PAR LARABI JAIDI, ECONOMISTE. Le Roi Mohammed VI a indiqué vendredi 13 octobre à l’ouverture de la session parlementaire, que le modèle de développement marocain s’essouffle et qu’il faut le faire évoluer. En quoi le modèle de développement actuel a-t-il atteint ses limites? Quelles sont ses lacunes et ses faiblesses? Voici les premières réponses.

Le concept de “modèle de développement“ est polysémique. Sans entrer dans une discussion de son épistème, et pour faire court, on peut convenir que la configuration d’un modèle de développement est bâtie sur quatre piliers: économique, social, territorial et institutionnel.

>Vu sous l’angle économique, le “modèle“ de développement mis en œuvre au début des années 2000 a réalisé une performance appréciable en surfant sur un sentier de croissance moyenne de 4-5%.

Mais les signes d’essoufflement, les fragilités structurelles du modèle n’ont pas tardé à se manifester.

C’est un modèle de croissance qui reste volatile:ses performances portent toujours l’empreinte du climat et des facteurs naturels. Ce modèle est “drivé“ par le marché intérieur. L’économie pâtit d’une fragilité majeure, à savoir la faible compétitivité du secteur productif.

Un modèle aux changements structurels lents, il peine à gravir les échelles des chaînes de valeurs mondiales.La durabilité du modèle de développement est mise en doute. L'économie reste tributaire d'une base de capital naturel qui s'érode.

Les défaillances  de ce modèle sont la conséquence d’un ensemble de facteurs, comme la faiblesse du secteur exportateur, la stagnation des gains de productivité globale des facteurs, la baisse de la rentabilité des entreprises qui pèse sur leur capacité à innover, un marché du travail dual, un système de formation initiale et continue rigide, l’absence de convergence des stratégies sectorielles, une mauvaise coordination des institutions sur lesquelles repose le choix et l’implémentation du modèle productif.

 

>Vu sous l’angle social, le modèle de développement est peu inclusif.

Il est faiblement générateur d’emplois. L’insertion dans l’informel précaire et peu protégé devient presque l’unique chance de survie.

Le Maroc a des difficultés à convertir sa transition démographique en une “aubaine“. Son vieillissement renforce la dépendance des inactifs vis-à-vis des potentiellement actifs. Or ses jeunes actifs et ses femmes sont exclus de toute activité décente et sont rejetés vers un chômage plein ou déguisé à force d’être découragés de la recherche d’une insertion dans le marché du travail.

Ensuite, si la dynamique de la croissance a eu quelques retombées positives sur les conditions de vie des populations,la richesse créée a été inégalement distribuée.

La réduction de la pauvreté absolue et l’amélioration du niveau de développement humain ne peuvent dissimuler la persistance de la pauvreté relative, l’apparition de nouvelles formes de pauvreté multidimensionnelle, la vulnérabilité de larges franges de la population, le risque de la retombée dans la trappe de la pauvreté, la dégradation de la sécurité humaine et surtout la reproduction des inégalités sous toutes leurs formes.

C’est pour cette raison que le renouvellement de la question de la justice sociale se repose avec acuité aujourd’hui, où le citoyen doute de l’efficacité des politiques publiques à endiguer les inégalités.

Le modèle social marocain a des caractéristiques spécifiques: C’est un modèle coûteux et à l’efficacité relative au regard des dépenses engagées.

C’est un modèle qui est soumis à de multiples pressions: sa soutenabilité financière est fragilisée dans un contexte de sous-emploi et de croissance faible.

C’est un modèle qui apparaît de moins en moins adapté aux évolutions socioéconomiques actuelles et futures: les nouveaux risques sociaux et la dimension plurielle des inégalités ne sont pas assez pris en compte: vieillissement, pauvreté des enfants et des jeunes, etc.

C’est un modèle insuffisamment préventif parce qu’il repose sur uneaction curative beaucoup plus que préventive. 

>Sur le volet institutionnel,le modèle de développement est confronté aux attentes multiples d’une société composite où l’accès réel aux droits économiques et sociaux, l’autonomie, la liberté d’expression, les nouvelles formes de l’action collective imposent à l’Etat de revoir son mode de fonctionnement. Ainsi qu’une plus grande efficacité dans les choix et la gestion de la chose publique, de l’écoute et de la concertation et une mise en œuvre effective de la loi et des principes constitutionnels.

La société marocaine connaît de profondes transformations et on constate que l’administration bouge peu.

La lenteur des décisions et des processus forme un saisissant contraste avec la rapidité des évolutions sociales. 

Le secteur privé tolère de plus en plus mal que la loi puisse disposer pour lui.

Enfin, les citoyens, plus autonomes et plus revendicatifs n’acceptent plus le même rapport à l’autorité publique.

 

Les rapports se succèdent et pointent les mêmes difficultés de l’action publique: multiples rigidités de la gestion, absence de transparence, distance et opacité vis-à-vis des usagers.

L’Etat et son administration se révèlent des mauvais gestionnaires des ressources financières et humaines, les objectifs sont insuffisamment définis, la délégation de la gestion est sous contrainte, le pilotage efficient des organisations fait défaut.

Le soupçon de corruption se développe et se vérifie parfois, à l’issue de campagnes et de procédures pénales médiatisées.

La connaissance très imparfaite des résultats et même des moyens mis en œuvre par les acteurs administratifs reste l’une des principales lacunes de l’action publique.

 

>En conclusion, la persistance d’une gestion centralisatrice, les insuffisances en matière de hiérarchisation des priorités, de formulation et de mise en oeuvre de politiques conduisent à un faible impact des politiques publiques.

En l'absence d'une coordination étroite et permanente, on constate encore la dispersion des efforts déployés entre les différents acteurs.

Par ailleurs, l’application effective des notions departicipationet d’approche ascendante, est encore rare au Maroc. En dépit de l’utilisation de plus en plus fréquente de ces principes, le niveau local se caractérise encore par un manque d'autonomie pour la prise de décision.

 

C’est d’une nouvelle génération de réformes que le modèle en cours a besoin.

Des réformes transversales qui s’attaquent aux dysfonctionnements structurels du modèle: le manque d’une vision de long terme, le défaut d’un cadre stratégique de mise en cohérence des politiques publiques, des procédures et des outils de suivi et d’évaluation, une implication et une responsabilisation des acteurs économiques et sociaux, une autonome d’action associée à une sanction des résultats.

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PAR LARABI JAIDI, ECONOMISTE. Le Roi Mohammed VI a indiqué vendredi 13 octobre à l’ouverture de la session parlementaire, que le modèle de développement marocain s’essouffle et qu’il faut le faire évoluer. En quoi le modèle de développement actuel a-t-il atteint ses limites? Quelles sont ses lacunes et ses faiblesses? Voici les premières réponses.

Le concept de “modèle de développement“ est polysémique. Sans entrer dans une discussion de son épistème, et pour faire court, on peut convenir que la configuration d’un modèle de développement est bâtie sur quatre piliers: économique, social, territorial et institutionnel.

>Vu sous l’angle économique, le “modèle“ de développement mis en œuvre au début des années 2000 a réalisé une performance appréciable en surfant sur un sentier de croissance moyenne de 4-5%.

Mais les signes d’essoufflement, les fragilités structurelles du modèle n’ont pas tardé à se manifester.

C’est un modèle de croissance qui reste volatile:ses performances portent toujours l’empreinte du climat et des facteurs naturels. Ce modèle est “drivé“ par le marché intérieur. L’économie pâtit d’une fragilité majeure, à savoir la faible compétitivité du secteur productif.

Un modèle aux changements structurels lents, il peine à gravir les échelles des chaînes de valeurs mondiales.La durabilité du modèle de développement est mise en doute. L'économie reste tributaire d'une base de capital naturel qui s'érode.

Les défaillances  de ce modèle sont la conséquence d’un ensemble de facteurs, comme la faiblesse du secteur exportateur, la stagnation des gains de productivité globale des facteurs, la baisse de la rentabilité des entreprises qui pèse sur leur capacité à innover, un marché du travail dual, un système de formation initiale et continue rigide, l’absence de convergence des stratégies sectorielles, une mauvaise coordination des institutions sur lesquelles repose le choix et l’implémentation du modèle productif.

 

>Vu sous l’angle social, le modèle de développement est peu inclusif.

Il est faiblement générateur d’emplois. L’insertion dans l’informel précaire et peu protégé devient presque l’unique chance de survie.

Le Maroc a des difficultés à convertir sa transition démographique en une “aubaine“. Son vieillissement renforce la dépendance des inactifs vis-à-vis des potentiellement actifs. Or ses jeunes actifs et ses femmes sont exclus de toute activité décente et sont rejetés vers un chômage plein ou déguisé à force d’être découragés de la recherche d’une insertion dans le marché du travail.

Ensuite, si la dynamique de la croissance a eu quelques retombées positives sur les conditions de vie des populations,la richesse créée a été inégalement distribuée.

La réduction de la pauvreté absolue et l’amélioration du niveau de développement humain ne peuvent dissimuler la persistance de la pauvreté relative, l’apparition de nouvelles formes de pauvreté multidimensionnelle, la vulnérabilité de larges franges de la population, le risque de la retombée dans la trappe de la pauvreté, la dégradation de la sécurité humaine et surtout la reproduction des inégalités sous toutes leurs formes.

C’est pour cette raison que le renouvellement de la question de la justice sociale se repose avec acuité aujourd’hui, où le citoyen doute de l’efficacité des politiques publiques à endiguer les inégalités.

Le modèle social marocain a des caractéristiques spécifiques: C’est un modèle coûteux et à l’efficacité relative au regard des dépenses engagées.

C’est un modèle qui est soumis à de multiples pressions: sa soutenabilité financière est fragilisée dans un contexte de sous-emploi et de croissance faible.

C’est un modèle qui apparaît de moins en moins adapté aux évolutions socioéconomiques actuelles et futures: les nouveaux risques sociaux et la dimension plurielle des inégalités ne sont pas assez pris en compte: vieillissement, pauvreté des enfants et des jeunes, etc.

C’est un modèle insuffisamment préventif parce qu’il repose sur uneaction curative beaucoup plus que préventive. 

>Sur le volet institutionnel,le modèle de développement est confronté aux attentes multiples d’une société composite où l’accès réel aux droits économiques et sociaux, l’autonomie, la liberté d’expression, les nouvelles formes de l’action collective imposent à l’Etat de revoir son mode de fonctionnement. Ainsi qu’une plus grande efficacité dans les choix et la gestion de la chose publique, de l’écoute et de la concertation et une mise en œuvre effective de la loi et des principes constitutionnels.

La société marocaine connaît de profondes transformations et on constate que l’administration bouge peu.

La lenteur des décisions et des processus forme un saisissant contraste avec la rapidité des évolutions sociales. 

Le secteur privé tolère de plus en plus mal que la loi puisse disposer pour lui.

Enfin, les citoyens, plus autonomes et plus revendicatifs n’acceptent plus le même rapport à l’autorité publique.

 

Les rapports se succèdent et pointent les mêmes difficultés de l’action publique: multiples rigidités de la gestion, absence de transparence, distance et opacité vis-à-vis des usagers.

L’Etat et son administration se révèlent des mauvais gestionnaires des ressources financières et humaines, les objectifs sont insuffisamment définis, la délégation de la gestion est sous contrainte, le pilotage efficient des organisations fait défaut.

Le soupçon de corruption se développe et se vérifie parfois, à l’issue de campagnes et de procédures pénales médiatisées.

La connaissance très imparfaite des résultats et même des moyens mis en œuvre par les acteurs administratifs reste l’une des principales lacunes de l’action publique.

 

>En conclusion, la persistance d’une gestion centralisatrice, les insuffisances en matière de hiérarchisation des priorités, de formulation et de mise en oeuvre de politiques conduisent à un faible impact des politiques publiques.

En l'absence d'une coordination étroite et permanente, on constate encore la dispersion des efforts déployés entre les différents acteurs.

Par ailleurs, l’application effective des notions departicipationet d’approche ascendante, est encore rare au Maroc. En dépit de l’utilisation de plus en plus fréquente de ces principes, le niveau local se caractérise encore par un manque d'autonomie pour la prise de décision.

 

C’est d’une nouvelle génération de réformes que le modèle en cours a besoin.

Des réformes transversales qui s’attaquent aux dysfonctionnements structurels du modèle: le manque d’une vision de long terme, le défaut d’un cadre stratégique de mise en cohérence des politiques publiques, des procédures et des outils de suivi et d’évaluation, une implication et une responsabilisation des acteurs économiques et sociaux, une autonome d’action associée à une sanction des résultats.

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