Ph. DR

Pour les grands organismes internationaux, c’est l’aliment miracle du XXIe siècle. La spiruline est produite au Maroc. Médias 24 a visité l’un des sites de production, situé à Marrakech, créé par trois associés français.

La spiruline est une algue qui a toujours existé sur terre, du moins depuis 2,5 milliards d’années! Mais ce n’est que depuis les années 1970 que chercheurs, nutritionnistes et organisations non gouvernementales ont redécouvert ses propriétés nutritives exceptionnelles après avoir observé son utilisation comme aliment traditionnel en Afrique (au Tchad) et, dans un passé plus lointain, en Amérique du Sud (chez les Aztèques).
La spiruline sera, d’après la FAO et l’UNESCO, le super aliment du XXIème siècle.

Le Maroc est bien placé dans la culture de cette algue: 3 passionnés se sont associés au sein de Spiruline Vitalgue Sarl et ont mis leurs connaissances au service de ce produit dans la région de Marrakech.
Marco Antonini, détenteur d’un doctorat en sciences de l’environnement; Patrick Clément, ancien producteur de spiruline en France et consultant technique «Spiruline Développement Consulting»;
Philippe de Chancel, diplômé en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives, gérant de Spiruline Vitalgue. C’est ce dernier que nous avons rencontré pour partir à la découverte de cette algue-miracle.

La société exporte 60% de sa production et vise à doubler ses ventes dans le court terme.

 

Médias 24: A quel type d’algue appartient la spiruline?

Philippe de Chancel: La spiruline est un micro organisme aquatique, plus précisément une cyanobactérie (anciennement appelée algue bleue) qui est apparue sur terre voici environ 2,5 milliards d’années: elle fait partie des premiers organismes qui ont été capables d’absorber le dioxyde de carbone pour le transformer en protéines et autres éléments au travers de la photosynthése, tout en libérant de l’oxygène dans l’atmosphère, permettant ainsi l’apparition de la vie sur terre.

Mais ce n’est que dans les années 1970 que l’on a vraiment découvert les bienfaits de cette algue : la spiruline est un aliment qui contient plus de 60% de protéines, avec  tous les acides aminés essentiels,  énormément de vitamines, de minéraux et beaucoup d’anti oxydants. Résultat: 3 cuillères à soupe de spiruline contiennent autant de protéines que 100 g de steak, autant de calcium que 3 verres de lait, autant de fer que 3 bols d’épinards, autant de béta-carotène que 18 carottes, autant de vitamine B12 que 100 g de bœuf, autant de potassium que 3 bols de riz et autant d’acide gamma-linolénique que le lait maternel!

Et ce n’est pas moi qui le dit, mais un médecin qui a consacré un livre de plus de 300 pages à la spiruline: le Dr. Jean-Louis Vidalo. (La spiruline, algue bleue de santé et de prévention, Edition du Dauphin).

-Où trouve-t-on de la spiruline ?

-Elle se développe naturellement dans des lacs volcaniques alcalins sodiques autour de la zone de l’équateur. Elle est présente en Afrique (lac du rift Kenyan, lac Tchad), en Amérique du Sud (ainsi la ville de Mexico s’est développée à l’emplacement d’un lac de spiruline maintenant asséché), en Inde.

De nos jours, la production commerciale de spiruline est issue de l’aquaculture, sauf en Chine où la spiruline est toujours ramassée de façon naturelle mais dans des conditions peu contrôlées.

-La spiruline peut-elle vraiment nourrir des populations entières dans certaines régions du monde ou est-ce une utopie?

-Ce n’est pas une utopie! La culture de la spiruline est largement entamée depuis quelques décennies. Elle a été développée dans beaucoup de pays d’Afrique (Burkina Faso, Niger, RDC) pour aider  des populations pauvres, des orphelinats notamment. Mais chaque fois que c’est possible avec une production locale.

C’est très facile de créer plein de petits bassins de spiruline destinés à une consommation de proximité. Un moteur de machine à laver et une roue de bicyclette suffisent à faire tourner les pâles dans un petit bassin de production.
Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant l’éradication de la malnutrition mais la spiruline ouvre une nouvelle voie de développement.  Il faut savoir que pour produire un kilo de protéines bovines, il faut 100.000 litres d’eau et 200 m2 de terrain; pour produire un kilogramme de protéines de spiruline, il suffit de 2.500 litre d’eau et 1 m2 de terrain.

C’est une algue qui se développe facilement?

La production de bonne spiruline nécessite énormément de travail et une hygiène irréprochable. Notre site de production est régulièrement inspecté par l’EACCE (Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations), un organisme marocain d’Etat qui vérifie que nous respectons les normes européennes ce qui nous permet d’exporter en Europe et ailleurs.

Dans les bassins de production, il y a un gros travail d’accompagnement quotidien qui facilite un développement très rapide: la spiruline peut avoir une croissance de l’ordre de 25% par jour! Avec quelques centaines de mètres carrés de bassins, vous pouvez nourrir quotidiennement une centaine de personnes. L’idéal étant d’utiliser la spiruline mélangée avec des sardines et du riz par exemple: c’est ce qui se fait, avec succès, dans beaucoup d’orphelinats du continent africain.

Et là, je me réfère au Pr. Jean Paul Jourdan et à son compère de toujours, le Pr. Ripley Fox. Ils ont mis une grande partie de leur vie au service du développement de la spiruline en réalisant des études fondamentales puis de nombreuses réalisations à travers le monde. 

A Madagascar, par exemple, on s’est aperçu que 2 cuillères à café de spiruline, pendant deux mois, associés à un féculent (du riz en l’occurrence), avaient permis à nombre d’enfants de retrouver un poids normal. A Dakar, de la spiruline mélangée à de la bouillie ou du lait a permis à des enfants sous-alimentés de reprendre 50 grammes par jour. D’autres études qui arrivent aux mêmes conclusions ont été menées au Mexique, en Roumanie et dans bien d’autres pays.

Un exemple concret d’utilisation de la spiruline: la xérophtalmie est fréquente en Afrique mais elle est méconnue. C'est l'une des principales causes de la cécité infantile. La xérophtalmie, induite par la carence en vitamine A, représente la première cause de cécité infantile, atteignant 6 à 7 millions d'enfants par an dont 500.000 deviennent aveugles.

Un à deux grammes de spiruline par jour apporte assez de pro vitamine A pour définitivement régler ce problème!

Si bien que la FAO a officiellement déclaré que la bonne santé de certaines populations pauvres du Tchad était liée à la consommation de spiruline et que cette algue serait l’aliment idéal du XXIème siècle.

Et dès 1974, la Conférence alimentaire mondiale des Nations-Unies déclarait la spiruline aliment de santé supérieure du XXIème siècle. Pour l’Administration Américaine de l’Alimentation  (FDA), la spiruline est l’une des meilleures sources de protéines et le ministère chinois de la santé fait de cette algue un complément alimentaire de premier ordre: que voulez-vous de plus comme preuve!?

-Pour en venir à votre propre expérience, comment vous est venue l’idée de cultiver cette algue au Maroc et plus précisément à Marrakech?

-C’est lié à une rencontre avec mon premier associé, Marco Antonini qui s’est penché sur la spiruline lors de ses études universitaires.

Comme moi, il est natif du Maroc et l’un comme l’autre, après nos études à l’étranger, nous sommes rentrés au pays.

Lui, il avait en tête cette petite algue qu’il connaissait bien et notre entreprise est née d’une discussion: moi, j’avais envie d’entreprendre quelque chose et j’ai attrapé le virus de la spiruline dès que j’ai commencé à l’étudier. On a ramené une souche de l’étranger, on s’est efforcé de la développer et de fil en aiguille, on a décidé de lancer un projet à une taille suffisante pour que ce soit viable sur un plan commercial.

On a mis 3 ans avant de se lancer dans la production et c’est suite à notre rencontre avec Patrick Clément, au cours d’une formation spécialisée en culture de spiruline que nous avons réellement décidé de nous lancer dans l’aventure.

-Pourquoi le choix de Marrakech?

-Au départ, on n’était pas vraiment partants pour Marrakech: mais en bordure de mer, comme à Casablanca, le taux d’humidité était trop important. Pour la spiruline, si vous voulez conserver 100% des valeurs nutritives du produit, il faut faire un séchage à basse température.

Donc, Marrakech qui est une région assez chaude, mais surtout avec un taux d’humidité très bas, nous a paru l’idéal, d’autant plus que l’on a trouvé le terrain qui correspondait pile à notre recherche. Sans oublier la qualité de l’eau, autre point essentiel: on est sur une nappe phréatique propre.

On avait donc ici toutes les conditions pour lancer la production.  C’était en 2009. A l’époque, la spiruline était très mal connue au Maroc, même s’il y avait déjà un producteur à Dakhla. On a mis énormément de temps à nous faire connaître et on écoule toute notre production depuis deux ans seulement.

6 ans après le début de cette aventure, nous sommes fiers de représenter la spiruline marocaine à l’Exposition Universelle actuellement en cours à Milan dont le thème est “Nourrir la Planète, Énergie pour la vie“.

-Mais votre production n’est pas destinée à lutter contre la faim dans le monde…Vous avez découvert un autre débouché: le complément alimentaire…

-Si notre production de spiruline n’est pas destinée à lutter directement contre la malnutrition, nous n’avons pas perdu de vue ce point important en soutenant techniquement, depuis presque 6 ans, l’installation d’un producteur à Zaouit Sidi Ahmed dans la province de Ouarzazate, en collaboration avec l’association «Tamounte».
Hassan produit de la spiruline qu’il commercialise sous le nom de Atlaspiruline. C’est un jeune homme qui a ainsi créé son emploi et a pu rester au village. C’est une modeste contribution mais humainement importante.

Les bienfaits de la spiruline intéressent aussi bien les personnes dénutries que les personnes en surcharge pondérale. Tous les médecins qui se sont penchés sur ce produit lui reconnaissent une grande efficacité dans la prévention de certaines maladies, comme le cholestérol ou le diabète (tout en faisant attention à ce que l’on mange bien évidemment).

Elle permet surtout de lutter contre l’état de fatigue généralisée et le manque de fer (anémie). La spiruline renforce également les défenses immunitaires, retarde le vieillissement physique et cérébral, augmente l’endurance avec comme conséquences moins de fatigue et moins de courbatures après un effort. Elle remplace la viande pour les végétariens.

La spiruline est donc intéressante pour tout le monde, en particulier pour tous ceux qui font attention à leur alimentation: n’oubliez pas que ce que l’on mange aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que l’on mangeait il y a 50 ans: dans les fruits et légumes d’aujourd’hui, il y a environ 40 fois moins de nutriments que dans les mêmes produits, il y a un demi-siècle.

Concrètement, dans une pomme que l’on trouve sur les étals, il y a essentiellement de l’eau et beaucoup de pesticides! La culture de spiruline se fait sans pesticides ni insecticides. Elle «mange» essentiellement du gaz carbonique et des sels minéraux. 
Voici donc un  aliment sain pour un corps sain.

-Pour mener votre projet à bien, quel a été l investissement nécessaire?

-La société Spiruline Vitalgue a investi 1 million de DH pour la construction de son site de production (hors foncier). Il a été fait appel à des partenaires-investisseurs privés pour lever ces fonds, lesquels sont entrés comme associés dans le capital de la société.

La confiance que nous accordent ces investisseurs a été primordiale pour mener à bien le projet. Sans eux, nous n’aurions rien fait! Ils ont agi comme des Business Angels, ce fut notre chance.

Le bâtiment a été construit de façon à respecter les normes sanitaires et de bonnes pratiques d'hygiène pour nous permettre de pouvoir récolter dans les meilleures conditions possibles. Nous avons tout fait pour avoir un bâtiment naturellement climatisé grâce à une bonne isolation thermique.
Tous les matériaux et ustensiles dédiés à la production sont aux normes alimentaires. 
La surface totale des bassins pour la production de spiruline est de 1.000 m². Cette surface est divisée en quatre bassins de 250 m² répartis sous deux serres agricoles. Une troisième serre est utilisée  pour l'ensemencement.

-Cela vous permet quelle production annuelle ?

-Avec 1.000 m² de surface de production, la société produit entre 800 et 1.200 kg de spiruline séchée par an. C’est variable selon les années.

N’oubliez pas que c’est une activité aquacole très dépendante du climat. Un gros orage, avec un vent violent, peut générer des dégâts importants et donc de longues réparations. Cela se traduira par une chute de rendement annuel si cet accident survient en haute saison. 
Nous sommes aussi des explorateurs, car, il y a toujours une différence entre les chiffres retenus dans une modélisation informatique et la réalité que l’on rencontre sur le terrain. Nous affinons donc ces modèles...

-Que représentent en volume vos exportations ?

-La spiruline que nous produisons est destinée aussi bien au marché local qu'à l'exportation. Le volume des ventes à l'export représente 60% de la production contre 40% sur le marché national.

Notre objectif, pour la fin de l'année, à la basse saison, est de pouvoir doubler notre surface de production de façon à pouvoir faire face aux demandes croissantes venants de l'étranger tout en essayant d'augmenter nos ventes sur le marché national par un développement plus important en terme de distribution.

En effet, dans un avenir proche, la société va diversifier sa gamme de produits et s'associer à une société de distribution pour étendre son rayon d'action dans tout le Royaume.

Et pour voir encore plus loin, nous étudions la création d’un nouveau site de production, beaucoup plus grand, plus moderne, mieux équipé pour répondre à la double demande de nos clients: produire beaucoup plus de spiruline, de qualité et moins cher. Cela nécessitera au moins 10.000 m 2 de surface de production et 18 millions de DH d'investissements. Nous cherchons des partenaires.

-Vous commercialisez la spiruline sous quelle forme?

-Notre marque de fabrique, c’est la spiruline en paillettes. Sous cette forme, c’est un aliment sans contre-indication. Lorsqu’on la récolte par filtration, on obtient une biomasse verte, sous forme de pâte. Cette pâte, il faut la presser pour lui enlever le maximum d’eau avant de la transformer en filaments. Et ce sont ces filaments de 2 mm qui vont pouvoir sécher à basse température, aux alentours de 40-45°. Ces filaments une fois secs, on les broie. Et c’est ce qui donne cet aspect paillettes.

Au Maroc, on vend le produit sous cette forme, dans des sachets de 100 grammes. On a choisi ce format, parce qu’il correspond à une cure d’un mois à raison de 5 g par jour 5 fois par semaine. Nos points de vente sont les pharmacies et parapharmacies, les herboristeries, les magasins bio et magasins diététiques. Et on est en contact régulier avec les nutritionnistes et les diététiciens qui sont des prescripteurs.

Pour les ventes à l’étranger, on n’exporte pas de sachets de 100 grammes, mais des paquets qui vont de 2 à 100 kg et tout est reconditionné en petites quantités dans les pays importateurs.

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Pour les grands organismes internationaux, c’est l’aliment miracle du XXIe siècle. La spiruline est produite au Maroc. Médias 24 a visité l’un des sites de production, situé à Marrakech, créé par trois associés français.

La spiruline est une algue qui a toujours existé sur terre, du moins depuis 2,5 milliards d’années! Mais ce n’est que depuis les années 1970 que chercheurs, nutritionnistes et organisations non gouvernementales ont redécouvert ses propriétés nutritives exceptionnelles après avoir observé son utilisation comme aliment traditionnel en Afrique (au Tchad) et, dans un passé plus lointain, en Amérique du Sud (chez les Aztèques).
La spiruline sera, d’après la FAO et l’UNESCO, le super aliment du XXIème siècle.

Le Maroc est bien placé dans la culture de cette algue: 3 passionnés se sont associés au sein de Spiruline Vitalgue Sarl et ont mis leurs connaissances au service de ce produit dans la région de Marrakech.
Marco Antonini, détenteur d’un doctorat en sciences de l’environnement; Patrick Clément, ancien producteur de spiruline en France et consultant technique «Spiruline Développement Consulting»;
Philippe de Chancel, diplômé en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives, gérant de Spiruline Vitalgue. C’est ce dernier que nous avons rencontré pour partir à la découverte de cette algue-miracle.

La société exporte 60% de sa production et vise à doubler ses ventes dans le court terme.

 

Médias 24: A quel type d’algue appartient la spiruline?

Philippe de Chancel: La spiruline est un micro organisme aquatique, plus précisément une cyanobactérie (anciennement appelée algue bleue) qui est apparue sur terre voici environ 2,5 milliards d’années: elle fait partie des premiers organismes qui ont été capables d’absorber le dioxyde de carbone pour le transformer en protéines et autres éléments au travers de la photosynthése, tout en libérant de l’oxygène dans l’atmosphère, permettant ainsi l’apparition de la vie sur terre.

Mais ce n’est que dans les années 1970 que l’on a vraiment découvert les bienfaits de cette algue : la spiruline est un aliment qui contient plus de 60% de protéines, avec  tous les acides aminés essentiels,  énormément de vitamines, de minéraux et beaucoup d’anti oxydants. Résultat: 3 cuillères à soupe de spiruline contiennent autant de protéines que 100 g de steak, autant de calcium que 3 verres de lait, autant de fer que 3 bols d’épinards, autant de béta-carotène que 18 carottes, autant de vitamine B12 que 100 g de bœuf, autant de potassium que 3 bols de riz et autant d’acide gamma-linolénique que le lait maternel!

Et ce n’est pas moi qui le dit, mais un médecin qui a consacré un livre de plus de 300 pages à la spiruline: le Dr. Jean-Louis Vidalo. (La spiruline, algue bleue de santé et de prévention, Edition du Dauphin).

-Où trouve-t-on de la spiruline ?

-Elle se développe naturellement dans des lacs volcaniques alcalins sodiques autour de la zone de l’équateur. Elle est présente en Afrique (lac du rift Kenyan, lac Tchad), en Amérique du Sud (ainsi la ville de Mexico s’est développée à l’emplacement d’un lac de spiruline maintenant asséché), en Inde.

De nos jours, la production commerciale de spiruline est issue de l’aquaculture, sauf en Chine où la spiruline est toujours ramassée de façon naturelle mais dans des conditions peu contrôlées.

-La spiruline peut-elle vraiment nourrir des populations entières dans certaines régions du monde ou est-ce une utopie?

-Ce n’est pas une utopie! La culture de la spiruline est largement entamée depuis quelques décennies. Elle a été développée dans beaucoup de pays d’Afrique (Burkina Faso, Niger, RDC) pour aider  des populations pauvres, des orphelinats notamment. Mais chaque fois que c’est possible avec une production locale.

C’est très facile de créer plein de petits bassins de spiruline destinés à une consommation de proximité. Un moteur de machine à laver et une roue de bicyclette suffisent à faire tourner les pâles dans un petit bassin de production.
Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant l’éradication de la malnutrition mais la spiruline ouvre une nouvelle voie de développement.  Il faut savoir que pour produire un kilo de protéines bovines, il faut 100.000 litres d’eau et 200 m2 de terrain; pour produire un kilogramme de protéines de spiruline, il suffit de 2.500 litre d’eau et 1 m2 de terrain.

C’est une algue qui se développe facilement?

La production de bonne spiruline nécessite énormément de travail et une hygiène irréprochable. Notre site de production est régulièrement inspecté par l’EACCE (Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations), un organisme marocain d’Etat qui vérifie que nous respectons les normes européennes ce qui nous permet d’exporter en Europe et ailleurs.

Dans les bassins de production, il y a un gros travail d’accompagnement quotidien qui facilite un développement très rapide: la spiruline peut avoir une croissance de l’ordre de 25% par jour! Avec quelques centaines de mètres carrés de bassins, vous pouvez nourrir quotidiennement une centaine de personnes. L’idéal étant d’utiliser la spiruline mélangée avec des sardines et du riz par exemple: c’est ce qui se fait, avec succès, dans beaucoup d’orphelinats du continent africain.

Et là, je me réfère au Pr. Jean Paul Jourdan et à son compère de toujours, le Pr. Ripley Fox. Ils ont mis une grande partie de leur vie au service du développement de la spiruline en réalisant des études fondamentales puis de nombreuses réalisations à travers le monde. 

A Madagascar, par exemple, on s’est aperçu que 2 cuillères à café de spiruline, pendant deux mois, associés à un féculent (du riz en l’occurrence), avaient permis à nombre d’enfants de retrouver un poids normal. A Dakar, de la spiruline mélangée à de la bouillie ou du lait a permis à des enfants sous-alimentés de reprendre 50 grammes par jour. D’autres études qui arrivent aux mêmes conclusions ont été menées au Mexique, en Roumanie et dans bien d’autres pays.

Un exemple concret d’utilisation de la spiruline: la xérophtalmie est fréquente en Afrique mais elle est méconnue. C'est l'une des principales causes de la cécité infantile. La xérophtalmie, induite par la carence en vitamine A, représente la première cause de cécité infantile, atteignant 6 à 7 millions d'enfants par an dont 500.000 deviennent aveugles.

Un à deux grammes de spiruline par jour apporte assez de pro vitamine A pour définitivement régler ce problème!

Si bien que la FAO a officiellement déclaré que la bonne santé de certaines populations pauvres du Tchad était liée à la consommation de spiruline et que cette algue serait l’aliment idéal du XXIème siècle.

Et dès 1974, la Conférence alimentaire mondiale des Nations-Unies déclarait la spiruline aliment de santé supérieure du XXIème siècle. Pour l’Administration Américaine de l’Alimentation  (FDA), la spiruline est l’une des meilleures sources de protéines et le ministère chinois de la santé fait de cette algue un complément alimentaire de premier ordre: que voulez-vous de plus comme preuve!?

-Pour en venir à votre propre expérience, comment vous est venue l’idée de cultiver cette algue au Maroc et plus précisément à Marrakech?

-C’est lié à une rencontre avec mon premier associé, Marco Antonini qui s’est penché sur la spiruline lors de ses études universitaires.

Comme moi, il est natif du Maroc et l’un comme l’autre, après nos études à l’étranger, nous sommes rentrés au pays.

Lui, il avait en tête cette petite algue qu’il connaissait bien et notre entreprise est née d’une discussion: moi, j’avais envie d’entreprendre quelque chose et j’ai attrapé le virus de la spiruline dès que j’ai commencé à l’étudier. On a ramené une souche de l’étranger, on s’est efforcé de la développer et de fil en aiguille, on a décidé de lancer un projet à une taille suffisante pour que ce soit viable sur un plan commercial.

On a mis 3 ans avant de se lancer dans la production et c’est suite à notre rencontre avec Patrick Clément, au cours d’une formation spécialisée en culture de spiruline que nous avons réellement décidé de nous lancer dans l’aventure.

-Pourquoi le choix de Marrakech?

-Au départ, on n’était pas vraiment partants pour Marrakech: mais en bordure de mer, comme à Casablanca, le taux d’humidité était trop important. Pour la spiruline, si vous voulez conserver 100% des valeurs nutritives du produit, il faut faire un séchage à basse température.

Donc, Marrakech qui est une région assez chaude, mais surtout avec un taux d’humidité très bas, nous a paru l’idéal, d’autant plus que l’on a trouvé le terrain qui correspondait pile à notre recherche. Sans oublier la qualité de l’eau, autre point essentiel: on est sur une nappe phréatique propre.

On avait donc ici toutes les conditions pour lancer la production.  C’était en 2009. A l’époque, la spiruline était très mal connue au Maroc, même s’il y avait déjà un producteur à Dakhla. On a mis énormément de temps à nous faire connaître et on écoule toute notre production depuis deux ans seulement.

6 ans après le début de cette aventure, nous sommes fiers de représenter la spiruline marocaine à l’Exposition Universelle actuellement en cours à Milan dont le thème est “Nourrir la Planète, Énergie pour la vie“.

-Mais votre production n’est pas destinée à lutter contre la faim dans le monde…Vous avez découvert un autre débouché: le complément alimentaire…

-Si notre production de spiruline n’est pas destinée à lutter directement contre la malnutrition, nous n’avons pas perdu de vue ce point important en soutenant techniquement, depuis presque 6 ans, l’installation d’un producteur à Zaouit Sidi Ahmed dans la province de Ouarzazate, en collaboration avec l’association «Tamounte».
Hassan produit de la spiruline qu’il commercialise sous le nom de Atlaspiruline. C’est un jeune homme qui a ainsi créé son emploi et a pu rester au village. C’est une modeste contribution mais humainement importante.

Les bienfaits de la spiruline intéressent aussi bien les personnes dénutries que les personnes en surcharge pondérale. Tous les médecins qui se sont penchés sur ce produit lui reconnaissent une grande efficacité dans la prévention de certaines maladies, comme le cholestérol ou le diabète (tout en faisant attention à ce que l’on mange bien évidemment).

Elle permet surtout de lutter contre l’état de fatigue généralisée et le manque de fer (anémie). La spiruline renforce également les défenses immunitaires, retarde le vieillissement physique et cérébral, augmente l’endurance avec comme conséquences moins de fatigue et moins de courbatures après un effort. Elle remplace la viande pour les végétariens.

La spiruline est donc intéressante pour tout le monde, en particulier pour tous ceux qui font attention à leur alimentation: n’oubliez pas que ce que l’on mange aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que l’on mangeait il y a 50 ans: dans les fruits et légumes d’aujourd’hui, il y a environ 40 fois moins de nutriments que dans les mêmes produits, il y a un demi-siècle.

Concrètement, dans une pomme que l’on trouve sur les étals, il y a essentiellement de l’eau et beaucoup de pesticides! La culture de spiruline se fait sans pesticides ni insecticides. Elle «mange» essentiellement du gaz carbonique et des sels minéraux. 
Voici donc un  aliment sain pour un corps sain.

-Pour mener votre projet à bien, quel a été l investissement nécessaire?

-La société Spiruline Vitalgue a investi 1 million de DH pour la construction de son site de production (hors foncier). Il a été fait appel à des partenaires-investisseurs privés pour lever ces fonds, lesquels sont entrés comme associés dans le capital de la société.

La confiance que nous accordent ces investisseurs a été primordiale pour mener à bien le projet. Sans eux, nous n’aurions rien fait! Ils ont agi comme des Business Angels, ce fut notre chance.

Le bâtiment a été construit de façon à respecter les normes sanitaires et de bonnes pratiques d'hygiène pour nous permettre de pouvoir récolter dans les meilleures conditions possibles. Nous avons tout fait pour avoir un bâtiment naturellement climatisé grâce à une bonne isolation thermique.
Tous les matériaux et ustensiles dédiés à la production sont aux normes alimentaires. 
La surface totale des bassins pour la production de spiruline est de 1.000 m². Cette surface est divisée en quatre bassins de 250 m² répartis sous deux serres agricoles. Une troisième serre est utilisée  pour l'ensemencement.

-Cela vous permet quelle production annuelle ?

-Avec 1.000 m² de surface de production, la société produit entre 800 et 1.200 kg de spiruline séchée par an. C’est variable selon les années.

N’oubliez pas que c’est une activité aquacole très dépendante du climat. Un gros orage, avec un vent violent, peut générer des dégâts importants et donc de longues réparations. Cela se traduira par une chute de rendement annuel si cet accident survient en haute saison. 
Nous sommes aussi des explorateurs, car, il y a toujours une différence entre les chiffres retenus dans une modélisation informatique et la réalité que l’on rencontre sur le terrain. Nous affinons donc ces modèles...

-Que représentent en volume vos exportations ?

-La spiruline que nous produisons est destinée aussi bien au marché local qu'à l'exportation. Le volume des ventes à l'export représente 60% de la production contre 40% sur le marché national.

Notre objectif, pour la fin de l'année, à la basse saison, est de pouvoir doubler notre surface de production de façon à pouvoir faire face aux demandes croissantes venants de l'étranger tout en essayant d'augmenter nos ventes sur le marché national par un développement plus important en terme de distribution.

En effet, dans un avenir proche, la société va diversifier sa gamme de produits et s'associer à une société de distribution pour étendre son rayon d'action dans tout le Royaume.

Et pour voir encore plus loin, nous étudions la création d’un nouveau site de production, beaucoup plus grand, plus moderne, mieux équipé pour répondre à la double demande de nos clients: produire beaucoup plus de spiruline, de qualité et moins cher. Cela nécessitera au moins 10.000 m 2 de surface de production et 18 millions de DH d'investissements. Nous cherchons des partenaires.

-Vous commercialisez la spiruline sous quelle forme?

-Notre marque de fabrique, c’est la spiruline en paillettes. Sous cette forme, c’est un aliment sans contre-indication. Lorsqu’on la récolte par filtration, on obtient une biomasse verte, sous forme de pâte. Cette pâte, il faut la presser pour lui enlever le maximum d’eau avant de la transformer en filaments. Et ce sont ces filaments de 2 mm qui vont pouvoir sécher à basse température, aux alentours de 40-45°. Ces filaments une fois secs, on les broie. Et c’est ce qui donne cet aspect paillettes.

Au Maroc, on vend le produit sous cette forme, dans des sachets de 100 grammes. On a choisi ce format, parce qu’il correspond à une cure d’un mois à raison de 5 g par jour 5 fois par semaine. Nos points de vente sont les pharmacies et parapharmacies, les herboristeries, les magasins bio et magasins diététiques. Et on est en contact régulier avec les nutritionnistes et les diététiciens qui sont des prescripteurs.

Pour les ventes à l’étranger, on n’exporte pas de sachets de 100 grammes, mais des paquets qui vont de 2 à 100 kg et tout est reconditionné en petites quantités dans les pays importateurs.

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