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Lait: Copag, nouveau leader du marché, soupçonné de vendre du "lait reconstitué" 

Mercredi 6 juin 2018 à 21h52
Lait: Copag, nouveau leader du marché, soupçonné de vendre du
 

Copag est le nouveau leader du marché du lait avec 33% de parts de marché. Une position qu'il occupe suite à la dégringolade de Centrale Danone en raison du boycott. Cependant, un faisceau de soupçons pèse sur la coopérative de Taroudant l'accusant d'utiliser du lait reconstitué, interdit par la loi, à la place du lait frais. Si ces soupçons se confirment, cela expliquerait pourquoi le lait qui n'est plus collecté par Centrale, ne trouve pas toujours preneur ailleurs.

Après sept semaines de boycott de ses produits, Centrale Danone a cédé son rang de leader du marché. Dans son dernier communiqué, l’entreprise reconnaît une baisse de 50% de son chiffre d’affaires consolidé sur la période allant du 20 avril au 4 juin. Cela a pour conséquence des pertes de parts de marché en faveur de ses concurrents.

>>Lire aussi: Centrale Danone prévoit un déficit de 150 MDH au premier semestre

Une aubaine pour son challenger, la coopérative de Taroudant Copag. Celle-ci se retrouve propulsée en quelques semaines leader du marché. Selon des données non-officielles d’une étude réalisée par le cabinet Kantar et dont Médias24 détient copie, la part de marché de Centrale Danone qui était aux alentours de 46,7% vers le 20 avril est de 18,3% actuellement. Elle a perdu 28,4 points de pourcentage.

Copag, elle, en a récupéré 8,9 points. Ses parts de marché sont passées de 24,1% à 33% sur la même période avec un pic à 38,4%. Selon ces données, le changement des positions s’est opéré la semaine du 1er mai.

«Le lait de colportage a également grignoté des parts de marché passant de 20% à 30%», explique un professionnel du secteur. La situation a également profité aux autres marques comme Jibal ou Colaimo.

Cela dit, le grand gagnant reste incontestablement Copag qui a pris le relais depuis plus d’un mois en assurant l’approvisionnement du marché en quantités suffisantes, notamment durant le mois de ramadan où la consommation des produits alimentaires, le lait y compris, augmente de manière significative.

C’est donc une redistribution des cartes sur le marché du lait qui s’est opérée sans que cela n’impacte la disponibilité globale de ce produit de grande consommation.

Interrogations sur la réactivité de Copag

Néanmoins, ceci interpelle plusieurs observateurs et les pousse à s’interroger sur la façon avec laquelle Copag a pu adapter ses capacités de production pour répondre à la demande grandissante sur ses produits.

Si pour certains, les questions qui entourent la réactivité de Copag relèvent de la curiosité intellectuelle, car le boycott, son origine, ses conséquences et implications et les réactions des entreprises sont de vrais cas d’école, pour d’autres ces interrogations se justifient par une absence de cohérence de certaines tendances sur le marché.

Le gouvernement a tiré la sonnette d’alarme sur la situation des éleveurs dont le lait ne se vend plus, notamment avec la décision prise par Centrale Danone de réduire de 30% sa collecte.

>>Lire aussi: Centrale Danone: "Nous avons résisté jusqu'au bout mais on ne pouvait plus tenir"

En temps normal, les industriels collectent annuellement environ 1,4 milliard de litres de lait, ce qui représente 50% de volume de lait produit par les éleveurs. Pour les 50% restants: 30% sont utilisés dans l’autoconsommation et 20% sont vendus directement dans les souks et autres circuits.

Sur les 1,4 milliard, Centrale Danone collecte 650 millions de litres. Copag en collecte 200 millions.

La collecte de Copag doit naturellement suivre la tendance de l’augmentation de ses ventes. Or, «les quantités de lait collectées par Copag n’ont pas augmenté durant cette dernière période», celle du boycott, avance un professionnel du secteur. Et d’ajouter, «ils ont même refusé de récupérer le lait collecté par Centrale Danone».

Interrogé sur la possibilité de vendre le lait non collecté par Danone aux autres opérateurs du secteur, le vice-président de la Fédération nationale des éleveurs producteurs laitiers (Feneprol), nous explique que «ce n’est pas aussi facile que cela. Il y a une logistique et plusieurs points à organiser. On ne peut pas du jour au lendemain changer d’organisation facilement».

Comment le lait frais reste-t-il disponible sur le marché et en quantités suffisantes alors que 30% du lait produit par les éleveurs de Danone ne sont pas repris par les autres industriels ?

D’où vient une partie du lait que nous consommons si ce n’est pas des éleveurs?

Ce sont là deux questions essentielles qui s’imposent.

Interrogées, des sources du marché assurent qu’il n’y a qu’une seule réponse possible: l’utilisation de la poudre de lait.

La poudre de lait est produite grâce à l’opération de déshydratation du lait. Il est séché et transformé en poudre et stocké pour diverses utilisations comme dans l’industrie agroalimentaire (pâtisserie, biscuiterie, glace,…).

La poudre de lait est également utilisée dans les préparations de produits laitiers dérivés comme les Yaourt, les boissons lactées…

L'utilisation de la poudre de lait pour produire du lait est interdite

Mais son utilisation est formellement interdite pour produire du lait.

Dans son article 9, le décret n°2-00-425 du 10 ramadan 1421 (7 décembre 2000) relatif au contrôle de la production et de la commercialisation du lait et produits laitiers dispose :

- La fabrication des laits reconstitués (produit obtenu par addition d'eau à la poudre de lait, ndlr) pasteurisés entiers, totalement écrémés et/ou partiellement écrémés est interdite.

- La fabrication des laits reconstitués stérilisés et/ou stérilisés UHT, n'est autorisée que dans les conditions qui seront fixées par arrêté du ministre chargé de l'agriculture.

Plusieurs sources sûres qui ont requis l’anonymat, sondées par Médias24, assurent que les industriels utilisent régulièrement de la poudre de lait dans le cadre de la production de lait. Mais cette pratique illégale, qui était limitée, est devenue courante.

Nos sources laissent entendre, parfois assurent, que Copag a fortement eu recours à cette pratique pour augmenter sa production de lait.

Sans citer de noms de société, Abdellah Mekkaoui, président de l’association des éleveurs de Tadla, révélait au micro de notre confrère Chada FM, ce 6 juin (ci-dessous, vidéo), le recours à cette pratique illégale par une société de la place, qu'il ne cite pas. «Le lait en poudre (aussi appelé blend) est autorisé comme utilisation dans les dérivés de lait (yaourt), mais malheureusement ces deux ou trois dernières années, les industriels, une société en particulier, l’utilisent énormément au point où cette année la quantité importée a frôlé les 20.000 tonnes sachant qu’un kilo de Blend donne 10 litres de lait», assurait-il.

Mekkaoui avance également que «l’utilisation du lait en poudre permet aux industriels d’avoir une marge supplémentaire de 30 centimes». En d’autres termes, il faut compter 30 cts en plus de la marge normale que gagne l’industriel en produisant du lait de vache.

Selon des données provenant de la douane, obtenues par Médias24, le Maroc a importé 21.870 tonnes de poudre de lait en 2017 contre 15.400 tonnes en 2016 ou 11.800 tonnes en 2015.

Nous avons également cherché les quantités importées au cours de ce début d’année. Les chiffres de l’Office des changes qui nous ont été communiqués s’arrêtent au mois d’avril. «Les données du mois de mai sont toujours en cours de traitement», nous assure-t-on au niveau du service des données du commerce extérieur.

Selon ces chiffres, les importations de poudre de lait au cours des quatre premiers de l’année ont été d’un peu plus de 7.000 tonnes contre 5.200 tonnes sur la même période en 2017.

L’analyse des chiffres de mai est importante en ce sens que c’est au cours de ce mois que Copag aurait effectué le plus d’importations. À en croire des chiffres non officiels en notre possession, Copag a multiplié par 5 ses importations de poudre de lait, de 200 T durant le mois de février à 1.000 tonnes au cours du mois de mai. Preuve, s’il en faut selon nos sources, «que cette poudre a servi uniquement pour le lait vu que la collecte de lait frais par Copag n’a pas augmenté contrairement à son importation de poudre de lait».

Des accusations graves, évoquées, selon nos sources, lors de la réunion tenue vendredi 1er juin en présence du ministre Aziz Akhannouch, des industriels ainsi que des représentants des éleveurs.

La récente crise a mis à nu la fragilité de l’écosystème et aussi ces pratiques passées sous silence et dont l’usage a atteint des proportions inquiétantes.

D’abord, car les Marocains consomment peut-être un lait reconstitué fortement transformé en croyant acheter du lait frais.

Ensuite, si c'est avéré, ils l’achètent au prix du lait frais alors que le lait reconstitué revient nettement moins cher. Certains professionnels estiment le coût d’un kg de poudre de lait (11 litres de lait) à 21 DH. Soit un litre de lait reconstitué à 1,90 dirhams sans compter les coûts des autres intrants et des autres composantes du coût de revient.

Pour rappel, le litre de lait frais est acheté de chez l’éleveur entre 3 et 4 DH selon sa qualité.

La réponse de Copag

Pourquoi les autorités n’ont jamais alerté sur cette pratique et pour quelles raisons elles n’ont pas encore réagi?

«Le contrôle du produit fini est scientifiquement difficile», nous explique une source au fait des normes sanitaires.

«Il faut retrouver la marque des traceurs de poudre dans le lait et toutes les poudres ne disposent pas de traceurs. Il n’y a pas de protocole normé», nous assure-t-elle.

Pour détecter l’usage de la poudre dans le lait, l’ONSSA recourt à l’audit des registres des opérateurs du secteur. L’office envoie ses équipes chez les industriels et audite leurs comptes en comparant les chiffres de la collecte (combien de lait collecté, quand, où et de chez qui) avec les volumes vendus. C'est un rapprochement des "matières".

«En temps normal, l’ONSSA trouve toujours des écarts. Pour le cas de Copag, cet écart varie entre 10 à 15%», explique notre source. Ce différentiel s’explique par l’utilisation de la poudre.

Copag vend-elle aux Marocains du lait reconstitué et interdit au prix du lait frais?  Ou a-t-elle pu répondre à la demande du marché en mettant tout le lait collecté dans la chaine du lait frais pasteurisé au détriment des autres segments (UHT, produits dérivés,...) ?

Nous avons contacté Moulay Mhammed Loultiti, patron de Copag, et lui avons posé les questions suivantes:

- Que répondez-vous aux accusations dont vous faites l'objet notamment l'utilisation abusive de la poudre de lait interdite?

- Copag a-t-elle vraiment refusé de prendre du lait collecté par Centrale ou d'acheter directement le lait des coopératives partenaires de Centrale?

- Avez-vous augmenté les quantités de lait frais collectées au cours des dernières semaines pour répondre à la demande? Si oui de combien?

- Confirmez-vous les chiffres d'importation de la poudre de lait attribués à Copag (en copie le tableau des chiffres)?

Nous avons eu pour seule réponse: «Nos portes sont ouvertes à l’ONSSA. L’office peut venir à tout moment et il est le seul à pouvoir valider ce que nous faisons. Nous ne travaillons pas dans l’opacité. Les efforts et "jihad" de ces trente dernières années ont donné le résultat extraordinaire d’aujourd’hui».

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