Alors que le ministère du Transport a annoncé le 31 octobre la fin de la grève, suite à un accord conclu avec les représentants des transporteurs, l’arrêt d’activité se poursuit dans plusieurs régions du Maroc. La décision de suspendre la grève n’a pas été suivie par tous les opérateurs. Certains d'entre eux, voulant reprendre le travail, font face à des actes de violence. L'ODT appelle les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités.

La grève des transporteurs, entamée il y a plus de dix jours, a-t-elle réellement pris fin ? Mercredi 31 octobre, le ministère du Transport annonçait, après une longue réunion avec les représentants du secteur, que le mouvement est suspendu suite à la conclusion d’un accord avec les opérateurs. L’information a été confirmée par l’Organisation démocratique des professionnels du transport routier (ODPT), principal initiateur de la grève.

Sauf que le lendemain, jeudi 1er novembre, Médias24 apprenait que les transporteurs au niveau du port de Casablanca (affiliés à la CGEM) ont poursuivi les protestations, estimant insuffisantes les mesures prises dans le cadre de l’accord des professionnels avec le ministère.

Selon une source à la fédération transport – CGEM, une réunion a eu lieu le même jour entre cette dernière et les transporteurs du port, avec la médiation du gouverneur de la préfecture d’Anfa. Elle n’a pas abouti à un accord.

En parallèle, des témoignages parvenus à Médias24 rapportaient une poursuite de l’arrêt d’activité dans plusieurs régions comme Fès, Sidi Bennour… Situation confirmée par Mustapha Chaoune, secrétaire général de l’ODPT.

Toujours le même jour, les producteurs de volaille (FISA) confirmaient la persistance de la grève des transporteurs, «malgré les communiqués qui circulent». Ils ajoutaient même que des blocages sauvages ont lieu, voire «des agressions physiques contre les chauffeurs et du sabotage de véhicules».

Des agissements que la FISA dénonçait déjà deux jours auparavant, à travers un communiqué où elle tirait la sonnette d’alarme sur la situation que vit le secteur. D’ailleurs, vu la poursuite du blocage, la fédération a décidé de porter plainte contre le chef du gouvernement pour non protection des biens d’autrui et des personnes.

C’est donc un grand désordre. La grève a-t-elle réellement pris fin ? Qui a suivi la décision de la suspendre et qui ne l’a pas fait ?

Port de Casablanca: fin de la grève le 3 novembre à midi ?

Pour Mustapha Chaoune, il y a lieu de distinguer les transporteurs du port de Casablanca, que sa centrale ne représente pas, des autres opérateurs. «Les transporteurs du port de Casablanca rejettent les résultats de l’accord et veulent dialoguer directement avec le chef du gouvernement», affirme le syndicaliste.

Pour lui, la rencontre avec le ministère du Transport, «qui est un membre du gouvernement», a permis de sortir avec des solutions concrètes (hausse provisoire du tonnage autorisé et suppression des frais de formation des conducteurs).

Sur la question du gasoil professionnel (point sur lequel insistent les transporteurs du port et qui veulent le voir aboutir d’urgence), M. Chaoune estime que le dialogue a repris et que le processus est enclenché, ce qui est une avancée importante. «Maintenir la grève malgré ces résultats n’est pas un acte responsable».

Selon notre source à la fédération transport – CGEM, le dialogue avec ces transporteurs se poursuit ce vendredi 2 novembre avec la participation de Salaheddine Mezouar. Elle ajoute que la grève au niveau du port prendra fin demain samedi 3 novembre à midi.

Cela dit, même si cette promesse est tenue, le problème est beaucoup plus grave. Dans plusieurs régions du royaume, les transporteurs qui ont arrêté la grève sont agressés par ceux qui veulent maintenir le blocage.

Divergences d'intérêts, agressions et racket

«Les camions sont vandalisés par des jets de pierres, voire brûlés comme ce fut le cas à Sidi Bennour le 1er novembre. Les conducteurs sont agressés physiquement. Du coup, ceux qui veulent reprendre leur activité préfèrent rester à l’arrêt par peur des représailles», déplore Mustapha Chaoune.

Youssef Alaoui, président de la FISA, confirme ces propos. «La situation ne s’est pas arrangée depuis que nous avons publié notre communiqué [NDLR: jeudi soir]; elle s’est même aggravée. En plus des agressions et des actes de vandalisme, les transporteurs actifs se font racketter par les partisans du blocage pour pouvoir passer, dans les sorties d’autoroutes et au niveau du port de Casablanca», précise ce professionnel qui appelle le gouvernement et les autorités à prendre leurs responsabilités.

Pour Mustapha Chaoune, cette situation est due aux intérêts opposés des différentes catégories de transporteurs (grands et petits, formels et informels…) ainsi qu’au manque d’encadrement des professionnels dont les représentations sont multiples.

«Les grands opérateurs, qui profitent des subventions de l’Etat, refusent de voir le ministère accorder aux PME et transporteurs individuels une augmentation de 30% du tonnage maximal car cela les rendrait plus compétitifs.

«Ceux qui utilisent le carburant de contrebande ne voient pas d’un bon œil l’instauration du gasoil professionnel.

«Les propriétaires d’instituts de formation à la conduite professionnelle sont mécontents de voir le ministère supprimer les frais de formation nécessaire à l’obtention et au maintien de la carte de conducteur professionnel.

«Il y a donc plusieurs intérêts divergents. Ceux qui ne trouvent pas leur compte dans les résultats de l’accord conclu avec le ministère créent la zizanie et veulent maintenir le blocage quitte à pénaliser toute l’économie», explique le syndicaliste.

Ce dernier appelle le ministère de l’Intérieur à garantir la sécurité des transporteurs sérieux. «La loi garantit le droit de grève mais également la liberté de travailler. Il faut que les autorités fassent leur travail», conclut M. Chaoune.

Qu’en dit le ministère du Transport ? Contactée par Médias24, une source au sein de ce département affirme que la grève a officiellement pris fin conformément à l’accord conclu avec les représentants des professionnels, rencontrés le 31 octobre. Nous lui avons transmis les témoignages et communiqués confirmant la poursuite de l’arrêt d’activité et nous attendons sa réaction.

En tous les cas, le problème est loin d’être réglé. Les prochains jours nous diront si l’activité des transporteurs reprendra son cours normal.

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Alors que le ministère du Transport a annoncé le 31 octobre la fin de la grève, suite à un accord conclu avec les représentants des transporteurs, l’arrêt d’activité se poursuit dans plusieurs régions du Maroc. La décision de suspendre la grève n’a pas été suivie par tous les opérateurs. Certains d'entre eux, voulant reprendre le travail, font face à des actes de violence. L'ODT appelle les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités.

La grève des transporteurs, entamée il y a plus de dix jours, a-t-elle réellement pris fin ? Mercredi 31 octobre, le ministère du Transport annonçait, après une longue réunion avec les représentants du secteur, que le mouvement est suspendu suite à la conclusion d’un accord avec les opérateurs. L’information a été confirmée par l’Organisation démocratique des professionnels du transport routier (ODPT), principal initiateur de la grève.

Sauf que le lendemain, jeudi 1er novembre, Médias24 apprenait que les transporteurs au niveau du port de Casablanca (affiliés à la CGEM) ont poursuivi les protestations, estimant insuffisantes les mesures prises dans le cadre de l’accord des professionnels avec le ministère.

Selon une source à la fédération transport – CGEM, une réunion a eu lieu le même jour entre cette dernière et les transporteurs du port, avec la médiation du gouverneur de la préfecture d’Anfa. Elle n’a pas abouti à un accord.

En parallèle, des témoignages parvenus à Médias24 rapportaient une poursuite de l’arrêt d’activité dans plusieurs régions comme Fès, Sidi Bennour… Situation confirmée par Mustapha Chaoune, secrétaire général de l’ODPT.

Toujours le même jour, les producteurs de volaille (FISA) confirmaient la persistance de la grève des transporteurs, «malgré les communiqués qui circulent». Ils ajoutaient même que des blocages sauvages ont lieu, voire «des agressions physiques contre les chauffeurs et du sabotage de véhicules».

Des agissements que la FISA dénonçait déjà deux jours auparavant, à travers un communiqué où elle tirait la sonnette d’alarme sur la situation que vit le secteur. D’ailleurs, vu la poursuite du blocage, la fédération a décidé de porter plainte contre le chef du gouvernement pour non protection des biens d’autrui et des personnes.

C’est donc un grand désordre. La grève a-t-elle réellement pris fin ? Qui a suivi la décision de la suspendre et qui ne l’a pas fait ?

Port de Casablanca: fin de la grève le 3 novembre à midi ?

Pour Mustapha Chaoune, il y a lieu de distinguer les transporteurs du port de Casablanca, que sa centrale ne représente pas, des autres opérateurs. «Les transporteurs du port de Casablanca rejettent les résultats de l’accord et veulent dialoguer directement avec le chef du gouvernement», affirme le syndicaliste.

Pour lui, la rencontre avec le ministère du Transport, «qui est un membre du gouvernement», a permis de sortir avec des solutions concrètes (hausse provisoire du tonnage autorisé et suppression des frais de formation des conducteurs).

Sur la question du gasoil professionnel (point sur lequel insistent les transporteurs du port et qui veulent le voir aboutir d’urgence), M. Chaoune estime que le dialogue a repris et que le processus est enclenché, ce qui est une avancée importante. «Maintenir la grève malgré ces résultats n’est pas un acte responsable».

Selon notre source à la fédération transport – CGEM, le dialogue avec ces transporteurs se poursuit ce vendredi 2 novembre avec la participation de Salaheddine Mezouar. Elle ajoute que la grève au niveau du port prendra fin demain samedi 3 novembre à midi.

Cela dit, même si cette promesse est tenue, le problème est beaucoup plus grave. Dans plusieurs régions du royaume, les transporteurs qui ont arrêté la grève sont agressés par ceux qui veulent maintenir le blocage.

Divergences d'intérêts, agressions et racket

«Les camions sont vandalisés par des jets de pierres, voire brûlés comme ce fut le cas à Sidi Bennour le 1er novembre. Les conducteurs sont agressés physiquement. Du coup, ceux qui veulent reprendre leur activité préfèrent rester à l’arrêt par peur des représailles», déplore Mustapha Chaoune.

Youssef Alaoui, président de la FISA, confirme ces propos. «La situation ne s’est pas arrangée depuis que nous avons publié notre communiqué [NDLR: jeudi soir]; elle s’est même aggravée. En plus des agressions et des actes de vandalisme, les transporteurs actifs se font racketter par les partisans du blocage pour pouvoir passer, dans les sorties d’autoroutes et au niveau du port de Casablanca», précise ce professionnel qui appelle le gouvernement et les autorités à prendre leurs responsabilités.

Pour Mustapha Chaoune, cette situation est due aux intérêts opposés des différentes catégories de transporteurs (grands et petits, formels et informels…) ainsi qu’au manque d’encadrement des professionnels dont les représentations sont multiples.

«Les grands opérateurs, qui profitent des subventions de l’Etat, refusent de voir le ministère accorder aux PME et transporteurs individuels une augmentation de 30% du tonnage maximal car cela les rendrait plus compétitifs.

«Ceux qui utilisent le carburant de contrebande ne voient pas d’un bon œil l’instauration du gasoil professionnel.

«Les propriétaires d’instituts de formation à la conduite professionnelle sont mécontents de voir le ministère supprimer les frais de formation nécessaire à l’obtention et au maintien de la carte de conducteur professionnel.

«Il y a donc plusieurs intérêts divergents. Ceux qui ne trouvent pas leur compte dans les résultats de l’accord conclu avec le ministère créent la zizanie et veulent maintenir le blocage quitte à pénaliser toute l’économie», explique le syndicaliste.

Ce dernier appelle le ministère de l’Intérieur à garantir la sécurité des transporteurs sérieux. «La loi garantit le droit de grève mais également la liberté de travailler. Il faut que les autorités fassent leur travail», conclut M. Chaoune.

Qu’en dit le ministère du Transport ? Contactée par Médias24, une source au sein de ce département affirme que la grève a officiellement pris fin conformément à l’accord conclu avec les représentants des professionnels, rencontrés le 31 octobre. Nous lui avons transmis les témoignages et communiqués confirmant la poursuite de l’arrêt d’activité et nous attendons sa réaction.

En tous les cas, le problème est loin d’être réglé. Les prochains jours nous diront si l’activité des transporteurs reprendra son cours normal.

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