refuse-t-il de se présenter? "Pour des raisons de sécurité", explique l'avocat, qui dit s'inquiéter "de l'excitation des individus présents dans la salle d'audience, lesquels, viennent en nombre pour suivre l'affaire".

"Vous vous imaginez? Si Nabil se présente à l'audience, ni lui ni Loubna n'en sortiraient indemnes", affirme Me Chehbi, qui confie avoir personnellement conseillé au réalisateur de s'abstenir, car "le tribunal n'offre aucune garantie de sécurité".

En tout cas, le dossier est mis en délibéré à l'issue de l'audience de mercredi 27 janvier. Et le jugement interviendra alors que la défense d'Ayouch n'a jamais eu l'occasion de livrer ses arguments. De quoi scandaliser Me Chehbi qui, tout en critiquant "une procédure qui n'a ni queue ni tète, qui a bafoué toutes les règles du procès équitable", dit ne pas comprendre "comment un juge peut interdire à deux avocats assermentés de plaider, alors qu'il autorise un repris de justice à hurler pendant un quart d'heure dans la salle d'audience".

Le plaignant

Ce repris de Justice, c'est Mustapha El Hessnaoui, la personne qui a déposé plainte contre les deux artistes.

Nous l'avons contacté et lui avons posé, par curiosité et non sans gêne, la question sur ses antécédents judiciaires. L'intéressé confirme avoir été condamné pour escroquerie: "Mais c'était quand j'avais 21 ans. Maintenant, j'en ai 53 et j'assume mon passé. J'ai fait des erreurs de jeunesse, j'ai purgé ma peine. Désormais, je n'ai de compte à rendre à personne", nous livre le président de "l'Association marocaine de défense du citoyen".

Notre curiosité assouvie, nous l'interpellons sur l'affaire. Pour motiver sa plainte, notre interlocuteur invoque l'indignation "quasi-générale" qu'a suscitée selon lui le film Much Loved. "Je n'ai fait que traduire en acte ce à quoi tendent la majorité des Marocains, qui ont vu en ce film une atteinte à l'image du pays et de la femme marocaine. J'ai converti en poursuite, des actes que la loi juge attentatoires à l'ordre social. Si ça dérange quiconque que la loi marocaine incrimine la pornographie, qu'il fasse changer la loi", relativise-t-il, alors que pour sa part, la défense de Ayouch trouve une incohérence au fait de poursuivre un réalisateur pour "un film dont l'interdiction n'a jamais été notifiée par le ministre de la Communication et qui, en prime, n'a même pas fait l'objet d'une demande de diffusion".

Concernant le procès, la partie civile estime qu'il "n'a rien d'expéditif",  ajoutant que "l'on en était à la sixième audience, lorsque le juge a décidé de mettre le dossier en délibéré. Durant les six audiences, ni Nabil Ayouch ni Loubna Abidar n'ont daigné répondre présents, en dépit des notifications."

Et de poursuivre: "Quand un accusé ne se présente à aucune audience, son avocat ne peut pas plaider. C'est la procédure. Le juge n'a fait que l'appliquer."

Quant au jugement, qui sera rendu le 10 février, M. Hessnaoui se montre "optimiste": "Nous avons récolté toutes les preuves à charge contre les prévenus. Les faits, les déclarations et mêmes les aveux. Tout est inclus dans un CD que nous avons livré au juge."

Ce CD, justement, pose problème du côté de la défense. Me Chehbi estime ne pas en avoir reçu copie et donc, ne pas avoir eu l'occasion de jauger la véracité de son contenu. "Le Monsieur a peaufiné un CD tout seul, à la maison, et est venu le faire valoir comme preuve devant un tribunal", tance l'avocat, pour qui ledit CD n'a aucune valeur probante.

Alors, rejet de la plainte ou condamnation de l'actrice et du réalisateur? Quelle que soit la teneur du verdict, il fera certainement date.

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