Quatorze ans après son lancement, le plan Azur continue de diviser les professionnels du secteur. Faut-il revoir ses ambitions à la baisse? Ne faudrait-il pas accorder la priorité à certaines stations, au détriment d’autres? L’échec est consommé, on attend la reconfiguration.

Faut-il revoir les ambitions du Plan Azur ? Y a-t-il des stations prioritaires? Qu’en est-il des financements? Des questions qui se posent avec d’autant d’acuité que les dernière Assises du tourisme, tenues le 29 septembre à Rabat, n’ont apporté aucune mesure concrète pour relancer le projet.

"On veut maintenir le Plan Azur, tel que conçu initialement, alors qu'on n'arrive pas à drainer les financements nécessaires. Il fallait venir aux Assises avec une décision, un modèle", a déclaré, au lendemain des Assises, sur les colonnes de Médias 24, Jalil Benabbès-Taarji, vice-président de l’Anit. Une frustration partagée par beaucoup de professionnels, dont ceux du CRT de Marrakech, qui ont boycotté l’événement.

L’échec de la Vision, et particulièrement du plan Azur, n’a d’ailleurs pas déçu les seuls professionnels du tourisme. Le fait que la dernière édition des Assises se tienne, contrairement à toutes les éditions précédentes, sans le patronage royal est interprété comme un signe d’un mécontentement en haut lieu. "En 2010, on a même eu droit à la présence effective du Roi. Tout porte à croire que cette confiance a été retirée aux responsables", nous confie, sous le sceau de l’anonymat, un expert du secteur.

Un signe qui s’ajoute à celui envoyé dans le discours prononcé le 20 août : contrairement aux plans Emergence, Maroc Vert, Halieutis et le plan d'énergie solaire et éolienne, dont il loue le succès, le Roi ne cite ni le plan Azur ni la Vision 2020.

C’est qu’en l’espace de 14 ans, seules trois stations, sur six, ont été inaugurées. Et dans la précipitation, avec une capacité litière largement en-dessous de l’objectif fixé.

Un échec que Lahcen Haddad attribue notamment à la gestion désastreuse de certains groupes privés: "Fadesa a planté deux belles stations (Saïdia et Plage Blanche), Thomas et Piron et Orco ont planté la station de Lixus. Que reste-t-il de ces grands projets? Des conventions d’investissements pénalisantes pour l’Etat, des stations qui ont peiné à trouver repreneur jusqu’à l’intervention récente de l’Etat", a déclaré Lahcen Haddad, dans le dernier numéro de la Vie Eco.

En effet, lassé par les nombreux fiascos et les retards, l’Etat a dû, à partir de 2012, reprendre le flambeau, à travers notamment le FDMT et la CDG, pour relancer les projets abandonnés par le privé. C’est le cas de Saidia, de Taghazout, de Lixus et bientôt, probablement, de Mogador. Une source de la Smit nous a confié que chaque station a besoin de 5 milliards de DH, au bas mot. L’Etat en a-t-il les moyens?

Plan de la discorde

Lancé en 2001, le plan Azur aspirait à faire du Maroc une destination balnéaire. Pour ce faire, les concepteurs de la Vision 2010, un comité composé d’une dizaine d’experts, proposent six stations : Saidia (près d’Oujda), Mazagan (à El Jadida), Lixus (dans la région de Larache), Taghazaout (au nord d’Agadir), Plages blanche-Guelmim et Mogadar-Essaouira. Le coût global est estimé à plus de 50 MMDH pour 100.000 lits.

13 ans plus tard, à peine 5.000 lits ont été réalisés. La différence est de taille! Sharm Sheikh, la destination balnéaire égyptienne que nous devrions concurrencer, dispose de 120.000 lits!

Cet échec est à attribuer à une erreur stratégique, selon le ministre du Tourisme. D’abord dans la conception du plan: "Aucun pays au monde ne peut lancer six grandes stations balnéaires en même temps, surtout lorsqu’il s’agit d’une première expérience. Ce n’est pas rationnel. Pour la programmation, une station balnéaire au vrai sens du terme ne peut pas réussir avec une démarche de phasage. Il fallait d’abord sécuriser la fameuse "taille critique" pour assurer la visibilité et la commercialisation à l’international", a-t-il déclaré à nos confrères de la Vie Eco.

Tous les responsables du secteur s’accordent à dire que le Plan Azur a été mal conçu et qu’il est temps de rectifier le tir. Selon Abderrafie Zouiten, DG de l’ONMT, "on devrait se concentrer sur Taghazout, qui bénéficie de la proximité avec Agadir, une ville balnéaire où il y a déjà quelque 28.000 lits, dont 18.000 sont exploitables".

La priorité est désormais donnée à Taghazout, Saïdia, et à Lixus.

Objectifs et réalisations

Saïdia. Victime de sa saisonnalité, la station, appelée pourtant à servir de fer de lance pour le plan Azur, reste loin des espoirs placés en elle. Inaugurée en 2009, Saïdia ne compte aujourd’hui que 3.000 lits, dont 1.200 attendent depuis octobre 2013 un gestionnaire après l’abandon de Oriental Bay Beach par Atlas Hospitality.

On est loin des 28.000 lits touristiques prévus au lancement du plan, tout comme on est loin des les trois golfs, annoncés en grande pompe, et dont un seul a été réalisé aujourd’hui - arrosé jusqu’en octobre avec en partie de l’eau potable. Sans parler de l'Aquaparc, du palais des congrès, des centres artisanaux et des composantes d'animation qui ne sont pas encore sortis de terre.

"On avait vu grand, bien que nos moyens étaient limités. Là, on essaie d’aller étape par étape", concède un responsable de la Société de développement de Saïdia. Confié à Fadesa-Addoha, le projet a été très mal géré, au point où de nombreux acquéreurs ont dû se rétracter, obligés parfois à revendre leurs biens à perte. L’échec était tel qu’en 2012, le projet a été récupéré par la CDG, à travers sa filiale SDS, qui devra réaliser d’ici à 2013 trois nouveaux hôtels, dont la gestion sera confiée à l’Espagnol Melia Hotels. En attendant, seuls trois tour-opérateurs continuent d’assurer timidement leurs services dans la station de l’Oriental.

Mazagan. 8.000 lits et 2 golfs étaient prévus pour un coût de 11 milliards de DH. Inaugurée en 2009, la station tourne avec seulement un hôtel de 500 chambres, un golf et un casino. Deux phases restent encore à réaliser. Vu les priorités actuelles, cela risque de prendre du temps.

Taghazout. 20.000 lits étaient prévus au départ, avant que l’on ne revoie, dans la vision 2020, à la baisse l’objectif, pour le fixer à 12.000 lits. Le premier hôtel n’ouvrira qu’en 2015 et le golf fin 2014. La Société d’aménagement et de promotion de la station de Taghazout (SAPST) devra construire, avec le FMDT, 7 autres hôtels 8 unités hôtelières et un village de vacances Investissement global de 10 MMDH.

Confié en 2002 à Dallah Al Baraka, de Cheikh Salah, le projet a trainé pendant de longues années, avant que le contrat ne soit résilié avec le groupe saoudien. Le même fiasco a été constaté avec son successeur, l’Américain Colony Capital, dont la convention a été résiliée en 2009 par Mohamed Boussaid, alors en charge du département du Tourisme. Depuis 2011, c’est la SAPST, constituée principalement par le FMDT et la CDG, qui est chargée de la réalisation du projet.

Mogador. Elle ne contient que 400 lits au lieu des 10.600 prévus initialement. La station fonctionne avec un seul hôtel (un Sofitel) et un golf. Deux phases attendent encore leur réalisation…

Lixus. On tablait sur un investissement de 5 MMDH pour 12.000 lits (9 hôtels), deux golfs et des équipements d’animation de remise en forme. Ces objectifs ont été revus à la baisse depuis : 5 hôtels seulement et un golf pour 3 MMDH. Rien n’a encore été fait.

Plage blanche. Le projet compte 30.000 lits, sur les papiers seulement. Dans la réalité, rien n’a été réalisé.

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Quatorze ans après son lancement, le plan Azur continue de diviser les professionnels du secteur. Faut-il revoir ses ambitions à la baisse? Ne faudrait-il pas accorder la priorité à certaines stations, au détriment d’autres? L’échec est consommé, on attend la reconfiguration.

 

Faut-il revoir les ambitions du Plan Azur ? Y a-t-il des stations prioritaires? Qu’en est-il des financements? Des questions qui se posent avec d’autant d’acuité que les dernière Assises du tourisme, tenues le 29 septembre à Rabat, n’ont apporté aucune mesure concrète pour relancer le projet.

"On veut maintenir le Plan Azur, tel que conçu initialement, alors qu'on n'arrive pas à drainer les financements nécessaires. Il fallait venir aux Assises avec une décision, un modèle", a déclaré, au lendemain des Assises, sur les colonnes de Médias 24, Jalil Benabbès-Taarji, vice-président de l’Anit. Une frustration partagée par beaucoup de professionnels, dont ceux du CRT de Marrakech, qui ont boycotté l’événement.

L’échec de la Vision, et particulièrement du plan Azur, n’a d’ailleurs pas déçu les seuls professionnels du tourisme. Le fait que la dernière édition des Assises se tienne, contrairement à toutes les éditions précédentes, sans le patronage royal est interprété comme un signe d’un mécontentement en haut lieu. "En 2010, on a même eu droit à la présence effective du Roi. Tout porte à croire que cette confiance a été retirée aux responsables", nous confie, sous le sceau de l’anonymat, un expert du secteur.

Un signe qui s’ajoute à celui envoyé dans le discours prononcé le 20 août : contrairement aux plans Emergence, Maroc Vert, Halieutis et le plan d'énergie solaire et éolienne, dont il loue le succès, le Roi ne cite ni le plan Azur ni la Vision 2020.

C’est qu’en l’espace de 14 ans, seules trois stations, sur six, ont été inaugurées. Et dans la précipitation, avec une capacité litière largement en-dessous de l’objectif fixé.

Un échec que Lahcen Haddad attribue notamment à la gestion désastreuse de certains groupes privés: "Fadesa a planté deux belles stations (Saïdia et Plage Blanche), Thomas et Piron et Orco ont planté la station de Lixus. Que reste-t-il de ces grands projets? Des conventions d’investissements pénalisantes pour l’Etat, des stations qui ont peiné à trouver repreneur jusqu’à l’intervention récente de l’Etat", a déclaré Lahcen Haddad, dans le dernier numéro de la Vie Eco.

En effet, lassé par les nombreux fiascos et les retards, l’Etat a dû, à partir de 2012, reprendre le flambeau, à travers notamment le FDMT et la CDG, pour relancer les projets abandonnés par le privé. C’est le cas de Saidia, de Taghazout, de Lixus et bientôt, probablement, de Mogador. Une source de la Smit nous a confié que chaque station a besoin de 5 milliards de DH, au bas mot. L’Etat en a-t-il les moyens?

Plan de la discorde

Lancé en 2001, le plan Azur aspirait à faire du Maroc une destination balnéaire. Pour ce faire, les concepteurs de la Vision 2010, un comité composé d’une dizaine d’experts, proposent six stations : Saidia (près d’Oujda), Mazagan (à El Jadida), Lixus (dans la région de Larache), Taghazaout (au nord d’Agadir), Plages blanche-Guelmim et Mogadar-Essaouira. Le coût global est estimé à plus de 50 MMDH pour 100.000 lits.

13 ans plus tard, à peine 5.000 lits ont été réalisés. La différence est de taille! Sharm Sheikh, la destination balnéaire égyptienne que nous devrions concurrencer, dispose de 120.000 lits!

Cet échec est à attribuer à une erreur stratégique, selon le ministre du Tourisme. D’abord dans la conception du plan: "Aucun pays au monde ne peut lancer six grandes stations balnéaires en même temps, surtout lorsqu’il s’agit d’une première expérience. Ce n’est pas rationnel. Pour la programmation, une station balnéaire au vrai sens du terme ne peut pas réussir avec une démarche de phasage. Il fallait d’abord sécuriser la fameuse "taille critique" pour assurer la visibilité et la commercialisation à l’international", a-t-il déclaré à nos confrères de la Vie Eco.

Tous les responsables du secteur s’accordent à dire que le Plan Azur a été mal conçu et qu’il est temps de rectifier le tir. Selon Abderrafie Zouiten, DG de l’ONMT, "on devrait se concentrer sur Taghazout, qui bénéficie de la proximité avec Agadir, une ville balnéaire où il y a déjà quelque 28.000 lits, dont 18.000 sont exploitables".

La priorité est désormais donnée à Taghazout, Saïdia, et à Lixus.

Objectifs et réalisations

Saïdia. Victime de sa saisonnalité, la station, appelée pourtant à servir de fer de lance pour le plan Azur, reste loin des espoirs placés en elle. Inaugurée en 2009, Saïdia ne compte aujourd’hui que 3.000 lits, dont 1.200 attendent depuis octobre 2013 un gestionnaire après l’abandon de Oriental Bay Beach par Atlas Hospitality.

On est loin des 28.000 lits touristiques prévus au lancement du plan, tout comme on est loin des les trois golfs, annoncés en grande pompe, et dont un seul a été réalisé aujourd’hui - arrosé jusqu’en octobre avec en partie de l’eau potable. Sans parler de l'Aquaparc, du palais des congrès, des centres artisanaux et des composantes d'animation qui ne sont pas encore sortis de terre.

"On avait vu grand, bien que nos moyens étaient limités. Là, on essaie d’aller étape par étape", concède un responsable de la Société de développement de Saïdia. Confié à Fadesa-Addoha, le projet a été très mal géré, au point où de nombreux acquéreurs ont dû se rétracter, obligés parfois à revendre leurs biens à perte. L’échec était tel qu’en 2012, le projet a été récupéré par la CDG, à travers sa filiale SDS, qui devra réaliser d’ici à 2013 trois nouveaux hôtels, dont la gestion sera confiée à l’Espagnol Melia Hotels. En attendant, seuls trois tour-opérateurs continuent d’assurer timidement leurs services dans la station de l’Oriental.

Mazagan. 8.000 lits et 2 golfs étaient prévus pour un coût de 11 milliards de DH. Inaugurée en 2009, la station tourne avec seulement un hôtel de 500 chambres, un golf et un casino. Deux phases restent encore à réaliser. Vu les priorités actuelles, cela risque de prendre du temps.

Taghazout. 20.000 lits étaient prévus au départ, avant que l’on ne revoie, dans la vision 2020, à la baisse l’objectif, pour le fixer à 12.000 lits. Le premier hôtel n’ouvrira qu’en 2015 et le golf fin 2014. La Société d’aménagement et de promotion de la station de Taghazout (SAPST) devra construire, avec le FMDT, 7 autres hôtels 8 unités hôtelières et un village de vacances Investissement global de 10 MMDH.

Confié en 2002 à Dallah Al Baraka, de Cheikh Salah, le projet a trainé pendant de longues années, avant que le contrat ne soit résilié avec le groupe saoudien. Le même fiasco a été constaté avec son successeur, l’Américain Colony Capital, dont la convention a été résiliée en 2009 par Mohamed Boussaid, alors en charge du département du Tourisme. Depuis 2011, c’est la SAPST, constituée principalement par le FMDT et la CDG, qui est chargée de la réalisation du projet.

Mogador. Elle ne contient que 400 lits au lieu des 10.600 prévus initialement. La station fonctionne avec un seul hôtel (un Sofitel) et un golf. Deux phases attendent encore leur réalisation…

Lixus. On tablait sur un investissement de 5 MMDH pour 12.000 lits (9 hôtels), deux golfs et des équipements d’animation de remise en forme. Ces objectifs ont été revus à la baisse depuis : 5 hôtels seulement et un golf pour 3 MMDH. Rien n’a encore été fait.

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