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Tourisme: Ce qui explique le tassement des recettes en devises en 2018 

Mercredi 2 janvier 2019 à 18h04
Tourisme: Ce qui explique le tassement des recettes en devises en 2018
 

L’année écoulée s’est caractérisée par une hausse des arrivées, des nuitées et des durées de séjour mais paradoxalement, les recettes touristiques ont connu une stagnation à partir de juillet. Selon le président de l'Observatoire du tourisme, le ralentissement des rentrées en devises s'explique par plusieurs facteurs. Il s'est toutefois arrêté en octobre et l'on devrait finir l’année avec une croissance comprise entre 1,5 et 2%, soit environ 71 MMDH au total.

De nombreux observateurs s’interrogent sur le paradoxe actuel que connaît le secteur touristique depuis l’été dernier. En effet, comment est-il possible d’avoir des arrivées et des nuitées en croissance moyenne de 10%, ainsi que des durées de séjour plus longues, et obtenir des recettes en devises en faible évolution par rapport à 2017?

Dans une rencontre avec la presse à l’issue du dernier conseil de Bank Al-Maghrib en décembre dernier, le gouverneur de BAM a reconnu que "la stagnation des recettes était inexplicable sachant que les arrivées et les nuitées augmentent et qu’une analyse s'imposait donc après la clôture de l'exercice".

Malgré notre insistance, plusieurs personnalités du secteur contactées par Médias24 (professionnels ou officiels) ont été incapables d’expliquer ce phénomène qui a commencé durant l’été 2018.

Seul l’Observatoire du tourisme, très au fait des dynamiques d’arrivées et de recettes, a apporté par la voix de son président Said Mouhid, une grille multiforme pour expliquer cette évolution des recettes.

Une stagnation conjoncturelle

Said Mouhid insiste sur le fait que les différents compartiments constituant les flux de recettes sont en cours d’analyse avec les départements concernés.

Il s’agit en premier lieu de valider si cette évolution relative des recettes touristiques est d’ordre structurel ou simplement conjoncturel. Il est important de préciser que la baisse n’a concerné que les 3 mois d’été et que le trend haussier historique s’est rétabli dès le mois d’octobre et s'est poursuivi en novembre 2018 .

Selon lui, il n’y a pas une explication unique à cette situation inédite mais plutôt plusieurs facteurs qui ont fait que la hausse du flux d'arrivées et de nuitées ne se soit pas répercutée, dans les mêmes proportions du moins, sur les recettes touristiques en devises.

Le premier concerne l'évolution du dirham par rapport à l'euro. Le renforcement de la devise nationale en 2018 peut en effet avoir impacté la recette en devises du secteur sachant que l'euro est la principale devise des rentrées touristiques.

"De plus, si ce phénomène de stagnation a commencé en juillet dernier c’est en partie à cause de l’effet Coupe du monde dont la durée était à cheval sur deux mois de haute saison (13 juin au 15 juillet).

"Ce hasard du calendrier a fait qu’il y a eu moins de touristes étrangers et de MRE alors que la haute saison démarrait avec la fin du ramadan et ceux qui sont venus ont dépensé moins que d’habitude.

"Au mois d’août qui constitue le pic des arrivées au Maroc, la commercialisation de Tanger a marqué le pas du fait de la non-arrivée d’un VIP dans la ville pour ses vacances habituelles.

"L’absence du Roi d’Arabie saoudite a en effet entraîné un grand manque à gagner pour les hôteliers, restaurateurs et loueurs de voitures et donc des recettes en devises importantes pour l’Office des changes", avance notre interlocuteur qui préfère ne pas se prononcer sur le montant de la perte.

Selon un responsable du CRT de la ville du Détroit, le manque à gagner occasionné par l’annulation du séjour du VIP saoudien s’élève à environ 100 millions de dollars, soit pas loin d’un milliard de dirhams. Sachant que les recettes touristiques de 2017 s’élevaient à 69,6 MMDH, la perte serait donc de 1,5%.

Par ailleurs, il faut noter que les professionnels du tourisme, hôteliers, voyagistes et transporteurs touristiques ont également, dans un effort de promotion, réduit sensiblement leurs prix pour faire face à la baisse de la demande suite à l’effet ramadan et Coupe du monde .

Ce bradage des prix concerne également les hôteliers proposant des formules all-inclusive.

De plus, le développement des formules all-inclusive comprenant le séjour, la nourriture et tous les loisirs font que les touristes ne sortent pas de leurs hôtels et ne consomment donc pas dans la ville où ils se trouvent.

Précisons que ces établissements qui se trouvaient uniquement à Agadir ont rencontré un tel succès que plusieurs grandes destinations comme Marrakech ou Saïdia ont décidé de dupliquer l’expérience en construisant des complexes 4 et 5 étoiles.

Selon notre expert, la désintermédiation serait également à l’origine d’une déperdition des recettes. L’exemple le plus frappant concerne les ventes sur internet qui sont réglées à l’étranger et qui ne sont donc pas comptabilisées par l’office des changes.

C’est notamment le cas des séjours Airbnb et des locations informelles d’appartements qui se développent dans les grandes destinations comme Marrakech. Sachant que les transactions se font surtout en cash voire sur des comptes à l’étranger, il y a un problème d’encadrement de cette offre qui n’est pas identifiée et échapperait donc à toute traçabilité pour le fisc.

Notre interlocuteur met également l’accent sur des systèmes de commercialisation de certains tour-opérateurs étrangers qui procèdent à des encaissements directs par cartes de crédits auprès de leurs clients pour des prestations livrées au Maroc (achats de souvenirs, excursions…).

On devrait finir l'année avec 71 MMDH de recettes

Seule bonne nouvelle, la stagnation des rentrées touristiques en devises s’est arrêtée en septembre et la hausse a repris en novembre (+10.5%), en parfaite corrélation avec l’évolution des arrivées des touristes et la progression des nuitées (respectivement 11.3 % et 8.5%).

Selon ces calculs, la recette du mois d’octobre a enregistré une croissance de 11%, celle de novembre de 10.5% et la hausse de décembre devrait s’établir à 10% voire, 11%.

Ce rebond ne permettra toutefois pas d’éponger les pertes estivales et d’arriver au même niveau de croissance que l’année 2017, soit plus 8%.

La raison est que les mois d’octobre et de novembre ne connaissent pas les mêmes volumes de dépenses que pendant la période estivale.

Pour conclure, Mouhid s’attend à une croissance de la recette autour de 1,5% à 2% pour l’année 2018 ce qui équivaut à environ 71 milliards de dirhams en recettes globales contre le record précédent de 69,6 MMDH en 2017 alors que les prévisions établies en début d’année estimaient cette recette autour de 75 milliards de DH.

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