Youssoufi, Oualalou, Ibrahimi et Azziman au moment de la lecture de la Fatiha à la mémoire du défunt.

Il y avait foule ce vendredi 30 octobre à la Bibliothèque Nationale à Rabat, à l’occasion d’une rencontre consacrée à la disparition de Mehdi Ben Barka, survenue il y a 50 ans. Le grand événement fut la lecture du message royal, dont le contenu et la portée vont marquer les esprits.

La salle était pleine à craquer, de même que le hall du bâtiment tandis qu’une foule nombreuse se pressait à l’extérieur.

La rencontre était organisée par Abderrahmane Youssoufi, camarade du disparu et a vu la participation de Lakhdar Ibrahimi, ancien ministre algérien des AE et ancien envoyé spécial onusien, Omar Azziman, conseiller royal et Fathallah Oualaâlou.

L’événement fut le message royal adressé aux participants et dont lecture a été donnée par Abderrahmane Youssoufi. A l'occasion du 50e anniversaire de cette disparition jamais élucidée, le Roi Mohammed VI a certainement considéré que le moment était venu de prendre la parole sur le sujet, de ne plus le maintenir dans la marge des non dits et des tabous.

Avec subtilité, le message royal dit tout. Tout est dans le sens, dans le choix des mots. Oui, le défunt était un ami de la famille royale, oui il voulait servir son pays et n'avait pas d'autre idéal que celui là. Oui, sa disparition est un mystère et des interrogations persistent. Oui, il fait partie de l'Histoire et il est dans le coeur des Marocains et dans le mien. Un grand peuple a une Histoire et celle ci ne comporte pas que des épisodes roses et agréables à lire. Oui, il faut maintenant tirer les enseignements de cette affaire. Et le Roi de réaffirmer son engagement au service de la démocratie.

En d'autres termes, l'Etat ne détournera plus le regard de cette affaire.

Le Roi Mohammed VI  qualifie Mehdi Benbarka “d’homme de paix, proche de la famille royale“ et malgré le fait que cette disparition comporte encore de nombreuses interrogations, ajoute le Souverain, “nous avons tenu à participer à cette commémoration sans inhibition ni complexe“, en raison de la considération dont jouit le défunt dans le coeur des Marocains et chez le Souverain.

La grande question est de savoir si on ira plus loin en ouvrant une enquête officielle ou si la page doit être considérée comme définitivement tournée.

Abderrahmane Youssoufi considère que le Maroc peut maintenant aller plus loin. Dans une allocution, il a demandé à l’Etat marocain de dévoiler la vérité et d’organiser des obsèques du défunt pour qu’il puisse bénéficier d’une sépulture et que ses proches puissent se recueillir sur sa tombe.

Voici le texte intégral du message royal, qui marquera assurément une date et un tournant:

"Il m'est agréable de vous adresser cette allocution à l'occasion de la commémoration du cinquantenaire de la disparition de Mehdi Ben Barka.

"Avant toute chose, nous nous rappelons ensemble qu'il était un homme de paix, et qu'il était proche de la famille royale.

"Et bien que cet anniversaire vienne à un moment où de nombreuses questions restent sans réponse, nous avons tenu à partager avec vous cet événement, sans inhibition ni complexe par rapport à cette affaire, et en témoignage de l'estime dont il jouit auprès de nous et des Marocains.

"On doit rappeler ici que la période postindépendance a été chargée de tumultes et de luttes en tous genres concernant la voie que le Maroc indépendant devait emprunter à l'époque.

"Nous ne sommes pas là pour émettre des jugements sur les positions adoptées par l'une ou l'autre partie.

"Une chose est sûre, le commun dénominateur qui rassemblait tous les Marocains pendant cette période historique a été d'œuvrer au mieux des intérêts du pays, d'en promouvoir le développement et le progrès et d'en défendre les Causes, chacun selon ses convictions et ses orientations.

"Quoi qu'il en soit, Ben Barka est entré dans l'Histoire, sachant il n'y a pas une mauvaise Histoire ou une bonne Histoire. Il n'y a que l'Histoire en tant que telle, c'est-à-dire la mémoire de tout un peuple.

"Or nous ne devons pas perdre de vue que les ennemis du Maroc ont instrumentalisé cette affaire pour nuire à l'image de notre pays.
"Les pays se construisent sur le socle de leur histoire, avec son actif et son passif. Et un peuple sans histoire est un peuple sans identité, qui n'a pas d'avenir.

"Aussi, il faut tirer les enseignements de l'affaire Ben Barka et s'en servir dans l'intérêt de la Nation, pour nous aider à construire et non à détruire.

"Là, il me vient à l'esprit ce que j'ai dit en 2004 dans le discours d'installation de l'Instance Equité et Réconciliation, où j'ai affirmé que le peuple marocain assumait courageusement son passé, et que, au lieu de rester prisonnier de ses aspects négatifs, il s'attachait à y puiser la force et le dynamisme nécessaires pour bâtir une société démocratique moderne.

"Lorsque j'étais Prince Héritier, la Fondation Abderrahim Bouabid m'a invité en 1997 à participer à son colloque international sur la transition démocratique.

"A l'époque, mon vénéré père, Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme, m'a conseillé d'accepter l'invitation. J'y ai donc participé et prononcé une allocution à cette occasion.

"Me voilà aujourd'hui, des années plus tard, m'adressant à vous une nouvelle fois pour réaffirmer que la monarchie, hier comme aujourd'hui, est attachée à la symbiose qui unit les composantes de la nation, à condition que soient respectées les constantes et les valeurs sacrées pour la défense desquelles de nombreux marocains libres, dont Mehdi Ben Barka, se sont sacrifiés.

"Assumant la charge qui m'incombe en ma qualité de Amir Al-Mouminine et Roi du pays, je ne ménagerai aucun effort pour préserver le choix démocratique de notre nation et protéger les droits et les libertés dont les citoyennes et les citoyens jouissent individuellement ou collectivement.
"L'Histoire n'est pas que l'enregistrement des faits tels qu'ils se sont produits à une époque donnée. Elle est aussi la méthode de consignation de ces événements et l'explication qui en est donnée par chacun, selon son optique et en fonction de sa position.
"Le plus important est de s'attacher à ce que tous les Marocains puissent s'approprier leur histoire, avec ses succès et ses revers, pour vivre leur présent dans un climat sûr et stable et s'atteler en toute confiance et avec beaucoup d'optimisme et d'espérance à l'édification d'un avenir meilleur."

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Youssoufi, Oualalou, Ibrahimi et Azziman au moment de la lecture de la Fatiha à la mémoire du défunt.

Il y avait foule ce vendredi 30 octobre à la Bibliothèque Nationale à Rabat, à l’occasion d’une rencontre consacrée à la disparition de Mehdi Ben Barka, survenue il y a 50 ans. Le grand événement fut la lecture du message royal, dont le contenu et la portée vont marquer les esprits.

La salle était pleine à craquer, de même que le hall du bâtiment tandis qu’une foule nombreuse se pressait à l’extérieur.

La rencontre était organisée par Abderrahmane Youssoufi, camarade du disparu et a vu la participation de Lakhdar Ibrahimi, ancien ministre algérien des AE et ancien envoyé spécial onusien, Omar Azziman, conseiller royal et Fathallah Oualaâlou.

L’événement fut le message royal adressé aux participants et dont lecture a été donnée par Abderrahmane Youssoufi. A l'occasion du 50e anniversaire de cette disparition jamais élucidée, le Roi Mohammed VI a certainement considéré que le moment était venu de prendre la parole sur le sujet, de ne plus le maintenir dans la marge des non dits et des tabous.

Avec subtilité, le message royal dit tout. Tout est dans le sens, dans le choix des mots. Oui, le défunt était un ami de la famille royale, oui il voulait servir son pays et n'avait pas d'autre idéal que celui là. Oui, sa disparition est un mystère et des interrogations persistent. Oui, il fait partie de l'Histoire et il est dans le coeur des Marocains et dans le mien. Un grand peuple a une Histoire et celle ci ne comporte pas que des épisodes roses et agréables à lire. Oui, il faut maintenant tirer les enseignements de cette affaire. Et le Roi de réaffirmer son engagement au service de la démocratie.

En d'autres termes, l'Etat ne détournera plus le regard de cette affaire.

Le Roi Mohammed VI  qualifie Mehdi Benbarka “d’homme de paix, proche de la famille royale“ et malgré le fait que cette disparition comporte encore de nombreuses interrogations, ajoute le Souverain, “nous avons tenu à participer à cette commémoration sans inhibition ni complexe“, en raison de la considération dont jouit le défunt dans le coeur des Marocains et chez le Souverain.

La grande question est de savoir si on ira plus loin en ouvrant une enquête officielle ou si la page doit être considérée comme définitivement tournée.

Abderrahmane Youssoufi considère que le Maroc peut maintenant aller plus loin. Dans une allocution, il a demandé à l’Etat marocain de dévoiler la vérité et d’organiser des obsèques du défunt pour qu’il puisse bénéficier d’une sépulture et que ses proches puissent se recueillir sur sa tombe.

Voici le texte intégral du message royal, qui marquera assurément une date et un tournant:

"Il m'est agréable de vous adresser cette allocution à l'occasion de la commémoration du cinquantenaire de la disparition de Mehdi Ben Barka.

"Avant toute chose, nous nous rappelons ensemble qu'il était un homme de paix, et qu'il était proche de la famille royale.

"Et bien que cet anniversaire vienne à un moment où de nombreuses questions restent sans réponse, nous avons tenu à partager avec vous cet événement, sans inhibition ni complexe par rapport à cette affaire, et en témoignage de l'estime dont il jouit auprès de nous et des Marocains.

"On doit rappeler ici que la période postindépendance a été chargée de tumultes et de luttes en tous genres concernant la voie que le Maroc indépendant devait emprunter à l'époque.

"Nous ne sommes pas là pour émettre des jugements sur les positions adoptées par l'une ou l'autre partie.

"Une chose est sûre, le commun dénominateur qui rassemblait tous les Marocains pendant cette période historique a été d'œuvrer au mieux des intérêts du pays, d'en promouvoir le développement et le progrès et d'en défendre les Causes, chacun selon ses convictions et ses orientations.

"Quoi qu'il en soit, Ben Barka est entré dans l'Histoire, sachant il n'y a pas une mauvaise Histoire ou une bonne Histoire. Il n'y a que l'Histoire en tant que telle, c'est-à-dire la mémoire de tout un peuple.

"Or nous ne devons pas perdre de vue que les ennemis du Maroc ont instrumentalisé cette affaire pour nuire à l'image de notre pays.
"Les pays se construisent sur le socle de leur histoire, avec son actif et son passif. Et un peuple sans histoire est un peuple sans identité, qui n'a pas d'avenir.

"Aussi, il faut tirer les enseignements de l'affaire Ben Barka et s'en servir dans l'intérêt de la Nation, pour nous aider à construire et non à détruire.

"Là, il me vient à l'esprit ce que j'ai dit en 2004 dans le discours d'installation de l'Instance Equité et Réconciliation, où j'ai affirmé que le peuple marocain assumait courageusement son passé, et que, au lieu de rester prisonnier de ses aspects négatifs, il s'attachait à y puiser la force et le dynamisme nécessaires pour bâtir une société démocratique moderne.

"Lorsque j'étais Prince Héritier, la Fondation Abderrahim Bouabid m'a invité en 1997 à participer à son colloque international sur la transition démocratique.

"A l'époque, mon vénéré père, Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme, m'a conseillé d'accepter l'invitation. J'y ai donc participé et prononcé une allocution à cette occasion.

"Me voilà aujourd'hui, des années plus tard, m'adressant à vous une nouvelle fois pour réaffirmer que la monarchie, hier comme aujourd'hui, est attachée à la symbiose qui unit les composantes de la nation, à condition que soient respectées les constantes et les valeurs sacrées pour la défense desquelles de nombreux marocains libres, dont Mehdi Ben Barka, se sont sacrifiés.

"Assumant la charge qui m'incombe en ma qualité de Amir Al-Mouminine et Roi du pays, je ne ménagerai aucun effort pour préserver le choix démocratique de notre nation et protéger les droits et les libertés dont les citoyennes et les citoyens jouissent individuellement ou collectivement.
"L'Histoire n'est pas que l'enregistrement des faits tels qu'ils se sont produits à une époque donnée. Elle est aussi la méthode de consignation de ces événements et l'explication qui en est donnée par chacun, selon son optique et en fonction de sa position.
"Le plus important est de s'attacher à ce que tous les Marocains puissent s'approprier leur histoire, avec ses succès et ses revers, pour vivre leur présent dans un climat sûr et stable et s'atteler en toute confiance et avec beaucoup d'optimisme et d'espérance à l'édification d'un avenir meilleur."

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