C’est une affaire qui suscite de nombreuses interrogations au niveau du marché. Aussi bien le marché boursier que le marché des produits énergétiques.

A trois semaines de son AG annuelle, prévue pour le 21 mai, la Samir annonce subrepticement qu’elle a signé un accord de financement de 3,1 milliards de DH auprès de la Banque Populaire. Subrepticement, parce que cet important communiqué d’une société cotée, n’a pas été mis en ligne sur le site de la CDVM, ni transmis à la presse à large échelle comme il le devrait. Il a été mis en ligne uniquement en langue arabe et sous l’appellation “communiqué financier interne“.

>L’accord avec la Banque Populaire: Il s’agit d’un contrat de financement de 3,1 milliards de DH, qui se compose d’un crédit de 1,2 milliard de DH, des lignes de crédits de 1 MMDH et des facilités bancaires de 800 millions de DH. Par ailleurs, 100 MDH de facilités bancaires ont été accordés à la SDCC, filiale distribution de la Samir.

Cette ligne de financement concerne officiellement la seconde phase du plan de redressement de la seule raffinerie marocaine. L’objectif est de renforcer la structure financière de la société et d’améliorer sa liquidité, indique le communiqué. En février dernier, apprend-on à la lecture du communiqué, il y a eu la mise en place de 600 millions de dollars de lignes internationales de financements de pétrole et dérivés auprès de la société internationale de financement du commerce (ITFC) et Vermillon, et ce dans le cadre de la première phase du plan de redressement. Nos recherches auprès du CDVM n’ont pas permis de trouver trace de l’annonce de ces lignes internationales.

>Pour rappel, la Samir a réalisé, en 2014, un chiffre d’affaires de 44 MMDH en baisse de 10% sur une année. Cette baisse est due principalement au recul des cours à partir du 2e semestre 2014.  Le résultat net a fortement baissé pour s’établir à -3,42 MMDH sous l’effet de la contribution négative de la variation des stocks -3,3 MMDH.

Il est à rappeler, à ce titre, que la SAMIR a l’obligation de détenir un stock stratégique de pétrole brut de 4 millions de barils en plus du stock, outil représentant environ 15 jours de ventes.

>Le raffineur s’est tourné vers la diversification et notamment la distribution. Mais il n’est pas parvenu à respecter ses engagements en la matière: pour être distributeur de produits pétroliers, il faut disposer d’un réseau de 30 stations au minimum ainsi que d’un dépôt de stockage d’une capacité minimale de 2.000 T. Le raffineur dispose d’une dizaine de stations pour le moment.

Il a donc demandé, et obtenu, une dérogation auprès de l’Etat, permettant de rallonger le délai nécessaire à la mise en place du réseau et du dépôt de stockage.

La distribution n’a pas été le sésame permettant de régler la difficile situation financière de la société et de ses filiales. Par exemple, sur le marché, les effets émis par la Samir ne sont pas toujours acceptés par les sociétés de factoring.  D’ailleurs, le communiqué fait allusion à cette situation en expliquant d’une part que les lignes de 600 millions de dollars permettent à la société de sécuriser son approvisionnement et d’autre part, que les lignes conclues avec la BCP lui permettent d’améliorer sa trésorerie.

>La Samir mise sur la distribution

Sur un autre registre, la Samir semble miser sur sa nouvelle filiale de distribution de carburants et combustibles (SDCC). En effet, la SDCC a entamé la réalisation de bénéfices en 2014 avec un niveau de 22 MDH contre - 11 MDH en 2013. Le volume distribué est passé de 12.900 tonnes en 2013 à 191.000 tonnes en 2014. Ainsi, le CA a grimpé de 64 MDH à 1,4 MMDH soit près 4% des ventes en 2014 avec un objectif de 10%. En perspectives, la SDCC devrait se lancer dans le GPL en 2015.

Cette situation trouve origine également dans le recul des performances opérationnelles. En effet, le chiffre d’affaires de la SAMIR, en 2014, s’est établi à 44 MMDH en baisse de 10% sous l’effet de la baisse des cours ainsi que celle des ventes de fuel industriel (-5%).

>9 MMDH d’engagements financiers!

Pour rééquilibrer sa structure financière, la Samir a procédé à une réévaluation d’actifs, permettant de dégager un écart de conversion de 4,2 MMDH. Cette réévaluation a porté sur les terrains (+1,4 MMDH), les constructions (+244 MDH), les installations techniques (+464 MDH) et surtout les bacs de stockage (+2 MMDH). Ainsi, les fonds propres ont été dopés par ce montant, permettant d’afficher un total de 6,5 MMDH, en hausse de 11% par rapport à 2013. 

Par ailleurs, la Samir a bénéficié de 600 M$ soit 5,8 MMDH de lignes internationales pour l’achat de pétrole brut afin de sécuriser le financement de son approvisionnement. In fine, avec la nouvelle ligne financement accordée par la BCP (3,1 MMDH), la SAMIR se trouve désormais contrainte à près de 9 MMDH d’engagements financiers.

Mais il faut tenir compte également des pertes antérieures (3,4 MMDH) et vérifier la réalité de la réévaluation des actifs, non communiquée en bourse.

>La Samir veut impliquer son actionnaire majoritaire

De plus, la Samir avait annoncé dans son communiqué des résultats financiers 2014 qu’elle négocie avec un Fonds international, un renforcement des fonds propres du raffineur. Cette négociation devrait aboutir éventuellement à une augmentation de capital ou une émission d’ORA.

Elle a mandaté une banque d’affaires pour étudier les différentes options de financement, pouvant impliquer Corral, l’actionnaire majoritaire. En effet, jusqu’à maintenant, la SAMIR n’a pas bénéficié d’un accompagnement financier  de la part du Groupe Corral qui détient 67,27% de son capital social.  Notons, à ce sillage, que le Groupe Corral est une filiale du groupe MIDROC appartenant à Sheikh Mohammed Hussein Al Amoudi, homme d’affaires saoudien.

Le raffineur n’avait pas conclu d’accord de financement avec les banques marocaines. Le montant très élevé (3,1 MMDH) pose la question de la division du risque. Pour des montants aussi élevés, il est généralement fait recours à un consortium de banques. La BCP a-t-elle obtenu des garanties?

>La Samir  affiche une forte contreperformance boursière

En bourse, le cours de la Samir affiche, depuis le début de l’année, une contreperformance de 35,68% contre une hausse de 3,51% pour le marché actions à la date du 4 janvier 2015. De plus, sur la séance d’aujourd’hui lundi 4 mai, le titre a baissé de 1,27% sur un volume d’échange 2,5 MDH.

Ces lignes de crédit au Maroc ou à l’international, sont-elles justifiées, ou s’agit-il d’une forme de fuite en avant?, s’interroge un boursicoteur contacté par Médias 24.

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C’est une affaire qui suscite de nombreuses interrogations au niveau du marché. Aussi bien le marché boursier que le marché des produits énergétiques.

A trois semaines de son AG annuelle, prévue pour le 21 mai, la Samir annonce subrepticement qu’elle a signé un accord de financement de 3,1 milliards de DH auprès de la Banque Populaire. Subrepticement, parce que cet important communiqué d’une société cotée, n’a pas été mis en ligne sur le site de la CDVM, ni transmis à la presse à large échelle comme il le devrait. Il a été mis en ligne uniquement en langue arabe et sous l’appellation “communiqué financier interne“.

>L’accord avec la Banque Populaire: Il s’agit d’un contrat de financement de 3,1 milliards de DH, qui se compose d’un crédit de 1,2 milliard de DH, des lignes de crédits de 1 MMDH et des facilités bancaires de 800 millions de DH. Par ailleurs, 100 MDH de facilités bancaires ont été accordés à la SDCC, filiale distribution de la Samir.

Cette ligne de financement concerne officiellement la seconde phase du plan de redressement de la seule raffinerie marocaine. L’objectif est de renforcer la structure financière de la société et d’améliorer sa liquidité, indique le communiqué. En février dernier, apprend-on à la lecture du communiqué, il y a eu la mise en place de 600 millions de dollars de lignes internationales de financements de pétrole et dérivés auprès de la société internationale de financement du commerce (ITFC) et Vermillon, et ce dans le cadre de la première phase du plan de redressement. Nos recherches auprès du CDVM n’ont pas permis de trouver trace de l’annonce de ces lignes internationales.

>Pour rappel, la Samir a réalisé, en 2014, un chiffre d’affaires de 44 MMDH en baisse de 10% sur une année. Cette baisse est due principalement au recul des cours à partir du 2e semestre 2014.  Le résultat net a fortement baissé pour s’établir à -3,42 MMDH sous l’effet de la contribution négative de la variation des stocks -3,3 MMDH.

Il est à rappeler, à ce titre, que la SAMIR a l’obligation de détenir un stock stratégique de pétrole brut de 4 millions de barils en plus du stock, outil représentant environ 15 jours de ventes.

>Le raffineur s’est tourné vers la diversification et notamment la distribution. Mais il n’est pas parvenu à respecter ses engagements en la matière: pour être distributeur de produits pétroliers, il faut disposer d’un réseau de 30 stations au minimum ainsi que d’un dépôt de stockage d’une capacité minimale de 2.000 T. Le raffineur dispose d’une dizaine de stations pour le moment.

Il a donc demandé, et obtenu, une dérogation auprès de l’Etat, permettant de rallonger le délai nécessaire à la mise en place du réseau et du dépôt de stockage.

La distribution n’a pas été le sésame permettant de régler la difficile situation financière de la société et de ses filiales. Par exemple, sur le marché, les effets émis par la Samir ne sont pas toujours acceptés par les sociétés de factoring.  D’ailleurs, le communiqué fait allusion à cette situation en expliquant d’une part que les lignes de 600 millions de dollars permettent à la société de sécuriser son approvisionnement et d’autre part, que les lignes conclues avec la BCP lui permettent d’améliorer sa trésorerie.

>La Samir mise sur la distribution

Sur un autre registre, la Samir semble miser sur sa nouvelle filiale de distribution de carburants et combustibles (SDCC). En effet, la SDCC a entamé la réalisation de bénéfices en 2014 avec un niveau de 22 MDH contre - 11 MDH en 2013. Le volume distribué est passé de 12.900 tonnes en 2013 à 191.000 tonnes en 2014. Ainsi, le CA a grimpé de 64 MDH à 1,4 MMDH soit près 4% des ventes en 2014 avec un objectif de 10%. En perspectives, la SDCC devrait se lancer dans le GPL en 2015.

Cette situation trouve origine également dans le recul des performances opérationnelles. En effet, le chiffre d’affaires de la SAMIR, en 2014, s’est établi à 44 MMDH en baisse de 10% sous l’effet de la baisse des cours ainsi que celle des ventes de fuel industriel (-5%).

>9 MMDH d’engagements financiers!

Pour rééquilibrer sa structure financière, la Samir a procédé à une réévaluation d’actifs, permettant de dégager un écart de conversion de 4,2 MMDH. Cette réévaluation a porté sur les terrains (+1,4 MMDH), les constructions (+244 MDH), les installations techniques (+464 MDH) et surtout les bacs de stockage (+2 MMDH). Ainsi, les fonds propres ont été dopés par ce montant, permettant d’afficher un total de 6,5 MMDH, en hausse de 11% par rapport à 2013. 

Par ailleurs, la Samir a bénéficié de 600 M$ soit 5,8 MMDH de lignes internationales pour l’achat de pétrole brut afin de sécuriser le financement de son approvisionnement. In fine, avec la nouvelle ligne financement accordée par la BCP (3,1 MMDH), la SAMIR se trouve désormais contrainte à près de 9 MMDH d’engagements financiers.

Mais il faut tenir compte également des pertes antérieures (3,4 MMDH) et vérifier la réalité de la réévaluation des actifs, non communiquée en bourse.

>La Samir veut impliquer son actionnaire majoritaire

De plus, la Samir avait annoncé dans son communiqué des résultats financiers 2014 qu’elle négocie avec un Fonds international, un renforcement des fonds propres du raffineur. Cette négociation devrait aboutir éventuellement à une augmentation de capital ou une émission d’ORA.

Elle a mandaté une banque d’affaires pour étudier les différentes options de financement, pouvant impliquer Corral, l’actionnaire majoritaire. En effet, jusqu’à maintenant, la SAMIR n’a pas bénéficié d’un accompagnement financier  de la part du Groupe Corral qui détient 67,27% de son capital social.  Notons, à ce sillage, que le Groupe Corral est une filiale du groupe MIDROC appartenant à Sheikh Mohammed Hussein Al Amoudi, homme d’affaires saoudien.

Le raffineur n’avait pas conclu d’accord de financement avec les banques marocaines. Le montant très élevé (3,1 MMDH) pose la question de la division du risque. Pour des montants aussi élevés, il est généralement fait recours à un consortium de banques. La BCP a-t-elle obtenu des garanties?

>La Samir  affiche une forte contreperformance boursière

En bourse, le cours de la Samir affiche, depuis le début de l’année, une contreperformance de 35,68% contre une hausse de 3,51% pour le marché actions à la date du 4 janvier 2015. De plus, sur la séance d’aujourd’hui lundi 4 mai, le titre a baissé de 1,27% sur un volume d’échange 2,5 MDH.

Ces lignes de crédit au Maroc ou à l’international, sont-elles justifiées, ou s’agit-il d’une forme de fuite en avant?, s’interroge un boursicoteur contacté par Médias 24.

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