Malgré un contexte favorable qui a surtout profité aux entreprises, les crédits bancaires aux particuliers ont vu leurs taux s'apprécier au deuxième trimestre 2018. Les explications de trois directeurs généraux de banques contactés par Médias24.

Vendredi 14 septembre, Bank Al-Maghrib a publié les résultats de l’enquête sur les taux débiteurs du deuxième trimestre 2018. Ces résultats ont été améliorés et enrichis par rapport aux précédentes publications.

Il en ressort que les taux des crédits destinés aux particuliers (toutes catégories confondues) ont augmenté de 31 points de base, passant d’une moyenne de 5,78% au premier trimestre à 6,09% au deuxième trimestre.

Les taux des crédits aux entreprises ont, eux, baissé de 14 points de base, à 5,14% contre 5,28% un trimestre auparavant.

La baisse a concerné surtout les taux appliqués aux TPME (-31 points de base, à 5,78%). Pour les grandes entreprises, le coût des financements a légèrement régressé (-3 points de base), passant à 4,72%.

Par type de prêt, les comptes débiteurs et crédits de trésorerie ont vu leurs taux reculer de 14 pb, à 5,20%. Ces prêts concernent surtout les entreprises (la part des particuliers est marginale).

Les taux des crédits à l’équipement (entreprises) ont également baissé de 27 pb, à 5,29%.

En face, les crédits immobiliers coûtent plus cher: 5,46% contre 5,26% un trimestre auparavant. Ces taux concernent aussi bien les particuliers (l’essentiel de la production) que les promoteurs immobiliers.

Enfin, les crédits à la consommation (dédiés exclusivement aux particuliers) ont été facturés à 6,57% contre 6,40% au premier trimestre.

Liquidité confortable chez les banques et demande de crédit atone

Comment expliquer une hausse des taux appliqués aux particuliers en même temps qu’une baisse de ceux destinés aux entreprises?

Contactés par Médias24, les directeurs généraux de trois banques de la place, s’exprimant sous couvert d’anonymat, apportent les éclaircissements nécessaires.

D’abord les trois sont unanimes sur le contexte général du marché du crédit: la liquidité des banques est confortable et la croissance du crédit est faible, ce qui favorise une recrudescence de la concurrence et donc une détente globale des taux.

L’impact de ce contexte est clairement visible sur les taux des crédits aux entreprises.

A fin juillet 2018, l’encours des crédits aux entreprises non financières privées n’a crû que de 1% par rapport à la même période en 2017.

Les crédits de trésorerie de cette clientèle affichent carrément une baisse de 1,8% et leurs crédits à l’équipement une légère croissance de 3,5%.

Face à cette demande atone, les banques jouent des coudes pour capter les bons dossiers de crédits, surtout que certains établissements, auparavant peu présents sur le segment des entreprises, font le maximum aujourd’hui pour s’y positionner en force.

Cette forte concurrence est exacerbée par la liquidité confortable du système bancaire. Au delà des facteurs macroéconomiques (amélioration des réserves de change, ralentissement des crédits...), la volonté des banques de maîtriser les impayés fait en sorte qu’elles sont devenues plus exigeantes dans l’octroi du crédit à certains secteurs jugés risqués: BTP, tourisme, commerce, textile…

«Une situation qui s’est traduite par une augmentation des disponibilités des banques et donc une amélioration de l’offre de financement pour les secteurs et clients solvables, présentant notamment des garanties réelles», explique un des directeurs sondés.

Notons que les impayés bancaires des entreprises ont fortement décéléré: +1,1% à fin juillet en glissement annuel.

Un autre DG attribue la baisse des taux aux entreprises à l’octroi de crédits à certaines grosses contreparties à des conditions favorables au cours du deuxième trimestre, ainsi qu’au refinancement par les banques à un taux réduit (3,5%) du crédit de TVA détenu par les entreprises privées sur l’Etat.

Crédit immobilier: Léger redressement des taux après avoir touché un plus bas

Pour les particuliers, l’impact du contexte favorable sur les taux est moins visible.

Dans le cas du crédit immobilier, les taux se sont légèrement redressés car la course de certaines banques aux parts de marché les avait fait chuter en 2017 à des niveaux très bas. «Ceci a dégradé leur rentabilité de manière conséquente. Ce qui leur a valu un rappel à l’ordre de Bank Al-Maghrib. Aujourd’hui, on assiste à un certain retour à la discipline et les crédits à l’habitat sont aujourd’hui correctement tarifés», explique le DG d’une grande banque de la place.

Rappelons que les taux d’intérêt fixes avaient atteint 4,20% hors taxe en début d’année.

Mais selon les autres DG contactés, on ne peut pas parler vraiment de hausse des taux immobiliers puisque les conditions du marché restent favorables sinon à une baisse, au moins à une stabilité des taux.

«Le segment des particuliers est le seul relais de croissance pour les banques, surtout celles à capitaux étrangers qui misaient auparavant davantage sur l’entreprise et qui ont subi de forts taux de sinistralité. Aujourd’hui, elles se réorientent avec force vers le particulier, spécialement pour le crédit à l’habitat moins risqué grâce aux garanties réelles», précise l’un d’entre eux.

Actuellement, les taux fixes des crédits immobiliers se négocient entre 5% et 5,5% hors taxe, mais on peut toujours trouver moins (jusqu’à 4,5%), notamment en faisant jouer la concurrence via les apporteurs d’affaires (courtiers en crédits immobiliers) qui, selon les banquiers, exercent une véritable pression sur les taux.

Crédit conso: hausse de la demande et de la sinistralité

Pour tous les banquiers contactés, ce sont surtout les taux des crédits à la consommation qui ont véritablement augmenté. Et pour cause, une forte demande: l’encours a augmenté de 5,6% à fin juillet en glissement annuel. Si le prêt personnel (non affecté) est toujours en repli, le crédit automobile augmente grâce à l’amélioration des ventes de voitures neuves cette année, entre autres en raison de la tenue du salon Auto Expo en avril dernier.

Autre raison, les banques ont réduit leur offre de location avec option d’achat (LOA), surtout la formule à 0%, en raison du risque fiscal qu’elle comporte. Elles ont surtout mis en avant leurs solutions classiques qui sont, elles, assorties de taux d’intérêt légèrement plus élevés.

Enfin, compte tenu de la course des banques, ces dernières années, pour gagner des parts de marché sur le segment rentable du crédit à la consommation (elles dépassent aujourd’hui les sociétés spécialisées en termes d’encours), leur sinistralité a augmenté ce qui implique un surcoût pour la clientèle.

Notons que les créances en souffrance des particuliers affichent une hausse de 6,3% depuis le début de l’année.

 

Lire aussi: Hausse des taux des crédits bancaires aux particuliers

Les taux des crédits immobiliers au Maroc à leur plus bas historique!

 
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Malgré un contexte favorable qui a surtout profité aux entreprises, les crédits bancaires aux particuliers ont vu leurs taux s'apprécier au deuxième trimestre 2018. Les explications de trois directeurs généraux de banques contactés par Médias24.

Vendredi 14 septembre, Bank Al-Maghrib a publié les résultats de l’enquête sur les taux débiteurs du deuxième trimestre 2018. Ces résultats ont été améliorés et enrichis par rapport aux précédentes publications.

Il en ressort que les taux des crédits destinés aux particuliers (toutes catégories confondues) ont augmenté de 31 points de base, passant d’une moyenne de 5,78% au premier trimestre à 6,09% au deuxième trimestre.

Les taux des crédits aux entreprises ont, eux, baissé de 14 points de base, à 5,14% contre 5,28% un trimestre auparavant.

La baisse a concerné surtout les taux appliqués aux TPME (-31 points de base, à 5,78%). Pour les grandes entreprises, le coût des financements a légèrement régressé (-3 points de base), passant à 4,72%.

Par type de prêt, les comptes débiteurs et crédits de trésorerie ont vu leurs taux reculer de 14 pb, à 5,20%. Ces prêts concernent surtout les entreprises (la part des particuliers est marginale).

Les taux des crédits à l’équipement (entreprises) ont également baissé de 27 pb, à 5,29%.

En face, les crédits immobiliers coûtent plus cher: 5,46% contre 5,26% un trimestre auparavant. Ces taux concernent aussi bien les particuliers (l’essentiel de la production) que les promoteurs immobiliers.

Enfin, les crédits à la consommation (dédiés exclusivement aux particuliers) ont été facturés à 6,57% contre 6,40% au premier trimestre.

Liquidité confortable chez les banques et demande de crédit atone

Comment expliquer une hausse des taux appliqués aux particuliers en même temps qu’une baisse de ceux destinés aux entreprises?

Contactés par Médias24, les directeurs généraux de trois banques de la place, s’exprimant sous couvert d’anonymat, apportent les éclaircissements nécessaires.

D’abord les trois sont unanimes sur le contexte général du marché du crédit: la liquidité des banques est confortable et la croissance du crédit est faible, ce qui favorise une recrudescence de la concurrence et donc une détente globale des taux.

L’impact de ce contexte est clairement visible sur les taux des crédits aux entreprises.

A fin juillet 2018, l’encours des crédits aux entreprises non financières privées n’a crû que de 1% par rapport à la même période en 2017.

Les crédits de trésorerie de cette clientèle affichent carrément une baisse de 1,8% et leurs crédits à l’équipement une légère croissance de 3,5%.

Face à cette demande atone, les banques jouent des coudes pour capter les bons dossiers de crédits, surtout que certains établissements, auparavant peu présents sur le segment des entreprises, font le maximum aujourd’hui pour s’y positionner en force.

Cette forte concurrence est exacerbée par la liquidité confortable du système bancaire. Au delà des facteurs macroéconomiques (amélioration des réserves de change, ralentissement des crédits...), la volonté des banques de maîtriser les impayés fait en sorte qu’elles sont devenues plus exigeantes dans l’octroi du crédit à certains secteurs jugés risqués: BTP, tourisme, commerce, textile…

«Une situation qui s’est traduite par une augmentation des disponibilités des banques et donc une amélioration de l’offre de financement pour les secteurs et clients solvables, présentant notamment des garanties réelles», explique un des directeurs sondés.

Notons que les impayés bancaires des entreprises ont fortement décéléré: +1,1% à fin juillet en glissement annuel.

Un autre DG attribue la baisse des taux aux entreprises à l’octroi de crédits à certaines grosses contreparties à des conditions favorables au cours du deuxième trimestre, ainsi qu’au refinancement par les banques à un taux réduit (3,5%) du crédit de TVA détenu par les entreprises privées sur l’Etat.

Crédit immobilier: Léger redressement des taux après avoir touché un plus bas

Pour les particuliers, l’impact du contexte favorable sur les taux est moins visible.

Dans le cas du crédit immobilier, les taux se sont légèrement redressés car la course de certaines banques aux parts de marché les avait fait chuter en 2017 à des niveaux très bas. «Ceci a dégradé leur rentabilité de manière conséquente. Ce qui leur a valu un rappel à l’ordre de Bank Al-Maghrib. Aujourd’hui, on assiste à un certain retour à la discipline et les crédits à l’habitat sont aujourd’hui correctement tarifés», explique le DG d’une grande banque de la place.

Rappelons que les taux d’intérêt fixes avaient atteint 4,20% hors taxe en début d’année.

Mais selon les autres DG contactés, on ne peut pas parler vraiment de hausse des taux immobiliers puisque les conditions du marché restent favorables sinon à une baisse, au moins à une stabilité des taux.

«Le segment des particuliers est le seul relais de croissance pour les banques, surtout celles à capitaux étrangers qui misaient auparavant davantage sur l’entreprise et qui ont subi de forts taux de sinistralité. Aujourd’hui, elles se réorientent avec force vers le particulier, spécialement pour le crédit à l’habitat moins risqué grâce aux garanties réelles», précise l’un d’entre eux.

Actuellement, les taux fixes des crédits immobiliers se négocient entre 5% et 5,5% hors taxe, mais on peut toujours trouver moins (jusqu’à 4,5%), notamment en faisant jouer la concurrence via les apporteurs d’affaires (courtiers en crédits immobiliers) qui, selon les banquiers, exercent une véritable pression sur les taux.

Crédit conso: hausse de la demande et de la sinistralité

Pour tous les banquiers contactés, ce sont surtout les taux des crédits à la consommation qui ont véritablement augmenté. Et pour cause, une forte demande: l’encours a augmenté de 5,6% à fin juillet en glissement annuel. Si le prêt personnel (non affecté) est toujours en repli, le crédit automobile augmente grâce à l’amélioration des ventes de voitures neuves cette année, entre autres en raison de la tenue du salon Auto Expo en avril dernier.

Autre raison, les banques ont réduit leur offre de location avec option d’achat (LOA), surtout la formule à 0%, en raison du risque fiscal qu’elle comporte. Elles ont surtout mis en avant leurs solutions classiques qui sont, elles, assorties de taux d’intérêt légèrement plus élevés.

Enfin, compte tenu de la course des banques, ces dernières années, pour gagner des parts de marché sur le segment rentable du crédit à la consommation (elles dépassent aujourd’hui les sociétés spécialisées en termes d’encours), leur sinistralité a augmenté ce qui implique un surcoût pour la clientèle.

Notons que les créances en souffrance des particuliers affichent une hausse de 6,3% depuis le début de l’année.

 

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