Le CESE prend exemple sur la Corée du Sud, l’Estonie, l’Ile Maurice et la Jordanie et propose un modèle économique centré sur la recherche et l’innovation.

Qu’ont en commun ces quatre pays? Celui d’avoir érigé la recherche en stratégie prioritaire nationale au cours des trois dernières décennies, et d’en avoir fait le moteur de leur développement.

Pour le CESE, ces pays ont suivi un parcours dont pourrait s’inspirer le Maroc pour lancer une dynamique de recherche et d’innovation aux retombées durables sur l’économie. C’est ce qu’il énonce dans son rapport annuel 2014, qui vient d’être mis en ligne, où il y consacre une dizaine de pages. 

Car en effet, le Maroc doit rattraper son retard en termes d’innovation. Selon l’indice mondial de l’innovation GII, qui se base sur 81 indicateurs comme le niveau de la recherche, le capital humain, le développement des marchés, les résultats technologiques, la propriété industrielle et le niveau de la créativité, le classement du Maroc, sur 143 pays était de 94 en 2011 ; 88 en 2012 ; 92 en 2013 et 84 en 2014. Une progression qui ne doit pas cacher le fait que, rapporté à son PIB ou à ses dépenses de recherche, le Maroc accuse d’importants retards. 

A partir de l’observation de ces quatre pays, et d’un croisement mondial d’indicateurs économiques et de recherche, le CESE développe une série de recommandations transversales ciblant aussi bien l’enseignement primaire que la recherche fondamentale, l’entreprise et l’université. 

La nécessité d’une volonté politique claire

L’Ile Maurice arrive 40e et premier pays africain au classement mondial en termes d’innovation en 2014, par une politique dirigiste de financement de la recherche.

L’Estonie est classée au 24e rang mondial au point de vue de l’innovation en initiant un programme ambitieux de e-government avec un effet d’entrain sur l’économie.

La Corée du Sud, 16e rang dans l’innovation, a pris le virage des technologies de l’information avec une collaboration public-privé dynamique, portant à 16% la part des métiers de l’information dans le PIB.

La Jordanie, classée au 64e rang mondial, a placé certains secteurs à forte valeur ajoutée et contenu en innovation en priorité nationale, comme la biotechnoloqie, le pharmaceutique, mais également l’innovation axée sur la valorisation du patrimoine culturel et la lutte contre stress hydrique. Cette stratégie s’est appuyée sur une révision du cadre législatif de la propriété intellectuelle et la mise en place d’institutions publiques efficaces basées sur le principe de la reddition des comptes. 

Ce qu’ont en commun ces quatre pays, c’est d’avoir posé les bases d’une dynamique de recherche et d’innovation sur une volonté politique claire et entreprenante. 

Au Maroc, le diagnostic est plus sévère. Le CESE constate l’absence de coordination des administrations pour mettre en place une politique cohérente de recherche. Le paysage public de la recherche et de l’innovation manque de coordination et d’intégration entre les différents intervenants.

Les universités, les centres nationaux de recherche, et les instituts spécialisés dépendent de ministères différents. Le secteur privé se trouve livré à lui-même en terme de recherche appliquée. Les financements publics sont limités et peu efficaces du fait de leur lourdeur administrative, tandis que les financements internationaux soutiennent des projets d’intérêt national limité.

Curieusement, peu d’opportunités de recherche sont offertes aux nombreux diplômés de bac+5 qui se tournent vers le marché du travail. 

Les secteurs de la recherche se nourrissent du capital humain

Corrélation n’est pas raison, toutefois certains faits saillants se dégagent du croisement d’indicateurs économiques et de recherche/innovation. 

Si le niveau d’innovation d’un pays n’est pas corrélé à son niveau de PIB, les économistes du CESE observent une corrélation entre la part des dépenses publiques et privées d’innovation dans le PIB et le niveau d’innovation d’un pays.

Cette corrélation est clairement positive à partir d’un seuil de dépense de 1% du PIB. Les pays aujourd’hui leaders en innovation ont effectué un bond dans la part des dépenses allouées à la recherche, pour atteindre le seuil de 1% du PIB.

A partir de ce seuil, l’effort d’investissement doit être durable et pérenne sur une longue période à des niveaux croissants pour aboutir au développement de la recherche scientifique et de l’innovation.

Toutefois, cette corrélation s’améliore lorsque les pays ont un indice de développement humain fort.

Le CESE met ainsi en exergue l’importance du capital humain pour une efficacité de la recherche. Par exemple, en terme de classement de la dépense de recherche par rapport au classement de l’innovation, le Maroc est largement dépassé par des pays aux dépenses similaires (0,8% du PIB) comme Hong Kong, Malte, la Croatie, la Slovaquie, et dans une moindre mesure l’Inde.

Le niveau de dépenses dans la recherche est peu de choses sans le développement humain. L’efficacité des dépenses de recherche est liée à la qualité du développement humain. 

Des recommandations aux dimensions multiples pour le Maroc

Le CESE conclut son chapitre avec une série de recommandations inédites à l’attention du législateur.

Une politique d’innovation doit être mise en place et portée par les plus hautes autorités, à l’instar de la Corée du Sud où le Président de la république siège au conseil national de la science et de la technologie.

Le premier jalon de cette politique est la mise en place d’une haute instance, seule responsable de la coordination et de la direction d’une politique d’innovation. 

La politique d’innovation doit prendre une dimension régionale. Des puissances régionales ont réussi à mettre en place des systèmes d’innovation performants, comme le Brésil, l’Inde et la Chine. Un pays comme Hong Kong a un niveau de dépenses en recherche relativement modeste (0,8% du PIB) mais jouit de la proximité avec la Chine. Le Maroc doit désenclaver le secteur de la recherche et l’intégrer à une économie régionale et mondiale.

La stratégie d’innovation doit passer par un écosystème porteur avec une vision élargie qui ne s’arrête pas à la seule question de la recherche scientifique, mais qui intègre également le développement humain. 

Celui-ci porterait la garantie d'un financement durable et pérenne en direction de la recherche et innovation, pour atteindre le premier palier de 1% du PIB, puis maintenir un effort croissant sur au moins 3 décennies. 

Sa vision impliquerait la réorientation du modèle économique vers l’industrialisation, les services et l’exportation, pour jouer un rôle catalyseur.

En effet, un saut qualitatif dans l’innovation dépend étroitement du modèle économique choisi. Les modèles basés sur l’importation ne permettent pas d’effectuer ce saut, parce qu’ils ne favorisent pas le développement de la compétitivité et du capital humain localement.

L’écosystème devrait sélectionner des secteurs-clés prioritaires, qui sont de bons moteurs de développement comme les NTIC, dans le sillage de la stratégie Maroc Numeric. L’accent pourrait être porté dans un premier temps sur l’agriculture de pointe, pour optimiser la gestion des ressources hydriques, les énergies renouvelables, la pêche, etc. 

Cet écosystème serait chargé de définir et assouplir les structures de financement de la recherche et les rendre compatibles avec les structures de recherche (partenariats universités-entreprise, universités-industries, accueil des étudiants-chercheurs).

Des mesures d’incitation en direction des entreprises, notamment fiscales sont attendues (crédits d’impôt recherche) ainsi que le renforcement de la protection intellectuelle. 

Pour les universités, le CESE recommande que l’article 7 de la loi 01-00 qui les autorise à prendre part dans des entreprises publiques ou privées, leur permettant ainsi de commercialiser le produit de leur recherche, soit activé. 

Une stratégie nationale de la recherche passe inévitablement par la mobilisation des ressources humaines, en faisant jouer un rôle central aux chercheurs.

Mobiliser les chercheurs signifie leur offrir des statuts adaptés (doctorants, post-doc, enseignants-chercheurs), leur permettre une mobilité entre le privé et le public, encourager l’intégration d’équipes marocaines dans des programmes internationaux, ouvrir l’université marocaine aux professeurs étrangers, orienter les étudiants vers des secteurs stratégiques de la recherche. 

Dans une approche holistique, le CESE recommande également l’introduction de mesures pédagogiques à l’école primaire et secondaire, pour stimuler curiosité et prise d’initiatives dès le plus jeune âge. Le Conseil se préoccupe en effet d’assurer la relève des chercheurs, puisque d’ici 2025, 15.000 chercheurs seront partis à la retraite.

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Qu’ont en commun ces quatre pays? Celui d’avoir érigé la recherche en stratégie prioritaire nationale au cours des trois dernières décennies, et d’en avoir fait le moteur de leur développement.

Pour le CESE, ces pays ont suivi un parcours dont pourrait s’inspirer le Maroc pour lancer une dynamique de recherche et d’innovation aux retombées durables sur l’économie. C’est ce qu’il énonce dans son rapport annuel 2014, qui vient d’être mis en ligne, où il y consacre une dizaine de pages. 

Car en effet, le Maroc doit rattraper son retard en termes d’innovation. Selon l’indice mondial de l’innovation GII, qui se base sur 81 indicateurs comme le niveau de la recherche, le capital humain, le développement des marchés, les résultats technologiques, la propriété industrielle et le niveau de la créativité, le classement du Maroc, sur 143 pays était de 94 en 2011 ; 88 en 2012 ; 92 en 2013 et 84 en 2014. Une progression qui ne doit pas cacher le fait que, rapporté à son PIB ou à ses dépenses de recherche, le Maroc accuse d’importants retards. 

A partir de l’observation de ces quatre pays, et d’un croisement mondial d’indicateurs économiques et de recherche, le CESE développe une série de recommandations transversales ciblant aussi bien l’enseignement primaire que la recherche fondamentale, l’entreprise et l’université. 

La nécessité d’une volonté politique claire

L’Ile Maurice arrive 40e et premier pays africain au classement mondial en termes d’innovation en 2014, par une politique dirigiste de financement de la recherche.

L’Estonie est classée au 24e rang mondial au point de vue de l’innovation en initiant un programme ambitieux de e-government avec un effet d’entrain sur l’économie.

La Corée du Sud, 16e rang dans l’innovation, a pris le virage des technologies de l’information avec une collaboration public-privé dynamique, portant à 16% la part des métiers de l’information dans le PIB.

La Jordanie, classée au 64e rang mondial, a placé certains secteurs à forte valeur ajoutée et contenu en innovation en priorité nationale, comme la biotechnoloqie, le pharmaceutique, mais également l’innovation axée sur la valorisation du patrimoine culturel et la lutte contre stress hydrique. Cette stratégie s’est appuyée sur une révision du cadre législatif de la propriété intellectuelle et la mise en place d’institutions publiques efficaces basées sur le principe de la reddition des comptes. 

Ce qu’ont en commun ces quatre pays, c’est d’avoir posé les bases d’une dynamique de recherche et d’innovation sur une volonté politique claire et entreprenante. 

Au Maroc, le diagnostic est plus sévère. Le CESE constate l’absence de coordination des administrations pour mettre en place une politique cohérente de recherche. Le paysage public de la recherche et de l’innovation manque de coordination et d’intégration entre les différents intervenants.

Les universités, les centres nationaux de recherche, et les instituts spécialisés dépendent de ministères différents. Le secteur privé se trouve livré à lui-même en terme de recherche appliquée. Les financements publics sont limités et peu efficaces du fait de leur lourdeur administrative, tandis que les financements internationaux soutiennent des projets d’intérêt national limité.

Curieusement, peu d’opportunités de recherche sont offertes aux nombreux diplômés de bac+5 qui se tournent vers le marché du travail. 

Les secteurs de la recherche se nourrissent du capital humain

Corrélation n’est pas raison, toutefois certains faits saillants se dégagent du croisement d’indicateurs économiques et de recherche/innovation. 

Si le niveau d’innovation d’un pays n’est pas corrélé à son niveau de PIB, les économistes du CESE observent une corrélation entre la part des dépenses publiques et privées d’innovation dans le PIB et le niveau d’innovation d’un pays.

Cette corrélation est clairement positive à partir d’un seuil de dépense de 1% du PIB. Les pays aujourd’hui leaders en innovation ont effectué un bond dans la part des dépenses allouées à la recherche, pour atteindre le seuil de 1% du PIB.

A partir de ce seuil, l’effort d’investissement doit être durable et pérenne sur une longue période à des niveaux croissants pour aboutir au développement de la recherche scientifique et de l’innovation.

Toutefois, cette corrélation s’améliore lorsque les pays ont un indice de développement humain fort.

Le CESE met ainsi en exergue l’importance du capital humain pour une efficacité de la recherche. Par exemple, en terme de classement de la dépense de recherche par rapport au classement de l’innovation, le Maroc est largement dépassé par des pays aux dépenses similaires (0,8% du PIB) comme Hong Kong, Malte, la Croatie, la Slovaquie, et dans une moindre mesure l’Inde.

Le niveau de dépenses dans la recherche est peu de choses sans le développement humain. L’efficacité des dépenses de recherche est liée à la qualité du développement humain. 

Des recommandations aux dimensions multiples pour le Maroc

Le CESE conclut son chapitre avec une série de recommandations inédites à l’attention du législateur.

Une politique d’innovation doit être mise en place et portée par les plus hautes autorités, à l’instar de la Corée du Sud où le Président de la république siège au conseil national de la science et de la technologie.

Le premier jalon de cette politique est la mise en place d’une haute instance, seule responsable de la coordination et de la direction d’une politique d’innovation. 

La politique d’innovation doit prendre une dimension régionale. Des puissances régionales ont réussi à mettre en place des systèmes d’innovation performants, comme le Brésil, l’Inde et la Chine. Un pays comme Hong Kong a un niveau de dépenses en recherche relativement modeste (0,8% du PIB) mais jouit de la proximité avec la Chine. Le Maroc doit désenclaver le secteur de la recherche et l’intégrer à une économie régionale et mondiale.

La stratégie d’innovation doit passer par un écosystème porteur avec une vision élargie qui ne s’arrête pas à la seule question de la recherche scientifique, mais qui intègre également le développement humain. 

Celui-ci porterait la garantie d'un financement durable et pérenne en direction de la recherche et innovation, pour atteindre le premier palier de 1% du PIB, puis maintenir un effort croissant sur au moins 3 décennies. 

Sa vision impliquerait la réorientation du modèle économique vers l’industrialisation, les services et l’exportation, pour jouer un rôle catalyseur.

En effet, un saut qualitatif dans l’innovation dépend étroitement du modèle économique choisi. Les modèles basés sur l’importation ne permettent pas d’effectuer ce saut, parce qu’ils ne favorisent pas le développement de la compétitivité et du capital humain localement.

L’écosystème devrait sélectionner des secteurs-clés prioritaires, qui sont de bons moteurs de développement comme les NTIC, dans le sillage de la stratégie Maroc Numeric. L’accent pourrait être porté dans un premier temps sur l’agriculture de pointe, pour optimiser la gestion des ressources hydriques, les énergies renouvelables, la pêche, etc. 

Cet écosystème serait chargé de définir et assouplir les structures de financement de la recherche et les rendre compatibles avec les structures de recherche (partenariats universités-entreprise, universités-industries, accueil des étudiants-chercheurs).

Des mesures d’incitation en direction des entreprises, notamment fiscales sont attendues (crédits d’impôt recherche) ainsi que le renforcement de la protection intellectuelle. 

Pour les universités, le CESE recommande que l’article 7 de la loi 01-00 qui les autorise à prendre part dans des entreprises publiques ou privées, leur permettant ainsi de commercialiser le produit de leur recherche, soit activé. 

Une stratégie nationale de la recherche passe inévitablement par la mobilisation des ressources humaines, en faisant jouer un rôle central aux chercheurs.

Mobiliser les chercheurs signifie leur offrir des statuts adaptés (doctorants, post-doc, enseignants-chercheurs), leur permettre une mobilité entre le privé et le public, encourager l’intégration d’équipes marocaines dans des programmes internationaux, ouvrir l’université marocaine aux professeurs étrangers, orienter les étudiants vers des secteurs stratégiques de la recherche. 

Dans une approche holistique, le CESE recommande également l’introduction de mesures pédagogiques à l’école primaire et secondaire, pour stimuler curiosité et prise d’initiatives dès le plus jeune âge. Le Conseil se préoccupe en effet d’assurer la relève des chercheurs, puisque d’ici 2025, 15.000 chercheurs seront partis à la retraite.

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