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Le Maroc a investi 2.700 MMDH en dix ans pour de maigres résultats socioéconomiques! 

Vendredi 5 octobre 2018 à 15h14
Le Maroc a investi 2.700 MMDH en dix ans pour de maigres résultats socioéconomiques!
 

La croissance du PIB est toujours inférieure à 5%, le chômage pointe à 10% et les recettes fiscales ont crû de 20% seulement entre 2008 et 2017, avec une pression sur une petite catégorie de contribuables. Sans parler des inégalités sociales et spatiales qui persistent voire s’aggravent. La refonte du modèle de développement du Maroc devient un sujet brûlant.

Le Maroc investit chaque année l’équivalent de 30% à 35% de son PIB. De 2008 à 2017, soit en dix ans, le cumul des investissements représente près de 2.700 MMDH, selon les comptes nationaux du Haut commissariat au plan (l’investissement est appréhendé par la formation brute du capital fixe).

La part des secteurs public et privé varie en fonction des années. Il n’existe pas de statistiques officielles mais des estimations d’économistes situent le poids de l’investissement privé aux alentours de 40% du total.

En se situant à plus de 30% du PIB, le taux d’investissement du Maroc est parmi les plus élevés au monde, en termes relatifs. Et pourtant, les résultats ne suivent pas.

Alors que la croissance économique pouvait dépasser 5% avant 2012 (le taux moyen entre 2007 et 2012 est de 5,5%), elle peine aujourd’hui à se maintenir à plus de 4%.

Et la situation ne va pas s’arranger: après 4,1% en 2017, le HCP prévoit 3,1% en 2018 et 2,9% en 2019.

>>Lire aussi: HCP: En 2019, croissance inférieure à 3% et hausse du chômage

L’économie dépend toujours du secteur agricole qui, malgré les investissements dans la modernisation, est toujours tributaire des conditions climatiques.

Le secteur non agricole, pour sa part, peine à redécoller: environ 3% de croissance depuis 2013.

La consommation finale des ménages, historiquement moteur de la croissance, s’essouffle: de 7,6% d’augmentation en 2008, elle est passée à 3,5% en 2017. En face, la demande extérieure peine à prendre la relève malgré les bons résultats de certains secteurs à l’export.

A peine 67.000 emplois créés par an depuis 2008

La situation de l’emploi est encore plus parlante. En dix ans, l’économie n’a pu créer en moyenne que 67.000 emplois par an, un niveau largement inférieur aux dernières promesses gouvernementales.

Le volume total de l’emploi n’a progressé que de 5% de 2008 à 2017 pour atteindre 10,7 millions de postes. En face, le nombre de chômeurs a progressé 11%, passant à 1,2 million de personnes. D’où un taux de chômage structurellement supérieur à 9%. En 2017, il a même franchi la barre des 10% (10,2%). Idem pour le taux de sous-emploi qui gravite toujours autour de 10%.

Le chômage touche particulièrement les urbains, les jeunes, les femmes, les diplômés et les primo-demandeurs d’emplois. Mais plus grave encore est le taux d’activité de la population en âge de travailler qui ne dépasse pas 47% (22% chez les femmes) et le taux des 15-24 ans qui ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation: 28% de cette population.

Par ailleurs, et malgré 2.700 MMDH d’investissements en six ans, les recettes fiscales de l’Etat, censées financer les programmes sociaux et assurer une répartition équitable des richesses, n’ont crû que de 20% de 2008 à 2017 pour s’établir à 200 MMDH.

Outre le ralentissement de la croissance économique, la faiblesse des recettes fiscales s’explique par la fraude, l’existence de pans entiers de l’économie qui échappent à l’impôt ainsi qu’un système fiscal inéquitable.

D’où une pression fiscale importante sur les salariés, qui génèrent plus de 70% des recettes de l’IR alors qu’ils ne représentent que 27% de la population active occupée, ainsi que sur une poignée d’entreprises (2% paient 80% de l’IS collecté).

Enfin, tous les efforts fournis n’ont pas permis de réduire les inégalités sociales et territoriales. Le Conseil économique, social et environnemental a d’ailleurs consacré le focus de son dernier rapport annuel à ce sujet. Avant lui, le HCP, l’ONDH et plusieurs autres institutions nationales et internationales avaient souligné la persistance voire l’aggravation des inégalités.

Il s'agit de mieux faire et non de faire plus

Les facteurs ayant conduit à cette situation sont multiples et complexes. Nous en citons ici ceux qui nous semblent les plus importants.

Primo, même si le taux d’investissement est élevé au Maroc, l’investissement dans les secteurs productifs demeure en deçà des besoins.

L’investissement public, qui représente plus de 60% du total, va essentiellement aux infrastructures dont la réalisation est confiée en partie aux entreprises étrangères.

L’investissement privé, lui, a marqué le pas au cours des dernières années pour plusieurs raisons dont:

- Tensions de trésorerie : délais de paiement de l’Etat et des grandes entreprises, crédits de TVA…

- Accès au financement: prudence des banques à cause des impayés, bilans des entreprises déséquilibrés…

- Climat des affaires: lenteur de l’administration et de l’appareil judiciaire, retard des réformes législatives…

- Main d’œuvre: rareté des profils répondant aux exigences des entreprises…

Pour plusieurs institutions nationales et internationales, l’investissement public dans les infrastructures doit être maintenu mais celui dans les secteurs productifs doit être renforcé, au même titre que l’investissement dans le capital humain dont le déficit est, pour plusieurs, à l’origine de plusieurs maux dont souffre le Maroc.

Mais compte tenu des pressions sur les finances publiques, le financement de cet effort ne peut se faire qu’à travers une amélioration des recettes fiscales, donc une accélération de la croissance et un élargissement de l’assiette en intégrant l’informel.

L’investissement public nécessite aussi d’être optimisé pour produire de meilleurs résultats en terme de création de valeur et d’emplois au niveau local. Le ministère de l’économie et des finances a d’ailleurs ouvert ce chantier.

Pour le secteur privé, le redécollage de l’investissement ne peut venir que d’une amélioration «concrète» du climat des affaires. Le Roi Mohammed VI a d’ailleurs récemment appelé, entre autres, à accélérer le remboursement des créances des entreprises, la réforme des CRI, l’amélioration de la relation de l’administration avec les usagers… Il a aussi exigé une réforme de la formation professionnelle pour augmenter le taux d’insertion des lauréats et répondre aux besoins en compétences de l’économie.

>>Lire aussi:

Un discours du Trône à forte connotation sociale

Le Roi Mohammed VI réoriente la formation professionnelle vers la création de plus d'emplois

La rigidité de la croissance et du chômage s’explique, elle, par la lente transformation des structures de l’économie. Autrement dit, la croissance et les emplois créés par certains secteurs porteurs comme l’automobile, l’offshoring… ne font que compenser le ralentissement et la destruction d’emplois accusés par d’autres comme le textile, le BTP…

Dans certains cas, il y a même un transfert de l’emploi de secteurs en modernisation qui connaissent une amélioration de la productivité, comme l’agriculture, vers d’autres secteurs comme le BTP ou le commerce. Autrement dit, des secteurs toujours marqués par la précarité de l’emploi.

Cette transformation est nécessaire pour permettre au Maroc d’améliorer sa compétitivité et de passer d’un modèle basé sur la demande intérieure, génératrice de déficits, à un modèle basé sur l’industrie et les exportations. Mais cette transformation doit être accélérée et mieux gouvernée.

Les secteurs traditionnels nécessitent un accompagnement dans leur mutation, la main d’œuvre qui migre une requalification et les nouveaux métiers du Maroc une montée en gamme et un taux d’intégration plus élevé. Selon Ali Benmakhlouf, philosophe qui intervenait lors de la première université d’été de la CGEM, il faut passer de la fabrication, de la dépendance, à la conception.

Au final, et comme l'a souligné le wali de Bank Al-Maghrib à l'issue du dernier conseil de politique monétaire, il ne s'agit pas de faire plus mais de faire mieux. Le maintien des équilibres financiers, l'accélération du développement et la résorption des déficits sociaux ne sont pas contradictoires. Il faut une vision, une priorisation et une meilleure gouvernance.

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