Fusion Lafarge-Holcim, le conseil de la concurrence sur la touche

Le chef de gouvernement a donné son feu vert mercredi 15 octobre pour la fusion annoncée des groupes Lafarge et Holcim, nous confirme une source autorisée. Une décision étrange qui dispense ces deux entreprises de passer devant le conseil de la concurrence. Alors que c’est ce que prévoit la loi.

Annoncée le 7 avril dernier, la fusion des deux cimentiers internationaux  leur permettra de devenir le 1e groupe mondial du ciment. Au Maroc, ces opérateurs qui trustaient déjà les deux premières places du marché marocain ont obtenu l’accord des autorités pour devenir là aussi le numéro un du marché national.

Partout ailleurs dans le monde, cette fusion ne se fera pas avant d’avoir obtenu l’aval des nombreuses autorités nationales de la concurrence (USA, Canada et Europe).

Pour avoir l’agrément, les cimentiers devront d’abord se conformer à leurs injonctions sévères en procédant notamment  à des rectifications de périmètres (cessions d’actifs) dans le but de préserver la concurrence.

Cette obligation est dictée par la nécessité de ne pas aboutir à une situation de position dominante voire de cartel qui fausserait le marché concurrentiel.

Pour éviter les foudres des autorités mondiales de la concurrence, ces deux groupes ont pris les devants en proposant de nombreux désinvestissements représentant 10% de leur CA cumulé (3,5 MM d’euros).

Au Maroc, la situation est toute autre car le gouvernement a décidé de les exempter de mesures préventives de contrôle en faisant l’impasse sur la saisine du conseil de la concurrence.

Malgré le fait que ces deux groupes occuperont ensemble plus de 2/3 du marché national (Lafarge 40% et Holcim 30%), la décision a acté cette fusion annoncée sans aucune cession d’actifs prévue.

Ce feu vert gouvernemental va à l’encontre de la loi n°06-99 qui régit la liberté des prix et l’organisation de la libre concurrence. Elle porte notamment sur les opérationsde concentration économique qui présentent des risques de nature à porter atteinte à la concurrence, notamment par création ou renforcement d'une position dominante.

Cette loi énonce que ce cas de figure doit obligatoirement être soumis par le chef du gouvernement à l'avis du Conseil de la concurrence quand la fusion implique des entreprises qui détiendront plus de 40 % du marché pertinent concerné. Notons que dans notre cas, nous sommes bien au-delà de ce seuil.

Contacté par Médias 24, Mohamed Louafa ministre des Affaires générales réfute le moindre risque de cartel ou de suspicion d’entente entraîné par la fusion des deux mastodontes du ciment marocain.

Depuis que son gouvernement a été sollicité en août dernier pour rendre sa décision, de nombreuses réunions auraient été organisées avec Lafarge, Holcim ainsi qu’avec les concurrents qui selon lui n’ont émis aucune objection et fait état d’aucune menace pour l’avenir de leur entreprise.

Le ministre Louafa a nié les parts de marché d’Holcim et de Lafarge qu’il n’a pas hésité à réduire à 40% au total alors que le chiffre officiel cumulé est de notoriété publique au bas mot de 65%, voire 70% selon des estimations sérieuses de la part d’experts indépendants.

Il poursuit que pour son gouvernement la seule condition pour valider la fusion était que les deux entreprises s’engagent à protéger les intérêts des travailleurs en sauvegardant leurs emplois.

Un argument étrange alors que la fusion entrainera certainement de nombreux doubles emplois qui pourront déboucher sur des licenciements.

Très en verve, Louafa n’a pas hésité à nous affubler du qualificatif de «chercheurs de problèmes» alors qu’il s’agit d’une «affaire sérieuse qui ne souffre pas le débat car les cimentiers se sont engagés à multiplier les investissements pour exporter vers le marché africain».

A l’inverse des déclarations du ministre, une source proche du Conseil de la concurrence se dit ébahie et furieuse de l’aplomb du ministre pour justifier la validation de cette fusion.

Elle nous assure que le feu vert donné sous réserve de préserver les emplois va certainement bouleverser le marché national pour le pire.

Affirmant qu’à l’inverse des mécanismes mis en œuvre partout ailleurs dans le monde, le gouvernement marocain a décidé de se passer des conseils avisés du conseil de la concurrence.

Pour notre source, il ne fait aucun doute que la concurrence sera à l’avenir étouffée dans l’œuf car le marché oligopolistique posera un vrai problème au regard de la taille dominante du futur groupe.

Elle nous rappelle que déjà en 2012, ce conseil avait conclu dans une étude consacrée à la concurrentiabilité du secteur des cimentiers à un faisceau d’indices laissant entendre une suspicion d’entente entre ces deux gros opérateurs du ciment.

Concluant qu’à terme, cette situation débouchera sur une cartellisation du marché qui souffre déjà de la crise depuis 2012 (-15% en 3 ans) et qu’elle empêchera tout moyen de défense des petits concurrents comme Ciments du Maroc ou Ciments de l’Atlas.

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Annoncée le 7 avril dernier, la fusion des deux cimentiers internationaux  leur permettra de devenir le 1e groupe mondial du ciment. Au Maroc, ces opérateurs qui trustaient déjà les deux premières places du marché marocain ont obtenu l’accord des autorités pour devenir là aussi le numéro un du marché national.

Partout ailleurs dans le monde, cette fusion ne se fera pas avant d’avoir obtenu l’aval des nombreuses autorités nationales de la concurrence (USA, Canada et Europe).

Pour avoir l’agrément, les cimentiers devront d’abord se conformer à leurs injonctions sévères en procédant notamment  à des rectifications de périmètres (cessions d’actifs) dans le but de préserver la concurrence.

Cette obligation est dictée par la nécessité de ne pas aboutir à une situation de position dominante voire de cartel qui fausserait le marché concurrentiel.

Pour éviter les foudres des autorités mondiales de la concurrence, ces deux groupes ont pris les devants en proposant de nombreux désinvestissements représentant 10% de leur CA cumulé (3,5 MM d’euros).

Au Maroc, la situation est toute autre car le gouvernement a décidé de les exempter de mesures préventives de contrôle en faisant l’impasse sur la saisine du conseil de la concurrence.

Malgré le fait que ces deux groupes occuperont ensemble plus de 2/3 du marché national (Lafarge 40% et Holcim 30%), la décision a acté cette fusion annoncée sans aucune cession d’actifs prévue.

Ce feu vert gouvernemental va à l’encontre de la loi n°06-99 qui régit la liberté des prix et l’organisation de la libre concurrence. Elle porte notamment sur les opérationsde concentration économique qui présentent des risques de nature à porter atteinte à la concurrence, notamment par création ou renforcement d'une position dominante.

Cette loi énonce que ce cas de figure doit obligatoirement être soumis par le chef du gouvernement à l'avis du Conseil de la concurrence quand la fusion implique des entreprises qui détiendront plus de 40 % du marché pertinent concerné. Notons que dans notre cas, nous sommes bien au-delà de ce seuil.

Contacté par Médias 24, Mohamed Louafa ministre des Affaires générales réfute le moindre risque de cartel ou de suspicion d’entente entraîné par la fusion des deux mastodontes du ciment marocain.

Depuis que son gouvernement a été sollicité en août dernier pour rendre sa décision, de nombreuses réunions auraient été organisées avec Lafarge, Holcim ainsi qu’avec les concurrents qui selon lui n’ont émis aucune objection et fait état d’aucune menace pour l’avenir de leur entreprise.

Le ministre Louafa a nié les parts de marché d’Holcim et de Lafarge qu’il n’a pas hésité à réduire à 40% au total alors que le chiffre officiel cumulé est de notoriété publique au bas mot de 65%, voire 70% selon des estimations sérieuses de la part d’experts indépendants.

Il poursuit que pour son gouvernement la seule condition pour valider la fusion était que les deux entreprises s’engagent à protéger les intérêts des travailleurs en sauvegardant leurs emplois.

Un argument étrange alors que la fusion entrainera certainement de nombreux doubles emplois qui pourront déboucher sur des licenciements.

Très en verve, Louafa n’a pas hésité à nous affubler du qualificatif de «chercheurs de problèmes» alors qu’il s’agit d’une «affaire sérieuse qui ne souffre pas le débat car les cimentiers se sont engagés à multiplier les investissements pour exporter vers le marché africain».

A l’inverse des déclarations du ministre, une source proche du Conseil de la concurrence se dit ébahie et furieuse de l’aplomb du ministre pour justifier la validation de cette fusion.

Elle nous assure que le feu vert donné sous réserve de préserver les emplois va certainement bouleverser le marché national pour le pire.

Affirmant qu’à l’inverse des mécanismes mis en œuvre partout ailleurs dans le monde, le gouvernement marocain a décidé de se passer des conseils avisés du conseil de la concurrence.

Pour notre source, il ne fait aucun doute que la concurrence sera à l’avenir étouffée dans l’œuf car le marché oligopolistique posera un vrai problème au regard de la taille dominante du futur groupe.

Elle nous rappelle que déjà en 2012, ce conseil avait conclu dans une étude consacrée à la concurrentiabilité du secteur des cimentiers à un faisceau d’indices laissant entendre une suspicion d’entente entre ces deux gros opérateurs du ciment.

Concluant qu’à terme, cette situation débouchera sur une cartellisation du marché qui souffre déjà de la crise depuis 2012 (-15% en 3 ans) et qu’elle empêchera tout moyen de défense des petits concurrents comme Ciments du Maroc ou Ciments de l’Atlas.

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