Au colloque X-Maroc, le thème était "libérer l’entreprenariat et l’innovation pour affronter le défi de l’emploi".

La réalité de l’emploi au Maroc est brutale. On anticipe l’arrivée de 1,3 millions d’actifs supplémentaires d’ici 2020.

A ce rythme, ce sont 350.000 chômeurs supplémentaires sur le marché du travail dont de très nombreux jeunes.

Sur les 10 dernières années, le secteur industriel n’a créé que 75.000 emplois. La question des débouchés sur le marché du travail doit être repensée. Or, ce défi doit passer par le développement de l’entrepreneuriat et de l’innovation. C’est ainsi que Moulay Hafid Elalamy a introduit le colloque X-Maroc 2015. MHE a donné des pistes et des conseils, il a parlé sans langue de bois.

Pourquoi l’entrepreneuriat? La réponse est apportée ici encore en chiffres. 60% des actifs employés dans le monde sont entrepreneurs et 50% vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le taux d’entrepreneurs parmi la population active employée est négativement corrélé au PIB/tête.

Or, le secteur salarié est bouché: l’agriculture et l’industrie extractive se transforment et ne créent plus autant d’emplois. L’administration publique, le commerce et le BTP, secteurs traditionnellement intensifs en main-d’œuvre, sont confrontés à des problématiques de maîtrise de budget et de restructuration. Un pays comme le Maroc qui fait face au défi prioritaire de la création d’emplois, doit passer par une politique d’incitations à l’entreprenariat.

Les débats auront duré une journée et on peut les résumer en trois phases: identifier les obstacles à l’entrepreneuriat, diffuser une culture de la prise de risque et proposer des solutions adéquates.

Identifier les obstacles

D’abord un constat: le Maroc ne présente pas un environnement très favorable à la prise de risque entrepreneuriale. Pour preuve, la probabilité au Maroc pour qu’une start-up devienne une moyenne entreprise au bout de 5ans est de 0,5%.

Le Ministre de l’Industrie, un entrepreneur admiré, qui a brillamment réussi, ouvre le colloque en donnant ainsi une petite leçon de management. Les entrepreneurs marocains doivent se méfier de la tendance à «l’embourgeoisement». Ce qu’il appelle le syndrome d’accoutumance désigne l’excès de confiance chez les entrepreneurs lorsque leur activité fonctionne.

Pour le Ministre, un bon entrepreneur doit toujours avoir le regard rivé vers l’avenir, «et non dans le rétroviseur». Le Ministre identifie une deuxième menace, celle des entreprises qui deviennent familiales, «consanguines», comme un clin d’oeil à ces entreprises marocaines où l’on retrouve au tour de table et dans el top management, de nombreux homonymes.

Dans le diagnostic sur les obstacles à la croissance présenté par Vincent Castel, économiste-pays de la BAD, deux contraintes ont été identifiées: celle du capital humain et des défaillances microéconomiques de coordination entre le public-privé et privé-privé.

Côté capital humain, le Maroc ne forme pas suffisamment d’universitaires: seuls 16% des individus d’une classe d’âge donnée reçoivent une éducation supérieure. Parmi eux, seuls 6 à 7% suivront une formation d’ingénieurs. Pour ce qui s’agit des problèmes de coordination, les voix de plusieurs panélistes ont convergé pour dire l’absence de diagnostic public des besoins sectoriels en capital humain et en investissement ainsi que le manque de ciblage des politiques d’incitations.

Sur la question des contraintes de financement, l’ensemble des panélistes semblaient d’accord pour convenir que le problème ne réside pas dans l’accès à l’investissement.

"L'argent suit les bons entrepreneurs» a déclaré MHE. Le taux d’investissement rapporté  au PIB, de 30% au Maroc, est des plus élevés parmi les pays comparables a rappelé Vincent Castel l’économiste pays de la BAD. La question est plutôt de savoir comment rendre cet investissement efficace.

Ici encore, on a plaidé pour une plus grande collaboration au sein du secteur privé. Ismail Douiri, DG à Attijariwafa Bank, a signalé le besoin des grandes entreprises d’intégrer les petits entrepreneurs à leur carnet de commande et prendre en considération leurs contraintes de trésorerie. Les retards de paiement étouffent ces petites entreprises, et dés-incitent à l’investissement.

Développer une culture de l’entreprenariat et dédramatiser l’échec

La question de l’identité de la culture marocaine de l’entrepreneuriat a été au coeur du débat. La peur de l’échec est un frein à la prise de risque entrepreneuriale.

«Malheureusement dans notre société, l’échec est mortel. Pourtant comme Einstein disait: celui qui n’a jamais commis d’échec n’a jamais innové» raisonne Mohammed Kabbaj, Président de Lafarge Maroc et ancien X.

Le statut de l’auto-entrepreneur présenté par son auteur Mamoune Bouhdoud, devrait permettre de bousculer ces mentalités, en empêchant l’entrepreneur en cessation de paiement de tout perdre. Le nouveau statut intègre ainsi l’insaisissabilité du domicile de l’auto-entrepreneur.

Cette culture de l’entrepreneuriat doit être apportée au sein des universités. C’est le rôle que jouent Injaz Al Maghrib et Enactus dont les résultats ont été présentés par leur administratrice Leila Mamou.

Injaz forme des étudiants à l’entrepreneuriat, en développant avec eux des mini-projets. Coût de la formation: 430 DH par jeune. En 4 heures, les étudiants maîtrisent un business plan.

Enactus accompagne des entrepreneurs en herbe et parvient à transformer 20% des projets en activité pérenne.

On apprend ainsi à cette occasion qu’au Ministère de l’Education, on planche actuellement sur la mise en place d’un incubateur d’entreprises, à la manière d’Enactus.

Proposer des solutions

Comment les grandes entreprises peuvent aider les petites entreprises à s’intégrer au tissu économique? Quelques solutions ont été avancées par Ismail Douiri. Il faudrait créer un référentiel des TPME pour les intégrer aux bons de commande des grandes entreprises et renforcer la réglementation sur les délais de paiement. Leila Mamou va plus loin: il faut imposer, même provisoirement, des quotas de TPME dans la liste des fournisseurs des grandes entreprises.

Pour Mohamed Kabbaj, une part plus importante du PIB doit être allouée à la R&D, à l’heure où seulement 0,8% du PIB est consacré à cet investissement. Il propose de pérenniser ces investissements dans la recherche et l’innovation en imposant une taxe additionnelle sur les importations.

Les médias ont aussi un rôle à jouer a signalé le ministre de l’Education Rachid Belmokhtar, en promouvant les success stories nationaux.
 

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La réalité de l’emploi au Maroc est brutale. On anticipe l’arrivée de 1,3 millions d’actifs supplémentaires d’ici 2020.

A ce rythme, ce sont 350.000 chômeurs supplémentaires sur le marché du travail dont de très nombreux jeunes.

Sur les 10 dernières années, le secteur industriel n’a créé que 75.000 emplois. La question des débouchés sur le marché du travail doit être repensée. Or, ce défi doit passer par le développement de l’entrepreneuriat et de l’innovation. C’est ainsi que Moulay Hafid Elalamy a introduit le colloque X-Maroc 2015. MHE a donné des pistes et des conseils, il a parlé sans langue de bois.

Pourquoi l’entrepreneuriat? La réponse est apportée ici encore en chiffres. 60% des actifs employés dans le monde sont entrepreneurs et 50% vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le taux d’entrepreneurs parmi la population active employée est négativement corrélé au PIB/tête.

Or, le secteur salarié est bouché: l’agriculture et l’industrie extractive se transforment et ne créent plus autant d’emplois. L’administration publique, le commerce et le BTP, secteurs traditionnellement intensifs en main-d’œuvre, sont confrontés à des problématiques de maîtrise de budget et de restructuration. Un pays comme le Maroc qui fait face au défi prioritaire de la création d’emplois, doit passer par une politique d’incitations à l’entreprenariat.

Les débats auront duré une journée et on peut les résumer en trois phases: identifier les obstacles à l’entrepreneuriat, diffuser une culture de la prise de risque et proposer des solutions adéquates.

Identifier les obstacles

D’abord un constat: le Maroc ne présente pas un environnement très favorable à la prise de risque entrepreneuriale. Pour preuve, la probabilité au Maroc pour qu’une start-up devienne une moyenne entreprise au bout de 5ans est de 0,5%.

Le Ministre de l’Industrie, un entrepreneur admiré, qui a brillamment réussi, ouvre le colloque en donnant ainsi une petite leçon de management. Les entrepreneurs marocains doivent se méfier de la tendance à «l’embourgeoisement». Ce qu’il appelle le syndrome d’accoutumance désigne l’excès de confiance chez les entrepreneurs lorsque leur activité fonctionne.

Pour le Ministre, un bon entrepreneur doit toujours avoir le regard rivé vers l’avenir, «et non dans le rétroviseur». Le Ministre identifie une deuxième menace, celle des entreprises qui deviennent familiales, «consanguines», comme un clin d’oeil à ces entreprises marocaines où l’on retrouve au tour de table et dans el top management, de nombreux homonymes.

Dans le diagnostic sur les obstacles à la croissance présenté par Vincent Castel, économiste-pays de la BAD, deux contraintes ont été identifiées: celle du capital humain et des défaillances microéconomiques de coordination entre le public-privé et privé-privé.

Côté capital humain, le Maroc ne forme pas suffisamment d’universitaires: seuls 16% des individus d’une classe d’âge donnée reçoivent une éducation supérieure. Parmi eux, seuls 6 à 7% suivront une formation d’ingénieurs. Pour ce qui s’agit des problèmes de coordination, les voix de plusieurs panélistes ont convergé pour dire l’absence de diagnostic public des besoins sectoriels en capital humain et en investissement ainsi que le manque de ciblage des politiques d’incitations.

Sur la question des contraintes de financement, l’ensemble des panélistes semblaient d’accord pour convenir que le problème ne réside pas dans l’accès à l’investissement.

"L'argent suit les bons entrepreneurs» a déclaré MHE. Le taux d’investissement rapporté  au PIB, de 30% au Maroc, est des plus élevés parmi les pays comparables a rappelé Vincent Castel l’économiste pays de la BAD. La question est plutôt de savoir comment rendre cet investissement efficace.

Ici encore, on a plaidé pour une plus grande collaboration au sein du secteur privé. Ismail Douiri, DG à Attijariwafa Bank, a signalé le besoin des grandes entreprises d’intégrer les petits entrepreneurs à leur carnet de commande et prendre en considération leurs contraintes de trésorerie. Les retards de paiement étouffent ces petites entreprises, et dés-incitent à l’investissement.

Développer une culture de l’entreprenariat et dédramatiser l’échec

La question de l’identité de la culture marocaine de l’entrepreneuriat a été au coeur du débat. La peur de l’échec est un frein à la prise de risque entrepreneuriale.

«Malheureusement dans notre société, l’échec est mortel. Pourtant comme Einstein disait: celui qui n’a jamais commis d’échec n’a jamais innové» raisonne Mohammed Kabbaj, Président de Lafarge Maroc et ancien X.

Le statut de l’auto-entrepreneur présenté par son auteur Mamoune Bouhdoud, devrait permettre de bousculer ces mentalités, en empêchant l’entrepreneur en cessation de paiement de tout perdre. Le nouveau statut intègre ainsi l’insaisissabilité du domicile de l’auto-entrepreneur.

Cette culture de l’entrepreneuriat doit être apportée au sein des universités. C’est le rôle que jouent Injaz Al Maghrib et Enactus dont les résultats ont été présentés par leur administratrice Leila Mamou.

Injaz forme des étudiants à l’entrepreneuriat, en développant avec eux des mini-projets. Coût de la formation: 430 DH par jeune. En 4 heures, les étudiants maîtrisent un business plan.

Enactus accompagne des entrepreneurs en herbe et parvient à transformer 20% des projets en activité pérenne.

On apprend ainsi à cette occasion qu’au Ministère de l’Education, on planche actuellement sur la mise en place d’un incubateur d’entreprises, à la manière d’Enactus.

Proposer des solutions

Comment les grandes entreprises peuvent aider les petites entreprises à s’intégrer au tissu économique? Quelques solutions ont été avancées par Ismail Douiri. Il faudrait créer un référentiel des TPME pour les intégrer aux bons de commande des grandes entreprises et renforcer la réglementation sur les délais de paiement. Leila Mamou va plus loin: il faut imposer, même provisoirement, des quotas de TPME dans la liste des fournisseurs des grandes entreprises.

Pour Mohamed Kabbaj, une part plus importante du PIB doit être allouée à la R&D, à l’heure où seulement 0,8% du PIB est consacré à cet investissement. Il propose de pérenniser ces investissements dans la recherche et l’innovation en imposant une taxe additionnelle sur les importations.

Les médias ont aussi un rôle à jouer a signalé le ministre de l’Education Rachid Belmokhtar, en promouvant les success stories nationaux.
 

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