Abdelali Hamidine, secrétaire régional du PJD

Condamné 25 plus tôt pour avoir participé à une rixe ayant entraîné la mort de l'étudiant Ait El Jid, Abdelali Hamidine sera désormais poursuivi en tant que co-auteur de l’assassinat. Le point sur l'affaire.

Abdelali Hamidine comparaitra le 25 décembre devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Poursuivi 25 ans après les faits, le secrétaire régional du PJD est accusé d’avoir assassiné, en tant que coauteur, l’étudiant Bainaissa Ait El Jid.

Deux proches du défunt sont à l’origine de la plainte, déposée le 26 juillet 2017 devant le juge d’instruction. Leur appui phare : Le témoignage d’El Khammar Haddioui, qui accompagnait le défunt au moment des faits et qui a lui-même été condamné dans cette affaire.

Pied sur la gorge, pavé de trottoir sur le crâne

Que s’est-il passé le 25 février 1993 ? Ce jour là, aux alentours de 15h, l’université Sidi Mohammed Benabdallah connaît des affrontements entre factions estudiantines, islamiste d’un côté et gauchiste de l’autre. 

Le conflit débute dans l’enceinte universitaire, mais se poursuit à l'extérieur. Prenant la fuite, Ait El Jid et son camarade El Khammar s'egouffun taxi en direction de Hay Lirak. Arrivés au quartier industriel Sidi Brahim, à proximité de l'usine de Coca-Cola, le véhicule est intercepté puis encerclé par un groupe d'individus.

«Ils étaient entre 25 et 30», affirme El Khammar dans sa déposition. Parmi eux, des membres du «Mouvement de l’unicité et de la réforme [le fameux MUR] et d’autres affiliés à Al Adl Wal Ihsane», reconnaît le témoin. Les individus prennent d'assaut le taxi, cassent une vitre et évacuent les deux étudiants.

Les agresseurs se diviseront en deux groupes : le premier se charge d’Elkhammar Haddioui, qui sera grièvement blessé. Le second s’occupera d’Ait El Jid, qui sera lynché et mis à terre.  De cette position, il reçoit le coup fatal, un morceau de trottoir de 80 cm sur le crâne. Quelques jours plus tard, l’étudiant succombe à l’hôpital El Ghassani.

Devant le juge, El Khammar affirme avoir reconnu chacun des individus impliqués, tout en détaillant la nature de leur implication. Sur la base du même témoignage, trois personnes avaient déjà été condamnés où en voie de l’être : 

-Omar Mohib a été condamné en 2009 pour complicité d’homicide volontaire, décision devenue définitive après le refus, en 2011, de son pourvoi en cassation.

-Taoufik El Kadi et Abdelouahed Kerioul ont été poursuivis en 2017 et sont encore jugés, pour les mêmes motifs, devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès.

Quel rapport avec Hamidine ?

Dans son témoignage, El Khammar rapporte que l'acte des trois premières personnes à l’origine du jet de trottoir ayant provoqué la mort d’Ait El Jid, aurait été facilité par Hamidine, lequel avait mis son pied sur la tête/et ou la gorge de la victime. Histoire d’assurer le coup en empêchant la victime de bouger.

La tête piétinée par son agresseur, Ait El Jid prononcera ces derniers mots : «Akhoya El Khammar, ana mchit!»

« Pour moi, le dossier est clos »

Au juge d’instruction, Hamidine déclare que les faits dont il est accusé ont déjà fait l’objet d’un «jugement ayant acquis la force de la chose jugée». L’intéressé avait été condamné en 1994 à 2 ans d’emprisonnement pour «participation à une rixe au cours de laquelle sont exercées des violences ayant entraîné la mort».

Hamidine estime ne pas être «concerné par les faits cités» dans la nouvelle plainte, qu’il qualifie de «calomnieuse». Pour lui, «le dossier est clos».  

Sa défense rappelle pour sa part qu’en 2012, une plainte similaire a été soumise au parquet général, qui a décidé son classement sans suite. Idem pour une requête déposée une année plus tard devant le juge d’instruction. «Juridiquement, il n’est pas permis d’enclencher de nouvelles poursuites, l’intéressé ayant déjà été condamné pour les mêmes griefs», estiment les avocats du mis en cause.

Sauf que devant le juge d’instruction, Hamidine est interrogé sur une donnée précise, qui n’a pas été citée lors du dossier originel : A-t-il, oui ou non, placé son pied sur la tête du défunt pour permettre au porteur du pavé mortel d’atteindre sa cible ?  A cette question directe, l’interrogé oppose le droit au silence.

Lors de sa confrontation avec El Khammar, Hamidine niera les faits. Il met l’accent sur les différences entre le nouveau récit et celui adopté par le même témoin en 1994, lorsque ce dernier était lui aussi accusé.

L’instruction bouclée, le juge d’instruction transmet le dossier au procureur du Roi. Après examen, celui-ci requiert, tout comme les plaignants, la poursuite de Hamdine comme «coauteur d’un homicide volontaire avec préméditation et guet apens». Ou «assassinat» pour faire court.

Des faits nouveaux et plus graves

Une requête à laquelle accède le juge d’instruction. Sur la base du témoignage et différents éléments du dossier, le juge a retenu les éléments suivants :

-La présence de Hamidine au moment de l’agression de la victime.

-Hamidine a mis les pieds sur la gorge de la victime qui était à terre.

-La victime immobilisée, Mohib El Kadi, Taoufik Karyoul et Abdelouahed Mohib ont jeté le pavé sur la tête de la victime.

-Lien de causalité entre le geste de Hamidine, celui des trois autres individus et le décès d’Ait El Jid.

-La volonté de Hamidine, tout comme celle des autres individus, était d’ôter la vie à la victime (élément moral de l’infraction).

«Plus grave», ces «faits sont différents de ceux pour lesquels l’accusé a été condamné» en 1993, et qui portaient uniquement sur «la participation à une rixe ayant conduit à la mort», argumente le juge. Une différence de qualification qui permet légalement d’enclencher une nouvelle «poursuite».

Le juge d’instruction invoque l’article 369 du code de procédure pénale : «Tout prévenu acquitté ou absous ne peut plus être poursuivi en raison des mêmes faits, même sous une qualification juridique différentes».

Autrement dit, une nouvelle poursuite n’est interdite que lorsque l’accusé a été innocenté ou absous. Or, en 1993, Hamidine avait été condamné. «Partant, nous avons décidé de poursuivre l’accusé comme coauteur d’un homicide avec préméditation et guet-apens», conclut le juge. En gros, Hamidine est accusé d’avoir personnellement pris part à l'assassinat d’Ait El Jid.

Quid de la prescription ?

25 ans plus tard, Hamidine sera donc de nouveau jugé devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Cette fois-ci, il risque la peine capitale.

Reste une question. En matière criminelle, l’action publique se prescrit par 15 années grégoriennes révolues à compter du jour où le crime a été commis. Cet argument a été soulevé par la défense. «Ce moyen sort du champ de notre compétence car il a été soulevé lors de l’instruction et avant l’enclenchement de l’action publique», répond le juge d’instruction. Pour ce dernier, il appartient à la Chambre criminelle de statuer sur cette question.

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Condamné 25 plus tôt pour avoir participé à une rixe ayant entraîné la mort de l'étudiant Ait El Jid, Abdelali Hamidine sera désormais poursuivi en tant que co-auteur de l’assassinat. Le point sur l'affaire. 

Abdelali Hamidine comparaitra le 25 décembre devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Poursuivi 25 ans après les faits, le secrétaire régional du PJD est accusé d’avoir assassiné, en tant que coauteur, l’étudiant Bainaissa Ait El Jid.

Deux proches du défunt sont à l’origine de la plainte, déposée le 26 juillet 2017 devant le juge d’instruction. Leur appui phare : Le témoignage d’El Khammar Haddioui, qui accompagnait le défunt au moment des faits et qui a lui-même été condamné dans cette affaire.

Pied sur la gorge, pavé de trottoir sur le crâne

Que s’est-il passé le 25 février 1993 ? Ce jour là, aux alentours de 15h, l’université Sidi Mohammed Benabdallah connaît des affrontements entre factions estudiantines, islamiste d’un côté et gauchiste de l’autre. 

Le conflit débute dans l’enceinte universitaire, mais se poursuit à l'extérieur. Prenant la fuite, Ait El Jid et son camarade El Khammar s'egouffun taxi en direction de Hay Lirak. Arrivés au quartier industriel Sidi Brahim, à proximité de l'usine de Coca-Cola, le véhicule est intercepté puis encerclé par un groupe d'individus.

«Ils étaient entre 25 et 30», affirme El Khammar dans sa déposition. Parmi eux, des membres du «Mouvement de l’unicité et de la réforme [le fameux MUR] et d’autres affiliés à Al Adl Wal Ihsane», reconnaît le témoin. Les individus prennent d'assaut le taxi, cassent une vitre et évacuent les deux étudiants.

Les agresseurs se diviseront en deux groupes : le premier se charge d’Elkhammar Haddioui, qui sera grièvement blessé. Le second s’occupera d’Ait El Jid, qui sera lynché et mis à terre.  De cette position, il reçoit le coup fatal, un morceau de trottoir de 80 cm sur le crâne. Quelques jours plus tard, l’étudiant succombe à l’hôpital El Ghassani.

Devant le juge, El Khammar affirme avoir reconnu chacun des individus impliqués, tout en détaillant la nature de leur implication. Sur la base du même témoignage, trois personnes avaient déjà été condamnés où en voie de l’être : 

-Omar Mohib a été condamné en 2009 pour complicité d’homicide volontaire, décision devenue définitive après le refus, en 2011, de son pourvoi en cassation.

-Taoufik El Kadi et Abdelouahed Kerioul ont été poursuivis en 2017 et sont encore jugés, pour les mêmes motifs, devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès.

Quel rapport avec Hamidine ?

Dans son témoignage, El Khammar rapporte que l'acte des trois premières personnes à l’origine du jet de trottoir ayant provoqué la mort d’Ait El Jid, aurait été facilité par Hamidine, lequel avait mis son pied sur la tête/et ou la gorge de la victime. Histoire d’assurer le coup en empêchant la victime de bouger.

La tête piétinée par son agresseur, Ait El Jid prononcera ces derniers mots : «Akhoya El Khammar, ana mchit!»

« Pour moi, le dossier est clos »

Au juge d’instruction, Hamidine déclare que les faits dont il est accusé ont déjà fait l’objet d’un «jugement ayant acquis la force de la chose jugée». L’intéressé avait été condamné en 1994 à 2 ans d’emprisonnement pour «participation à une rixe au cours de laquelle sont exercées des violences ayant entraîné la mort».

Hamidine estime ne pas être «concerné par les faits cités» dans la nouvelle plainte, qu’il qualifie de «calomnieuse». Pour lui, «le dossier est clos».  

Sa défense rappelle pour sa part qu’en 2012, une plainte similaire a été soumise au parquet général, qui a décidé son classement sans suite. Idem pour une requête déposée une année plus tard devant le juge d’instruction. «Juridiquement, il n’est pas permis d’enclencher de nouvelles poursuites, l’intéressé ayant déjà été condamné pour les mêmes griefs», estiment les avocats du mis en cause.

Sauf que devant le juge d’instruction, Hamidine est interrogé sur une donnée précise, qui n’a pas été citée lors du dossier originel : A-t-il, oui ou non, placé son pied sur la tête du défunt pour permettre au porteur du pavé mortel d’atteindre sa cible ?  A cette question directe, l’interrogé oppose le droit au silence.

Lors de sa confrontation avec El Khammar, Hamidine niera les faits. Il met l’accent sur les différences entre le nouveau récit et celui adopté par le même témoin en 1994, lorsque ce dernier était lui aussi accusé.

L’instruction bouclée, le juge d’instruction transmet le dossier au procureur du Roi. Après examen, celui-ci requiert, tout comme les plaignants, la poursuite de Hamdine comme «coauteur d’un homicide volontaire avec préméditation et guet apens». Ou «assassinat» pour faire court.

Des faits nouveaux et plus graves

Une requête à laquelle accède le juge d’instruction. Sur la base du témoignage et différents éléments du dossier, le juge a retenu les éléments suivants :

-La présence de Hamidine au moment de l’agression de la victime.

-Hamidine a mis les pieds sur la gorge de la victime qui était à terre.

-La victime immobilisée, Mohib El Kadi, Taoufik Karyoul et Abdelouahed Mohib ont jeté le pavé sur la tête de la victime.

-Lien de causalité entre le geste de Hamidine, celui des trois autres individus et le décès d’Ait El Jid.

-La volonté de Hamidine, tout comme celle des autres individus, était d’ôter la vie à la victime (élément moral de l’infraction).

«Plus grave», ces «faits sont différents de ceux pour lesquels l’accusé a été condamné» en 1993, et qui portaient uniquement sur «la participation à une rixe ayant conduit à la mort», argumente le juge. Une différence de qualification qui permet légalement d’enclencher une nouvelle «poursuite».

Le juge d’instruction invoque l’article 369 du code de procédure pénale : «Tout prévenu acquitté ou absous ne peut plus être poursuivi en raison des mêmes faits, même sous une qualification juridique différentes».

Autrement dit, une nouvelle poursuite n’est interdite que lorsque l’accusé a été innocenté ou absous. Or, en 1993, Hamidine avait été condamné. «Partant, nous avons décidé de poursuivre l’accusé comme coauteur d’un homicide avec préméditation et guet-apens», conclut le juge. En gros, Hamidine est accusé d’avoir personnellement pris part à l'assassinat d’Ait El Jid.

Quid de la prescription ?

25 ans plus tard, Hamidine sera donc de nouveau jugé devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Cette fois-ci, il risque la peine capitale.

Reste une question. En matière criminelle, l’action publique se prescrit par 15 années grégoriennes révolues à compter du jour où le crime a été commis. Cet argument a été soulevé par la défense. «Ce moyen sort du champ de notre compétence car il a été soulevé lors de l’instruction et avant l’enclenchement de l’action publique», répond le juge d’instruction. Pour ce dernier, il appartient à la Chambre criminelle de statuer sur cette question.

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