Le secteur du tourisme ne décollera jamais sans une bonne gouvernance. S'agissant d'un secteur où le privé est un acteur essentiel, l'organisation de la profession est vitale pour la réussite de toute stratégie. Or, la composition actuelle de la CNT, censée être l'organisation la plus représentative des acteurs du privé, est contestée par 5 des 6 fédérations qui la composent.

La CNT, Confédération Nationale du Tourisme, est une composante de la CGEM. Elle est en principe l'organisation la plus représentative du secteur touristique. Elle est écoutée au sein du patronat et elle signe et gère le contrat-programme avec l'Etat. C'est dire l'enjeu...

Que l'on soit d'accord ou pas sur la manière dont s'est déroulée l'assemblée générale d'avril 2018; que l'on accepte ou conteste sa légalité; le constat est là: la CNT aujourd'hui représente essentiellement les hôteliers, une composante parmi les 6 autres censées la constituer.

Cette question n'est pas anodine. Ce n'est pas un problème de personnes, ni de conflits entre personnes. Ce n'est pas un problème de divergences sur la stratégie. C'est une question d'efficacité.

Les uns invoquent des cotisations non payées. D'autres le non-respect des statuts. Quoi qu'il en soit, ces questions apparaissent secondaires par rapport à l'essentiel: la représentativité du secteur, son implication dans la future feuille de route, l'appropriation de cette feuille de route par les opérateurs. Sans cela, point de réussite.

La date définitive des assises du tourisme qui doivent valider la feuille de route du secteur n'est pas annoncée d'une manière officielle. Selon nos sources, la date la plus probable est le mois de mars 2019. Mais il s'agit seulement d'une date "probable". Car sans une participation massive des opérateurs, les assises pourraient, devraient, être reportées.

Sans la résolution de la problématique de la CNT, le secteur risque d'être en partie paralysé. En tous les cas, lesté d'un gros boulet.

Salah Mezouar, président de la CGEM, mène toujours sa médiation entre les deux blocs qui s'affrontent autour de la CNT. Le verdict est censé être rendu le 31 janvier. Que se passera-t-il si les récalcitrants refusent de revenir à la CNT?

Médias24 a contacté chacune des deux parties.

Le patron de la CGEM reconnaît la CNT

Répondant à une question lors d'une rencontre avec la presse organisée mercredi 23 janvier, Salaheddine Mezouar a reconnu l’impasse persistante de son action de réconciliation. Il a révélé que la longue réunion de décembre dernier en présence des 6 fédérations constitutives de la CNT avait abouti à un échec pour cause de « non-dits » alors qu’il pensait toucher au but de réconcilier les parties adverses qui s'affrontent depuis mars 2018.

Mezouar a précisé qu’il finira par trancher dans le cadre de sa médiation et que si une partie refusait de s’y conformer, il appliquera les règles statutaires de la CNT.

En d’autres termes, il prendra fait et cause pour la position de la direction de la CNT qui « malgré les contestations est reconnue par la CGEM et le ministère qui n’ont constaté aucune dérogation aux règles de fonctionnement électoral lors de la tenue de son assemblée générale en juin dernier ».

Se voulant clair, il a conclu en précisant que le seul interlocuteur du ministère et du patronat était et restera la CNT mais qu’il ne ménagera aucun effort pour rassembler les acteurs avant les prochaines assises du tourisme qui devront élaborer des orientations stratégiques pour l’avenir du secteur.

En réalité, il ne serait pas efficace de trancher en faveur du statu quo, car se posera le problème de la représentativité et donc de l'implication de tous.

Les raisons d’une discorde qui s’éternise

Sollicité pour une réaction aux propos de Mezouar, un président de l'une des 5 fédérations déclare dans un premier temps que sa coordination n’a pas encore préparé de réaction officielle.

Devant notre insistance, il consent, sous couvert d’anonymat, à expliquer l’origine de l’échec de la mission de réconciliation lancée par Mezouar depuis juillet dernier.

«Face aux tensions qui ont démarré en mars 2018, Mezouar a essayé de nous rapprocher avec le binôme à la tête de la CNT. Pour cela, il a demandé aux deux parties de lui présenter leurs propositions respectives et c’est ce qu’a fait notre collectif qui lui a donc adressé un mémorandum.

«Après la réunion de décembre dernier qui a duré plus de six heures, le président a rédigé un protocole d’accord qui consistait à faire la synthèse des propositions de chaque camp.

«Dans ce cadre, il a proposé de créer un groupe de travail mixte dans les 30 jours pour inscrire les priorités respectives, dont les conditions que nous posons pour revenir à la CNT. Nous avons accepté mais la direction de la CNT s’y est opposée.

«Pour Abdellatif Kabbaj, nous devons d’abord réintégrer la Confédération en reconnaissant ipso facto les élections de son bureau puis éventuellement discuter et établir une refonte des statuts.

Une scission de la CNT?

«C’est inacceptable car au final, la seule fédération [de l'hôtellerie] composant actuellement la CNT veut dicter sa loi aux cinq autres soit à 85% des membres qui la constituent. Pour être direct, la confédération ne peut plus exister sans nous et si on ne trouve pas de solution consensuelle, il y aura certainement scission», prévient notre source qui ajoute en réaction au supposé soutien du ministère et de la CGEM à la direction de la CNT qu’ils «vont droit dans le mur en ignorant les doléances de 5 acteurs sur 6.

«Je ne suis pas très optimiste car aujourd’hui, la CNT marche sur un seul pied et cette situation ne risque pas de s’arranger s’il n’y a pas de concessions de part et d’autre. De notre côté, nous ne demandons plus la réintégration de la CNT au sein de la CGEM mais nous insistons sur une réforme préalable de la gouvernance car malgré le fait que nous soyons majoritaires, si nous devions revenir à la CNT dans le système actuel, nous serions minoritaires en termes de voix», conclut notre source.

Abdellatif Kabbaj: "Contester oui mais de l’intérieur"

Interrogé à son tour, Abdellatif Kabbaj, réélu à la tête de la CNT en juin dernier, se veut plus optimiste en déclarant que la porte de la confédération est « toujours grande ouverte aux 5 fédérations ».

«Ils sont les bienvenus et nous sommes prêts à faire des efforts pour résoudre les raisons financières qui ont conduit à leur suspension. Ainsi, ceux qui n’ont pas les moyens de régler leurs impayés pourront régulariser leur situation en payant juste leur cotisation de l’année en cours.

«S’ils veulent réformer le système actuel de gouvernance de la confédération, ils n’ont qu’à venir le faire mais de l’intérieur au lieu de pratiquer la politique de la chaise vide», explique Kabbaj.

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Le secteur du tourisme ne décollera jamais sans une bonne gouvernance. S'agissant d'un secteur où le privé est un acteur essentiel, l'organisation de la profession est vitale pour la réussite de toute stratégie. Or, la composition actuelle de la CNT, censée être l'organisation la plus représentative des acteurs du privé, est contestée par 5 des 6 fédérations qui la composent.

La CNT, Confédération Nationale du Tourisme, est une composante de la CGEM. Elle est en principe l'organisation la plus représentative du secteur touristique. Elle est écoutée au sein du patronat et elle signe et gère le contrat-programme avec l'Etat. C'est dire l'enjeu...

Que l'on soit d'accord ou pas sur la manière dont s'est déroulée l'assemblée générale d'avril 2018; que l'on accepte ou conteste sa légalité; le constat est là: la CNT aujourd'hui représente essentiellement les hôteliers, une composante parmi les 6 autres censées la constituer.

Cette question n'est pas anodine. Ce n'est pas un problème de personnes, ni de conflits entre personnes. Ce n'est pas un problème de divergences sur la stratégie. C'est une question d'efficacité.

Les uns invoquent des cotisations non payées. D'autres le non-respect des statuts. Quoi qu'il en soit, ces questions apparaissent secondaires par rapport à l'essentiel: la représentativité du secteur, son implication dans la future feuille de route, l'appropriation de cette feuille de route par les opérateurs. Sans cela, point de réussite.

La date définitive des assises du tourisme qui doivent valider la feuille de route du secteur n'est pas annoncée d'une manière officielle. Selon nos sources, la date la plus probable est le mois de mars 2019. Mais il s'agit seulement d'une date "probable". Car sans une participation massive des opérateurs, les assises pourraient, devraient, être reportées.

Sans la résolution de la problématique de la CNT, le secteur risque d'être en partie paralysé. En tous les cas, lesté d'un gros boulet.

Salah Mezouar, président de la CGEM, mène toujours sa médiation entre les deux blocs qui s'affrontent autour de la CNT. Le verdict est censé être rendu le 31 janvier. Que se passera-t-il si les récalcitrants refusent de revenir à la CNT?

Médias24 a contacté chacune des deux parties.

Le patron de la CGEM reconnaît la CNT

Répondant à une question lors d'une rencontre avec la presse organisée mercredi 23 janvier, Salaheddine Mezouar a reconnu l’impasse persistante de son action de réconciliation. Il a révélé que la longue réunion de décembre dernier en présence des 6 fédérations constitutives de la CNT avait abouti à un échec pour cause de « non-dits » alors qu’il pensait toucher au but de réconcilier les parties adverses qui s'affrontent depuis mars 2018.

Mezouar a précisé qu’il finira par trancher dans le cadre de sa médiation et que si une partie refusait de s’y conformer, il appliquera les règles statutaires de la CNT.

En d’autres termes, il prendra fait et cause pour la position de la direction de la CNT qui « malgré les contestations est reconnue par la CGEM et le ministère qui n’ont constaté aucune dérogation aux règles de fonctionnement électoral lors de la tenue de son assemblée générale en juin dernier ».

Se voulant clair, il a conclu en précisant que le seul interlocuteur du ministère et du patronat était et restera la CNT mais qu’il ne ménagera aucun effort pour rassembler les acteurs avant les prochaines assises du tourisme qui devront élaborer des orientations stratégiques pour l’avenir du secteur.

En réalité, il ne serait pas efficace de trancher en faveur du statu quo, car se posera le problème de la représentativité et donc de l'implication de tous.

Les raisons d’une discorde qui s’éternise

Sollicité pour une réaction aux propos de Mezouar, un président de l'une des 5 fédérations déclare dans un premier temps que sa coordination n’a pas encore préparé de réaction officielle.

Devant notre insistance, il consent, sous couvert d’anonymat, à expliquer l’origine de l’échec de la mission de réconciliation lancée par Mezouar depuis juillet dernier.

«Face aux tensions qui ont démarré en mars 2018, Mezouar a essayé de nous rapprocher avec le binôme à la tête de la CNT. Pour cela, il a demandé aux deux parties de lui présenter leurs propositions respectives et c’est ce qu’a fait notre collectif qui lui a donc adressé un mémorandum.

«Après la réunion de décembre dernier qui a duré plus de six heures, le président a rédigé un protocole d’accord qui consistait à faire la synthèse des propositions de chaque camp.

«Dans ce cadre, il a proposé de créer un groupe de travail mixte dans les 30 jours pour inscrire les priorités respectives, dont les conditions que nous posons pour revenir à la CNT. Nous avons accepté mais la direction de la CNT s’y est opposée.

«Pour Abdellatif Kabbaj, nous devons d’abord réintégrer la Confédération en reconnaissant ipso facto les élections de son bureau puis éventuellement discuter et établir une refonte des statuts.

Une scission de la CNT?

«C’est inacceptable car au final, la seule fédération [de l'hôtellerie] composant actuellement la CNT veut dicter sa loi aux cinq autres soit à 85% des membres qui la constituent. Pour être direct, la confédération ne peut plus exister sans nous et si on ne trouve pas de solution consensuelle, il y aura certainement scission», prévient notre source qui ajoute en réaction au supposé soutien du ministère et de la CGEM à la direction de la CNT qu’ils «vont droit dans le mur en ignorant les doléances de 5 acteurs sur 6.

«Je ne suis pas très optimiste car aujourd’hui, la CNT marche sur un seul pied et cette situation ne risque pas de s’arranger s’il n’y a pas de concessions de part et d’autre. De notre côté, nous ne demandons plus la réintégration de la CNT au sein de la CGEM mais nous insistons sur une réforme préalable de la gouvernance car malgré le fait que nous soyons majoritaires, si nous devions revenir à la CNT dans le système actuel, nous serions minoritaires en termes de voix», conclut notre source.

Abdellatif Kabbaj: "Contester oui mais de l’intérieur"

Interrogé à son tour, Abdellatif Kabbaj, réélu à la tête de la CNT en juin dernier, se veut plus optimiste en déclarant que la porte de la confédération est « toujours grande ouverte aux 5 fédérations ».

«Ils sont les bienvenus et nous sommes prêts à faire des efforts pour résoudre les raisons financières qui ont conduit à leur suspension. Ainsi, ceux qui n’ont pas les moyens de régler leurs impayés pourront régulariser leur situation en payant juste leur cotisation de l’année en cours.

«S’ils veulent réformer le système actuel de gouvernance de la confédération, ils n’ont qu’à venir le faire mais de l’intérieur au lieu de pratiquer la politique de la chaise vide», explique Kabbaj.

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