A travers de multiples communiqués, Sound Energy, la compagnie britannique spécialisée en forage gazier, active au Maroc à travers les permis de Tendrara et de Sidi Mokhtar respectivement à l’est et au centre du pays, livre plus de détails sur les résultats de ses forages, qui peuvent déboucher sur des réserves importantes.

"Un champ de gaz géant", "Des résultats qui dépassent les estimations", "Gisement important"… Sound Energy ne lésine pas sur les expressions élogieuses à propos du gisement de Tendrara, ne manquant pas de communiquer sur la moindre action entreteprise sur les lieux.

A ce stade, la société commence à évoquer même des aspects liés à la commercialisation, et des plans de construction d’un pipeline à cette fin, qui rejoindra le Gazoduc Maghreb Europe (GME).

Mais alors que les communiqués de Sound Energy foisonnent, ils se cognent au mutisme de l’ONHYM (Office national des hydrocarbures et des mines) et des autorités locales sur le sujet. Plusieurs questions demeurent ainsi sans réponses: Quel est le niveau réel des réserves de gaz, prouvées à ce stade? Comment se fera la commercialisation à travers le GME? Quelles sont les autorisations nécessaires pour transiter par celui-ci?, etc.

Pour avoir plus d’éclaircissements, nous avons contacté Vigo Communications, cabinet britannique qui gère les relations publiques de Sound Energy, par e-mail, puis par téléphone. Leur réponse est qu’à présent, Sound Energy ne peut communiquer davantage.

"Il faut se référer aux communiqués déjà publiés", nous indique notre interlocutrice à Vigo Communications. On nous rassure toutefois qu’on nous informera dès qu’il y aura du nouveau.

Il se peut que Sound Energy ait des restrictions en matière de communication, vu que la société est cotée à la bourse londonienne. Un fait qui nous pousse également à nous demander si Sound Energy ne cherche que des effets d’annonce à travers ses communiqués, pour doper son titre en bourse.

Un exemple qui semble aller dans le sens de cette hypothèse: Après la sortie du PDG de Sound Energy, James Parsons, pour dire que sa société "pourrait être assise sur un champ de gaz super-géant au Maroc", un des analystes du London Stock Exchange, spécialisé dans les filières de pétrole et de gaz, avait affirmé que le prix de l’action de Sound Energy pourrait s'envoler de 400%.

Pour lever le doute donc, et pour mieux connaître ce à quoi il faut vraiment s'attendre, des réponses sont nécessaires aux diverses interrogations qui se posent.

Il  y a, tout d’abord, l’histoire du gazoduc.

Le 1er août dernier, Sound Energy avait publié un communiqué où elle expliquait avoir obtenu "une approbation" de la Wilaya de l’Oriental, concernant un tracé préliminaire du pipeline qui servira au transport du gaz issu de la découverte du puits TE-5 à Tendrara, pour sa commercialisation.

Selon le schéma présenté par Sound Energy, le transport se fera par une bretelle qui raccorderait le gisement de Tendrara au gazoduc Maghreb Europe (tracé en orange foncé sur l'image ci-dessous). Sound Energy affirme par ailleurs que si la production le permet, un autre gazoduc alimenterait en gaz la région côtière jusqu’à El Jadida. Les flux de gaz pourraient également être exportés en Europe.

Par ailleurs, dans une présentation délivrée aux investisseurs en juillet dernier, la société britannique affirme que la propriété du GME sera transférée au Maroc en 2021. Elle indique également que le GME peut accommoder près de 200 millions de pieds cubes standards par jour de gaz marocain, en plus d’une capacité additionnelle programmée.

Mais une approbation de l’autorité régionale est-elle suffisante pour exploiter un gazoduc qui transite par trois pays, à savoir l’Algérie, le Maroc et l’Espagne? Et même si Sound Energy obtient d’autres éventuelles autorisations marocaines, qu’en-est-il de l’implication des autres pays? Sound Energy peut-elle planifier de telles actions sans consultations ou autorisations des autres pays concernés?

Rien ne permet encore de répondre à ces questions.

D’une autre part, il y a également la question du niveau réel des réserves de gaz contenues dans le gisement, et qui requièrent encore d’être prouvées par des experts indépendants.

La zone sismique de Tendrara compte à présent trois puits forés par Sound Energy (TE-6, TE-7 et TE-8), et 5 par d’autres compagnies depuis les années 60, dont les taux d’écoulement gazier sont inconnus à présent.

Le forage des puits TE-6 et TE-7 par Sound Energy a, pour sa part, abouti à des taux d’écoulement gazier de 32 millions et 17 millions de pieds cubes standard par jour, respectivement.

Au niveau du puits TE-8, les choses ne sont pas aussi claires, malgré le fait que James Parsons évoque un contact  gaz-eau «qui a permis de doubler les estimations des réserves potentielles».

Ceci étant, les chiffres qui reviennent toujours dans les communiqués de Sound Energy pour quantifier le stock gazier du bassin de Tendrara-Meridja sont un maximum de 31 trillions de pieds cubes, et un minimum de 9 trillions de pieds cubes. Si l’on se situe à l’intervalle supérieur, ledit bassin serait de l’ordre du champ de gaz Zohr de la compagnie italienne ENI, situé au large de l’Egypte, et considéré comme le plus grand gisement de gaz en Méditerranée. Une source à l'ONHYM, s'exprimant sous couvert d'anonymat, nous a indiqué que l'évaluation portant sur 9 trillons de pieds cubes est déjà une certitude et que les actions menées visent à savoir s'il y en davantage et combien, autrement dit la taille du gisement.

Avant de confirmer définitivement ces estimations, d'autres études et forages seront donc nécessaires pour étayer le potentiel d'exploration estimée du bassin.

A vrai dire, ce n’est qu’après la remise d’un rapport d’expert indépendant qui devra confirmer les volumes découverts que la décision finale d’investissement puis de production gazière sera prise.

Il est donc impératif de prendre les annonces de Sound Energy avec prudence. Mais il faut également dire que l’ONHYM n’est à aucun moment intervenu pour contredire ou réagir aux publications de la société britannique. Le flou persiste et, avec lui, plusieurs questions qui demeurent en suspens. A suivre. 

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A travers de multiples communiqués, Sound Energy, la compagnie britannique spécialisée en forage gazier, active au Maroc à travers les permis de Tendrara et de Sidi Mokhtar respectivement à l’est et au centre du pays, livre plus de détails sur les résultats de ses forages, qui peuvent déboucher sur des réserves importantes.

"Un champ de gaz géant", "Des résultats qui dépassent les estimations", "Gisement important"… Sound Energy ne lésine pas sur les expressions élogieuses à propos du gisement de Tendrara, ne manquant pas de communiquer sur la moindre action entreteprise sur les lieux.

A ce stade, la société commence à évoquer même des aspects liés à la commercialisation, et des plans de construction d’un pipeline à cette fin, qui rejoindra le Gazoduc Maghreb Europe (GME).

Mais alors que les communiqués de Sound Energy foisonnent, ils se cognent au mutisme de l’ONHYM (Office national des hydrocarbures et des mines) et des autorités locales sur le sujet. Plusieurs questions demeurent ainsi sans réponses: Quel est le niveau réel des réserves de gaz, prouvées à ce stade? Comment se fera la commercialisation à travers le GME? Quelles sont les autorisations nécessaires pour transiter par celui-ci?, etc.

Pour avoir plus d’éclaircissements, nous avons contacté Vigo Communications, cabinet britannique qui gère les relations publiques de Sound Energy, par e-mail, puis par téléphone. Leur réponse est qu’à présent, Sound Energy ne peut communiquer davantage.

"Il faut se référer aux communiqués déjà publiés", nous indique notre interlocutrice à Vigo Communications. On nous rassure toutefois qu’on nous informera dès qu’il y aura du nouveau.

Il se peut que Sound Energy ait des restrictions en matière de communication, vu que la société est cotée à la bourse londonienne. Un fait qui nous pousse également à nous demander si Sound Energy ne cherche que des effets d’annonce à travers ses communiqués, pour doper son titre en bourse.

Un exemple qui semble aller dans le sens de cette hypothèse: Après la sortie du PDG de Sound Energy, James Parsons, pour dire que sa société "pourrait être assise sur un champ de gaz super-géant au Maroc", un des analystes du London Stock Exchange, spécialisé dans les filières de pétrole et de gaz, avait affirmé que le prix de l’action de Sound Energy pourrait s'envoler de 400%.

Pour lever le doute donc, et pour mieux connaître ce à quoi il faut vraiment s'attendre, des réponses sont nécessaires aux diverses interrogations qui se posent.

Il  y a, tout d’abord, l’histoire du gazoduc.

Le 1er août dernier, Sound Energy avait publié un communiqué où elle expliquait avoir obtenu "une approbation" de la Wilaya de l’Oriental, concernant un tracé préliminaire du pipeline qui servira au transport du gaz issu de la découverte du puits TE-5 à Tendrara, pour sa commercialisation.

Selon le schéma présenté par Sound Energy, le transport se fera par une bretelle qui raccorderait le gisement de Tendrara au gazoduc Maghreb Europe (tracé en orange foncé sur l'image ci-dessous). Sound Energy affirme par ailleurs que si la production le permet, un autre gazoduc alimenterait en gaz la région côtière jusqu’à El Jadida. Les flux de gaz pourraient également être exportés en Europe.

Par ailleurs, dans une présentation délivrée aux investisseurs en juillet dernier, la société britannique affirme que la propriété du GME sera transférée au Maroc en 2021. Elle indique également que le GME peut accommoder près de 200 millions de pieds cubes standards par jour de gaz marocain, en plus d’une capacité additionnelle programmée.

Mais une approbation de l’autorité régionale est-elle suffisante pour exploiter un gazoduc qui transite par trois pays, à savoir l’Algérie, le Maroc et l’Espagne? Et même si Sound Energy obtient d’autres éventuelles autorisations marocaines, qu’en-est-il de l’implication des autres pays? Sound Energy peut-elle planifier de telles actions sans consultations ou autorisations des autres pays concernés?

Rien ne permet encore de répondre à ces questions.

D’une autre part, il y a également la question du niveau réel des réserves de gaz contenues dans le gisement, et qui requièrent encore d’être prouvées par des experts indépendants.

La zone sismique de Tendrara compte à présent trois puits forés par Sound Energy (TE-6, TE-7 et TE-8), et 5 par d’autres compagnies depuis les années 60, dont les taux d’écoulement gazier sont inconnus à présent.

Le forage des puits TE-6 et TE-7 par Sound Energy a, pour sa part, abouti à des taux d’écoulement gazier de 32 millions et 17 millions de pieds cubes standard par jour, respectivement.

Au niveau du puits TE-8, les choses ne sont pas aussi claires, malgré le fait que James Parsons évoque un contact  gaz-eau «qui a permis de doubler les estimations des réserves potentielles».

Ceci étant, les chiffres qui reviennent toujours dans les communiqués de Sound Energy pour quantifier le stock gazier du bassin de Tendrara-Meridja sont un maximum de 31 trillions de pieds cubes, et un minimum de 9 trillions de pieds cubes. Si l’on se situe à l’intervalle supérieur, ledit bassin serait de l’ordre du champ de gaz Zohr de la compagnie italienne ENI, situé au large de l’Egypte, et considéré comme le plus grand gisement de gaz en Méditerranée. Une source à l'ONHYM, s'exprimant sous couvert d'anonymat, nous a indiqué que l'évaluation portant sur 9 trillons de pieds cubes est déjà une certitude et que les actions menées visent à savoir s'il y en davantage et combien, autrement dit la taille du gisement.

Avant de confirmer définitivement ces estimations, d'autres études et forages seront donc nécessaires pour étayer le potentiel d'exploration estimée du bassin.

A vrai dire, ce n’est qu’après la remise d’un rapport d’expert indépendant qui devra confirmer les volumes découverts que la décision finale d’investissement puis de production gazière sera prise.

Il est donc impératif de prendre les annonces de Sound Energy avec prudence. Mais il faut également dire que l’ONHYM n’est à aucun moment intervenu pour contredire ou réagir aux publications de la société britannique. Le flou persiste et, avec lui, plusieurs questions qui demeurent en suspens. A suivre. 

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