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Cinéma: Entretien sans langue de bois avec Sarim Fassi Fihri 

Mercredi 7 décembre 2016 à 01h51
Cinéma: Entretien sans langue de bois avec Sarim Fassi Fihri
Photo Crédit FIFM/MayaDigital.  

Retard sur le dispositif d’incitation fiscale, divergence avec le ministre de la Communication, polémique autour des réalisateurs marocains Hicham Lasri et Nabil Ayouch, etc. Sarim Fassi-Fihri, le directeur du Centre cinématographique marocain (CCM) ne mâche pas ses mots. Rencontre à l’occasion de la 16e édition du Festival international du film de Marrakech (FIFM).

Médias24: Comment s’est passée la visite du gotha américain du cinéma et de la télévision?

Sarim Fassi-Fihri: Le but de cette rencontre était de faire découvrir le Maroc et ses potentialités à ces très gros producteurs et acquéreurs de contenu audiovisuel. Ils ont visité Fès, Marrakech, Rabat pour découvrir notre industrie du cinéma et notamment les studios de Ouarzazate.

Certains d’entre eux connaissaient déjà le Maroc, car ils avaient déjà participé sur place au tournage de grands films. C’était donc une visite de présentation, mais aussi de confirmation de nos atouts cinématographiques

-Comment peut-on faire des promesses fiscales à une délégation si importante, alors que les décisions sont bloquées au niveau gouvernemental?

-Actuellement, cette histoire de dégrèvements fiscaux est en panne et disons les choses clairement, la disposition de la loi de finances 2016 qui n’a toujours pas été actée est un raté gouvernemental.

La loi de finances 2016 a été votée le 15/12/2015. Douze mois plus tard, le décret d’application n’a pas été adopté, alors que ce dispositif d’incitation fiscale existe dans toute l’Europe (hormis la Suisse), dans 46 Etats américains sur 51, mais aussi au Canada et en Afrique du Sud.

Je dois cependant préciser que tous ces pays ont eu beaucoup de mal à adopter ce système et que les professionnels que nous avons reçus le savent mieux que personne.

Au Maroc, nous avons eu beaucoup de chance, car le Parlement a joué le jeu et a adopté sans problème cette disposition.

-Pourquoi les autres pays ont-ils eu du mal à adopter cette mesure d’encouragement fiscal?

-Parce qu’au niveau législatif ou exécutif, certains n’acceptent pas l’idée d’aider les studios et notamment les studios américains. Appelez cela du protectionnisme ou du libéralisme qui veut que la libre entreprise ne rime pas avec avantages fiscaux.

Ainsi en France, le crédit d’impôts qui était de 20% a récemment provoqué un débat national au Parlement, quand il a été porté à 30% pour le dernier film de Luc Besson.

Tout cela pour dire que c’est un processus qui se fait dans la douleur et que nos invités américains le savent et font avec.

-Vous parlez d’unanimité législative au Maroc alors qu’un an après, la mesure n’est toujours pas effective?

-Je dirai plutôt six mois après son adoption parlementaire, car à partir du 15 juillet dernier, tout a été bloqué pour cause de préparation de la campagne électorale.

De plus, il y a eu beaucoup de textes de loi en retard au niveau du Secrétariat général du gouvernement (SGG), qui ont provoqué un embouteillage législatif. La disposition que le CCM a initiée, n’est arrivée qu’en août au SGG, ce qui était déjà trop tard pour qu'elle soit adoptée en Conseil de gouvernement.

-Ce retard s’explique-t-il par l’année électorale ou par un blocage délibéré du gouvernement?

-Pour être honnête, le ministre de la Communication et moi-même n’avions pas la même lecture de ce texte. Nous avons beaucoup débattu, car il a une vision très différente de la chose.

Pour le CCM, le plus important est de développer la création d’emplois et l’investissement étranger, alors que Mustapha Khalfi tenait d’abord à vendre l’image du Maroc. Le ministre ne comprenait pas que 90% des films tournés chez nous ne concernent pas directement le Royaume.

-Concrètement, qu’est-ce qui le dérange dans ces tournages étrangers réalisés au Maroc?

-En gros, il nous soutient que si ces films donnent une image positive de notre culture et géographie, les producteurs étrangers doivent aussi s’engager à les programmer dans les plus grands festivals mondiaux et spécifier qu’ils ont été tournés au Maroc, alors que c’est impossible techniquement.

-Un film comme "L’Homme qui voulait être roi"(de John Huston avec Sean Connery, Michael Caine et Christopher Plummer) a pourtant beaucoup contribué à asseoir l’image du Maroc à l’étranger.

-C’est un bon exemple, car si ce bijou cinématographique qui date de 1975, devait être tourné aujourd’hui, il n’aurait pas le soutien de M. Khalfi. Pour lui, ce film qui se passe dans un pays légendaire, n’a rien à voir avec le Maroc.

-Doit-on en déduire que le ministre fait preuve de chauvinisme déplacé?

-C’est une vision nationaliste qui aimerait que les Américains viennent faire des films chez nous sur le Maroc. En quelque sorte, il veut leur dicter l’écriture de leur synopsis. Pour l’instant, ce texte est bloqué et nous sommes obligés d’attendre le prochain gouvernement pour y voir plus clair.

-Avez-vous espoir de le voir enfin adopté?

-Ce n’est pas moi qui signe le décret d’application, mais cela ne m’empêche pas de défendre mes idées.

-En d’autres termes, vous n’êtes pas vraiment optimiste?

-On verra ce que cela donnera quand il passera en Conseil de gouvernement.

-Revenons à cette 16e édition du FIFM. Pensez-vous qu’il égale celui de Carthage?

-Ce festival tunisien était effectivement la référence quand il était seul à rassembler beaucoup de monde au niveau africain et arabe. On ne peut pas les comparer, car nous n’avons pas les mêmes invités et parce que le festival de Carthage est resté très tiers-mondiste.

-Cela ne l’empêche pas d’être considéré comme le meilleur festival d’Afrique et du monde arabe.

-Il a un cachet indéniabl,e mais contrairement à celui de Marrakech, il n’est pas ouvert sur le reste du monde. Son succès est dû à sa longévité, car il existe depuis 1966 et à cette époque, c’était le vide dans le monde arabe. Il est resté arabo-africain et même si ce n’est pas un reproche dans ma bouche, je considère que ces deux événements cinématographiques n’ont rien en commun.

-Alors, par quoi brille le festival de Marrakech?

-Tout simplement par l’ouverture du monde arabe sur le reste de la planète. Il n’y a pas un endroit en Afrique ou dans le monde arabe où il existe une telle ouverture cinématographique sur le monde.

Pour faire court, le cachet de ce festival est également la particularité de l’exception marocaine. Sans vouloir dénigrer nos cousins arabes, cette ouverture est propre au Maroc, où l’on peut travailler en bonne intelligence avec les étrangers sans verser dans un chauvinisme que l’on voit ailleurs.

-Le FIFM a-t-il un équivalent dans le monde?

-Non, car on ne peut le comparer à aucun festival comme Cannes, Berlin, Venise, Dubaï ou Carthage. J’étais récemment à celui du Caire et en consultant la liste de leurs invités, j’ai été frappé par le fait qu’elle tenait sur à peine deux feuillets.

-Ce festival est donc amené à se développer?

-Oui, parce que tout le monde se bouscule pour venir à Marrakech.

-Existera-t-il toujours dans 20 ou 30 ans, comme celui de Carthage?

-Cela dépendra des Marocains, car quand on voit toutes les fausses polémiques médiatiques, j’ai l’impression que beaucoup de monde aimerait le couler en le faisant passer pour un festival français.

-Il faut dire que certains y voient une pâle copie de Cannes, avec la même montée des marches.

-C’est faux, car ces deux festivals n’ont pas la même vocation. Les gens vont à Cannes parce qu’il y a un marché du film derrière, alors que ceux qui viennent ici le font pour la ville de Marrakech.

-Pour vous, les cinéastes viennent pour la magie d’une ville, alors qu’ils sont censés venir pour le cinéma?

-Il n’y a pas d’enjeu économique pour leur venue et ça ne les empêche pas de venir en masse.

Votre raisonnement est surprenant, sachant qu’un festival doit avant tout faire vendre des films?

-Les réalisateurs ne vendent pas leurs films, mais ils viennent quand même, il y a donc autre chose.

-N’est-ce pas tout simplement un festival dédié à la communication internationale du Maroc?

-C’est une formidable vitrine pour le pays, mais pas seulement, car les réalisateurs qui sont invités, bénéficient d’une médiatisation unique.

Sur les 15 dernières éditions, il est plus facile de lire la liste de ceux qui ne sont pas venus que ceux qui ont été invités. Ce n’est pas un hasard si nous arrivons à réunir les cinémas russes, japonais, etc.

C’est un festival ouvert à l’ensemble des cinémas du monde, qui veulent tous être de la partie à Marrakech.

-Le grand absent de la sélection de cette édition est tout de même le cinéma marocain.

-La raison est que les films marocains qui ont été visionnés lors de la présélection, ne correspondent pas au niveau du cinéma que propose le FIFM. En 2013, c’était également le cas et cela n’avait choqué personne. Cette polémique est plus cultivée par les médias que d’origine professionnelle.

-N’êtes-vous pas responsable de cette situation, car au final, c’est le CCM qui finance ces scénarios "médiocres"?

-Je dois préciser que l’organisme que je dirige, n’a jamais traité les cinéastes marocains de médiocres. Ce qui a été dit, c’est que pendant la période de sélection de mars à aujourd’hui, les films présentés n’étaient pas au niveau requis. Cela ne veut pas du tout dire que le cinéma marocain est mauvais.

-Alors, pourquoi distribuer des avances sur recettes à des cinéastes qui ne sont pas au niveau?

-Le problème n’est pas là, car la majorité des films qui ont été récemment tournés, n’étaient pas prêts. Je peux citer ceux de Noureddine Lakhmari, Narjis Nejjar, Faouzi Bensaid, Leila Kilani, Daoud Aoulad Syad, Jilali Ferhati et j’en oublie beaucoup d’autres.

Les films des deux ou trois réalisateurs confirmés qui nous ont été proposés, n’étaient pas au niveau et ce n’est pas une tare propre au Maroc.

On ne peut pas nous reprocher de ne pas programmer des films qui ne sont pas encore disponibles ou ceux qui ne conviennent pas au festival de Marrakech.

En 2016, personne n’a été choqué par le fait que la France n’a trouvé aucun réalisateur français pour la représenter aux Oscars. Il n’y a qu’au Maroc où l’on crée ce genre de polémique artificielle.

-Restons dans les polémiques, avec celle des réalisateurs marocains Hicham Lasri et Nabil Ayouch, qui s’estiment blacklistés par le CCM, qui leur a refusé l’avance sur recettes pour leur dernier film.

-C’est faux, Hicham Lasri a obtenu ses trois premières tranches mais la commission qui distribue cette subvention, ne lui a pas versé la quatrième, car elle a jugé que l’argent n’était pas à l’écran. Pour les membres de la commission, les trois tranches octroyées étaient largement suffisantes pour le résultat visionné. Ce réalisateur a tourné trois heures et n’a présenté qu’une heure trente de film.

-Ne pensez-vous pas que son cinéma loufoque mais éminemment politique dérange certains membres de cette commission, qui le lui rendent bien?

-Forcément, il doit en irriter certains, mais le CCM est avant tout un régulateur et non un censeur, car son dernier film "Affame ton chien" n’a eu aucun problème à recevoir son visa de contrôle.

-Comment expliquez-vous que Nabil Ayouch qui a rendu l’argent du CCM versé pour son précédent script, a essuyé un refus pour le nouveau synopsis?

-La commission n’a tout simplement pas été convaincue par le script du film «Razzia», qu’il est en train de tourner.

-Il aurait très bien pu garder l’avance sur recettes rendue pour financer son nouveau film

-J’ai fait pareil il y a plus de 20 ans pour un de mes films, mais je reconnais que c’est rare dans la profession de rendre l’argent d’une subvention cinématographique.

-Qui est le vrai patron de cette commission qui distribue ces subventions aux cinéastes?

-Elle est composée de représentants du CCM, des ministères de la Communication, de la Culture, des Finances, des chambres professionnelles mais la liste définitive de la commission est faite par Mustapha Khalfi.

-Trouvez-vous normal d’être minoritaire dans un organisme dont vous êtes censé être le patron?

-Je comprends que cela puisse étonner, mais même si je nommais la commission, j’essuierais les mêmes reproches, car aucun cinéaste à qui on refuse la subvention n’est prêt à reconnaître que son synopsis est mauvais ou faible. Je préfère ne pas avoir cette responsabilité, car il rejetterait la faute sur moi.

-Ce n’est pas votre personne qu’ils dénoncent, mais plutôt les positions idéologiques du ministre pour expliquer le rejet de leur demande d’avances sur recettes.

-Les élections de 2011 ont porté une majorité PJD au gouvernement dont fait partie ce ministre. M. Khalfi a des idées particulières, mais cela fait partie de la démocratie et je n’y peux rien, même si je suis navré de cette situation.

-Pour un homme de cinéma, la liberté de création peut-elle s’accommoder d’idéologie religieuse?

-Encore une fois, j’en suis navré, mais les urnes l’ont porté à la place qu’il occupe au ministère. C’est comme pour Donald Trump, les électeurs vont peut-être regretter de l’avoir élu, mais il faut faire avec.

Laisser la main au seul CCM et à son directeur, c’est aussi une arme à double tranchant, car quand il y a eu la polémique avec le film "Exodus", personne ne voulait croire que la commission était indépendante de ma personne, alors que je n’y compte qu’une voix sur les 12 membres.

-On peut donc en conclure que vous êtes minoritaire au sein du CCM?

-Absolument, je ne suis qu’un simple régulateur et certainement pas un patron de droit divin.

-Êtes-vous favorable à ce que les membres de cette commission soient des professionnels du cinéma, pour ne plus censurer indirectement un film en lui refusant l’octroi d’avances sur recettes?

-C’était le cas entre 1988 et 1997, mais on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de copinage et de renvoi d’ascenseur.

-Partout dans le monde, ce sont des gens du métier qui décident si les scripts méritent d’être financés ou pas.

-Des professionnels, oui, mais pas ceux qui ont des intérêts directs dans le financement.

Le fonds d’aide créé en 1980 distribuait presque automatiquement une subvention de 500.000 DH à ceux qui déposaient un synopsis puis faisaient visionner leur film.

A partir de 1988, on est passé à un système sélectif, avec une commission constituée de distributeurs, de producteurs et d’exploitants, mais ça n’a pas marché, car il y a eu des plaintes pour conflit d’intérêt.

Ce n’est qu’en 1997 que l’on est passé à cette commission composée de représentants ministériels, du CCM et des chambres professionnelles.

-Certains d’entre eux ne sont-ils pas tentés de promouvoir "l’art propre"?

-Peut-être quelques-uns, mais cela ne doit pas concerner plus de quatre membres de cette commission. En cas d’égalité des votes des 12 membres et de blocage, la voix du président nommé par le ministre de la Communication compte double et c’est lui qui emporte la décision finale.

-Le ministère de la Culture ne devrait-il pas avoir la tutelle sur le CCM, comme partout ailleurs?

-Depuis sa création en 1944, le CCM a toujours dépendu du ministère de l’Information devenu celui de la Communication. Après notre indépendance, nous n’avons pas corrigé cette bizarrerie, qui est du ressort du seul gouvernement, mais aucun ne s’y est jamais risqué.

-Avec le gouvernement qui se profile, la tutelle du CCM ne risque-t-elle donc pas de changer?

-Non, d’autant plus que c’est le CCM qui délivre les autorisations de tournage pour la presse audiovisuelle et que sur 1.400 autorisations délivrées par an, seule une centaine concerne le cinéma.

Dans la plupart des pays du monde, les centres cinématographiques dépendent du ministère de la Culture mais chez nous, c’est un choix gouvernemental.

-Parlez-nous de la situation du Festival national du film (FNF) et de la cinémathèque marocaine.

-La dernière édition du FNF a accueilli près de 600 invités, ce qui est énorme, même si on aurait pu faire mieux, avec plus de moyens.

Cette réunion annuelle des professionnels marocains a certes moins d’écho que le festival de Marrakech, car on fait avec ce que l’on a, mais cela ne l’empêche pas de perdurer, car le FNF en est à sa 17e édition.

Pour ce qui concerne la cinémathèque marocaine créée en 1996, c’est une aberration, du fait de son absence de statut formel et de budget dédié. C’est un vrai fardeau pour le CCM, qui a par exemple été obligé de rénover sur ses fonds propres le local, pour un montant de 3 millions de DH.

Avant d’avoir un budget autonome, il faut obtenir un statut. Or, le ministère des Finances considère que c’est un luxe superflu. C’est un projet mort-né, car nous n’avons pas les moyens de le financer.

Nous avons juste une belle salle, alors qu’une vraie cinémathèque est un lieu de stockage d’œuvres internationales, mais aussi et surtout d’expositions pour élargir la culture cinématographique avec des universitaires, des cinéphiles, dans le cadre de diffusion de cycles italien, russe, etc.

-Où en sont vos efforts d’attirer des distributeurs de films, comme les groupes UGC ou Gaumont?

-J’ai récemment eu des réunions avec des gens de la Fox, de Disney et surtout, avec un opérateur indépendant, qui compte ouvrir trois salles de cinéma à Rabat d’ici août 2017.

Ces groupes semblent être intéressés par le marché marocain, mais pour l'instant, rien n’est concrétisé.

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