Face à ses juges, l'accusé a multiplié les citations, jonglant entre Freud, le prophète Mohammed, Spinoza ou encore les discours royaux, dont il a tiré arguments pour sa défense.

"Huit délits et deux crimes. Si le parquet avait résumé les accusations, j'aurais pu résumer mon propos." Ce lundi 9 avril, Nasser Zefzafi était de passage devant Ali Torchi, président de la chambre criminelle près la cour d'appel de Casablanca. Et dans ce qui était censé être un interrogatoire - questions-réponses s'entend, l'accusé a monopolisé la parole et fixé son tempo.

Des 54 accusés du Hirak, Zefzafi est le 53ème à se livrer à l'exercice. A l'occasion, la salle 7 s'est rappelée à notre bon souvenir. Celui où police, journalistes, observateurs et proches des détenus garnissaient les bancs du public.

Zefzafi est celui qu'on présente comme le leader du mouvement contestataire. Il en est surtout le porte-parole et visiblement le plus habile à l'oral. Dans l'assistance, on opine de la tête à l'écoute d'une phrase bien faite, et on s'extasie devant une telle "maîtrise de la langue arabe".  

Face à ses juges, l'accusé multiplie les citations, jonglant entre Freud,  le prophète Mohammed ou Spinoza. Et tire des discours royaux arguments pour sa défense: "Le Roi s'est demandé où est la richesse. Nous sommes sortis pour lui dire que la richesse est dans les ventres des lobbies de la corruption. Résultat, nous avons été arrêtés."  

Ce procès "politique", dit-il, est celui de "l'opinion", de "la mémoire du Rif", des "symboles de la résistance, Mohamed Ben Abdelkrimi Al Khattabi qu'Allah l'agrée à leur tête" et celui "des discours du Roi".

De la révolte du Rif (1957-1958) au plan d'ajustement structurel (1983), en passant par "les émeutes du pain" (1981) et plus récemment le séisme d'Al Hoceima, Zefzafi est revenu sur ce qu'il présente comme la genèse du mouvement du Rif. "Le Hirak n'est pas né du vent. Le Hirak est un cumul", lance-t-il au juge, celui-ci lui reprochant de faire dans les "généralités".

"Ce dont vous êtes accusés a eu lieu dans le troisième millénaire, pas en 1958", lui rappelle Ali Torchi, histoire de recadrer l'accusé, qui s'érodait en voyant en "le plan Marshal" un moyen "de se débarrasser des Rifains, trop rebelles" au goût du pouvoir.

Zefzafi est accusé d'atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, entre autres. L'enquête de la BNPJ lui prête des connivences avec des Marocains résidant à l'étranger parmi les défenseurs de la thèse séparatiste. La première question du président, posée au bout de deux heures ou presque, ira en ce sens.

Ce à quoi l'accusé répond par des contre-questions: "Les personnes que vous accusez de séparatisme, y a-t-il des jugements les ayant condamnées pour ce motif? Avez-vous des preuves établissant qu'elles sont des séparatistes?" Et d'ajouter que "ces personnes sont des citoyens marocains d'origine marocaine".

Ali Torchi: "Dans vos déclarations à la police judiciaire, vous dites que vous coordonniez avec des individus résidant à l'étranger et connus pour leurs tendances séparatistes".

Nasser Zefzafi: "Je n'ai rien dit de tout cela. Si vous revenez aux procès verbaux, vous n'y trouverez que les constatations de la BNPJ. Ce qui prouve que les réponses étaient cuisinées. 95% du contenu des PV est falsifié."

L'interrogatoire se poursuivait au moment où nous rédigions ces lignes; ce lundi 9 avril vers 20H00.

 

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Face à ses juges, l'accusé a multiplié les citations, jonglant entre Freud, le prophète Mohammed, Spinoza ou encore les discours royaux, dont il a tiré arguments pour sa défense. 

"Huit délits et deux crimes. Si le parquet avait résumé les accusations, j'aurais pu résumer mon propos." Ce lundi 9 avril, Nasser Zefzafi était de passage devant Ali Torchi, président de la chambre criminelle près la cour d'appel de Casablanca. Et dans ce qui était censé être un interrogatoire - questions-réponses s'entend, l'accusé a monopolisé la parole et fixé son tempo.

Des 54 accusés du Hirak, Zefzafi est le 53ème à se livrer à l'exercice. A l'occasion, la salle 7 s'est rappelée à notre bon souvenir. Celui où police, journalistes, observateurs et proches des détenus garnissaient les bancs du public.

Zefzafi est celui qu'on présente comme le leader du mouvement contestataire. Il en est surtout le porte-parole et visiblement le plus habile à l'oral. Dans l'assistance, on opine de la tête à l'écoute d'une phrase bien faite, et on s'extasie devant une telle "maîtrise de la langue arabe".  

Face à ses juges, l'accusé multiplie les citations, jonglant entre Freud,  le prophète Mohammed ou Spinoza. Et tire des discours royaux arguments pour sa défense: "Le Roi s'est demandé où est la richesse. Nous sommes sortis pour lui dire que la richesse est dans les ventres des lobbies de la corruption. Résultat, nous avons été arrêtés."  

Ce procès "politique", dit-il, est celui de "l'opinion", de "la mémoire du Rif", des "symboles de la résistance, Mohamed Ben Abdelkrimi Al Khattabi qu'Allah l'agrée à leur tête" et celui "des discours du Roi".

De la révolte du Rif (1957-1958) au plan d'ajustement structurel (1983), en passant par "les émeutes du pain" (1981) et plus récemment le séisme d'Al Hoceima, Zefzafi est revenu sur ce qu'il présente comme la genèse du mouvement du Rif. "Le Hirak n'est pas né du vent. Le Hirak est un cumul", lance-t-il au juge, celui-ci lui reprochant de faire dans les "généralités".

"Ce dont vous êtes accusés a eu lieu dans le troisième millénaire, pas en 1958", lui rappelle Ali Torchi, histoire de recadrer l'accusé, qui s'érodait en voyant en "le plan Marshal" un moyen "de se débarrasser des Rifains, trop rebelles" au goût du pouvoir.

Zefzafi est accusé d'atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, entre autres. L'enquête de la BNPJ lui prête des connivences avec des Marocains résidant à l'étranger parmi les défenseurs de la thèse séparatiste. La première question du président, posée au bout de deux heures ou presque, ira en ce sens.

Ce à quoi l'accusé répond par des contre-questions: "Les personnes que vous accusez de séparatisme, y a-t-il des jugements les ayant condamnées pour ce motif? Avez-vous des preuves établissant qu'elles sont des séparatistes?" Et d'ajouter que "ces personnes sont des citoyens marocains d'origine marocaine".

Ali Torchi: "Dans vos déclarations à la police judiciaire, vous dites que vous coordonniez avec des individus résidant à l'étranger et connus pour leurs tendances séparatistes".

Nasser Zefzafi: "Je n'ai rien dit de tout cela. Si vous revenez aux procès verbaux, vous n'y trouverez que les constatations de la BNPJ. Ce qui prouve que les réponses étaient cuisinées. 95% du contenu des PV est falsifié."

L'interrogatoire se poursuivait au moment où nous rédigions ces lignes; ce lundi 9 avril vers 20H00.

 

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