Peu prisé sur le marché local, le poulpe domine les exportations marocaines de poisson. Comment se porte cette pêcherie depuis la mise en place des plans d’aménagement ? Eclairage.

Au Maroc, selon les professionnels, la pêcherie poulpière se porte "relativement bien, avec des fluctuations de biomasse -et donc de production- qui sont largement compensés par les prix, très favorables aux pêcheurs".

Selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Maroc et la Chine étaient les plus grands exportateurs de poulpes pendant les deux dernières années (2016 et 2017). 

Depuis l’instauration des plans d’aménagement en 2001, les captures ont connu une nette amélioration, atteignant plus de 50.000 tonnes en 2017.  

En termes de rendement et de biomasse du poulpe évalués par l'Institut national de recherche halieutique (INRH), "un équilibre a été ressenti ces dernières années bien qu’il soit sensible aux facteurs environnementaux et à certaines pratiques de pêche".

En 2017, le volume de poulpe commercialisé par la flotte de pêche côtière et artisanale a atteint 31.078 tonnes, pour une valeur de plus de 2,16 milliards de DH. Pour le 1er semestre 2018, le volume est de 12.022 tonnes pour plus de 1,017 MMDH, ressort-il des chiffres de l’Office national des pêches (ONP). 

Les statistiques de l’ONP portent sur les produits de la pêche côtière et artisanale commercialisés au niveau de l'ensemble des halles du Royaume (ports, villages de pêche te points de débarquement aménagés).

En ce qui concerne la pêche hauturière, les débarquements ont atteint 22.900 tonnes en 2017 et 5.300 tonnes pour la saison hivernale écoulée (du 1er décembre 2017 au 31 mars 2018).

Quotas en hausse

Les quotas de pêche du poulpe sont décidés par le département de la Pêche maritime. Au sud de Sidi El Ghazi, deux campagnes sont menées annuellement: la campagne "été" et la campagne "hiver". 

D'après la décision ministérielle du 27 juin dernier, le total admissible des captures (TAC) de poulpe au niveau de l’unité d’aménagement sud, comprise entre Sidi El Ghazi et Cap blanc, pour la saison de pêche de l'été 2018 (du 1er juillet au 30 septembre 2018), est fixé à 13.000 tonnes. Ce TAC a été de 12.200 tonnes durant la saison de pêche de l'été 2017.

Ce TAC est réparti sur les trois segments ciblant le poulpe, conformément à la clef de répartition arrêtée par le plan d'aménagement du 12 avril 2004:

- Segment hauturier: 8.190 tonnes, contre 7.686 T en été 2017;

- Segment côtier: 1.430 tonnes, contre 1.342 T en été 2017;

- Segment artisanal de Dakhla: 3.380 tonnes, contre 3.172 T (été 2017).

En plus de ces quotas, les pêcheurs artisanaux de la circonscription maritime de Boujdour (Aftissat, Boujdour centre et Sidi L'Ghazi) bénéficient d’un quota de 800 tonnes. Le même quota leur a été attribué durant la saison d'été 2017.

Pour le segment hauturier, les chalutiers hauturiers sont autorisés à opérer au-delà de 10 miles marins à partir de la côte.

Pour le segment côtier, l’effectif de la flotte chalutière côtière autorisée est fixé à 150 navires au maximum. Ces navires sont autorisés à débarquer leurs captures au niveau des ports de Laâyoune et Tan-tan. Un plafond de 1.600 kg est autorisé au débarquement par navire par marée de 10 jours. 

Pour le segment artisanal, la zone de pêche autorisée est située entre 3 miles et 8 miles marins mesurée à partir de la ligne de basse mer. Le segment artisanal de Dakhla est composé des barques actives à partir des sites de Labouirda, Lassarga, N’tireft et Imoutlane.

Par ailleurs, un quota global plafonné à 1.765 tonnes a été alloué du 1er au 31 juillet 2018, pour la zone située au nord de Sidi El Ghazi.

Une espèce prisée sur le marché international

L’Espagne, l’Italie et le Portugal demeurent parmi les principaux demandeurs du poulpe marocain en Europe. Le prix est variable selon les opérateurs et les marchés demandeurs.

En 2017le Portugal a importé 15,77 kT de poulpe pour une valeur de 116,44 millions d'euros, le Maroc y a contribué pour 11%. Dans ce pays, le prix moyen à l’importation a varié entre 7,76 et 14,05 euro/kg.

L’Italie a importé, 47,83 kT de poulpe pour une valeur 319,41 M€ en 2017, le Maroc y a contribué pour 27%. Le prix moyen des importations en provenance du Maroc pour la même période a augmenté de 27% atteignant 7,75 euro/kg en 2017.

Sur le marché espagnol, le Maroc est loin devant ses concurrents directs, avec 50% des parts du marché. Le prix moyen des importations en provenance du Maroc a varié entre 9,23 euro/kg et 11,33 euro/kg (Source: "Flash info mars 2018", Direction de la stratégie et de la coopération, département de la Pêche maritime).

Contrôle et exploitation

Au sud d’Aghti El Ghazi, la pêcherie poulpière est exploitée par trois segments de pêche : 

- La flottille hauturière: composée de 232 chalutiers hauturiers;

- La flottille côtière: opérant dans cette zone par système de rotation à 150 chalutiers;

- La flottille artisanale: composée de 5.070 barques artisanales (y compris celles opérant au niveau la sous unité 1 de Boujdour).

Au nord d’Aghti El Ghazi:

- La flottille côtière: composée de chalutiers côtiers;

- La flottille artisanale: composée de barques artisanales.

Dans le cadre de la stratégie Halieutis, le département de la Pêche maritime a mis en œuvre 4 projets pour renforcer le contrôle des activités de la pêche maritime en vue de lutter efficacement contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (pêche INN) :

- L’instauration d’instruments juridiques visant la lutte contre la pêche INN;

- L’instauration de la certification des captures et son informatisation;

- La surveillance des navires de pêche par satellite (VMS);

- Un Plan national de contrôle des activités de la pêche maritime.

Une ressource à préserver

Exclu du nouvel accord de pêche signé le 24 juillet dernier avec l’Union européenne, le poulpe (comme les crevettes) fait partie des espèces à préserver et dont la gestion fait l’objet de plans d’aménagement stricts.

Depuis 2001, un plan d’aménagement de la pêcherie poulpière est mis en place, introduisant l’application du système de plafonnement de captures. Il a visé principalement :

- la préservation de cette ressource et le maintien de son exploitation de manière durable dans son écosystème ;

- la consolidation des investissements engagés dans la pêcherie à un niveau assurant la rentabilité et la durabilité des intervenants ;

- la maximisation des retombées socio-économiques dégagées de cette pêcherie.

En 2004, en concertation avec la profession, un nouveau plan qui incorpore de nouvelles mesures de gestion a été annoncé. 

En 2011, un nouveau plan d’aménagement a été mis en place au nord de Sidi El Ghazi en vue de contrecarrer la pêche illicite, d’abolir la commercialisation informelle et d’assurer une bonne gestion des flux du poulpe à l’échelle nationale. Ce plan a généralisé l’application du repos biologique et du système de quota sur tout le littoral national.

Les mesures de gestion, les conditions de reprise de campagne (TAC global, quota par segment, zone de pêche...) et les périodes d’arrêt de pêche dans l’unité d’aménagement de la pêcherie poulpière sont fixées par des décisions.

Les mesures mises en place ont permis de contribuer à la reconstitution du stock de poulpe. Toutefois, les efforts consentis doivent continuer à être déployés par tous les intervenants: l'administration, la recherche scientifique, les opérateurs de pêche… afin d’atteindre les niveaux d’équilibre et éviter une éventuelle rechute de ce stock. D'autre part, la situation des autres espèces de céphalopodes et des poissons démersaux associés à la pêche du poulpe nécessite aussi la mise en place de mesures de gestion appropriées pour leur conservation.

 
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Peu prisé sur le marché local, le poulpe domine les exportations marocaines de poisson. Comment se porte cette pêcherie depuis la mise en place des plans d’aménagement ? Eclairage.
 

Au Maroc, selon les professionnels, la pêcherie poulpière se porte "relativement bien, avec des fluctuations de biomasse -et donc de production- qui sont largement compensés par les prix, très favorables aux pêcheurs".

Selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Maroc et la Chine étaient les plus grands exportateurs de poulpes pendant les deux dernières années (2016 et 2017). 

Depuis l’instauration des plans d’aménagement en 2001, les captures ont connu une nette amélioration, atteignant plus de 50.000 tonnes en 2017.  

En termes de rendement et de biomasse du poulpe évalués par l'Institut national de recherche halieutique (INRH), "un équilibre a été ressenti ces dernières années bien qu’il soit sensible aux facteurs environnementaux et à certaines pratiques de pêche".

En 2017, le volume de poulpe commercialisé par la flotte de pêche côtière et artisanale a atteint 31.078 tonnes, pour une valeur de plus de 2,16 milliards de DH. Pour le 1er semestre 2018, le volume est de 12.022 tonnes pour plus de 1,017 MMDH, ressort-il des chiffres de l’Office national des pêches (ONP). 

Les statistiques de l’ONP portent sur les produits de la pêche côtière et artisanale commercialisés au niveau de l'ensemble des halles du Royaume (ports, villages de pêche te points de débarquement aménagés).

En ce qui concerne la pêche hauturière, les débarquements ont atteint 22.900 tonnes en 2017 et 5.300 tonnes pour la saison hivernale écoulée (du 1er décembre 2017 au 31 mars 2018).

Quotas en hausse

Les quotas de pêche du poulpe sont décidés par le département de la Pêche maritime. Au sud de Sidi El Ghazi, deux campagnes sont menées annuellement: la campagne "été" et la campagne "hiver". 

D'après la décision ministérielle du 27 juin dernier, le total admissible des captures (TAC) de poulpe au niveau de l’unité d’aménagement sud, comprise entre Sidi El Ghazi et Cap blanc, pour la saison de pêche de l'été 2018 (du 1er juillet au 30 septembre 2018), est fixé à 13.000 tonnes. Ce TAC a été de 12.200 tonnes durant la saison de pêche de l'été 2017.

Ce TAC est réparti sur les trois segments ciblant le poulpe, conformément à la clef de répartition arrêtée par le plan d'aménagement du 12 avril 2004:

- Segment hauturier: 8.190 tonnes, contre 7.686 T en été 2017;

- Segment côtier: 1.430 tonnes, contre 1.342 T en été 2017;

- Segment artisanal de Dakhla: 3.380 tonnes, contre 3.172 T (été 2017).

En plus de ces quotas, les pêcheurs artisanaux de la circonscription maritime de Boujdour (Aftissat, Boujdour centre et Sidi L'Ghazi) bénéficient d’un quota de 800 tonnes. Le même quota leur a été attribué durant la saison d'été 2017.

Pour le segment hauturier, les chalutiers hauturiers sont autorisés à opérer au-delà de 10 miles marins à partir de la côte.

Pour le segment côtier, l’effectif de la flotte chalutière côtière autorisée est fixé à 150 navires au maximum. Ces navires sont autorisés à débarquer leurs captures au niveau des ports de Laâyoune et Tan-tan. Un plafond de 1.600 kg est autorisé au débarquement par navire par marée de 10 jours. 

Pour le segment artisanal, la zone de pêche autorisée est située entre 3 miles et 8 miles marins mesurée à partir de la ligne de basse mer. Le segment artisanal de Dakhla est composé des barques actives à partir des sites de Labouirda, Lassarga, N’tireft et Imoutlane.

Par ailleurs, un quota global plafonné à 1.765 tonnes a été alloué du 1er au 31 juillet 2018, pour la zone située au nord de Sidi El Ghazi.

Une espèce prisée sur le marché international

L’Espagne, l’Italie et le Portugal demeurent parmi les principaux demandeurs du poulpe marocain en Europe. Le prix est variable selon les opérateurs et les marchés demandeurs.

En 2017le Portugal a importé 15,77 kT de poulpe pour une valeur de 116,44 millions d'euros, le Maroc y a contribué pour 11%. Dans ce pays, le prix moyen à l’importation a varié entre 7,76 et 14,05 euro/kg.

L’Italie a importé, 47,83 kT de poulpe pour une valeur 319,41 M€ en 2017, le Maroc y a contribué pour 27%. Le prix moyen des importations en provenance du Maroc pour la même période a augmenté de 27% atteignant 7,75 euro/kg en 2017.

Sur le marché espagnol, le Maroc est loin devant ses concurrents directs, avec 50% des parts du marché. Le prix moyen des importations en provenance du Maroc a varié entre 9,23 euro/kg et 11,33 euro/kg (Source: "Flash info mars 2018", Direction de la stratégie et de la coopération, département de la Pêche maritime).

Contrôle et exploitation

Au sud d’Aghti El Ghazi, la pêcherie poulpière est exploitée par trois segments de pêche : 

- La flottille hauturière: composée de 232 chalutiers hauturiers;

- La flottille côtière: opérant dans cette zone par système de rotation à 150 chalutiers;

- La flottille artisanale: composée de 5.070 barques artisanales (y compris celles opérant au niveau la sous unité 1 de Boujdour).

Au nord d’Aghti El Ghazi:

- La flottille côtière: composée de chalutiers côtiers;

- La flottille artisanale: composée de barques artisanales.

Dans le cadre de la stratégie Halieutis, le département de la Pêche maritime a mis en œuvre 4 projets pour renforcer le contrôle des activités de la pêche maritime en vue de lutter efficacement contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (pêche INN) :

- L’instauration d’instruments juridiques visant la lutte contre la pêche INN;

- L’instauration de la certification des captures et son informatisation;

- La surveillance des navires de pêche par satellite (VMS);

- Un Plan national de contrôle des activités de la pêche maritime.

Une ressource à préserver

Exclu du nouvel accord de pêche signé le 24 juillet dernier avec l’Union européenne, le poulpe (comme les crevettes) fait partie des espèces à préserver et dont la gestion fait l’objet de plans d’aménagement stricts.

Depuis 2001, un plan d’aménagement de la pêcherie poulpière est mis en place, introduisant l’application du système de plafonnement de captures. Il a visé principalement :

- la préservation de cette ressource et le maintien de son exploitation de manière durable dans son écosystème ;

- la consolidation des investissements engagés dans la pêcherie à un niveau assurant la rentabilité et la durabilité des intervenants ;

- la maximisation des retombées socio-économiques dégagées de cette pêcherie.

En 2004, en concertation avec la profession, un nouveau plan qui incorpore de nouvelles mesures de gestion a été annoncé. 

En 2011, un nouveau plan d’aménagement a été mis en place au nord de Sidi El Ghazi en vue de contrecarrer la pêche illicite, d’abolir la commercialisation informelle et d’assurer une bonne gestion des flux du poulpe à l’échelle nationale. Ce plan a généralisé l’application du repos biologique et du système de quota sur tout le littoral national.

Les mesures de gestion, les conditions de reprise de campagne (TAC global, quota par segment, zone de pêche...) et les périodes d’arrêt de pêche dans l’unité d’aménagement de la pêcherie poulpière sont fixées par des décisions.

Les mesures mises en place ont permis de contribuer à la reconstitution du stock de poulpe. Toutefois, les efforts consentis doivent continuer à être déployés par tous les intervenants: l'administration, la recherche scientifique, les opérateurs de pêche… afin d’atteindre les niveaux d’équilibre et éviter une éventuelle rechute de ce stock. D'autre part, la situation des autres espèces de céphalopodes et des poissons démersaux associés à la pêche du poulpe nécessite aussi la mise en place de mesures de gestion appropriées pour leur conservation.

 
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