EXCLUSIF. ll y a danger en la demeure. La Samir cumule une dette globale, au Maroc et à l’international, comprise entre 42 et 43 milliards de DH, selon des sources sûres contactées par Médias 24.

Les banques sont engagées à hauteur de 8 à 10 milliards de DH. C’est dire que, dans le cas où la Samir ne redresse pas la barre, l’effet domino sera terrible sur la marché marocain: bourse, sous-traitants, salariés, et séisme au niveau des banques créancières...

Pris au piège dans un cercle vicieux et une fuite en avant, le raffineur national n’arrive plus à s’en sortir. Après les saisies opérées par l’administration des douanes et plusieurs banques, les procès intentés par les fournisseurs et bailleurs de fonds étrangers, c’est autour des salariés de préparer l’exécution finale.

Le syndicat du pétrole et du gaz, affilié à la Confédération Démocratique du Travail, s’est donné un deadline pour tirer à bout portant sur la Samir. Les représentants des salariés attendent en effet le 28 ou le 29 mois, date de virement des salaires, pour agir.

Si la Samir est en mesure d’alimenter les comptes bancaires de ses collaborateurs, le syndicat criera à la paix et au soutien du raffineur. Dans le cas contraire, il sera dans l’obligation de «agir pour sauvegarder les intérêts des salariés», martèle-t-on auprès de la filiale de la CDT, contactée par nos soins.

Le Ministère de l’Emploi a déjà été saisi à cet effet. Après avoir tenu son conseil national, le syndicat du pétrole et du gaz a adressé au Ministère de l’Emploi un courrier l’invitant, avec insistance, à réunir la commission nationale d’enquête et de conciliation. L’objectif est d’arriver à une entente dans le cas de Samir pour parer à toutes les éventualités.

Et il y a le feu dans la demeure. Un crash de la Samir réduira à néant près de 1.500 emplois directs et le business de près de 200 entreprises sous-traitantes. Ceci sans oublier les banques créancières marocaines. Des sources sûres estiment la dette globale de la Samir auprès des banques marocains de 8 à 10 milliards de DH. Selon des sources non officielles, les seules garanties prises par les banques sont des nantissements sur le fonds de commerce. Mais, cette affirmation doit être prise avec précaution, nous n'avons pu la confirmer de source bancaire ni auprès de la tutelle des banques.

Le dernier risque et non des moindres concerne la dette à l'égard de la douane. Son montant, intérêts compris, est de 13 milliards de DH. Selon des sources profesionnelles, la douane récupèrera une grande partie, voire la totalité, grâce à l'ATD qu'elle a transmis aux clients.

Ces 13 milliards de DH correspondent à 12,6 milliards de DH en principal. Il s'agit d'une facilité qui a toujours existé: c'est le crédit d'enlèvement accordé à de gros opérateurs notamment. Si cette créance n'est pas récupérée par la douane, il s'agira d'un manque à gagner pour le Trésor public. Il faut noter que le montant correspondant n'a pas été budgétisé.

La responsabilité de l’Etat

Le dossier de la Samir n’est pas exclusivement une affaire du privé. La responsabilité de l’Etat est fortement engagée.

Sur le plan de la sécurité énergétique, le gouvernement a la solution toute faite. Les distributeurs des produits pétroliers s’en occupent depuis la réunion du 18 août 2015. Bien que sereine, cette solution demeure temporaire en attendant que l’Etat décide si le raffinage est une industrie stratégique (ou pas) pour le Maroc.

En effet, la réponse à cette question semble tranchée. Toutes les sources qui se sont confiées à Médias 24 reconnaissent le caractère stratégique de la raffinerie. Le Maroc doit en disposer, disent-elles. Dans ce cas là, quelle solution préconise l’Etat pour sortir la Samir de cette tourmente? La situation est telle que n’importe quel créancier, même le plus petit sous-traitant, peut introduire une action en justice pour mettre le raffineur en redressement ou en liquidation judiciaires.

L’idée de trouver un repreneur circule sur le marché, mais rien n’est confirmé pour l’instant. Le gouvernement, surtout le Ministère de tutelle, se cache derrière un silence «voulu». Pour preuve, après la réunion du 18 août avec le PDG de la société, Mohamed Al Amoudi, qui n'a présenté aucun plan, qui n'a fait aucune proposition, l’Etat n’a pas précisé quels étaient les délais accordés à l’actionnaire de référence pour opérer l’augmentation de capital souhaitée et Abdelkader Amara, ministre de l’Energie, est resté injoignable.

La balle est dans le camp d'Al Amoudi et des créanciers. Les banques ont coupé le robinet.

La descente aux enfers

La solution est donc financière. En effet, la société a jonglé avec les comptes de trésorerie jusqu’à ne plus pouvoir honorer ses engagements. Tout a commencé avec le plan d’investissement de la nouvelle structure de l’hydrocracking. La société avait fait son business plan en 2002, évaluant l’engagement financier à 7 milliards de DH. Le projet a été réalisé en 2006 et a nécessité 13 milliards de DH. Le business plan n’ayant pas été mise à jour, le gap entre les prévisions et les engagements a été comblé par le fonds de roulement.

Le premier signal d’alarme s’est fait sentir en 2009 avec une trésorerie déficitaire de près de 1 milliard de DH par mois. Au lieu de traiter le problème à la racine, le management de Samir a opté pour les crédits spots. A l‘époque, la Samir jouissait encore de la confiance du système bancaire et pouvait compter sur les facilités de la place.

Mais la confiance a des limites. Les crédits spot à court terme se sont cumulés pour atteindre le point de non retour. L’idée de la restructuration de la dette a commencé à se poser de manière urgente. L’idée était de substituer la dette à long terme à celle à court terme. Encore une fois, le management de Samir prend son temps pour agir et rate une occasion de sortir du gouffre. Et pour ajouter l’huile sur le feu, il lance une nouvelle structure de production financée par le leasing: 2 milliards de DH.

Faute d’une action choc, le management de Samir a continué à chercher des échappatoires. Le système bancaire, alerté par le niveau d’endettement de la société, ferme les robinets. Samir se tourne avec le factoring. Cette piste a été poussée à son maximum jusqu’à la décision des fournisseurs internationaux de couper les approvisionnements: la matière première n’arrive plus à bon port et Samir se retrouve contrainte d’annoncer l’arrêt momentané de son activité.

Pour l’heure, la société continue à approvisionner le marché en puisant dans le stock disponible, à coup de quelques camions par jour. Quelques camions fournissent le marché et un navire vient de livrer Agadir en kérosène. L’outil de production, lui, est à l’arrêt. Selon le jargon du métier, il est mis sous gaz: en clair, il est imbibé de gaz pour éviter sa détérioration rapide. Mais jusqu’à quand ? Cela, personne ne le saura.

La Samir est trop endettée pour survivre. Elle est trop importante pour couler.

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EXCLUSIF. ll y a danger en la demeure. La Samir cumule une dette globale, au Maroc et à l’international, comprise entre 42 et 43 milliards de DH, selon des sources sûres contactées par Médias 24.

Les banques sont engagées à hauteur de 8 à 10 milliards de DH. C’est dire que, dans le cas où la Samir ne redresse pas la barre, l’effet domino sera terrible sur la marché marocain: bourse, sous-traitants, salariés, et séisme au niveau des banques créancières...

Pris au piège dans un cercle vicieux et une fuite en avant, le raffineur national n’arrive plus à s’en sortir. Après les saisies opérées par l’administration des douanes et plusieurs banques, les procès intentés par les fournisseurs et bailleurs de fonds étrangers, c’est autour des salariés de préparer l’exécution finale.

Le syndicat du pétrole et du gaz, affilié à la Confédération Démocratique du Travail, s’est donné un deadline pour tirer à bout portant sur la Samir. Les représentants des salariés attendent en effet le 28 ou le 29 mois, date de virement des salaires, pour agir.

Si la Samir est en mesure d’alimenter les comptes bancaires de ses collaborateurs, le syndicat criera à la paix et au soutien du raffineur. Dans le cas contraire, il sera dans l’obligation de «agir pour sauvegarder les intérêts des salariés», martèle-t-on auprès de la filiale de la CDT, contactée par nos soins.

Le Ministère de l’Emploi a déjà été saisi à cet effet. Après avoir tenu son conseil national, le syndicat du pétrole et du gaz a adressé au Ministère de l’Emploi un courrier l’invitant, avec insistance, à réunir la commission nationale d’enquête et de conciliation. L’objectif est d’arriver à une entente dans le cas de Samir pour parer à toutes les éventualités.

Et il y a le feu dans la demeure. Un crash de la Samir réduira à néant près de 1.500 emplois directs et le business de près de 200 entreprises sous-traitantes. Ceci sans oublier les banques créancières marocaines. Des sources sûres estiment la dette globale de la Samir auprès des banques marocains de 8 à 10 milliards de DH. Selon des sources non officielles, les seules garanties prises par les banques sont des nantissements sur le fonds de commerce. Mais, cette affirmation doit être prise avec précaution, nous n'avons pu la confirmer de source bancaire ni auprès de la tutelle des banques.

Le dernier risque et non des moindres concerne la dette à l'égard de la douane. Son montant, intérêts compris, est de 13 milliards de DH. Selon des sources profesionnelles, la douane récupèrera une grande partie, voire la totalité, grâce à l'ATD qu'elle a transmis aux clients.

Ces 13 milliards de DH correspondent à 12,6 milliards de DH en principal. Il s'agit d'une facilité qui a toujours existé: c'est le crédit d'enlèvement accordé à de gros opérateurs notamment. Si cette créance n'est pas récupérée par la douane, il s'agira d'un manque à gagner pour le Trésor public. Il faut noter que le montant correspondant n'a pas été budgétisé.

La responsabilité de l’Etat

Le dossier de la Samir n’est pas exclusivement une affaire du privé. La responsabilité de l’Etat est fortement engagée.

Sur le plan de la sécurité énergétique, le gouvernement a la solution toute faite. Les distributeurs des produits pétroliers s’en occupent depuis la réunion du 18 août 2015. Bien que sereine, cette solution demeure temporaire en attendant que l’Etat décide si le raffinage est une industrie stratégique (ou pas) pour le Maroc.

En effet, la réponse à cette question semble tranchée. Toutes les sources qui se sont confiées à Médias 24 reconnaissent le caractère stratégique de la raffinerie. Le Maroc doit en disposer, disent-elles. Dans ce cas là, quelle solution préconise l’Etat pour sortir la Samir de cette tourmente? La situation est telle que n’importe quel créancier, même le plus petit sous-traitant, peut introduire une action en justice pour mettre le raffineur en redressement ou en liquidation judiciaires.

L’idée de trouver un repreneur circule sur le marché, mais rien n’est confirmé pour l’instant. Le gouvernement, surtout le Ministère de tutelle, se cache derrière un silence «voulu». Pour preuve, après la réunion du 18 août avec le PDG de la société, Mohamed Al Amoudi, qui n'a présenté aucun plan, qui n'a fait aucune proposition, l’Etat n’a pas précisé quels étaient les délais accordés à l’actionnaire de référence pour opérer l’augmentation de capital souhaitée et Abdelkader Amara, ministre de l’Energie, est resté injoignable.

La balle est dans le camp d'Al Amoudi et des créanciers. Les banques ont coupé le robinet.

La descente aux enfers

La solution est donc financière. En effet, la société a jonglé avec les comptes de trésorerie jusqu’à ne plus pouvoir honorer ses engagements. Tout a commencé avec le plan d’investissement de la nouvelle structure de l’hydrocracking. La société avait fait son business plan en 2002, évaluant l’engagement financier à 7 milliards de DH. Le projet a été réalisé en 2006 et a nécessité 13 milliards de DH. Le business plan n’ayant pas été mise à jour, le gap entre les prévisions et les engagements a été comblé par le fonds de roulement.

Le premier signal d’alarme s’est fait sentir en 2009 avec une trésorerie déficitaire de près de 1 milliard de DH par mois. Au lieu de traiter le problème à la racine, le management de Samir a opté pour les crédits spots. A l‘époque, la Samir jouissait encore de la confiance du système bancaire et pouvait compter sur les facilités de la place.

Mais la confiance a des limites. Les crédits spot à court terme se sont cumulés pour atteindre le point de non retour. L’idée de la restructuration de la dette a commencé à se poser de manière urgente. L’idée était de substituer la dette à long terme à celle à court terme. Encore une fois, le management de Samir prend son temps pour agir et rate une occasion de sortir du gouffre. Et pour ajouter l’huile sur le feu, il lance une nouvelle structure de production financée par le leasing: 2 milliards de DH.

Faute d’une action choc, le management de Samir a continué à chercher des échappatoires. Le système bancaire, alerté par le niveau d’endettement de la société, ferme les robinets. Samir se tourne avec le factoring. Cette piste a été poussée à son maximum jusqu’à la décision des fournisseurs internationaux de couper les approvisionnements: la matière première n’arrive plus à bon port et Samir se retrouve contrainte d’annoncer l’arrêt momentané de son activité.

Pour l’heure, la société continue à approvisionner le marché en puisant dans le stock disponible, à coup de quelques camions par jour. Quelques camions fournissent le marché et un navire vient de livrer Agadir en kérosène. L’outil de production, lui, est à l’arrêt. Selon le jargon du métier, il est mis sous gaz: en clair, il est imbibé de gaz pour éviter sa détérioration rapide. Mais jusqu’à quand ? Cela, personne ne le saura.

La Samir est trop endettée pour survivre. Elle est trop importante pour couler.

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