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Les radios et télévisions délocalisées: comment devrait réagir la Haca! 

Lundi 19 mars 2018 à 11h43
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Les radios et télévisions délocalisées: comment devrait réagir la Haca!
 

En palliant la lourdeur et la lenteur des procédures, en réduisant les coûts exorbitants d’entrée dans le paysage audiovisuel, en actualisant et en modernisant les lois encadrant l’audiovisuel, notamment par la prise en considération de la spécificité des web-radios et des web-télévisions et en libéralisant véritablement le paysage télévisuel.

 

Et de trois. Après Télé Maroc, lancée le 08 juin 2017, Chada TV lancée en décembre 2017, la web-radio NRJ Maroc a été officiellement lancée le 12 février 2018.

Le paysage audiovisuel national compte désormais trois médias audiovisuels "délocalisés", c’est-à-dire dont le signal est émis à partir de l’étranger, échappant ainsi à toute régulation par la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca), chargée de par la loi de la régulation des médias audiovisuels. Au moins l'un des promoteurs estime que la Haca elle-même, par la lourdeur de ses procédures, est responsable de cette situation.

Mais pourquoi mettre "NRJ Maroc" dans le lot puisqu’il s’agit d’une web-radio? Son patron, le trentenaire Hakim Chagraoui, s’en explique: "Les serveurs de NRJ Maroc sont à l’étranger. Le flux vient de France, c’est-à-dire que le signal est envoyé à partir de la France. Le nom de domaine de notre web-radio est .com et non pas .ma. Ces trois éléments réunis font que NRJ Maroc est un média audiovisuel délocalisé  au même titre que Télé Maroc et Chada TV. NRJ Maroc est une licence de la marque NRJ France vis-à-vis de laquelle elle s’acquitte d’un pourcentage fixe de son chiffre d’affaires annuel."

Le lancement de trois médias audiovisuels "délocalisés" en moins d’une année crée une situation inédite porteuse de menaces pour l’avenir du paysage audiovisuel national. Mais pourquoi les promoteurs de ces projets ont-ils fait un tel choix? La Haca assume-t-elle seule la responsabilité d’une telle situation? Les trois nouveaux opérateurs audiovisuels seraient-ils plutôt les responsables? Ou les torts sont-ils partagés? S’agit-il d’une crise de croissance ou d’un point de non-retour?Quelles seraient les issues d’une telle crise?

Le patron de "NRJ Maroc", Hakim Chagraoui, tient un discours structuré et cohérent qu'il base sur une analyse du marché. Celui du patron de "Télé Maroc", Rachid Niny, fait porter l’entière responsabilité dans le "verrouillage" du paysage télévisuel à la Haca. Quant au patron de "Chada TV", Rachid Hayeg, il se refuse à tout commentaire.

Pour M. Chagraoui, le format de web-radio délocalisée n’est ni un choix arbitraire, ni une décision délibérée de se soustraire à la régulation de la Haca. Le choix de ce format s’explique par un faisceau de facteurs. 

Primo, la cible recherchée: "Nous avons, explique M. Chagraoui, fait des tests pour savoir qui écoutait la marque NRJ. Première découverte: c’était la tranche d’âge des 13-25 ans. Deuxième découverte: ces jeunes écoutaient NRJ sur les smartphones et non pas sur la bande FM ou sur ordinateur."

Secundo, les investissements lourds nécessités par une radio FM: "Les web-radios, contrairement aux radios FM ne paient pas de redevance annuelle à la Haca. Quant à l’investissement de départ pour une radio FM, il dépasse les 30 millions de DH pour la licence, la location des émetteurs et de quelques fréquences qui ne couvrent même pas l’ensemble du pays."

Rappelons à ce propos qu’en France ou en Tunisie, les radios ne paient aucune redevance au régulateur national. Donc, la question du modèle économique a été déterminante. M. Chagraoui estime que "si l’on avait opté pour le modèle d’une radio FM classique, les coûts élevés nous auraient obligés à chercher la masse des auditeurs ratant ainsi notre cible visée, celle des ‘‘millenials’’ (la génération née avec l’internet) et notre positionnement en tant que radio exclusivement musicale."

Tertio, pour "NRJ Maroc", un autre facteur a pesé dans la balance pour le choix d’une web-radio: le facteur technologique. En effet, la bande FM est appelée à disparaître comme moyen de diffusion de la radio. A titre d’exemple, la Norvège et la Grande-Bretagne ont déjà renoncé à la bande FM et ont basculé vers le numérique. En France, ce sera le cas en 2020. D’où le choix du numérique.

Quarto, la transparence sur les chiffres relatifs à l’audience: le choix de web-radio permet de savoir exactement combien de personnes écoutent une radio et qui l’écoute. "Je peux vous dire que depuis le début, explique Hakim Chagraoui, nous sommes à 500.000 auditeurs. Nous avons 1.400.000 heures d’écoute. Et nous avons 9 millions de sessions par mois. En radio classique, on parle d’auditeurs. En web-radio, on parle de sessions. Une fois qu’un auditeur dépasse 30 secondes sur son application smartphone pour écouter NRJ Maroc, on appelle cela une session".

Quinto, l’inadéquation des lois dédiées: "Lorsque nous avions pris connaissance de la révision de la loi sur la communication audiovisuelle et de la loi portant réorganisation de la Haca, nous fûmes amèrement déçus. Les conditions pour l’obtention d’une licence de web-radio étaient restées identiques à celles d’une radio FM! Il fallait se transformer en société anonyme, céder 10% du capital à un professionnel des médias, et respecter tous les autres engagements… Autant se transformer en radio FM dans ces conditions. Et si nous le faisions, nous raterions et notre cible et notre positionnement. »

Répondant à une question sur les raisons du choix d’une société de droit espagnol pour "Télé Maroc" et dont le signal est envoyé à partir de Madrid, Rachid Niny déclarait: "Nous n'allions pas attendre éternellement pour que la Haca libéralise enfin le champ télévisuel. Il faut oser aller ailleurs et créer des chaînes libres et indépendantes. J’espère que notre aventure va inspirer d’autres confrères ou hommes d'affaire à faire de même.

Rachid Hayeg, patron de "Chada TV" ne renierait pas une telle affirmation. D’ailleurs, au moment du lancement de sa télévision "délocalisée", il avait fait des déclarations similaires.

Rachid Niny: j'ai créé 200 emplois pour des Marocains

Rachid Niny indique qu'il emploie 200 Marocains dans cette radio et que la grille des programmes comporte 40 émissions produites en interne.

Dans une déclaration à Médias24, il explique: "J'aurais aimé économiser les frais de la transmission du signal et émettre depuis Casablanca. Seulement voilà, le paysage médiatique est barricadé et la seule solution pour créer une télévision est d'opter pour une capitale européenne.

"Nous produisons plus de 40 émissions entièrement faites au Maroc par des Marocains, jeunes et bien formés. Nous créons du travail, nous participons à l'industrie audiovisuelle. Nous avons tout pour créer une télévision 100% marocaine. Mais il faut que la haute autorité de régulation suive le mouvement, en ouvrant le paysage, l'avenir de notre pays en dépend, aucune nation n'a progressé sans chaînes de télévision indépendantes.

"L'idéal est que chaque région marocaine crée sa télévision locale. C'est dans les émissions locales de débat qu'on verra naître une élite locale qui pourrait tirer les régions vers le haut. D'autres élites vont émerger de ces espaces de dialogue et d'échanges sur les plateaux télé. Les jeunes eux-mêmes n'auront pas besoin de hurler des slogans dans les rues, ils seront invités sur les plateaux télé pour débattre et s'exprimer".

Le risque potentiel majeur ici entraperçu dans l’appel du patron de "Télé Maroc", c’est la multiplication des médias audiovisuels délocalisés. Le risque in fine, si le régulateur national ne réagissait pas et n’entamait pas une véritable libéralisation télévisuelle, est d’assister à l’émergence de deux secteurs audiovisuels marqués par la concurrence entre des médias régulés sur lesquels pèsent des contraintes de toute nature et des médias échappant à toute régulation et par là même à ces contraintes-là.

On aura ainsi un secteur audiovisuel lié à la Haca par des cahiers de charges et régulé, et un autre émettant à partir de l’étranger et n'étant pas soumis aux mêmes obligations.

La délocalisation interpelle la HACA

Mais pourquoi la régulation? On pourrait dire que c’est un mal nécessaire. La doctrine universelle en la matière est que la liberté de la communication est la règle. Les limitations n’étant que l’exception. Mais ces limitations ne peuvent intervenir que lorsque des atteintes graves sont portées à certains principes fondamentaux (la dignité de la personne humaine, la liberté et la propriété d’autrui, le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion, la protection des mineurs, la sauvegarde de l'ordre public).

Alors comment faire pour éviter le scénario d'un dédoublement du secteur?

En palliant la lourdeur et la lenteur des procédures, en réduisant les coûts exorbitants d’entrée dans le paysage audiovisuel (par exemple en supprimant la redevance audiovisuelle pour les opérateurs), en actualisant et en modernisant les lois encadrant l’audiovisuel, notamment par la prise en considération de la spécificité des web-radios et des web-télévisions et en libéralisant véritablement le paysage télévisuel. "NRJ Maroc", "Chada TV" et "Télé Maroc" n’en demandent pas plus. Hakim Chagraoui est plus explicite encore: "La régulation ne nous pose pas de problème, c’est la lourdeur des démarches, la lenteur des procédures et les coûts très élevés qui nous rebutent".

Pour comparer ce qui est comparable, faisons la comparaison entre les pays du Maghreb. Elle est saisissante. La Tunisie et l’Algérie disposent chacune d’une dizaine de télévisions privées. Même la Mauritanie, dont la libéralisation a été la plus tardive, dispose de cinq télévisions privées, contre une seule et unique télévision privée pour le Maroc. 

Aujourd’hui, de par le monde, et de plus en plus, le streaming en continu rendra bientôt caduc le modèle économique des diffuseurs classiques. La Haca n’autorisera-t-elle des télévisions privées que lorsque la télévision telle que nous la connaissons finira par devenir obsolète?

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