Aziz Rabbah, ministre de l'énergie et des mines

De nouveaux propos de Aziz Rabbah sur la Samir suscitent l'indignation des salariés. Le ministre de l'Energie est accusé de saboter le dossier de la cession soumis au tribunal.

Deux ans après sa mise en vente, la Samir n’a toujours pas trouvé d’acquéreur. Et ne comptez pas sur Azziz Rabbah pour encourager les candidats potentiels. Interpellé le 9 janvier sur les raisons de ce blocage, le ministre de l’Energie a fait une mise au point peu aguichante, voire dissuasive pour les éventuels repreneurs:

« L’état actuel des installations de la SAMIR ne permet pas de reprendre la production. Un repreneur devra consentir d’importants investissements pour redémarrer les installations, d’où leurs réticences…»

Des propos qui déplaisent fortement aux 867 salariés du raffineur, sur la corde raide depuis l’arrêt de l’activité en aout 2015. « C’est du sabotage ! », commente à chaud  Hussein El Yamani, secrétaire général de la branche pétrolière de la CDT.

« Ces déclarations vont à l’encontre des efforts déployés par le tribunal en vue céder la Samir. Autrement dit, c’est une pression exercée sur la justice », ajoute notre interlocuteur. « En tant que syndicat, nous nous réservons le droit de recourir à toute voie possible [contre le ministre], y compris judiciaire », prévient le syndicaliste.

M. Yamani met le gouvernement devant un paradoxe : « Quand nous demandons à l’Etat d’intervenir pour une solution, on nous répond que le dossier est entre les mains de la Justice. Mais si le gouvernement veut garder ses distances, qu’il le fasse d’abord en évitant ce genre de propos ».

Sur le fond, notre source pense que le ministre « n’est pas habilité à évaluer l’état de la raffinerie. Des expertises internes et externes ressortent avec la conclusion que la Samir est exploitable et prête au redémarrage. »  

Dans une ordonnance rendue le 31 décembre 2018, le juge-commissaire chargé de la liquidation a débloqué un budget pour diligenter des travaux de maintenance. La demande avait été soumise par le syndic judiciaire. Cela corrobore-t-il les propos du ministre ? Négatif, « qu’elle soit à l’arrêt ou en marche, la maintenance est de mise. La raffinerie est retapée et mise à niveau par cycle de cinq ans. Cela s’appelle la régénération réglementaire », explique M. Yamani.

Le blocage de la cession, notre interlocuteur l’impute à « la position ambigüe de l’Etat quant au devenir de l’industrie du raffinage ». Côté candidats au rachat, le message est brouillé. « Pour réaliser un investissement de 25 ou 30 MMDH, le candidat au rachat de la Samir doit avoir une visibilité sur le moyen et le long terme », explique celui qui est également contrôleur à la liquidation. C’est à ce titre que, depuis deux ans, il assiste aux réunions dédiées à l’examen des offres, tenues régulièrement dans le bureau du juge-commissaire. La dernière a eu lieu lundi 7 janvier. Le magistrat a décidé de renvoyer le dossier au 29 du même mois, « en attente d’offres assorties de garanties ».

Interpellées par Médias24, d’autres sources proches du dossier pensent que le ministre a dépassé les limites de sa responsabilité et celles de l'intérêt public. C’est que l’intéressé est un récidiviste. En novembre 2017, il avait qualifié "d'obsolètes" les retombées économiques de la crise du raffineur, laissant déjà penser que la fermeture de la Samir n’aurait pas d’impact et qu’elle pourrait être envisagée.

Une insistance qui paraît d’autant plus surprenante quand on sait que les intérêts de l’Etat sont également en jeu.

Au tribunal de commerce, la Douane a déclaré une créance de 16,7 MMDH contre la Samir. Et c’est du produit que l’on va tirer de la cession que sera payé ce montant. Un montant qui irait directement dans les caisses de l'Etat s'il était payé.

Sans parler de créances supplémentaires susceptibles de naître après les récents jugements prononcés par le tribunal de Mohammédia, condamnant le raffineur à payer plus 56 MMDH au profit de l’Administration douanière. Soit, au total, près de 72 MMDH de créances publiques, dont une partie ne pourra être recouvrée que si la Samir est vendue au bon prix. Les observateurs s’interrogent:  « Le ministre est-il en train de tirer sur les finances de l’Etat ?»

Lire aussi:

« Pourquoi la Samir ne redémarre pas ? » : la question posée à Rabbah par la CDT

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De nouveaux propos de Aziz Rabbah sur la Samir suscitent l'indignation des salariés. Le ministre de l'Energie est accusé de saboter le dossier de la cession soumis au tribunal. 

Deux ans après sa mise en vente, la Samir n’a toujours pas trouvé d’acquéreur. Et ne comptez pas sur Azziz Rabbah pour encourager les candidats potentiels. Interpellé le 9 janvier sur les raisons de ce blocage, le ministre de l’Energie a fait une mise au point peu aguichante, voire dissuasive pour les éventuels repreneurs:

« L’état actuel des installations de la SAMIR ne permet pas de reprendre la production. Un repreneur devra consentir d’importants investissements pour redémarrer les installations, d’où leurs réticences…»

Des propos qui déplaisent fortement aux 867 salariés du raffineur, sur la corde raide depuis l’arrêt de l’activité en aout 2015. « C’est du sabotage ! », commente à chaud  Hussein El Yamani, secrétaire général de la branche pétrolière de la CDT.

« Ces déclarations vont à l’encontre des efforts déployés par le tribunal en vue céder la Samir. Autrement dit, c’est une pression exercée sur la justice », ajoute notre interlocuteur. « En tant que syndicat, nous nous réservons le droit de recourir à toute voie possible [contre le ministre], y compris judiciaire », prévient le syndicaliste.

M. Yamani met le gouvernement devant un paradoxe : « Quand nous demandons à l’Etat d’intervenir pour une solution, on nous répond que le dossier est entre les mains de la Justice. Mais si le gouvernement veut garder ses distances, qu’il le fasse d’abord en évitant ce genre de propos ».

Sur le fond, notre source pense que le ministre « n’est pas habilité à évaluer l’état de la raffinerie. Des expertises internes et externes ressortent avec la conclusion que la Samir est exploitable et prête au redémarrage. »  

Dans une ordonnance rendue le 31 décembre 2018, le juge-commissaire chargé de la liquidation a débloqué un budget pour diligenter des travaux de maintenance. La demande avait été soumise par le syndic judiciaire. Cela corrobore-t-il les propos du ministre ? Négatif, « qu’elle soit à l’arrêt ou en marche, la maintenance est de mise. La raffinerie est retapée et mise à niveau par cycle de cinq ans. Cela s’appelle la régénération réglementaire », explique M. Yamani.

Le blocage de la cession, notre interlocuteur l’impute à « la position ambigüe de l’Etat quant au devenir de l’industrie du raffinage ». Côté candidats au rachat, le message est brouillé. « Pour réaliser un investissement de 25 ou 30 MMDH, le candidat au rachat de la Samir doit avoir une visibilité sur le moyen et le long terme », explique celui qui est également contrôleur à la liquidation. C’est à ce titre que, depuis deux ans, il assiste aux réunions dédiées à l’examen des offres, tenues régulièrement dans le bureau du juge-commissaire. La dernière a eu lieu lundi 7 janvier. Le magistrat a décidé de renvoyer le dossier au 29 du même mois, « en attente d’offres assorties de garanties ».

Interpellées par Médias24, d’autres sources proches du dossier pensent que le ministre a dépassé les limites de sa responsabilité et celles de l'intérêt public. C’est que l’intéressé est un récidiviste. En novembre 2017, il avait qualifié "d'obsolètes" les retombées économiques de la crise du raffineur, laissant déjà penser que la fermeture de la Samir n’aurait pas d’impact et qu’elle pourrait être envisagée.

Une insistance qui paraît d’autant plus surprenante quand on sait que les intérêts de l’Etat sont également en jeu.

Au tribunal de commerce, la Douane a déclaré une créance de 16,7 MMDH contre la Samir. Et c’est du produit que l’on va tirer de la cession que sera payé ce montant. Un montant qui irait directement dans les caisses de l'Etat s'il était payé.

Sans parler de créances supplémentaires susceptibles de naître après les récents jugements prononcés par le tribunal de Mohammédia, condamnant le raffineur à payer plus 56 MMDH au profit de l’Administration douanière. Soit, au total, près de 72 MMDH de créances publiques, dont une partie ne pourra être recouvrée que si la Samir est vendue au bon prix. Les observateurs s’interrogent:  « Le ministre est-il en train de tirer sur les finances de l’Etat ?»

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