Plus de 350 participants issus de 16 pays, représentant plus de 200 compagnies du secteur pétrolier et gazier, se réunissent à Marrakech les 06 et 07 février à l’occasion du 2è sommet marocain du pétrole et du gaz – organisé par l’ONHYM et le cabinet d’experts IN-VR Oil and Gas. Quels sont les enjeux de cet événement ? Quelles sont les priorités de l’ONHYM pour 2019 ? Quid des atouts – ainsi que des limites, de la prospection au Maroc ? Amina Benkhadra, directrice générale de l’ONHYM, répond aux questions de Médias24.

Médias24: Cet événement présente à la fois une forte connotation scientifique et une dimension business. Quels sont les objectifs derrière son organisation ?

Amina Benkhadra: L’ONHYM fait le maximum pour promouvoir les bassins sédimentaires marocains, aussi bien dans le Royaume qu’à l’étranger. Nos équipes présentent d’ailleurs ces données dans toutes les conférences internationales d’envergure. L’objectif étant de susciter l’intérêt des opérateurs pour qu’ils souscrivent un contrat de reconnaissance, et décrochent un permis pour démarrer l’exploration.

Cet événement vise donc essentiellement 3 objectifs: présenter les données scientifiques des bassins marocains, renforcer la coopération dans le secteur notamment avec les pays africains – qui sont fortement représentés à cette édition, et aussi profiter de la présence d’experts de renom – dont les études permettent une meilleure compréhension d’un système d’une grande complexité.

-Plusieurs intervenants ont justement relevé le manque de données sismiques 2D et 3D relatives au Maroc, ce qui ne favorise pas particulièrement l’exploration pétrolière…

-Nous en sommes conscients, les bassins sédimentaires marocains sont sous-explorés. Ce secteur est risqué et très capitalistique, il nécessite des investissements considérables – notamment pour l’acquisition des données. Les ressources financières de l’ONHYM étant très limitées, l’essentiel des données sismiques sont le résultat du travail des sociétés d’exploration partenaires.

Il faut savoir qu’au cours des deux dernières décennies, la prospection pétrolière et gazière au Maroc a été exclusivement réalisée par nos partenaires, car nous ne disposons simplement pas des ressources nécessaires – ni en tant qu’organisme ni en tant qu’Etat.

-Ne devrions-nous pas disposer de ces ressources ?

-Bien sûr, des propositions ont d’ailleurs déjà été faites en ce sens. Nous avions notamment proposé la création d’un fonds de subvention dédié à l’exploration pétrolière, qui serait alimenté par un prélèvement sur une ressource spécifique. A l’image du fonds spécial routier, qui est financé par un prélèvement sur les produits pétroliers. Sauf que cela n’a pas été suivi d’effets…

-Où se positionne le Maroc sur l’échiquier mondial des sociétés d’exploration ?

-Nous sommes en compétition avec beaucoup de pays, et c’est une bataille au quotidien pour attirer les opérateurs. Les sociétés pétrolières disposent d’un portefeuille de projets qu’elles classent par niveau de rentabilité. Comme il n’y a pas encore eu de découverte commerciale au Maroc, nous sommes, à leurs yeux, plutôt vers le bas du tableau en termes de priorité…

Cela dit, le Maroc est dans le radar de ces sociétés en raison de sa géologie intéressante, son cadre réglementaire attractif, sa stabilité politique et sécuritaire… Mais en fonction des années, les sociétés pétrolières prendront plus ou moins de risques, les coûts de l’exploration pétrolière et gazière étant directement corrélés au cours mondial de ces ressources.

Les explorations se multiplient dès que les cours partent à la hausse. Mais depuis la chute du prix du baril de pétrole en 2014, les investissements mondiaux en exploration sont passés de 743 milliards de dollars par an, à 380 milliards – soit une baisse de 60%. Dans ce contexte, les explorations diminuent et ne se font généralement que dans des zones «sûres».

Nous comptons donc totalement sur nos partenaires, ce qui se répercute bien sûr sur le nombre de forages. A ce titre, il est dommage de constater que seuls 40 forages émaillent notre côte atlantique, alors qu’il en existe des milliers de l’autre côté de l’océan, en Nouvelle Ecosse.

-A ce sujet, quels sont les premières retombées des partenariats entre l’ONHYM et vos homologues de la province canadienne de Nouvelle Ecosse ?

-Le partenariat a été signé en 2017 et porte essentiellement sur de la recherche géo-scientifique. L’objectif est de disposer d’une meilleure compréhension et interprétation des données géologiques de la marge atlantique – des deux côtés de l’océan. Leurs caractéristiques géologiques sont très similaires, il s’agissait de la même plaque tectonique avant la séparation des continents. C’est pourquoi nous gardons espoir en une importante découverte offshore au Maroc.

-Quels seront les grands chantiers de l’ONHYM en 2019 ?

-Les prévisions budgétaires 2019 sont de l’ordre de 2,4 MMDH, dont 38 MDH issus des fonds propres de l’ONHYM. Les sociétés partenaires comptent réaliser 1.300 km de recherche sismique 2D, ainsi que le forage de 9 puits : 7 puits d’exploration et 2 puits de développement.

L’exploitation du site de Tendrara sera poursuivie avec Sound Energy. Parallèlement au renforcement des forages dans le Gharb, même si l’on n’y trouve encore que de petites poches de gaz qui alimentent les usines de la région.

Le site de Meskala présente d’intéressantes perspectives en 2019. Nous allons augmenter la production grâce à des données sismiques que l’ONHYM a réalisées il y a environ 5 ans, et dont l’interprétation a permis de récemment d'identifier un nouveau puits positif.

Cette année connaîtra également une évaluation plus affinée du potentiel de la zone onshore pré-rifaine, une société chinoise procédant actuellement à la collecte des données sismiques. Nous examinons aussi des intérêts qui ont été exprimés pour la zone offshore méditerranéenne, avec l’espoir qu’ils aboutiront…

-L’IRES a récemment publié une étude sur le futur gazoduc Maroc-Nigéria, qui recommande notamment d’inscrire ce projet vers l’horizon 2035-2040 – en raison de complexités aussi bien législatives, techniques que financières…

-Je ne partage pas ce point de vue. Le gazoduc est un projet d’envergure stratégique, qui répond à une vision de coopération sud-sud. Nous sommes maintenant dans la phase 1 de l’étude Feed, qui vise à optimiser le tracé du gazoduc, son dimensionnement. Des études sont également en cours afin de mesurer les impacts environnementaux et sociaux du projet.

Etre confronté à des défis est inhérent à tout projet stratégique de cette envergure. Ce que je peux confirmer pour le moment, c’est que la collaboration est très étroite avec les pays concernés par le gazoduc Maroc-Nigéria. Leur approbation est en cours, grâce notamment à la Cedeao qui est notre interlocuteur privilégié dans la région.

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Plus de 350 participants issus de 16 pays, représentant plus de 200 compagnies du secteur pétrolier et gazier, se réunissent à Marrakech les 06 et 07 février à l’occasion du 2è sommet marocain du pétrole et du gaz – organisé par l’ONHYM et le cabinet d’experts IN-VR Oil and Gas. Quels sont les enjeux de cet événement ? Quelles sont les priorités de l’ONHYM pour 2019 ? Quid des atouts – ainsi que des limites, de la prospection au Maroc ? Amina Benkhadra, directrice générale de l’ONHYM, répond aux questions de Médias24.

Médias24: Cet événement présente à la fois une forte connotation scientifique et une dimension business. Quels sont les objectifs derrière son organisation ?

Amina Benkhadra: L’ONHYM fait le maximum pour promouvoir les bassins sédimentaires marocains, aussi bien dans le Royaume qu’à l’étranger. Nos équipes présentent d’ailleurs ces données dans toutes les conférences internationales d’envergure. L’objectif étant de susciter l’intérêt des opérateurs pour qu’ils souscrivent un contrat de reconnaissance, et décrochent un permis pour démarrer l’exploration.

Cet événement vise donc essentiellement 3 objectifs: présenter les données scientifiques des bassins marocains, renforcer la coopération dans le secteur notamment avec les pays africains – qui sont fortement représentés à cette édition, et aussi profiter de la présence d’experts de renom – dont les études permettent une meilleure compréhension d’un système d’une grande complexité.

-Plusieurs intervenants ont justement relevé le manque de données sismiques 2D et 3D relatives au Maroc, ce qui ne favorise pas particulièrement l’exploration pétrolière…

-Nous en sommes conscients, les bassins sédimentaires marocains sont sous-explorés. Ce secteur est risqué et très capitalistique, il nécessite des investissements considérables – notamment pour l’acquisition des données. Les ressources financières de l’ONHYM étant très limitées, l’essentiel des données sismiques sont le résultat du travail des sociétés d’exploration partenaires.

Il faut savoir qu’au cours des deux dernières décennies, la prospection pétrolière et gazière au Maroc a été exclusivement réalisée par nos partenaires, car nous ne disposons simplement pas des ressources nécessaires – ni en tant qu’organisme ni en tant qu’Etat.

-Ne devrions-nous pas disposer de ces ressources ?

-Bien sûr, des propositions ont d’ailleurs déjà été faites en ce sens. Nous avions notamment proposé la création d’un fonds de subvention dédié à l’exploration pétrolière, qui serait alimenté par un prélèvement sur une ressource spécifique. A l’image du fonds spécial routier, qui est financé par un prélèvement sur les produits pétroliers. Sauf que cela n’a pas été suivi d’effets…

-Où se positionne le Maroc sur l’échiquier mondial des sociétés d’exploration ?

-Nous sommes en compétition avec beaucoup de pays, et c’est une bataille au quotidien pour attirer les opérateurs. Les sociétés pétrolières disposent d’un portefeuille de projets qu’elles classent par niveau de rentabilité. Comme il n’y a pas encore eu de découverte commerciale au Maroc, nous sommes, à leurs yeux, plutôt vers le bas du tableau en termes de priorité…

Cela dit, le Maroc est dans le radar de ces sociétés en raison de sa géologie intéressante, son cadre réglementaire attractif, sa stabilité politique et sécuritaire… Mais en fonction des années, les sociétés pétrolières prendront plus ou moins de risques, les coûts de l’exploration pétrolière et gazière étant directement corrélés au cours mondial de ces ressources.

Les explorations se multiplient dès que les cours partent à la hausse. Mais depuis la chute du prix du baril de pétrole en 2014, les investissements mondiaux en exploration sont passés de 743 milliards de dollars par an, à 380 milliards – soit une baisse de 60%. Dans ce contexte, les explorations diminuent et ne se font généralement que dans des zones «sûres».

Nous comptons donc totalement sur nos partenaires, ce qui se répercute bien sûr sur le nombre de forages. A ce titre, il est dommage de constater que seuls 40 forages émaillent notre côte atlantique, alors qu’il en existe des milliers de l’autre côté de l’océan, en Nouvelle Ecosse.

-A ce sujet, quels sont les premières retombées des partenariats entre l’ONHYM et vos homologues de la province canadienne de Nouvelle Ecosse ?

-Le partenariat a été signé en 2017 et porte essentiellement sur de la recherche géo-scientifique. L’objectif est de disposer d’une meilleure compréhension et interprétation des données géologiques de la marge atlantique – des deux côtés de l’océan. Leurs caractéristiques géologiques sont très similaires, il s’agissait de la même plaque tectonique avant la séparation des continents. C’est pourquoi nous gardons espoir en une importante découverte offshore au Maroc.

-Quels seront les grands chantiers de l’ONHYM en 2019 ?

-Les prévisions budgétaires 2019 sont de l’ordre de 2,4 MMDH, dont 38 MDH issus des fonds propres de l’ONHYM. Les sociétés partenaires comptent réaliser 1.300 km de recherche sismique 2D, ainsi que le forage de 9 puits : 7 puits d’exploration et 2 puits de développement.

L’exploitation du site de Tendrara sera poursuivie avec Sound Energy. Parallèlement au renforcement des forages dans le Gharb, même si l’on n’y trouve encore que de petites poches de gaz qui alimentent les usines de la région.

Le site de Meskala présente d’intéressantes perspectives en 2019. Nous allons augmenter la production grâce à des données sismiques que l’ONHYM a réalisées il y a environ 5 ans, et dont l’interprétation a permis de récemment d'identifier un nouveau puits positif.

Cette année connaîtra également une évaluation plus affinée du potentiel de la zone onshore pré-rifaine, une société chinoise procédant actuellement à la collecte des données sismiques. Nous examinons aussi des intérêts qui ont été exprimés pour la zone offshore méditerranéenne, avec l’espoir qu’ils aboutiront…

-L’IRES a récemment publié une étude sur le futur gazoduc Maroc-Nigéria, qui recommande notamment d’inscrire ce projet vers l’horizon 2035-2040 – en raison de complexités aussi bien législatives, techniques que financières…

-Je ne partage pas ce point de vue. Le gazoduc est un projet d’envergure stratégique, qui répond à une vision de coopération sud-sud. Nous sommes maintenant dans la phase 1 de l’étude Feed, qui vise à optimiser le tracé du gazoduc, son dimensionnement. Des études sont également en cours afin de mesurer les impacts environnementaux et sociaux du projet.

Etre confronté à des défis est inhérent à tout projet stratégique de cette envergure. Ce que je peux confirmer pour le moment, c’est que la collaboration est très étroite avec les pays concernés par le gazoduc Maroc-Nigéria. Leur approbation est en cours, grâce notamment à la Cedeao qui est notre interlocuteur privilégié dans la région.

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