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Page d'accueil CULTURESarim Fassi Fihri: "La qualité des films marocains ne cesse de s'améliorer"

Sarim Fassi Fihri: "La qualité des films marocains ne cesse de s'améliorer" 

Dimanche 3 juin 2018 à 15h58
Sarim Fassi Fihri:
 

18 mois après une interview sans langue de bois, le directeur du Centre cinématographique marocain fait son bilan et répond aux attaques sur la qualité des films produits par le CCM. Retour du festival de Marrakech, création de nouvelles salles pour booster la fréquentation, Sarim Fassi-Fihri se veut résolument optimiste sur l’avenir du cinéma marocain même s’il n’esquive pas les questions gênantes.

Médias24: Qu’est ce qui a changé au CCM depuis le dernier festival international de Marrakech?

Sarim Fassi-Fihri: On commence à voir le bout du tunnel au niveau législatif sachant que le CCM est encore géré par des textes qui sont dépassés depuis 41 ans.

Les nouveaux statuts qui vont nous permettre de nous ouvrir sur les nouvelles technologies ont été votés à la Chambre des représentants et sont en cours d'examen à celle des Conseillers.

-Quel est leur contenu?

-Ils définissent toutes les missions à savoir toutes les activités numériques liées à l’audiovisuel et l’audiovisuel lui-même.

Depuis qu’il y a un mélange des genres entre l’audiovisuel et le cinéma, on n’avait pas d’outils juridiques pour gérer l’audiovisuel mais aujourd’hui on peut le faire. Ainsi, si Médias24 veut faire une capsule, il devra passer par le CCM.

-Quand seront opérationnels ces nouveaux statuts?

-Ils ont été votés en plénière à la Chambre basse en avril dernier mais il faudra attendre le vote de la 2ème chambre.

J’espère que le texte sera adopté avant la fin de l’année en cours sachant qu’il traîne depuis 2015 et qu’il est passé au secrétariat général du gouvernement en 2017.

>>Lire aussi: Cinéma: Entretien sans langue de bois avec Sarim Fassi Fihri

-Quid des attaques contre votre personne sur le retard de paiements de certaines subventions?

-Nous n’en sommes pas responsables car il y a eu un bug informatique à la Trésorerie générale qui a retardé les virements. Quand nous recevons les fonds qui sont destinés aux producteurs ou aux promoteurs de festivals, nous n’avons aucun intérêt à les garder.

-De quel montant s’agissait-il?

-34 millions de DH que nous allons distribuer à leurs destinataires car cette somme vient de nous être virée.

-C’est beaucoup d’argent...

-Effectivement mais le problème est que ceux qui attaquent le CCM ou qui ont signé une pétition contre ma personne ne sont pas concernés par ces retards de paiement.

-Ils ne sont pas destinataires de ces fonds?

-Les 4 ou 5 réalisateurs qui protestent n’ont rien à voir avec les subventions qui ont tardé à être distribuées. 

Ce sont toujours les mêmes qui pensent qu’en faisant du bruit, ils pourront bénéficier de subventions qui leur ont été refusées. Il est plus facile de m’attaquer alors que ce n’est pas moi qui décide de l’attribution de ces fonds mais une commission indépendante.

Tout le monde y a droit mais c’est une question de mérite car il faut d'abord convaincre les membres de la commission qu’on a un projet qui tient la route.

-Le festival international du film de Marrakech (FIFM) est de retour en 2018. Qu’est-ce qui va changer sachant que son positionnement flou a souvent été critiqué?

-Je ne peux pas m’étendre sur le sujet avant fin juin mais il va y avoir une nouvelle équipe artistique.

-Un nouveau positionnement?

-Pas forcément mais une nouvelle ligne éditoriale avec plus d’ouverture sur la profession.

-C’est-à-dire?

-Davantage d’ateliers et de rencontres professionnelles.

-Il y avait pourtant déjà des masterclass.

-Il n’y avait pas de vraies rencontres du niveau d’un festival de classe internationale comme à Cannes, Dubaï ou même à Carthage. Ces rencontres vont être renforcées au niveau international.

-A quel type de festival pourra-t-on le comparer?

-Dans un festival, il y a des professionnels qui se rencontrent pour échanger entre eux, ainsi que des films proposés aux cinéphiles et éventuellement aux professionnels.

Jusqu’à présent, le FIFM était un événement où on se contentait de présenter des films au grand public, aux cinéphiles et aux professionnels. Aujourd’hui, on veut donner envie aux gens de venir par eux-mêmes pour un intérêt professionnel.

Tout ce qui marchait va continuer: des réalisateurs prestigieux dans le jury ou dans les masterclass, des hommages à des cinéastes ou comédiens de renommée internationale d’Europe, des USA, d’Asie, du monde arabe…

-Le concept critiqué par certains ne va donc pas changer?

-Nous allons l’améliorer mais son ADN ne risque pas de changer. Je précise que malgré ces critiques infondées, le FIFM a séduit des personnalités absentes des grands festivals mondiaux de classe A.

On va donc garder le meilleur et ajouter des belles choses pour donner envie aux professionnels étrangers de venir par eux-mêmes.

-Mélita Toscan Du Plantier sera toujours la directrice générale?

-Elle sera en effet bien présente.

-Il aurait été difficile de se passer de son carnet d’adresses qui vaut des millions de dollars?

-Il n’a jamais été question de la remplacer mais les rumeurs ont la vie dure.

-A-t-on une idée de celle ou celui qui présidera la prochaine édition?

-Pour sélectionner un président de festival, il y a plusieurs critères à respecter. Pour l’instant, nous finalisons les listes d’invités et nous n’en saurons plus qu’en septembre prochain.

-Peut-on imaginer un Robert de Niro ou Al Pacino pour signer un retour en force du festival absent en 2017?

-Tout le monde peut rêver mais si cela doit se réaliser, ce sera en temps voulu. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore un nom précis mais plusieurs pistes.

L’équipe aux commandes sera connue en juin et les noms du président et du jury début septembre.

-Après la campagne «Balance ton porc», avez-vous eu des retours sur des réalisateurs marocains indélicats?

-J’ai entendu parler de Harvey Weinsten qui voulait obtenir des numéros de chambre de comédiennes à Marrakech mais je n’ai pas eu vent de réalisateurs indélicats dans la profession.

Cela ne veut cependant pas dire qu’ils n’existent pas.

-Où en est le dispositif d’incitation fiscale censé attirer les productions étrangères?

-Il est opérationnel depuis le 15 février dernier.

-En trois mois, y a-t-il eu une croissance significative des investissements étrangers?

-Actuellement, nous avons 4 grosses demandes et deux productions qui représentent à elles seules 40% de l’investissement total étranger de 2017. Cela représente 20 millions de dollars.

-Vous l’attribuez à l’arrivée de ce dispositif?

-Très certainement.

-La dynamique est donc appelée à s’accélérer?

-Oui mais nous allons encore nous donner 3 ans pour convaincre les autorités de l’intérêt de ce dispositif en termes de retombées financières pour augmenter le taux.

-Il n’est donc pas suffisant?

-C’est un bon début mais nous ne proposons que 20% d’exonération fiscale alors que la compétition mondiale démarre à 30% et va jusqu’à 50%.

En fonction des investissements qui seront effectués dans les 2 ans, on sera mieux placé pour convaincre les autorités de l’augmenter.

-Vos relations avec le successeur de l’ex-ministre de la Communication El Khalfi se sont-elles apaisées?

-Nous avons effectivement eu une interprétation différente sur ce dispositif fiscal ainsi que sur quelques épisodes malheureux comme Much Loved mais sinon cela se passe très bien avec le ministre Laarej.

-Pour beaucoup de gens, vous êtes comptable de la mauvaise qualité des films marocains que certains qualifient même de pourris?

-Ceux qui prétendent ça ne connaissent rien au cinéma marocain. Nous avons beaucoup moins de films pourris qu’avant et j'en veux pour preuve le fait qu'en 2017, nous étions présents dans tous les grands festivals internationaux.

Si vous allez aujourd’hui dans un complexe comme le Mégarama, vous serez surpris du nombre de films marocains à l’affiche alors qu’il était rare d’en avoir plus d’un seul à la fois.

Depuis quelques années, il y a un intérêt croissant pour le cinéma national et s’il était vraiment «pourri», nos films ne resteraient pas longtemps à l’affiche et n’atteindraient pas 100.000 entrées.

-C’est un record?

-Quand on fait à peine 1,6 millions d’entrées par an (2017), c’est en effet énorme pour un seul film. De plus, pour l’année dernière, les 3 premiers films classés au box-office étaient marocains.

Après, il y aura toujours des gens négatifs et nihilistes qui passent leur temps à critiquer alors que la réalité a changé

-La qualité des films subventionnés par le CCM est pour le moins très inégale...

-C’est le cas partout ailleurs. En France, sur 280 films produits en 2017, peu sont de qualité.

-Il faut donc multiplier les productions pour obtenir un score honorable?

-Non car sur les 280 films français, il y en a moins de 20 qui sont de grande qualité. Au Maroc, malgré la faible quantité d’œuvres réalisées, on arrive à dégager un taux de 30% de films intéressants.

-Vous niez l’évidence et le sentiment général qui rejette la qualité du cinéma national...

-Au Maroc, nous avons trois catégories de films et je vous accorde qu’il n’y a pas que du bon:

La 1ère concerne des films de cinéphiles et de festivals qui vont à Berlin, Venise.

Réalisés par Narjiss Nejjar, Faouzi Bensaïd …, ils donnent une image positive du cinéma marocain même s’ils ne font pas beaucoup de recettes.

A contrario, les comédies populaires ont les faveurs du public marocain et réalisent des recettes importantes. Des films comme El Hanch, El Korsa … sont dédaignés par les vrais cinéphiles mais plébiscités par le grand public.

C’est une catégorie intéressante car beaucoup de gens en sont friands. El Hanch qui est à l’affiche depuis 6 mois ne passera jamais à Cannes mais il a une raison d’exister car il a de nombreux fans.

La 3ème catégorie de films réalisés au Maroc se situe entre les deux précédentes. Ils ne s’adressent ni aux festivals ni au grand public alors qu’ils représentent 50% de notre cinématographie annuelle.

Pour moi, elle pose un problème et j’aimerais réduire le nombre de ces films inutiles. Ils sont faits par et pour leurs auteurs dans un jeu nombriliste et au final, ils ne plaisent ni aux Marocains ni aux étrangers.

-Comment comptez-vous faire pour réduire leur nombre?

-Mon objectif est de les faire évoluer en améliorant leur contenu grâce aux résidences de (ré)écriture qui se tiennent à Ifrane.

Depuis 2 ans que nous avons lancé ce concept, la plupart des films intéressants sortis en salles sont passés par ces ateliers.

-La solution pour améliorer la production nationale est donc la réécriture avec des coachs?

-Le travail pour améliorer les scénarios est fondamental pour mettre fin à la mauvaise qualité. On ne peut pas produire que des bons films mais on peut aider les réalisateurs à donner le meilleur d’eux-mêmes

-Depuis votre arrivée, pensez-vous avoir tiré la qualité vers le haut?

-Honnêtement, ni moi ni mon prédécesseur ne sommes responsables directement de la qualité des films nationaux. Pour ma part, j’ai choisi la résidence d’écriture pour faire évoluer les choses.

Il faut aussi préciser que le fait de passer de 20 millions de dirhams de subventions distribuées à 60 en 2009 n’a pas contribué à faire de bons films.

Ceci dit, notre participation croissante dans les festivals internationaux montre que la qualité s’améliore.

-Il arrive que le CCM se trompe car le film de Nabil Ayouch «Razzia» qui n’a pas eu de subventions a été programmé partout dans le monde (Toronto…)

-Le CCM n’a rien à voir là-dedans car c’est une commission indépendante qui octroie les aides.

-C’est donc la commission qui s’est plantée?

-A chaque début de saison cinématographique, je dis à ses membres de privilégier les réalisateurs confirmés et de ne pas les mettre au même niveau que les débutants mais comme elles sont indépendantes, elles ne me suivent pas toujours et peuvent commettre des erreurs d'appréciation.

-Doit-on aller vers un système plus autoritaire en renforçant votre pouvoir de décision?

-Je ne pense pas car tout le monde va crier au loup.

-Vous êtes pourtant minoritaire dans cette commission?

-J’ai un seul représentant sur 12 membres (4 de l’administration et 7 du monde artistique)

-La majorité des votants est donc issue de la profession?

-Pas forcément car sur les 7, quatre font partie du comité de lecture et 3 sont chargés d’évaluer le budget. Au final, c’est un équilibre brinquebalant qui n’encourage pas les meilleurs choix.

-Pourquoi ne pas mettre en avant uniquement les professionnels du cinéma?

-En 30 ans, nous avons sans cesse changé de formule et je suis incapable de dire quelle a été la meilleure. Il y aura donc toujours des erreurs d’évaluation sur le choix des scénarios et même des budgets.

-Exemple?

-Dans la dernière commission, le futur film de Nabil Ayouch a obtenu une avance sur recettes. Son scénario a été retenu mais, selon moi, avec un budget extrêmement modeste qui ne correspond pas à son travail. Lui accorder seulement 3 millions de dirhams peut avoir des conséquences négatives.

-C’est-à-dire?

-Quand un réalisateur confirmé ne trouve pas de financements chez lui, il va les chercher à l’étranger.

-Depuis le temps, il y est habitué...

-Sauf que là, il va être minoritaire sur son propre film vu qu’il n’a eu que 3 MDH du Maroc.

Cela veut dire que sur un film marocain, ce seront les producteurs étrangers qui auront leur mot à dire et pas nous.

C’est comme une augmentation de capital pour une entreprise, celui qui n’arrive pas à suivre voit son pourcentage et pouvoir de décision baisser.

-Le directeur du CCM est donc impuissant?

-Je le regrette mais c’est la réalité.

-La mauvaise qualité des films marocains est donc due à cette commission?

-Arrêtez de parler de mauvaise qualité car il n’y a pas que ça.

-Les bons films sont pourtant plutôt rares au Maroc...

-Encore une fois non, car quand des pays comme l’Allemagne, l’Espagne… nous demandent d’organiser des semaines du cinéma marocain chez eux, c’est que tout ne va pas si mal.

-C’est votre job d’être optimiste?

-Non mais la critique est facile. C’est comme les gens qui critiquent les programmes de la télévision marocaine alors qu’ils n’ont même pas les chaines nationales chez eux.

-N’est-il pas exagéré de prétendre, comme vous l’avez fait récemment, que le cinéma marocain ne s’est jamais aussi bien porté?

-Quand la même année, je vais à Toronto, Venise, Dubaï…, oui il ne s’est jamais aussi bien porté car la reconnaissance internationale est une réalité.

-Et la reconnaissance nationale?

-Elle est dans les films grand-public. Le CCM a trois films classés premiers au box-office national.

Regardez les recettes en 2017, ces films ont fait plus de recettes que des films américains qui viennent pourtant avec davantage de copies.

-En 2017, il y a eu 1,6 million d’entrées au cinéma, quelle a été l’évolution depuis votre arrivée?

-Il y a une stagnation mais dans les deux ans à venir, nous pensons avoir une croissance positive et pourquoi pas 2 millions d’entrées en 2020 ou 2021.

-Grâce à des ouvertures de salles?

-Effectivement, un complexe Mégarama de 8 salles a ouvert à Tanger

-Y en a-t-il d’autres?

-Un multiplexe Mégarama à Rabat avec 8 salles qui seront opérationnelles à la fin de cette année.

-Le CCM a-t-il participé à leur financement?

-Effectivement, car toutes les salles sont éligibles à une subvention. Avant, elle n’était octroyée que pour la numérisation mais depuis 2 ans, elle concerne les créations et les restaurations de salles.

-Comme celles de l’ancien Colisée de Rabat qui ouvrira après le Ramadan?

-Ce multiplexe de 4 salles a reçu 3,6 MDH. Au final, on aura donc 12 nouvelles salles dans la capitale en 2018.

De plus, nous négocions avec le groupe Pathé pour un nouveau complexe à Casablanca.

-Vous n’avez pas communiqué sur ces ouvertures?

-Ce sont des opérations privées et c’est donc à leurs promoteurs de communiquer. Il est hors de question de s’approprier leur projet et de faire preuve de récupération car notre boulot se limite à les accompagner et aider.

-Cela ferait pourtant du bien à l’image du CCM qui participe à leur financement?

-Merci de vous soucier de notre réputation mais encore une fois, je n’aime pas la récupération.

-Qu’avez-vous pensé du «film promo» du réalisateur Said Naciri qui a déchainé les passions?

-Je ne l’ai pas vu.

-Votre réponse est courte et se suffit à elle-même...

-Tout ce que je peux dire, c'est qu'il ne suffit pas de coller une étiquette nationale à n’importe quel film pour le rendre intouchable.

-Cela conforte ceux qui accusent le cinéma marocain d’être de très mauvaise qualité...

-A partir du moment où il y a une égalité de chances pour réaliser, vous trouverez aussi le degré zéro dans notre cinéma. Après, il y a la responsabilité des commissions qui financent certains navets.

-Son clip a été financé par la FRMF mais le CCM a subventionné certains de ses anciens long-métrages, ça ne va pas arranger vos affaires?

-Vous pouvez accuser le CCM de se planter sur des subventions mal distribuées mais leur octroi dépend de commissions qui passent et dont les membres changent.

Le problème est que si eux ne sont jamais tenus responsables, on n’oublie jamais le nom du directeur général qui n'a pourtant absolument rien à voir dans l'histoire. 

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