Epilogue de l’affaire: le 19 janvier, le tribunal de commerce de Marrakech a ordonné la liquidation judiciaire de JK Hôtel.

Cette liquidation s'étend aux sociétés Smart Pro et W.Bay, appartenant à Jawad Kadiri.

Ce jugement intervient presque deux ans après l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire ordonnée par le même tribunal suite à une requête de JK Hôtel. Mandarin et les principaux créanciers étaient représentés par le Cabinet Bassamat.

Le JK Hôtel avait été créé par le flamboyant homme d'affaires et jetsetteur Jawad Kadiri, bien connu des magazines people étrangers.

La demande de mise en liquidation judiciaire déposée par les créanciers, arguant que la situation financière de JK Hôtel est irrémédiablement compromise, n’a pas eu d’écho auprès du tribunal. Ce dernier n’a pas non plus tenu compte d’un rapport d’expertise concluant lui aussi que l’entreprise allait droit au mur.

L’appel fait par certains créanciers dont des banques et le Mandarin….n’avait en rien changé la trajectoire du dossier. Le redressement a été maintenu, sur décision de la cour d’appel de Marrakech, en juillet 2014.

Dans la foulée, Jawad Kadiri, gérant de JK Hôtel, n’a a pas pu résister à la tentation et s’est lui aussi inscrit sur la liste des créanciers (15 créances ont été acceptées sur un total de 30 créances déclarées) avant de retirer sa demande. La valeur de la créance présentée par lui est de 209,69MDH.

Parmi les créanciers, on peut citer BCP (137,44MDH), BMCI (111,68 MDH), BP Marrakech (74,34 MDH), Maghrebail (15,36 MDH)…

Une fois le redressement prononcé, les créanciers s’activent…

Le jugement de redressement ayant été confirmé, deux requêtes ont été déposées par les créanciers, désignés en tant que contrôleurs.

La première a porté sur la consultation des livres comptables de JK Hôtel. L’objectif en a été d’étudier la possibilité de mettre en cause la responsabilité des dirigeants si des manquements aux règles de la comptabilité sont avérés et par ricochet d’intenter une action en comblement de passif.

La deuxième requête a porté sur le retrait de la signature sociale à Jawad Kadiri et de la confier au syndic.

Ces deux requêtes ont été jointes, sur décision judiciaire, au dossier d’extension du redressement aux sociétés JK Gestion et Smartro et aux membres du conseil d’administration.

Conclusions du syndic: trois rapports, deux positions différentes

«La situation de la société est irrémédiablement compromise». Voilà en substance la conclusion du premier rapport du syndic, jugé incomplet par le tribunal de commerce et appelé à être étoffé.

Une intervention de la défense de Jawad kadiri a fait basculer les choses. Il a suffi que son avocat dépose un courrier qui fait état de la signature d'un contrat de gérance avec deux sociétés (Hôtel Marocain-Espagnol et SFERA) pour que le second rapport du syndic change de position et préconise la continuation de la société.

Les créanciers ne l’ont pas entendu de cette oreille, en pointant du doigt la non pertinence de la demande faite par la défense de M.Kadiri.

Et rebelote. Un troisième rapport est commandé par le tribunal. Le syndic revient à sa première recommandation et conclut à la nécessité d'ordonner la liquidation judiciaire de JK Hôtel.

Cette expertise étant faite, le tribunal a tout de même ordonné l'extension du redressement aux sociétés JK Gestion et Smart Pro, deux entités que le syndic a jugé inaptes à poursuivre leurs activités, en raison de leurs faibles ressources face à des passifs lourds.

En traitant le cas de ces deux entreprises, le syndic s’est aussi penché sur la situation de JK Hôtel, cet hôtel de luxe financé entre autres par prêts bancaires, pour un total de 390 MDH.

Plusieurs points ont été relevés par le rapport et critiqués par la suite par le contrôleur du rapport lors de l’audience dédiée à sa discussion:

-«Depuis le départ de la dernière société de gestion en septembre 2014, la société indienne Apeejy groupe, propriétaire de la société Balcatta, par ailleurs détentrice de 49% des actions JKH est intervenue pour maintenir l'activité de l'entreprise en injectant des fonds et en recrutant du personnel qualifié», atteste le rapport.

Cette affirmation a été critiquée par la suite par le contrôleur, qui mettait en exergue l’inexistence de documents pouvant attester effectivement de la capacité d’Appejay à gérer l’unité hôtelière, d’autant plus que «Apeejay n’a pas donné de garanties pouvant justifier le sérieux de son offre.»

-Toujours selon le rapport du syndic, une convention met en avant la signature avec Balcatta, pour la gestion de l’hôtel à compter de fin septembre 2015. Le contrôleur reproche au syndic de ne pas avoir discuté le contenu du nouveau contrat de gérance. Il ajoute que Jaouad Kadiri n’a pas respecté la loi en signant le contrat de gérance, alors qu’il n’est plus habilité à gérer, concluant ainsi que ce contrat est nul et non avenu.

-Au final, le syndic a écarté l’option de liquidation, du fait qu’une fermeture de l'établissement pourrait impacter négativement la valeur marchande de l’hôtel et que sa mise en vente nécessitera beaucoup de temps, ce qui porterait préjudice aux intérêts des créanciers.

Il a préfèré temporiser, le temps que le groupe Apeejay puisse trouver des accords avec les créanciers, notamment les institutions financières, sous le contrôle des organes de la procédure collective.

Cette piste est contestée par le contrôleur, qui a pointé du doigt le manque de garanties concrètes à produire par le groupe Apeejy, d’où la nécessité de prononcer sa liquidation judiciaire.

Le Tribunal a fini par répondre favorablement à cette demande le 19 janvier 2016, sonnant le glas d'une partie de l’empire Kadiri. Et après avoir fait perdre deux précieuses années aux créanciers.

Derrière cet empire, se cache un homme d’affaires qui côtoyait les grands de ce monde, un jetsetter connu des milieux mondains. Un grand amoureux du luxe et du bling bling. Un fêtard, qui possédait entre autres la boîte de nuit Fandango à Casablanca et qui a pris pour épouse la fille d’un maharadjah. Excusez du peu.

Ci-dessous, la liste des créances acceptées. La dernière ligne indique que Jawad Kadiri a affirmé détenir une grosse créance sur son hôtel, avant de la retirer. Les créances rejetées ne figurent pas dans cette liste.

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Epilogue de l’affaire: le 19 janvier, le tribunal de commerce de Marrakech a ordonné la liquidation judiciaire de JK Hôtel. 

Cette liquidation s'étend aux sociétés Smart Pro et W.Bay, appartenant à Jawad Kadiri.

Ce jugement intervient presque deux ans après l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire ordonnée par le même tribunal suite à une requête de JK Hôtel. Mandarin et les principaux créanciers étaient représentés par le Cabinet Bassamat.

Le JK Hôtel avait été créé par le flamboyant homme d'affaires et jetsetteur Jawad Kadiri, bien connu des magazines people étrangers.

La demande de mise en liquidation judiciaire déposée par les créanciers, arguant que la situation financière de JK Hôtel est irrémédiablement compromise, n’a pas eu d’écho auprès du tribunal. Ce dernier n’a pas non plus tenu compte d’un rapport d’expertise concluant lui aussi que l’entreprise allait droit au mur.

L’appel fait par certains créanciers dont des banques et le Mandarin….n’avait en rien changé la trajectoire du dossier. Le redressement a été maintenu, sur décision de la cour d’appel de Marrakech, en juillet 2014.

Dans la foulée, Jawad Kadiri, gérant de JK Hôtel, n’a a pas pu résister à la tentation et s’est lui aussi inscrit sur la liste des créanciers (15 créances ont été acceptées sur un total de 30 créances déclarées) avant de retirer sa demande. La valeur de la créance présentée par lui est de 209,69MDH.

Parmi les créanciers, on peut citer BCP (137,44MDH), BMCI (111,68 MDH), BP Marrakech (74,34 MDH), Maghrebail (15,36 MDH)…

Une fois le redressement prononcé, les créanciers s’activent…

Le jugement de redressement ayant été confirmé, deux requêtes ont été déposées par les créanciers, désignés en tant que contrôleurs.

La première a porté sur la consultation des livres comptables de JK Hôtel. L’objectif en a été d’étudier la possibilité de mettre en cause la responsabilité des dirigeants si des manquements aux règles de la comptabilité sont avérés et par ricochet d’intenter une action en comblement de passif.

La deuxième requête a porté sur le retrait de la signature sociale à Jawad Kadiri et de la confier au syndic.

Ces deux requêtes ont été jointes, sur décision judiciaire, au dossier d’extension du redressement aux sociétés JK Gestion et Smartro et aux membres du conseil d’administration.

Conclusions du syndic: trois rapports, deux positions différentes

«La situation de la société est irrémédiablement compromise». Voilà en substance la conclusion du premier rapport du syndic, jugé incomplet par le tribunal de commerce et appelé à être étoffé.

Une intervention de la défense de Jawad kadiri a fait basculer les choses. Il a suffi que son avocat dépose un courrier qui fait état de la signature d'un contrat de gérance avec deux sociétés (Hôtel Marocain-Espagnol et SFERA) pour que le second rapport du syndic change de position et préconise la continuation de la société.

Les créanciers ne l’ont pas entendu de cette oreille, en pointant du doigt la non pertinence de la demande faite par la défense de M.Kadiri.

Et rebelote. Un troisième rapport est commandé par le tribunal. Le syndic revient à sa première recommandation et conclut à la nécessité d'ordonner la liquidation judiciaire de JK Hôtel.

Cette expertise étant faite, le tribunal a tout de même ordonné l'extension du redressement aux sociétés JK Gestion et Smart Pro, deux entités que le syndic a jugé inaptes à poursuivre leurs activités, en raison de leurs faibles ressources face à des passifs lourds.

En traitant le cas de ces deux entreprises, le syndic s’est aussi penché sur la situation de JK Hôtel, cet hôtel de luxe financé entre autres par prêts bancaires, pour un total de 390 MDH.

Plusieurs points ont été relevés par le rapport et critiqués par la suite par le contrôleur du rapport lors de l’audience dédiée à sa discussion:

-«Depuis le départ de la dernière société de gestion en septembre 2014, la société indienne Apeejy groupe, propriétaire de la société Balcatta, par ailleurs détentrice de 49% des actions JKH est intervenue pour maintenir l'activité de l'entreprise en injectant des fonds et en recrutant du personnel qualifié», atteste le rapport.

Cette affirmation a été critiquée par la suite par le contrôleur, qui mettait en exergue l’inexistence de documents pouvant attester effectivement de la capacité d’Appejay à gérer l’unité hôtelière, d’autant plus que «Apeejay n’a pas donné de garanties pouvant justifier le sérieux de son offre.»

-Toujours selon le rapport du syndic, une convention met en avant la signature avec Balcatta, pour la gestion de l’hôtel à compter de fin septembre 2015. Le contrôleur reproche au syndic de ne pas avoir discuté le contenu du nouveau contrat de gérance. Il ajoute que Jaouad Kadiri n’a pas respecté la loi en signant le contrat de gérance, alors qu’il n’est plus habilité à gérer, concluant ainsi que ce contrat est nul et non avenu.

-Au final, le syndic a écarté l’option de liquidation, du fait qu’une fermeture de l'établissement pourrait impacter négativement la valeur marchande de l’hôtel et que sa mise en vente nécessitera beaucoup de temps, ce qui porterait préjudice aux intérêts des créanciers.

Il a préfèré temporiser, le temps que le groupe Apeejay puisse trouver des accords avec les créanciers, notamment les institutions financières, sous le contrôle des organes de la procédure collective.

Cette piste est contestée par le contrôleur, qui a pointé du doigt le manque de garanties concrètes à produire par le groupe Apeejy, d’où la nécessité de prononcer sa liquidation judiciaire.

Le Tribunal a fini par répondre favorablement à cette demande le 19 janvier 2016, sonnant le glas d'une partie de l’empire Kadiri. Et après avoir fait perdre deux précieuses années aux créanciers.

Derrière cet empire, se cache un homme d’affaires qui côtoyait les grands de ce monde, un jetsetter connu des milieux mondains. Un grand amoureux du luxe et du bling bling. Un fêtard, qui possédait entre autres la boîte de nuit Fandango à Casablanca et qui a pris pour épouse la fille d’un maharadjah. Excusez du peu.

Ci-dessous, la liste des créances acceptées. La dernière ligne indique que Jawad Kadiri a affirmé détenir une grosse créance sur son hôtel, avant de la retirer. Les créances rejetées ne figurent pas dans cette liste.

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