Bank of Africa. (Photo DR)

Les leaders marocains du secteur mettent le cap sur l’Afrique subsaharienne francophone où ils ont largement dépassé les banques françaises.

 

Le forum maroco-ivoirien aura véritablement démontré l’importance grandissante des banques marocaines (Banque Populaire, BMCE-BOA et Attijariwafa Bank) en Côte d’Ivoire.

Sur 24 conventions, les banques en ont signé 18 dans divers domaines. Le cabinet de conseil parisien Nouvelles Donnes spécialisé sur le secteur bancaire nous livre ses éclairages sur le marché bancaire ivoirien.

Les banques marocaines devenues leader en Afrique subsaharienne francophone

Les banques marocaines sont parties à la conquête du marché subsaharien francophone et ont connu une expansion phénoménale depuis 2008. Attijariwafa bank, qui n’était pas présente avant cette date, est devenue en quelques années la première banque de la zone en termes de parcs d’agence (14% du parc).

Les banques marocaines ont largement détrôné les banques françaises en termes de réseau d’agences et sont au coude à coude pour la valeur d’actifs bancaires, reflétant la stratégie d’expansion agressive des enseignes marocaines sur ce marché historiquement tenu par les Français.

Le Maroc en bonne place en Côte d’Ivoire

Le marché ivoirien tient une place centrale dans cette région, et il n’est pas anodin qu’un quart des IDE marocains prenne la destination de ce marché. La Côte d’Ivoire est le premier marché bancaire de la zone francophone en Afrique subsaharienne et le 2e marché en Afrique de l’Ouest après le Ghana. Elle comptabilise 21% des actifs bancaires des zones CEMAC et BCEAO.

Les banques marocaines s’installent en Côte d’Ivoire car les promesses de rendement sont énormes :

- Le ratio actif bancaire sur PIB de 40% de la Côte d’Ivoire laisse de fortes marges de progrès si on le compare à des pays comme le Sénégal (57%) ou le Kenya (67%). Ce ratio atteint 126% au Maroc ;

- Le nombre d’agences bancaire par personne est inférieur aux autres pays de la région avec seulement 3,4 agences pour 100.000 adultes (total de 424 agences à fin 2013). A titre de comparaison, le nombre d’agences pour 100.000 est de 4,8 au Sénégal et 5,3 au Kenya (24 au Maroc).

Une technique d’expansion agressive

Les trois banques marocaines sont par conséquent fortement implantées en Côte d’Ivoire et contrôlent à elles seules 31% du parc d’agences du pays et près de 30% du total des actifs bancaires du pays, soit 8,6 MM d’euros.

L’installation des banques marocaines en sol ivoirien est pourtant relativement récente en comparaison de la présence historique des banques françaises. Cette installation s’est opérée par rachat de banques panafricaines (Banafrique par Bank of Africa en 1996, Banque Atlantique par la Banque Populaire en 2012) ou par rachat de filiales françaises (SIB, filiale du Crédit Agricole par AWB en 2009). En moins d’une décennie, les banques marocaines ont néanmoins réussi une expansion très rapide, détrônant les banques françaises et jouant au coude à coude avec Ecobank, la plus grosse banque en Côte d’Ivoire en terme d’actifs bancaires.

Cette expansion a été la plus spectaculaire pour BCP. L’enseigne marocaine la plus jeune en Côte d’Ivoire, est très vite passée en tête du cortège marocain avec 929 M€ (10.100 MMDH) d’actifs bancaires estimés en 2013, devant Attijari (731 M€ soit 7.935 MMDH d’actifs bancaires en 2013) et Bank Of Africa (545M d’€ soit 5.916 MMDH).

Cette expansion économique s’est faite au prix d’une conquête territoriale agressive, selon le cabinet Nouvelles Donnes. BCP est devenu en peu de temps la 2e banque en termes de nombre d’agences après la SGB. Les 3 enseignes marocaines représentent 31% du parc d’agences en Côte d’Ivoire. Si les banques souhaitent ainsi gagner en visibilité, cette stratégie reste néanmoins coûteuse, puisque les agences marocaines ne présentent pas les meilleures rentabilités du marché.

Si en termes de revenus par agences, BOA (23,5 M d’€ d’actifs bancaires par agence) et dans une moindre mesure Attijari (17 M d’€) font à peu près jeu égal avec la Société Générale et Ecobank, illustrant la qualité de leur implantation, la Banque Populaire, avec des revenus encore deux à trois fois moins élevé que ses pairs, apparaît encore en phase de conquête de marché.Le doublement au premier semestre 2014 des crédits octroyés  à 477,34 MM de F CFA illustre la montée en puissance de la banque.

Selon le cabinet Nouvelles Donnes, cette stratégie commerciale est un peu la marque de fabrique des banques marocaines : parvenir à bancariser la population la plus large possible.

Les banques marocaines peu averses au risque

Deuxième axe de réussite selonJaouad Jbilou et Jean-Marc Velasque du cabinet Nouvelles Donnes, les banques marocaines n’hésitent pas à investir dans des projets risqués mais à fort rendement, là où les banques françaises sont plus frileuses. Les enseignes françaises continuent d’accompagner les grands groupes français en Côte d’Ivoire mais refusent d’investir dans les grands projets d’investissement lorsqu’ils ne présentent pas de garantie des bailleurs de fonds internationaux. Les Marocaines au contraire affichent leur volonté de financer l’économie ivoirienne.

Bank Of Africa a conclu en 2013 avec le gouvernement ivoirien une convention de prêt à moyen terme d’un montant de 500 MDH destiné au financement d’infrastructures. La BCP a signé la semaine dernière une convention de contribution au budget de l’Etat ivoirien pour un montant de 833 MDH. Cette dernière a également financé la société du réseau routier ivoirien FER pour un montant de 580 MDH, ou la société d’opérations pétrolières Petroci pour un montant de 833 MDH.

Les banques françaises, soumises aux accords de Bâle 2 et 3, ont réduit de leur voilure après la crise et diminuent leur capacité de financement.

Egalement sur la banque de détail, les banques marocaines peuvent proposer des capacités de financement plus importantes que d’autres banques locales ou étrangères. Pour Nouvelles Donnes, les banques françaises se contentent d’opérer sur les marchés qu’elles connaissent déjà à la différence des banques marocaines.

En Afrique francophone, avec le retrait des Français et la taille insuffisamment critique des banques locales, les banques marocaines se voient ainsi ouvrir une voie royale. Les banques panafricaines comme la togolaise Ecobank ou la nigériane UBA sont plutôt concentrées sur le marché anglophone.

Mais les banques marocaines doivent aller vite pour conquérir le marché et atteindre une taille suffisante pour gêner les nouveaux entrants, explique Nouvelles Donnes. En parvenant à faire monter les prix d’entrée sur ce marché, la valorisation qui attend ces banques est très intéressante

Les banques marocaines accompagnent les industriels marocains en Côte d’Ivoire

 

Plus que le soutien au tissu industriel ivoirien, les banques marocaines ont démontré à travers les 18 conventions signées au cours du forum, leur mission d’accompagnement des grands groupes industriels marocains du BTP, de l’énergie et de la distribution (Addoha, Palmeraie Resort, Label Vie, Platinum Power) désireuses de pénétrer le marché ivoirien.

Car en effet, si les banques marocaines sont désormais fortement implantées en Côte d’Ivoire, les industries marocaines s’imposent tout juste dans les projets d’ampleur d’infrastructures ou du BTP.

Les secteurs choisis (BTP, grande distribution, infrastructures) sont très rémunérateurs mais présentent peu de valeur ajoutée et les opportunités de remontée de filières sont limitées. Le BTP, fortement capitalistique et où les emplois sont temporaires et faiblement qualifiés, est notamment considéré comme nocif aux perspectives de développement. On peut dès lors douter que ce type de financement de projets contribue à la co-émergence du Maroc et de la Côte d’Ivoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bank of Africa. (Photo DR)

Les leaders marocains du secteur mettent le cap sur l’Afrique subsaharienne francophone où ils ont largement dépassé les banques françaises.

 

Le forum maroco-ivoirien aura véritablement démontré l’importance grandissante des banques marocaines (Banque Populaire, BMCE-BOA et Attijariwafa Bank) en Côte d’Ivoire.

Sur 24 conventions, les banques en ont signé 18 dans divers domaines. Le cabinet de conseil parisien Nouvelles Donnes spécialisé sur le secteur bancaire nous livre ses éclairages sur le marché bancaire ivoirien.

Les banques marocaines devenues leader en Afrique subsaharienne francophone

Les banques marocaines sont parties à la conquête du marché subsaharien francophone et ont connu une expansion phénoménale depuis 2008. Attijariwafa bank, qui n’était pas présente avant cette date, est devenue en quelques années la première banque de la zone en termes de parcs d’agence (14% du parc).

Les banques marocaines ont largement détrôné les banques françaises en termes de réseau d’agences et sont au coude à coude pour la valeur d’actifs bancaires, reflétant la stratégie d’expansion agressive des enseignes marocaines sur ce marché historiquement tenu par les Français.

Le Maroc en bonne place en Côte d’Ivoire

Le marché ivoirien tient une place centrale dans cette région, et il n’est pas anodin qu’un quart des IDE marocains prenne la destination de ce marché. La Côte d’Ivoire est le premier marché bancaire de la zone francophone en Afrique subsaharienne et le 2e marché en Afrique de l’Ouest après le Ghana. Elle comptabilise 21% des actifs bancaires des zones CEMAC et BCEAO.

Les banques marocaines s’installent en Côte d’Ivoire car les promesses de rendement sont énormes :

- Le ratio actif bancaire sur PIB de 40% de la Côte d’Ivoire laisse de fortes marges de progrès si on le compare à des pays comme le Sénégal (57%) ou le Kenya (67%). Ce ratio atteint 126% au Maroc ;

- Le nombre d’agences bancaire par personne est inférieur aux autres pays de la région avec seulement 3,4 agences pour 100.000 adultes (total de 424 agences à fin 2013). A titre de comparaison, le nombre d’agences pour 100.000 est de 4,8 au Sénégal et 5,3 au Kenya (24 au Maroc).

Une technique d’expansion agressive

Les trois banques marocaines sont par conséquent fortement implantées en Côte d’Ivoire et contrôlent à elles seules 31% du parc d’agences du pays et près de 30% du total des actifs bancaires du pays, soit 8,6 MM d’euros.

L’installation des banques marocaines en sol ivoirien est pourtant relativement récente en comparaison de la présence historique des banques françaises. Cette installation s’est opérée par rachat de banques panafricaines (Banafrique par Bank of Africa en 1996, Banque Atlantique par la Banque Populaire en 2012) ou par rachat de filiales françaises (SIB, filiale du Crédit Agricole par AWB en 2009). En moins d’une décennie, les banques marocaines ont néanmoins réussi une expansion très rapide, détrônant les banques françaises et jouant au coude à coude avec Ecobank, la plus grosse banque en Côte d’Ivoire en terme d’actifs bancaires.

Cette expansion a été la plus spectaculaire pour BCP. L’enseigne marocaine la plus jeune en Côte d’Ivoire, est très vite passée en tête du cortège marocain avec 929 M€ (10.100 MMDH) d’actifs bancaires estimés en 2013, devant Attijari (731 M€ soit 7.935 MMDH d’actifs bancaires en 2013) et Bank Of Africa (545M d’€ soit 5.916 MMDH).

Cette expansion économique s’est faite au prix d’une conquête territoriale agressive, selon le cabinet Nouvelles Donnes. BCP est devenu en peu de temps la 2e banque en termes de nombre d’agences après la SGB. Les 3 enseignes marocaines représentent 31% du parc d’agences en Côte d’Ivoire. Si les banques souhaitent ainsi gagner en visibilité, cette stratégie reste néanmoins coûteuse, puisque les agences marocaines ne présentent pas les meilleures rentabilités du marché.

Si en termes de revenus par agences, BOA (23,5 M d’€ d’actifs bancaires par agence) et dans une moindre mesure Attijari (17 M d’€) font à peu près jeu égal avec la Société Générale et Ecobank, illustrant la qualité de leur implantation, la Banque Populaire, avec des revenus encore deux à trois fois moins élevé que ses pairs, apparaît encore en phase de conquête de marché.Le doublement au premier semestre 2014 des crédits octroyés  à 477,34 MM de F CFA illustre la montée en puissance de la banque.

Selon le cabinet Nouvelles Donnes, cette stratégie commerciale est un peu la marque de fabrique des banques marocaines : parvenir à bancariser la population la plus large possible.

Les banques marocaines peu averses au risque

Deuxième axe de réussite selonJaouad Jbilou et Jean-Marc Velasque du cabinet Nouvelles Donnes, les banques marocaines n’hésitent pas à investir dans des projets risqués mais à fort rendement, là où les banques françaises sont plus frileuses. Les enseignes françaises continuent d’accompagner les grands groupes français en Côte d’Ivoire mais refusent d’investir dans les grands projets d’investissement lorsqu’ils ne présentent pas de garantie des bailleurs de fonds internationaux. Les Marocaines au contraire affichent leur volonté de financer l’économie ivoirienne.

Bank Of Africa a conclu en 2013 avec le gouvernement ivoirien une convention de prêt à moyen terme d’un montant de 500 MDH destiné au financement d’infrastructures. La BCP a signé la semaine dernière une convention de contribution au budget de l’Etat ivoirien pour un montant de 833 MDH. Cette dernière a également financé la société du réseau routier ivoirien FER pour un montant de 580 MDH, ou la société d’opérations pétrolières Petroci pour un montant de 833 MDH.

Les banques françaises, soumises aux accords de Bâle 2 et 3, ont réduit de leur voilure après la crise et diminuent leur capacité de financement.

Egalement sur la banque de détail, les banques marocaines peuvent proposer des capacités de financement plus importantes que d’autres banques locales ou étrangères. Pour Nouvelles Donnes, les banques françaises se contentent d’opérer sur les marchés qu’elles connaissent déjà à la différence des banques marocaines.

En Afrique francophone, avec le retrait des Français et la taille insuffisamment critique des banques locales, les banques marocaines se voient ainsi ouvrir une voie royale. Les banques panafricaines comme la togolaise Ecobank ou la nigériane UBA sont plutôt concentrées sur le marché anglophone.

Mais les banques marocaines doivent aller vite pour conquérir le marché et atteindre une taille suffisante pour gêner les nouveaux entrants, explique Nouvelles Donnes. En parvenant à faire monter les prix d’entrée sur ce marché, la valorisation qui attend ces banques est très intéressante

Les banques marocaines accompagnent les industriels marocains en Côte d’Ivoire

 

Plus que le soutien au tissu industriel ivoirien, les banques marocaines ont démontré à travers les 18 conventions signées au cours du forum, leur mission d’accompagnement des grands groupes industriels marocains du BTP, de l’énergie et de la distribution (Addoha, Palmeraie Resort, Label Vie, Platinum Power) désireuses de pénétrer le marché ivoirien.

Car en effet, si les banques marocaines sont désormais fortement implantées en Côte d’Ivoire, les industries marocaines s’imposent tout juste dans les projets d’ampleur d’infrastructures ou du BTP.

Les secteurs choisis (BTP, grande distribution, infrastructures) sont très rémunérateurs mais présentent peu de valeur ajoutée et les opportunités de remontée de filières sont limitées. Le BTP, fortement capitalistique et où les emplois sont temporaires et faiblement qualifiés, est notamment considéré comme nocif aux perspectives de développement. On peut dès lors douter que ce type de financement de projets contribue à la co-émergence du Maroc et de la Côte d’Ivoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

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