Fin mélodiste, le trompettiste au souffle magique qui faisait littéralement s’envoler ses fans s'en est allé, vendredi 2 novembre, à l'âge de 49 ans. Une grande perte pour le milieu contemporain du jazz qu'il n'avait de cesse de faire fructifier.

Grande tristesse chez les jazzophiles après la mort du trompettiste Roy Hargrove qui s'est éteint à seulement 49 ans des suites d'une crise cardiaque.

Si tout le monde savait qu'il souffrait d'insuffisance rénale et suivait régulièrement des séances de dialyse, personne n'aurait pu imaginer un départ aussi brutal pour ce musicien exceptionnel qui donnait foi au présent et à l'avenir du jazz. 

Quand ce prodige gonflait ses poumons, c’était en effet pour sculpter les sons en quête de la fameuse note bleue moirée et faire jaillir une rosée de sonorités presque visibles à l'oeil nu et voletant comme des bulles de savon.

Celui dont la classe vestimentaire et musicale n’était pas sans rappeler un certain Miles Davis vivait avec son époque en refusant de se laisser enfermer dans le cadre strict du jazz.

S’aventurant dans tous les registres musicaux avec la même aisance, il faisait fructifier sa musique de prédilection sans jamais la renier.

Ancré dans la tradition de son instrument, adopté par les anciens et admiré par les jeunes musiciens, l'énergie créative de Roy le reliait indubitablement aux géants du jazz.

Démonstration en musique.

Plein de fraicheur, l’album « Earfood » (2008)  montre que le groove l’obsédait littéralement. 

Dans un clin d’œil à la célèbre rue, le morceau « Strasbourg Saint Denis », enregistré au New Morning, révèle l’aisance d’une formation groovy évoluant dans un idiome straight-ahead significatif des jam sessions des années 1960.

Fidèle de ce club parisien, sa magnifique interprétation qui déborde du cadre étroit des studios d'enregistrement montre que c'est sur scène qu'il donnait le meilleur de lui-même.

Son quintet y procède par déflagrations sonores avec une succession d'enchaînements mélodiques qui n’est pas sans rappeler les grands formations de l’âge d’or du jazz.

Le morceau « Soulful » enregistré en 2009 dans les célèbres studios de la radio américaine de jazz KPLU montre, quant à lui, une maîtrise stupéfiante des gammes, des articulations et des intonations musicales.

L’attaque du contrebassiste donne d’emblée le ton et on ne peut s’empêcher d’aimer à l’avance l’interprétation du leader qui crache une ouverture avec un solo exquis de quatre notes.

Pour les oreilles avisées, il ne fait pas de doute que c’est un des enregistrements récents les plus exceptionnels produit par un quintet de jazz.

Il prouve, s'il en était besoin, que ceux qui trouvaient que le jazz était plus fascinant dans le passé n’avaient pas imaginé qu’un beau jour, il finirait par s’enfuir des caves pour remonter dans la rue et marquer durablement notre époque de grande médiocrité musicale.

Composé en 1943 par le grand compositeur allemand Kurt Weill, la reprise du morceau « Speak low » est une interprétation pleine de douceur à l’image du mouvement ondulant d’une étoffe soyeuse et chatoyante.

Roy y revient aux racines musicales du jazz avec un enregistrement ancré dans le raffinement qui conserve une simplicité mélodique magnifiquement interprétée.

Nul besoin de superlatifs supplémentaires, il suffit d’écouter cette interprétation pour comprendre sa beauté et sa portée musicale.

« With the tenors of our time » (1994) est un album composé qui renvoie aux ambiances musicales des grands clubs new-yorkais de jazz comme le Blue Note ou le Village Vanguard.

Cette réinterprétation du célèbre standard « Never let me go » est appropriée de manière magistrale selon la plus pure tradition orale du jazz.

Influencé par des trompettistes comme Clifford Brown et Lee Morgan, son style prolixe tend souvent au paroxysme avec des sonorités affirmées sur les ballades.

Roy Hargrove, qui s’est produit en 2011 au festival Tanjazz de Tanger, a laissé aux mélomanes présents un souvenir impérissable grâce à un talent musical qui ne s’apprend nulle part, même pas à la prestigieuse académie musicale Berklee (Boston) sur les bancs desquels il a usé ses culottes d’étudiant.

Malgré la tristesse de son départ précoce, la mort de Roy Hargrove aura le mérite de le canoniser en le faisant entrer au Panthéon du Jazz.

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Fin mélodiste, le trompettiste au souffle magique qui faisait littéralement s’envoler ses fans s'en est allé, vendredi 2 novembre, à l'âge de 49 ans. Une grande perte pour le milieu contemporain du jazz qu'il n'avait de cesse de faire fructifier.

Grande tristesse chez les jazzophiles après la mort du trompettiste Roy Hargrove qui s'est éteint à seulement 49 ans des suites d'une crise cardiaque.

Si tout le monde savait qu'il souffrait d'insuffisance rénale et suivait régulièrement des séances de dialyse, personne n'aurait pu imaginer un départ aussi brutal pour ce musicien exceptionnel qui donnait foi au présent et à l'avenir du jazz. 

Quand ce prodige gonflait ses poumons, c’était en effet pour sculpter les sons en quête de la fameuse note bleue moirée et faire jaillir une rosée de sonorités presque visibles à l'oeil nu et voletant comme des bulles de savon.

Celui dont la classe vestimentaire et musicale n’était pas sans rappeler un certain Miles Davis vivait avec son époque en refusant de se laisser enfermer dans le cadre strict du jazz.

S’aventurant dans tous les registres musicaux avec la même aisance, il faisait fructifier sa musique de prédilection sans jamais la renier.

Ancré dans la tradition de son instrument, adopté par les anciens et admiré par les jeunes musiciens, l'énergie créative de Roy le reliait indubitablement aux géants du jazz.

Démonstration en musique.

Plein de fraicheur, l’album « Earfood » (2008)  montre que le groove l’obsédait littéralement. 

Dans un clin d’œil à la célèbre rue, le morceau « Strasbourg Saint Denis », enregistré au New Morning, révèle l’aisance d’une formation groovy évoluant dans un idiome straight-ahead significatif des jam sessions des années 1960.

Fidèle de ce club parisien, sa magnifique interprétation qui déborde du cadre étroit des studios d'enregistrement montre que c'est sur scène qu'il donnait le meilleur de lui-même.

Son quintet y procède par déflagrations sonores avec une succession d'enchaînements mélodiques qui n’est pas sans rappeler les grands formations de l’âge d’or du jazz.

Le morceau « Soulful » enregistré en 2009 dans les célèbres studios de la radio américaine de jazz KPLU montre, quant à lui, une maîtrise stupéfiante des gammes, des articulations et des intonations musicales.

L’attaque du contrebassiste donne d’emblée le ton et on ne peut s’empêcher d’aimer à l’avance l’interprétation du leader qui crache une ouverture avec un solo exquis de quatre notes.

Pour les oreilles avisées, il ne fait pas de doute que c’est un des enregistrements récents les plus exceptionnels produit par un quintet de jazz.

Il prouve, s'il en était besoin, que ceux qui trouvaient que le jazz était plus fascinant dans le passé n’avaient pas imaginé qu’un beau jour, il finirait par s’enfuir des caves pour remonter dans la rue et marquer durablement notre époque de grande médiocrité musicale.

Composé en 1943 par le grand compositeur allemand Kurt Weill, la reprise du morceau « Speak low » est une interprétation pleine de douceur à l’image du mouvement ondulant d’une étoffe soyeuse et chatoyante.

Roy y revient aux racines musicales du jazz avec un enregistrement ancré dans le raffinement qui conserve une simplicité mélodique magnifiquement interprétée.

Nul besoin de superlatifs supplémentaires, il suffit d’écouter cette interprétation pour comprendre sa beauté et sa portée musicale.

« With the tenors of our time » (1994) est un album composé qui renvoie aux ambiances musicales des grands clubs new-yorkais de jazz comme le Blue Note ou le Village Vanguard.

Cette réinterprétation du célèbre standard « Never let me go » est appropriée de manière magistrale selon la plus pure tradition orale du jazz.

Influencé par des trompettistes comme Clifford Brown et Lee Morgan, son style prolixe tend souvent au paroxysme avec des sonorités affirmées sur les ballades.

Roy Hargrove, qui s’est produit en 2011 au festival Tanjazz de Tanger, a laissé aux mélomanes présents un souvenir impérissable grâce à un talent musical qui ne s’apprend nulle part, même pas à la prestigieuse académie musicale Berklee (Boston) sur les bancs desquels il a usé ses culottes d’étudiant.

Malgré la tristesse de son départ précoce, la mort de Roy Hargrove aura le mérite de le canoniser en le faisant entrer au Panthéon du Jazz.

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