Si les recrues arabes de Da'ech sont plutôt attirées par les terrains syrien et irakien, le groupe réussit à recruter Soudanais, Ghanéens, Maliens et Sénégalais pour combattre en Libye. Un Da'ech africain est en train de naître. Cette évolution présente une menace pour les investissements marocains en Afrique et la sécurité marocaine.

En attendant une éventuelle confrontation plus frontale entre miliciens de Da'ech, combattants des milices libyennes et commandos américains en Libye, les forces de Da'ech à Syrte se comptent par milliers. Située à 450 km à l’est de Tripoli, la ville portuaire est devenue depuis l’été 2014 le centre des activités des hommes d’Al Baghdadi.

C’est quelques semaines après la proclamation de l’Etat islamique à Mossoul en juin 2014 qu’Al Baghdadi avait envoyé à Syrte un de ses plus proches officiers expérimentés, Abou Nabil Al Anbari, pour monter une antenne nord-africaine de Da'ech. Il  a été accompagné par une partie de la brigade libyenne de Da'ech présente au Levant. Al Anbari a été tué dans une frappe américaine en décembre dernier, près de la côte libyenne.

Da'ech a répondu à cette attaque en tuant près de 64 policiers libyens dans un attentat à l’académie de police de Zenten. Le 11 février, un Mig 23 des troupes loyalistes basées à Tobrouk aurait été abattu par un missile sol-air Da'ech.

Pas deux, mais trois gouvernements libyens

Selon le chercheur Hasni Abidi, qui s’exprimait sur RFI cette semaine, "la circulation des armes en Libye depuis la chute de Khaddafi, le chaos politique qui y règne et l’étendue du territoire libyen et ses frontières avec le Soudan, l’Egypte, l’Algérie, la Tunisie ou encore le Niger et le Tchad en font une base idéale".

A ces raisons s’ajoutent les surenchères politiques libyennes, qui opposent non pas deux mais trois "gouvernements" libyens: celui de Tripoli, celui de Tobrouk et celui béni par l’ONU et les accords de Skhirat.

Avec l’intensification des bombardements occidentaux et russes depuis l’été dernier, de nombreux combatants islamistes quittent la Syrie et l’Irak pour l’Europe, le Maghreb et la Libye.

Si les services américains estiment à 5.000 le nombre de combattants de Da'ech à Syrte et dans ses environs, le chercheur Romain Caillet et le journaliste David Thompson placent la barre un peu plus bas, "car personne n’est allé les compter un par un" soulignent-ils. C'est une manière ausi de dire que les chiffres avancés ici ou là font partie de la guerre médiatique et du travail de conquête des esprits. Cependant les estimations les plus basses donnent 3.000 combattants de Da'ech en Libye.

En revanche, la nouveauté et la tendance chez Da'ech à Syrte est que son armée est formée de combattants tunisiens, 1.000 à 1.200, ce qui n’est pas très étonnant dans la conjuncture tunisienne et libyenne actuelle. Ils sont suivis des Soudanais, des Ghanéens, des Sénégalais et des Maliens. Selon Caillet, qui s’exprimait sur RFI, Da'ech peine à recruiter parmi les Libyens, en raison de la culture tribale et de l’engagement des Libyens d’abord au sein des milices locales.

S’agissant des combattants africains, Thompson souligne l’utilisation des filières d’émigration clandestine entre l’Afrique noire et l’Europe. Leur existence facilite des recruitements discrets au Sénégal ou au Ghana. "Si l’on voit partir de Dakar un jeune Sénégalais ou un jeune Ghanéen d’Accra vers le Niger et la Libye, c’est a priori pour émigrer vers l’Europe"…

Un coût pour le Maroc

Caillet et Thompson expliquent la poussée de Da"ech en Libye par la stratégie de l’organisation de l’Etat islamique d’étendre son influence dans des zones où l’Etat est faible, voire inexistant. La deuxième raison non moins importante tient au désintérêt occidental et arabe. Si du côté de la Syrie, la Turquie y fait le gendarme selon les jours, le défi des migrants y est plus fort et plus "menaçant" pour l’Europe.

Pendant ce temps-là, les jihadistes africains choisissent d’aller plutôt à Syrte que chez Boko Haram. En Libye, les Africains de Da'ech touchent un salaire, avec lequel ils peuvent ensuite payer un passeur pour traverser la Méditerranée.

Pour le Maroc, cette situation présente une menace à sa présence économique en Afrique. Outre le Nigéria, les attentats d’extrémistes proches de Da'ech ou d’Al Qaida sont plus nombreux aux Cameroun, au Mali, au Niger et au Tchad.

Sur le plan sécuritaire, les efforts que les services marocains déploient pour maîtriser et s’informer sur l’activité des ressortissants marocains en Libye, en Syrie ou en Irak, devront se tourner vers de plus en plus de pays africains. Comme sont vérifiés les tampons sur les passeports de Marocains rentrant de Tunis ou d’Istanbul, la mesure sera bientôt valable pour les voyageurs sénégalais ou ghanéens. Partout, Da'ech a remis la sécurité au centre du jeu politique et du souci de la stabilité du tissu social. Cela a déjà un coût pour le budget public et la redéfinition du modèle économique de l’industrie touristique marocaine.

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En attendant une éventuelle confrontation plus frontale entre miliciens de Da'ech, combattants des milices libyennes et commandos américains en Libye, les forces de Da'ech à Syrte se comptent par milliers. Située à 450 km à l’est de Tripoli, la ville portuaire est devenue depuis l’été 2014 le centre des activités des hommes d’Al Baghdadi.

C’est quelques semaines après la proclamation de l’Etat islamique à Mossoul en juin 2014 qu’Al Baghdadi avait envoyé à Syrte un de ses plus proches officiers expérimentés, Abou Nabil Al Anbari, pour monter une antenne nord-africaine de Da'ech. Il  a été accompagné par une partie de la brigade libyenne de Da'ech présente au Levant. Al Anbari a été tué dans une frappe américaine en décembre dernier, près de la côte libyenne.

Da'ech a répondu à cette attaque en tuant près de 64 policiers libyens dans un attentat à l’académie de police de Zenten. Le 11 février, un Mig 23 des troupes loyalistes basées à Tobrouk aurait été abattu par un missile sol-air Da'ech.

Pas deux, mais trois gouvernements libyens

Selon le chercheur Hasni Abidi, qui s’exprimait sur RFI cette semaine, "la circulation des armes en Libye depuis la chute de Khaddafi, le chaos politique qui y règne et l’étendue du territoire libyen et ses frontières avec le Soudan, l’Egypte, l’Algérie, la Tunisie ou encore le Niger et le Tchad en font une base idéale".

A ces raisons s’ajoutent les surenchères politiques libyennes, qui opposent non pas deux mais trois "gouvernements" libyens: celui de Tripoli, celui de Tobrouk et celui béni par l’ONU et les accords de Skhirat.

Avec l’intensification des bombardements occidentaux et russes depuis l’été dernier, de nombreux combatants islamistes quittent la Syrie et l’Irak pour l’Europe, le Maghreb et la Libye.

Si les services américains estiment à 5.000 le nombre de combattants de Da'ech à Syrte et dans ses environs, le chercheur Romain Caillet et le journaliste David Thompson placent la barre un peu plus bas, "car personne n’est allé les compter un par un" soulignent-ils. C'est une manière ausi de dire que les chiffres avancés ici ou là font partie de la guerre médiatique et du travail de conquête des esprits. Cependant les estimations les plus basses donnent 3.000 combattants de Da'ech en Libye.

En revanche, la nouveauté et la tendance chez Da'ech à Syrte est que son armée est formée de combattants tunisiens, 1.000 à 1.200, ce qui n’est pas très étonnant dans la conjuncture tunisienne et libyenne actuelle. Ils sont suivis des Soudanais, des Ghanéens, des Sénégalais et des Maliens. Selon Caillet, qui s’exprimait sur RFI, Da'ech peine à recruiter parmi les Libyens, en raison de la culture tribale et de l’engagement des Libyens d’abord au sein des milices locales.

S’agissant des combattants africains, Thompson souligne l’utilisation des filières d’émigration clandestine entre l’Afrique noire et l’Europe. Leur existence facilite des recruitements discrets au Sénégal ou au Ghana. "Si l’on voit partir de Dakar un jeune Sénégalais ou un jeune Ghanéen d’Accra vers le Niger et la Libye, c’est a priori pour émigrer vers l’Europe"…

Un coût pour le Maroc

Caillet et Thompson expliquent la poussée de Da"ech en Libye par la stratégie de l’organisation de l’Etat islamique d’étendre son influence dans des zones où l’Etat est faible, voire inexistant. La deuxième raison non moins importante tient au désintérêt occidental et arabe. Si du côté de la Syrie, la Turquie y fait le gendarme selon les jours, le défi des migrants y est plus fort et plus "menaçant" pour l’Europe.

Pendant ce temps-là, les jihadistes africains choisissent d’aller plutôt à Syrte que chez Boko Haram. En Libye, les Africains de Da'ech touchent un salaire, avec lequel ils peuvent ensuite payer un passeur pour traverser la Méditerranée.

Pour le Maroc, cette situation présente une menace à sa présence économique en Afrique. Outre le Nigéria, les attentats d’extrémistes proches de Da'ech ou d’Al Qaida sont plus nombreux aux Cameroun, au Mali, au Niger et au Tchad.

Sur le plan sécuritaire, les efforts que les services marocains déploient pour maîtriser et s’informer sur l’activité des ressortissants marocains en Libye, en Syrie ou en Irak, devront se tourner vers de plus en plus de pays africains. Comme sont vérifiés les tampons sur les passeports de Marocains rentrant de Tunis ou d’Istanbul, la mesure sera bientôt valable pour les voyageurs sénégalais ou ghanéens. Partout, Da'ech a remis la sécurité au centre du jeu politique et du souci de la stabilité du tissu social. Cela a déjà un coût pour le budget public et la redéfinition du modèle économique de l’industrie touristique marocaine.

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