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Jazz: La résurrection miraculeuse de John Coltrane 

Dimanche 8 juillet 2018 à 13h16
Jazz: La résurrection miraculeuse de John Coltrane
 

50 ans après la mort du légendaire souffleur, un enregistrement de 55 minutes a été retrouvé par les descendants de sa première femme. Un miracle à la hauteur de l’apport musical de John Coltrane qui a marqué pour l’éternité le milieu de la musique. Sorti le 29 juin dernier, ce splendide album constitue le chainon manquant entre sa période lyrique et son virage spirituel vers le free jazz.

Quatre ans après avoir démarré cette chronique dédiée au jazz, dont le premier numéro était d'ailleurs consacré à John Coltrane, et l’avoir interrompu faute de temps, il m’est impossible de ne pas revenir sur un événement dont toute la presse spécialisée et généraliste s’est emparée et que le monde de la musique qualifie de véritable miracle du 21ème siècle.

Pour s’en convaincre, il suffit de citer les paroles du mythique mais bien vivant saxophoniste Sonny Rollins, d’ordinaire avare en superlatifs, pour qui la sortie de cet album disparu pendant 55 ans puis retrouvé est comparable à la "découverte d'une nouvelle pièce dans la Grande Pyramide de Gizeh".

Si les chances d'écouter un disque inédit de Coltrane, enregistré de plus en studio, relèvent bel et bien du miracle, il faut également souligner la qualité exceptionnelle de son interprétation qui montre son cheminement professionnel et explique sa reconversion musicale vers un jazz expérimental

Ainsi, si certains fans avaient pu être rebutés par ses nouveaux chorus débridés voire mystiques, cet album charnière est une sorte de pierre de Rosette permettant de déchiffrer les futurs hiéroglyphes Coltraniens du Jazz free.

Après avoir participé à l’exhumation de l’enregistrement, son saxophoniste de fils Ravi Coltrane, ne s’y est d'ailleurs pas trompé en déclarant que "ce disque montre John avec un pied dans le passé et l’autre tourné vers son futur".

La parution de l’album intitulé "Both Directions at Once: The Lost Album" chez son label "Impulse !" constitue donc un événement musical sans précédent qui jette un nouvel éclairage sur le destin de ce musicien d’exception et permet d’espérer que d’autres trouvailles remonteront à la surface.

Tout comme l’album "A love suprême" (1965) qui constitue l’Everest du jazz pour les adeptes de sonorités radicales, il a été enregistré, deux ans avant, dans le studio qui a fait l’histoire de ce répertoire musical.

Les 7 morceaux ont en effet été enregistrés dans le studio du non moins légendaire Rudy Van Gelder, ingénieur du son des sommités du jazz mais aussi de musiciens d’horizons différents comme Prince.

On retrouve dans le casting de son "Classic Quartet", le saxophoniste au soprano et ténor, Jimmy Garrison à la contrebasse, Elvin Jones à la batterie et McCoy Tyner au piano.

Une formation à l’origine d’albums-phares, produits par sa première maison de disques "Atlantic Records" puis par "Impulse !", comme "Coltrane" (1962), "Crescent" (1964) et son panthéonique "A Love Supreme" (1965) qui avait fait de Coltrane, le chef de file du jazz moderne.

Une découverte qui a mis le milieu de la musique en émoi

Avant de juger le contenu de cet album inédit, il convient d'abord de revenir sur les circonstances d’une incroyable découverte qui a bouleversé le cercle des jazzophiles pas du tout préparés à retrouver une nouvelle œuvre sacrée de leur prophète.

Tout commence le 6 mars 1963 à 13 heures quand Trane et ses compères poussent la porte du studio d’enregistrement de Rudy Van Gelder, qui a fait les grandes heures de labels comme Blue Note, Impulse !, Prestige, Verve …

Après y avoir passé l’après-midi et enregistré 7 morceaux complets et des « alternatives takes » (prises alternatives), il repart à la tombée de la nuit avec une copie de la bande pour la faire écouter à sa 1ère femme Naïma (Juanita Grubbs).

Le silence de 55 ans sur le sort de cet enregistrement est d’autant plus inexplicable que le lendemain, (7 mars) il revient au même studio avec ses musiciens et le chanteur Johnny Hartman pour une session qui donnera lieu à l’album "John Coltrane and Johnny Hartman".

La suite, on ne la connait pas mais ce qui est sûr c’est qu’il n’existe aucune autre bande de cette séance.

Tout ce que l’on sait est que celles de Van Gelder, restées stockées dans son studio, seront récupérées par son label "Impulse !" après la mort du musicien et afin de réduire les coûts de stockage, tous ses enregistrements qui n'avaient pas fait l'objet d'une parution officielle seront ... détruits.

Entretemps, il a donc fallu attendre plus d’un demi-siècle pour que les descendants de sa 1ère femme, décédée en 1996, retrouvent cet enregistrement resté au fond d’un tiroir ou d’une armoire avant de le confier au label de Coltrane.

7 morceaux, 7 chefs-d’œuvre

Dans "The Lost Album" figurent sept morceaux (le double avec les prises alternatives sur l'édition de luxe) parmi lesquels deux compositions complètement inconnues annotées sous les numéros de matrice : "Untitled Original 11383" et "Untitled Original 11386".

Dans le 1er morceau de 5’30, le saxophoniste démarre la séance au soprano par un blues tempo empreint de religiosité avec en prime un solo à l’archet de son contrebassiste.

Il enchaine avec le classique "Nature Boy", popularisé par le crooner Nat King Cole, mais relifté pour l’occasion avec des sonorités orientales puis avec Impressions magnifiquement interprété au ténor.

Les huit minutes du morceau 11386 renvoient immanquablement aux orientations modales développées dans My Favorite Things tandis que les deux prises du morceau « Vilia » associent un jeu fait de lyrisme exploratoire et de structures classiques de jazz.

"The Lost Album" n’est pas une compilation car si certains enregistrements alternatifs de génies comme Jimi Hendrix, ont permis d’éditer des albums posthumes, ce n’est assurément pas le cas pour celui-ci mis en boite en 14 prises sachant que la durée des plages musicales correspond à la durée d’un vinyle (45’).

Pour l’avoir écouté attentivement, c’est un vrai album que les oracles du jazz n’hésitent pas à qualifier de chef-d’œuvre absolu qui vient à point nommé pour nous éclairer sur sa bifurcation musicale et nous régaler de ses chorus reconnaissables entre mille.  

Dans une interview accordée à Médias24, l’inénarrable bassiste Marcus Miller nous affirmait que les musiciens que l’on arrive à identifier à la première note sont extrêmement rares et rentrent forcément dans l’histoire.

A ce propos, il importe de citer Didier François, journaliste chez Libération, qui déclare très justement: "Dès les premières notes, on sait que c’est lui. Et aussi vite, on reconnaît le trio qui l’accompagne : Un McCoy Tyner, parfaitement raccord au piano, un Elvin Jones, débatteur par excellence, et un Jimmy Garrison, pilier à la contrebasse. On est en terrain plus que connu car ce quartet a posé certaines bornes de l’histoire du jazz, ou pour être plus précis de l’histoire de la musique".

The Lost Album, le tremplin vers le Free Jazz

Pour les jazzophiles, ce disque constitue, sans l'ombre d'un doute, le chainon manquant qui explique son virage vers un jazz radical. Les oreilles averties comprendront qu’il signe le début de ses explorations vers des nouveaux horizons musicaux libérés de tout carcan.

Sa période be-bop/hard bop appartient désormais au passé et Trane se tourne vers des créations plus modernes, empreintes de spiritualité et avant-gardistes qu'on nommera rapidement free jazz.

A son apogée après les albums "Olé" et "My Favorites Things" (1961), il n’hésitera pourtant pas à bouleverser son logiciel de jeu avec le très audacieux "Impressions" (1963) avant d’aboutir au clivant mais néanmoins chef-d’œuvre absolu "A Love Supreme".

Notons qu’avant de se transformer en messie de ce nouveau répertoire, il était en effet très attaché à la construction de structures musicales classiques voire traditionnelles. Pour faire court, « The lost Album » se situe dans une quête d’improvisation et de liberté harmonique comme un prélude à son changement de jeu.

Au final, le choix du titre de l’album est très édifiant car on y découvre un Coltrane prenant une 1ère direction musicale imprégnée de blues et une 2ème tournée vers la New Thing, qui donnera le free jazz.

Le mot de la fin appartient à notre très estimé confrère et critique musical, Gilbert d'Alto, pour qui "cet album miraculeusement retrouvé est non seulement un élément essentiel de l'oeuvre Coltranienne mais aussi de révolution du jazz dans la période charnière des années 60 où toutes les expériences étaient non seulement permises mais encouragées".

Dont acte ...

Ci-après, images des quatre musiciens en plein enregistrement et les bandes de la session:

 

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