Situation économique: C'est le retour de l'attentisme

Appréhension. Attentisme. Manque de confiance et de visibilité. Gouvernement peu actif. Ce sont ces termes qui reviennent aujourd'hui le plus souvent dans les discussions entre opérateurs économiques. Médias24 en a interrogé quelques uns pour mesurer l'ampleur de la situation. Deux problématiques majeures sont citées par tous: l'allongement des délais de paiement et le tassement de la consommation des ménages.

Le ralentissement de l’activité est perceptible. Les entreprises adoptent une posture d’attentisme. Elles manquent de visibilité et ont peu confiance en l’avenir. Ce n'est qu'une impression, mais elle est unanime ou presque, quel que soit l'interlocuteur interrogé.

Le consommateur souffre de la même situation. Il s’inquiète de l’évolution de son pouvoir d’achat et croit de moins en moins en la capacité du monde politique à défendre ses intérêts.

Le gouvernement, lui, est critiqué pour son inaction ou du moins pour la lenteur des réformes entreprises.

Ce sombre tableau, tous les acteurs du monde des affaires approchés par Médias24 le dressent, à quelques nuances près. La majorité gouvernementale a tenu une réunion mardi 29 mai, elle en est sortie avec des priorités qui correspondent aux attentes. Mais l'appréhension est toujours là, les opérateurs attendent du concret.

Un manque de liquidités inquiétant et un tassement de la demande

Effet du boycott, délais de paiement, pouvoir d’achat…, les causes et les conséquences de la situation actuelle sont à peu près les mêmes pour tous.

Le secteur de la distribution des produits de grande consommation est l'un des baromètres du dynamisme économique. Moncef Belkhayat, patron du groupe Dislog et président de l’association Tijara 2020, affirme qu’il y a un réel ralentissement de l’activité dans ce secteur depuis quelque temps déjà.

«Le marché manque de liquidités à cause de délais de paiement toujours trop longs et du tassement de la demande. Les opérateurs tentent surtout de déstocker au lieu de produire autant qu'avant», explique-t-il.

Sur le volet investissement, il estime que seuls l’Etat et les étrangers alimentent le pipe. L’investissement privé marocain a nettement ralenti.

Du côté de la demande, Belkhayat affirme que «la taille du marché ne s'élargit pas car le pouvoir d’achat des ménages ne s’améliore pas, voire se dégrade. Et une bonne partie de ce pouvoir d’achat est de nos jours consacrée à la scolarisation des enfants et aux soins de santé dans le secteur privé. Si l’Etat assurait une éducation et des services de santé de qualité dans le public, une manne financière importante serait injectée dans les secteurs de l’alimentation, l’habillement, le logement…».

>>Lire aussi: Boycott. Hausse des prix: Ce que disent les chiffres des 5 dernières années

Pour lui, en plus de l’insuffisance de son pouvoir d’achat, le consommateur dépense peu actuellement par prudence, en raison d’un manque de confiance dans la conjoncture.

Ce spécialiste de la distribution tient à souligner que ce manque de confiance des investisseurs et des consommateurs remonte à il y a cinq ans, depuis les mouvements de protestation sociale de 2011. «Tout le monde attendait au cours des dernières années des mesures fortes, des réformes courageuses, une vision de développement cohérente et réaliste ainsi qu'un projet de société. Malheureusement, on n’a eu que de la démagogie et du populisme politiques».

Sur le plan purement économique, Belkhayat affirme que le Maroc a besoin d’un véritable électrochoc pour relancer la machine et créer des emplois.

Il est en faveur de l’adoption d’une loi de finances rectificative pour agir vite afin de faciliter la vie aux entreprises et relever le pouvoir d’achat des consommateurs, à travers notamment une augmentation de la tranche des revenus exonérée de l’IR. Il préconise également d’accélérer l’application effective de la loi sur les délais de paiement et la refonte du Code du travail pour permettre aux entreprises une plus grande flexibilité face à la conjoncture économique.

Concernant le boycott, il estime que «nous sommes rentrés dans un cercle de destruction de valeur. Les investisseurs vont réfléchir deux fois avant de miser leur argent. Quant aux étrangers, ils peuvent arbitrer en faveurs d’autres destinations».

Et d’ajouter: «Le gouvernement doit comprendre que la population a un réel problème de pouvoir d’achat. Il est tenu d’offrir une école et un système de santé de qualité et gratuits. Cela fait des années que nous sommes dans les diagnostics».

Un capital-investisseur de taille importante, présent au Maroc, donne le même son de cloche. Pour lui, le ralentissement est dû à un terrible manque de liquidités engendré par les délais de paiement et le tassement de la consommation des ménages.

Les opérateurs du BTP ne comprennent pas le silence du gouvernement

Dans le secteur du BTP, autrefois un des principaux moteurs de la croissance et des créations d’emplois, l’on fait référence à un courrier adressé au gouvernement il y a près d’un mois et demi, pour souligner l’inaction de ce dernier et le ralentissement qui gangrène leur secteur.

Dans ce courrier, le président de la Fédération nationale du BTP, El Mouloudi Benhamane, demande des éclaircissements au gouvernement sur la suite réservée au projet de contrat-programme qui devait être signé en novembre 2017 pour relancer le secteur.

«Les entreprises membres de notre profession ne savent que penser des retards enregistrés dans la conclusion de cet important document, d’autant plus qu’aucune objection n’a été relevée lors de l’audience que vous (chef du gouvernement, ndlr) avez bien voulu nous accorder le 3 novembre 2017, où la possibilité d’organiser la cérémonie de signature lors du Forum du BTP et BTP Expo le 27 novembre 2017 a été avancée.

«D’ailleurs, lors de l’ouverture officielle de la manifestation, le ministre de l’équipement et du transport a annoncé la signature incessante du document.

«Nos entreprises s’inquiètent, d’autant plus que ce contrat-programme apporte un plus certain à la gestion de la commande publique sans coûter un dirham au gouvernement, que la conjoncture est préoccupante (…).

«Avec 60.000 emplois créés par an entre 2002 et 2012, le secteur a prouvé que sa capacité à intégrer des milliers de Marocains est très importante. Or depuis 2012, cette capacité s’essouffle et le secteur continuera à perdre des emplois si on ne met pas en œuvre une stratégie nationale de sauvegarde et de développement.

Les TPE demandent des mesures fortes

Cette conjoncture globale d’attentisme et de ralentissement frappe de plein fouet les TPE qui constituent l’essentiel du tissu entrepreneurial et qui présentent historiquement des fragilités importantes.

Abdellah El Fergui, président de la Confédération des TPE-PME, confirme qu’il y a un réel ralentissement de l’activité pour cette catégorie d’entreprises, qui a commencé à s’installer en 2015 avec les élections communales et régionales et qui s’est propagé en 2017 avec les élections législatives et le retard de formation du gouvernement.

Ce ralentissement, créé par les retards de paiement de l’Etat et le report des investissements, a engendré l’appréhension même entre opérateurs privés. «Il y a un manque de confiance à cause des délais de paiement et des défaillances d’entreprises. Les opérateurs ont peur de travailler avec des contreparties qui risquent à tout moment de déposer le bilan», martèle-t-il

«Le problème, c’est que personne ne réagit. Nous avons alerté le chef du gouvernement sur la situation, nous avons même rencontré le ministre des affaires générale Lahcen Daoudi. Il nous a promis des mesures mais nous ne voyons rien venir», déplore El Fergui.

Et d’ajouter: «Il y a une partie de l’administration (des directeurs et certains ministres, ndlr) qui refuse de nous parler et de nous associer à l’élaboration des programmes du gouvernement».

Pour lui, la TPE souffre principalement du problème des retards de paiement (donneurs d’ordres publics et privés), d’accès aux commandes publiques et de rigidité du Code du travail. «Les tribunaux croulent sous les affaires opposant des TPE, obligées de réduire leurs effectifs à cause de la conjoncture, à leur personnel», précise El Fergui. A cela s’ajoute le problème d’accès au financement et à un foncier adapté aux besoins des TPE.

«Pour l’instant, aucune mesure forte n’a été adoptée dans le cadre des Loi de finances. Par exemple, dans le cadre du PLF 2018, la confédération a demandé au gouvernement d’accorder des attestations spéciales aux TPE trainant des arriérés avec la DGI et la CNSS pour qu’elles puissent soumissionner aux marchés publiques, à condition qu’elles remboursent leurs créances d’ici deux ans. Malheureusement cette demande n’a pas été acceptée», martèle El Fergui.

"Il faut donner aux gens le pouvoir d'achat mais aussi l'envie de dépenser"

L’allongement des délais de paiement est le premier et principal facteur évoqué par Khalid Dahami, président de la Fédération du commerce et services de la CGEM, pour justifier l’ambiance «morose» qui règne actuellement. «Cela commence à devenir sérieux», déclare-t-il, en précisant que la situation s’aggrave aussi bien dans le secteur public que privé.

Pour lui, c’est ce problème des délais de paiement et ses conséquences (moins d’investissements, de recrutements…) qui explique le ralentissement ressenti actuellement, notamment dans son secteur.

«Ce n’est pas encore catastrophique, je n’ai pas reçu de messages alarmants de la part de nos membres. Mais on aimerait bien sortir de ce cercle vicieux qui dure depuis des années maintenant. Les entreprises n’arrivent pas à se projeter. Il leur faut un environnement de travail plus favorable», précise le responsable.

Questionné sur les mesures urgentes à prendre par le gouvernement, il dit sans détour: payer les fournisseurs de l’Etat dans les délais (les vrais, sans manœuvres dans les processus de réception des travaux ou des prestations) et appliquer la loi sur les délais de paiement. «Dans le secteur privé, c’est devenu culturel de payer ses fournisseurs en retard. L’image du Maroc à l’international en pâtit», martèle M. Dahami.

Il souligne aussi la nécessité d’assurer une bonne animation commerciale dans les quartiers. «Comment voulez-vous que les consommateurs dépensent s’ils ne se sentent pas en sécurité, s’ils ne sont pas incités à le faire par du marketing… L’animation commerciale est stratégique dans le secteur du commerce et des services. Et c’est l’affaire de tous. Il faut donner aux gens le pouvoir d’achat mais aussi l’envie de consommer».

Enfin, il insiste sur l’importance d’assainir les relations sociales, notamment entre TPE-PME et leurs employés. «Le réglementation du travail doit permettre une plus grande flexibilité aux entreprises et les inspecteurs du travail doivent mieux jouer leur rôle de médiation. Les tribunaux regorgent de conflits du travail», conclut-il.

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Situation économique: C'est le retour de l'attentisme

Appréhension. Attentisme. Manque de confiance et de visibilité. Gouvernement peu actif. Ce sont ces termes qui reviennent aujourd'hui le plus souvent dans les discussions entre opérateurs économiques. Médias24 en a interrogé quelques uns pour mesurer l'ampleur de la situation. Deux problématiques majeures sont citées par tous: l'allongement des délais de paiement et le tassement de la consommation des ménages.

Le ralentissement de l’activité est perceptible. Les entreprises adoptent une posture d’attentisme. Elles manquent de visibilité et ont peu confiance en l’avenir. Ce n'est qu'une impression, mais elle est unanime ou presque, quel que soit l'interlocuteur interrogé.

Le consommateur souffre de la même situation. Il s’inquiète de l’évolution de son pouvoir d’achat et croit de moins en moins en la capacité du monde politique à défendre ses intérêts.

Le gouvernement, lui, est critiqué pour son inaction ou du moins pour la lenteur des réformes entreprises.

Ce sombre tableau, tous les acteurs du monde des affaires approchés par Médias24 le dressent, à quelques nuances près. La majorité gouvernementale a tenu une réunion mardi 29 mai, elle en est sortie avec des priorités qui correspondent aux attentes. Mais l'appréhension est toujours là, les opérateurs attendent du concret.

Un manque de liquidités inquiétant et un tassement de la demande

Effet du boycott, délais de paiement, pouvoir d’achat…, les causes et les conséquences de la situation actuelle sont à peu près les mêmes pour tous.

Le secteur de la distribution des produits de grande consommation est l'un des baromètres du dynamisme économique. Moncef Belkhayat, patron du groupe Dislog et président de l’association Tijara 2020, affirme qu’il y a un réel ralentissement de l’activité dans ce secteur depuis quelque temps déjà.

«Le marché manque de liquidités à cause de délais de paiement toujours trop longs et du tassement de la demande. Les opérateurs tentent surtout de déstocker au lieu de produire autant qu'avant», explique-t-il.

Sur le volet investissement, il estime que seuls l’Etat et les étrangers alimentent le pipe. L’investissement privé marocain a nettement ralenti.

Du côté de la demande, Belkhayat affirme que «la taille du marché ne s'élargit pas car le pouvoir d’achat des ménages ne s’améliore pas, voire se dégrade. Et une bonne partie de ce pouvoir d’achat est de nos jours consacrée à la scolarisation des enfants et aux soins de santé dans le secteur privé. Si l’Etat assurait une éducation et des services de santé de qualité dans le public, une manne financière importante serait injectée dans les secteurs de l’alimentation, l’habillement, le logement…».

>>Lire aussi: Boycott. Hausse des prix: Ce que disent les chiffres des 5 dernières années

Pour lui, en plus de l’insuffisance de son pouvoir d’achat, le consommateur dépense peu actuellement par prudence, en raison d’un manque de confiance dans la conjoncture.

Ce spécialiste de la distribution tient à souligner que ce manque de confiance des investisseurs et des consommateurs remonte à il y a cinq ans, depuis les mouvements de protestation sociale de 2011. «Tout le monde attendait au cours des dernières années des mesures fortes, des réformes courageuses, une vision de développement cohérente et réaliste ainsi qu'un projet de société. Malheureusement, on n’a eu que de la démagogie et du populisme politiques».

Sur le plan purement économique, Belkhayat affirme que le Maroc a besoin d’un véritable électrochoc pour relancer la machine et créer des emplois.

Il est en faveur de l’adoption d’une loi de finances rectificative pour agir vite afin de faciliter la vie aux entreprises et relever le pouvoir d’achat des consommateurs, à travers notamment une augmentation de la tranche des revenus exonérée de l’IR. Il préconise également d’accélérer l’application effective de la loi sur les délais de paiement et la refonte du Code du travail pour permettre aux entreprises une plus grande flexibilité face à la conjoncture économique.

Concernant le boycott, il estime que «nous sommes rentrés dans un cercle de destruction de valeur. Les investisseurs vont réfléchir deux fois avant de miser leur argent. Quant aux étrangers, ils peuvent arbitrer en faveurs d’autres destinations».

Et d’ajouter: «Le gouvernement doit comprendre que la population a un réel problème de pouvoir d’achat. Il est tenu d’offrir une école et un système de santé de qualité et gratuits. Cela fait des années que nous sommes dans les diagnostics».

Un capital-investisseur de taille importante, présent au Maroc, donne le même son de cloche. Pour lui, le ralentissement est dû à un terrible manque de liquidités engendré par les délais de paiement et le tassement de la consommation des ménages.

Les opérateurs du BTP ne comprennent pas le silence du gouvernement

Dans le secteur du BTP, autrefois un des principaux moteurs de la croissance et des créations d’emplois, l’on fait référence à un courrier adressé au gouvernement il y a près d’un mois et demi, pour souligner l’inaction de ce dernier et le ralentissement qui gangrène leur secteur.

Dans ce courrier, le président de la Fédération nationale du BTP, El Mouloudi Benhamane, demande des éclaircissements au gouvernement sur la suite réservée au projet de contrat-programme qui devait être signé en novembre 2017 pour relancer le secteur.

«Les entreprises membres de notre profession ne savent que penser des retards enregistrés dans la conclusion de cet important document, d’autant plus qu’aucune objection n’a été relevée lors de l’audience que vous (chef du gouvernement, ndlr) avez bien voulu nous accorder le 3 novembre 2017, où la possibilité d’organiser la cérémonie de signature lors du Forum du BTP et BTP Expo le 27 novembre 2017 a été avancée.

«D’ailleurs, lors de l’ouverture officielle de la manifestation, le ministre de l’équipement et du transport a annoncé la signature incessante du document.

«Nos entreprises s’inquiètent, d’autant plus que ce contrat-programme apporte un plus certain à la gestion de la commande publique sans coûter un dirham au gouvernement, que la conjoncture est préoccupante (…).

«Avec 60.000 emplois créés par an entre 2002 et 2012, le secteur a prouvé que sa capacité à intégrer des milliers de Marocains est très importante. Or depuis 2012, cette capacité s’essouffle et le secteur continuera à perdre des emplois si on ne met pas en œuvre une stratégie nationale de sauvegarde et de développement.

Les TPE demandent des mesures fortes

Cette conjoncture globale d’attentisme et de ralentissement frappe de plein fouet les TPE qui constituent l’essentiel du tissu entrepreneurial et qui présentent historiquement des fragilités importantes.

Abdellah El Fergui, président de la Confédération des TPE-PME, confirme qu’il y a un réel ralentissement de l’activité pour cette catégorie d’entreprises, qui a commencé à s’installer en 2015 avec les élections communales et régionales et qui s’est propagé en 2017 avec les élections législatives et le retard de formation du gouvernement.

Ce ralentissement, créé par les retards de paiement de l’Etat et le report des investissements, a engendré l’appréhension même entre opérateurs privés. «Il y a un manque de confiance à cause des délais de paiement et des défaillances d’entreprises. Les opérateurs ont peur de travailler avec des contreparties qui risquent à tout moment de déposer le bilan», martèle-t-il

«Le problème, c’est que personne ne réagit. Nous avons alerté le chef du gouvernement sur la situation, nous avons même rencontré le ministre des affaires générale Lahcen Daoudi. Il nous a promis des mesures mais nous ne voyons rien venir», déplore El Fergui.

Et d’ajouter: «Il y a une partie de l’administration (des directeurs et certains ministres, ndlr) qui refuse de nous parler et de nous associer à l’élaboration des programmes du gouvernement».

Pour lui, la TPE souffre principalement du problème des retards de paiement (donneurs d’ordres publics et privés), d’accès aux commandes publiques et de rigidité du Code du travail. «Les tribunaux croulent sous les affaires opposant des TPE, obligées de réduire leurs effectifs à cause de la conjoncture, à leur personnel», précise El Fergui. A cela s’ajoute le problème d’accès au financement et à un foncier adapté aux besoins des TPE.

«Pour l’instant, aucune mesure forte n’a été adoptée dans le cadre des Loi de finances. Par exemple, dans le cadre du PLF 2018, la confédération a demandé au gouvernement d’accorder des attestations spéciales aux TPE trainant des arriérés avec la DGI et la CNSS pour qu’elles puissent soumissionner aux marchés publiques, à condition qu’elles remboursent leurs créances d’ici deux ans. Malheureusement cette demande n’a pas été acceptée», martèle El Fergui.

"Il faut donner aux gens le pouvoir d'achat mais aussi l'envie de dépenser"

L’allongement des délais de paiement est le premier et principal facteur évoqué par Khalid Dahami, président de la Fédération du commerce et services de la CGEM, pour justifier l’ambiance «morose» qui règne actuellement. «Cela commence à devenir sérieux», déclare-t-il, en précisant que la situation s’aggrave aussi bien dans le secteur public que privé.

Pour lui, c’est ce problème des délais de paiement et ses conséquences (moins d’investissements, de recrutements…) qui explique le ralentissement ressenti actuellement, notamment dans son secteur.

«Ce n’est pas encore catastrophique, je n’ai pas reçu de messages alarmants de la part de nos membres. Mais on aimerait bien sortir de ce cercle vicieux qui dure depuis des années maintenant. Les entreprises n’arrivent pas à se projeter. Il leur faut un environnement de travail plus favorable», précise le responsable.

Questionné sur les mesures urgentes à prendre par le gouvernement, il dit sans détour: payer les fournisseurs de l’Etat dans les délais (les vrais, sans manœuvres dans les processus de réception des travaux ou des prestations) et appliquer la loi sur les délais de paiement. «Dans le secteur privé, c’est devenu culturel de payer ses fournisseurs en retard. L’image du Maroc à l’international en pâtit», martèle M. Dahami.

Il souligne aussi la nécessité d’assurer une bonne animation commerciale dans les quartiers. «Comment voulez-vous que les consommateurs dépensent s’ils ne se sentent pas en sécurité, s’ils ne sont pas incités à le faire par du marketing… L’animation commerciale est stratégique dans le secteur du commerce et des services. Et c’est l’affaire de tous. Il faut donner aux gens le pouvoir d’achat mais aussi l’envie de consommer».

Enfin, il insiste sur l’importance d’assainir les relations sociales, notamment entre TPE-PME et leurs employés. «Le réglementation du travail doit permettre une plus grande flexibilité aux entreprises et les inspecteurs du travail doivent mieux jouer leur rôle de médiation. Les tribunaux regorgent de conflits du travail», conclut-il.

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