La formation professionnelle est aujourd'hui au centre de l'intérêt général car le Roi l'a placée parmi les priorités du gouvernement pour cette rentrée 2018-2019. On prend enfin en main un dossier dont l'échec est connu depuis des années.

Lundi 1er octobre, le Roi Mohammed VI a présidé au cabinet royal à Rabat, une séance de travail consacrée à ce secteur avec à la clé "la mise à niveau de l’offre de formation professionnelle, la diversification et valorisation des métiers et la modernisation des méthodes pédagogiques".

Si le gouvernement planche sur la refonte de la stratégie de la formation professionnelle, c'est que celle qui a été adoptée et appliquée jusque-ici a essuyé un échec retentissant. 

Début 2018, Ahmed Lahlimi mettait des chiffres sur l'échec de cette stratégie. "Si tout le monde s’accorde à dire que notre système d’enseignement doit être amélioré en termes de rendement interne et externe (...) il y a cependant lieu de poser, d’une manière peut-être plus exigeante, le cas de la formation professionnelle qui constitue dans le consensus public le remède magique du décollage économique au point de la dispenser de toute évaluation exigeante de son coût et de ses résultats", disait le Haut commissaire au Plan lors de la conférence de presse sur la situation de l’économie nationale en 2017 et ses perspectives en 2018. 

Il explique sur la base d'une étude menée par son institution que le taux de chômage des lauréats de la formation professionnelle est de 24,5%, alors que celui des lauréats de l’enseignement général est de 16%. 

"De même, le niveau du chômage s’accroît avec le relèvement du niveau des diplômes dans la formation professionnelle de 16% à 23%", explique-t-il. Tandis que cet accroissement est de 2% à 10% dans le cas de l’enseignement général. 

Et même quand ils sont embauchés, 33% des diplômés de la formation professionnelle occupent des postes en déclassement par rapport à leur qualification. 

Ces chiffres choc font clairement état de la défaillance de la formation professionnelle imaginée au départ comme une alternative pour ceux qui quittent l'enseignement général. 

Le pire, c'est que ces chiffres sont venus juste rappeler une réalité connue de tous. Les rapports et analyses faisant état de l'inefficience de la stratégie de la formation professionnelle ne sont pas récents.

Avant le HCP, la Cour des comptes a alerté sur la situation en 2011

La Cour des comptes a pointé du doigt à plusieurs reprises les défaillances du système ou de la gestion de l'OFPPT, l'office chargé de la mise en œuvre de la stratégie de la formation professionnelle.

Dan son rapport annuel relatif à 2011 par exemple, il y a donc sept ans, la Cour des comptes reprochait à l'OFPPT de ne pas procéder "au suivi de l’insertion des lauréats pour proposer les formations les plus adaptées aux besoins du marché. Ceci se manifeste à plusieurs niveaux:

- Le suivi de l’insertion des lauréats à la remise des diplômes par les établissements de formation ne s’effectue pas systématiquement. En effet, parmi les établissements visités, seuls quelques-uns assurent ce suivi et disposent de données sur l’insertion de leurs lauréats. De plus, aucune centralisation ou traitement des données collectées au niveau du dispositif ne sont assurés, sachant qu’auparavant, les EFP disposaient de structures dédiées à cette tâche ;

- Lorsque ces informations sont disponibles au niveau des établissements, elles sont à l’état brut, ce qui rend difficile leur exploitation pour l’exercice de l’adaptation de l’offre de formation ;

- Les résultats des études du suivi et de l’insertion des lauréats accusent des retards considérables. En effet, les derniers résultats, dont dispose l’OFPPT, concernent la promotion 2008/2009 ;

- Les résultats de ces études ne sont pas communiqués aux établissements pour adapter leurs propositions aux besoins du marché.

"Ces lacunes font que les établissements maintiennent des formations présentant des taux d’insertion faibles, ou proposent l’implantation d’autres formations en méconnaissance des tendances de leur environnement socioprofessionnel", a conclu la Cour des comptes. 

Ceci n'est qu'un échantillon des reproches faits à la gestion de l'OFPPT de ce dossier de la formation professionnelle. Certains partenaires de l'Office n'hésitait pas à dire tout bas que "l'Office avait dévié de sa mission principale qu'est la formation et s'est transformé en promoteur immobilier, multipliant les centres et les établissements sans prendre vraiment en considération les besoins réels et concurrençant les établissements accrédités qui devaient lui donner un coup de main dans sa mission". 

La Cour des comptes a publié un nouveau rapport en 2017 (relatif à l'année 2015), cette fois sur le département ministériel chargé de la formation professionnelle (DFP). Les conclusions là aussi sont alarmantes. Voici un aperçu: 

Depuis sa création en 1995, le DFP ne s’est pas doté d’une stratégie intégrée et concertée sur la FP.

- Difficulté dans la maîtrise des besoins du marché du travail.

Absence d’un répertoire national des emplois/métiers.

- Réalisation des études sectorielles par plusieurs partenaires et sans concertation préalable avec le DFP.

Accompagnement insuffisant des stratégies sectorielles.

- Le DFP ne dispose pas de système d’information intégré sur le dispositif de la FP qui lui permettrait le suivi de l’évolution de la carte de formation et les indicateurs clés.

A qui la faute ?

Malgré la multiplication des indicateurs d'échec de la trajectoire empruntée par la formation professionnelle depuis des années, rien n'a été fait. La faute au gouvernement ? la faute aux responsables de l'OFPPT, à leur tête l'ancien directeur général Larbi Bencheikh limogé par le Roi en 2017 ?

Ce sont des centaines de milliers de jeunes qui s'orientent vers cette formation avec l'espoir de travailler et construire un avenir. Rien qu'en 2018, plus de 776.000 stagiaires se sont inscrits au niveau des différents cycles de la formation professionnelle (baccalauréat professionnel, formation qualifiante, technicien, technicien spécialisé,…etc.).

Il était plus que temps de remettre à plat le système et mettre en place une stratégie tournée vers l'emploi et non le nombre d'instituts et de stagiaires inscrits. 

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La formation professionnelle est aujourd'hui au centre de l'intérêt général car le Roi l'a placée parmi les priorités du gouvernement pour cette rentrée 2018-2019. On prend enfin en main un dossier dont l'échec est connu depuis des années. 

 

Lundi 1er octobre, le Roi Mohammed VI a présidé au cabinet royal à Rabat, une séance de travail consacrée à ce secteur avec à la clé "la mise à niveau de l’offre de formation professionnelle, la diversification et valorisation des métiers et la modernisation des méthodes pédagogiques".

Si le gouvernement planche sur la refonte de la stratégie de la formation professionnelle, c'est que celle qui a été adoptée et appliquée jusque-ici a essuyé un échec retentissant. 

Début 2018, Ahmed Lahlimi mettait des chiffres sur l'échec de cette stratégie. "Si tout le monde s’accorde à dire que notre système d’enseignement doit être amélioré en termes de rendement interne et externe (...) il y a cependant lieu de poser, d’une manière peut-être plus exigeante, le cas de la formation professionnelle qui constitue dans le consensus public le remède magique du décollage économique au point de la dispenser de toute évaluation exigeante de son coût et de ses résultats", disait le Haut commissaire au Plan lors de la conférence de presse sur la situation de l’économie nationale en 2017 et ses perspectives en 2018. 

Il explique sur la base d'une étude menée par son institution que le taux de chômage des lauréats de la formation professionnelle est de 24,5%, alors que celui des lauréats de l’enseignement général est de 16%. 

"De même, le niveau du chômage s’accroît avec le relèvement du niveau des diplômes dans la formation professionnelle de 16% à 23%", explique-t-il. Tandis que cet accroissement est de 2% à 10% dans le cas de l’enseignement général. 

Et même quand ils sont embauchés, 33% des diplômés de la formation professionnelle occupent des postes en déclassement par rapport à leur qualification. 

Ces chiffres choc font clairement état de la défaillance de la formation professionnelle imaginée au départ comme une alternative pour ceux qui quittent l'enseignement général. 

Le pire, c'est que ces chiffres sont venus juste rappeler une réalité connue de tous. Les rapports et analyses faisant état de l'inefficience de la stratégie de la formation professionnelle ne sont pas récents.

Avant le HCP, la Cour des comptes a alerté sur la situation en 2011

La Cour des comptes a pointé du doigt à plusieurs reprises les défaillances du système ou de la gestion de l'OFPPT, l'office chargé de la mise en œuvre de la stratégie de la formation professionnelle.

Dan son rapport annuel relatif à 2011 par exemple, il y a donc sept ans, la Cour des comptes reprochait à l'OFPPT de ne pas procéder "au suivi de l’insertion des lauréats pour proposer les formations les plus adaptées aux besoins du marché. Ceci se manifeste à plusieurs niveaux:

- Le suivi de l’insertion des lauréats à la remise des diplômes par les établissements de formation ne s’effectue pas systématiquement. En effet, parmi les établissements visités, seuls quelques-uns assurent ce suivi et disposent de données sur l’insertion de leurs lauréats. De plus, aucune centralisation ou traitement des données collectées au niveau du dispositif ne sont assurés, sachant qu’auparavant, les EFP disposaient de structures dédiées à cette tâche ;

- Lorsque ces informations sont disponibles au niveau des établissements, elles sont à l’état brut, ce qui rend difficile leur exploitation pour l’exercice de l’adaptation de l’offre de formation ;

- Les résultats des études du suivi et de l’insertion des lauréats accusent des retards considérables. En effet, les derniers résultats, dont dispose l’OFPPT, concernent la promotion 2008/2009 ;

- Les résultats de ces études ne sont pas communiqués aux établissements pour adapter leurs propositions aux besoins du marché.

"Ces lacunes font que les établissements maintiennent des formations présentant des taux d’insertion faibles, ou proposent l’implantation d’autres formations en méconnaissance des tendances de leur environnement socioprofessionnel", a conclu la Cour des comptes. 

Ceci n'est qu'un échantillon des reproches faits à la gestion de l'OFPPT de ce dossier de la formation professionnelle. Certains partenaires de l'Office n'hésitait pas à dire tout bas que "l'Office avait dévié de sa mission principale qu'est la formation et s'est transformé en promoteur immobilier, multipliant les centres et les établissements sans prendre vraiment en considération les besoins réels et concurrençant les établissements accrédités qui devaient lui donner un coup de main dans sa mission". 

La Cour des comptes a publié un nouveau rapport en 2017 (relatif à l'année 2015), cette fois sur le département ministériel chargé de la formation professionnelle (DFP). Les conclusions là aussi sont alarmantes. Voici un aperçu: 

Depuis sa création en 1995, le DFP ne s’est pas doté d’une stratégie intégrée et concertée sur la FP.

- Difficulté dans la maîtrise des besoins du marché du travail.

Absence d’un répertoire national des emplois/métiers.

- Réalisation des études sectorielles par plusieurs partenaires et sans concertation préalable avec le DFP.

Accompagnement insuffisant des stratégies sectorielles.

- Le DFP ne dispose pas de système d’information intégré sur le dispositif de la FP qui lui permettrait le suivi de l’évolution de la carte de formation et les indicateurs clés.

A qui la faute ?

Malgré la multiplication des indicateurs d'échec de la trajectoire empruntée par la formation professionnelle depuis des années, rien n'a été fait. La faute au gouvernement ? la faute aux responsables de l'OFPPT, à leur tête l'ancien directeur général Larbi Bencheikh limogé par le Roi en 2017 ?

Ce sont des centaines de milliers de jeunes qui s'orientent vers cette formation avec l'espoir de travailler et construire un avenir. Rien qu'en 2018, plus de 776.000 stagiaires se sont inscrits au niveau des différents cycles de la formation professionnelle (baccalauréat professionnel, formation qualifiante, technicien, technicien spécialisé,…etc.).

Il était plus que temps de remettre à plat le système et mettre en place une stratégie tournée vers l'emploi et non le nombre d'instituts et de stagiaires inscrits. 

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