Position marocaine sur la Libye: le chaos n'est pas une fatalité
Nasser Bourita et le premier ministre italien Giuseppe Conte.

La ville italienne de Palerme accueille depuis lundi 12 novembre 2018, une conférence internationale sur la Libye, que beaucoup d’acteurs espèrent décisive pour l’avenir de ce pays.

Depuis la "révolution" libyenne de 2011, le pays a sombré dans le chaos. Outre la crise économique, il est miné par la guerre civile avec une forte implantation terroriste.
 
A Palerme, les principaux protagonistes du conflit étaient présents, sauf le maréchal Haftar qui a boudé la séance d’ouverture. Le premier ministre libyen a également claqué la porte de la conférence lundi, pour avoir été écarté d’une réunion informelle en marge de la conférence.
 
Témoin des difficultés à rapprocher les vues dans un pays miné par les divisions et les luttes de pouvoir depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, l'ONU a annoncé jeudi que le processus électoral a été retardé et devrait finalement démarrer au printemps 2019.
 
Cette fois-ci, la conférence se tient en Italie, ancienne puissance coloniale qui entretient des liens historiques avec la Libye, pays riche en pétrole. La dernière a eu lieu à Paris en mai. Auparavant, il y a eu différents rounds à Skhirat, qui avaient permis de concevoir un plan de sauvetage. Malheureusement, ce plan n’a pas été correctement appliqué.

L'Italie est surtout très préoccupée par le problème des migrants dont des dizaines de milliers cherchent chaque année à joindre ses côtes à partir de la Libye où les passeurs, profitant du chaos, sont très actifs.

"La conférence de Palerme est un pas fondamental dans l’objectif de la stabilisation de la Libye et pour la sécurité de toute la Méditerranée", a estimé le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte.

Sont réunis autour de la même table les principaux protagonistes en Libye: le chef du gouvernement d'union nationale (GNA) internationalement reconnu, Fayez al-Sarraj, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'est du pays, le président du Parlement, Aguila Salah, et celui du Conseil d'Etat, équivalent d'une Chambre haute à Tripoli, Khaled al-Mechri.

Rome a aussi invité des dignitaires et représentants tribaux et de la société civile.   

"Une conférence nationale devrait se tenir dans les premières semaines de 2019. Le processus électoral qui en découlera devrait commencer au printemps 2019", a dit l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, s'exprimant par vidéo-conférence depuis Tripoli.

En Italie, aucune date ne devrait être avancée, et "pas sûr qu’il y ait un document final", selon une source diplomatique italienne.

Divers pays arabes et européens participent à la conférence. Le Maroc y est représenté par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la coopération.

Bourita: voici la position du Maroc

Nasser Bourita a exposé la position marocaine dans une allocution qui présente l’intérêt de la clarté. En voici des extraits:

"Au moment où s'installe, malheureusement, une impression généralisée de résignation de la communauté internationale, face à l'enlisement de la situation, la réunion d'aujourd'hui tombe à point nommé pour rappeler que:

Le statu quo n'est pas une option

- Les déchirements fratricides qui traversent la Libye ne sont pas une fatalité

- Le prolongement du conflit dans ce pays frère n'est pas une raison pour s'en accommoder; bien au contraire: c'est une motivation renouvelée pour redoubler d'efforts.

(…)

Depuis 2013, et après 7 initiatives internationales, 4 émissaires onusiens, une vingtaine de documents adoptés par les Nations unies et une dizaine de conférences internationales de haut niveau, les problématiques qui sous-tendent la crise libyenne demeurent immuables:

- Sont-elles dues à des divergences politiques irréductibles?

- A des agendas régionaux conflictuels?

- Ou à des égoïsmes personnels?

- Ou bien à des hésitations de la communauté internationale?

La crise libyenne ne peut être transformée en un Sisyphe des temps modernes. Revenir sans cesse à la case départ ne fait qu’aggraver les conflits entre les composantes du paysage libyen et augmenter les amertumes vécues par le peuple libyen frère.

La Libye a besoin d’actions concrètes, coordonnées et concomitantes:

- Je voudrais souligner l’attachement du Maroc à une solution politique, consensuelle et durable, qui permette à la Libye de retrouver sa stabilité, dans le cadre de son unité indivisible, de sa souveraineté irréfragable et son intégrité territoriale pleine et entière.

- L’adoption d’une constitution et d’une architecture institutionnelle qui correspond aux choix démocratiques du peuple est impérieuse. C’est une responsabilité libyenne. La communauté internationale peut au mieux soutenir, accompagner, mais certainement pas s’ingérer dans un processus, expression suprême d’une souveraineté légitime.

- La tenue de la Conférence nationale annoncée par le RSSG est une opportunité pour fédérer les Libyens sans exclusive et consolider le processus politique.

- La consolidation du cadre sécuritaire dans la capitale Tripoli et son élargissement à l’ensemble du territoire libyen; le rôle du ministère de l’Intérieur libyen pour le renforcement des capacités de la police nationale, afin qu’elle puisse assumer ses responsabilités dans la protection de l’ordre publique, et la mise à niveau de structures militaires unifiées constituent la pierre angulaire pour la stabilisation du pays ouvrant ainsi la voie à la réconciliation nationale.

- Le segment économique a également son importance compte tenu de son impact sur le vécu quotidien du citoyen libyen et du fait qu’il permettra une répartition équitable de la richesse en luttant notamment contre la gabegie et les velléités de monopole que certaines parties libyennes affichent.

Essayons de faire renaître l’esprit de Skhirat lorsque la communauté internationale, dans une parfaite cohésion, a su accompagner les progrès du dialogue inter-libyens.

- Je ne saurais terminer mon intervention sans renouveler la disponibilité du Royaume à mettre toute son expertise pour accompagner la Libye dans le vaste chantier d’édification institutionnelle, de restructuration administrative et de reconstruction du pays."

 

Lire aussi: 

Nouveau coup dur pour la conférence sur la Libye, la Turquie quitte la scène

Nouveau round de pourparlers inter-libyens à Skhirate 

 
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Nasser Bourita et le premier ministre italien Giuseppe Conte.

La ville italienne de Palerme accueille depuis lundi 12 novembre 2018, une conférence internationale sur la Libye, que beaucoup d’acteurs espèrent décisive pour l’avenir de ce pays.
 

Depuis la "révolution" libyenne de 2011, le pays a sombré dans le chaos. Outre la crise économique, il est miné par la guerre civile avec une forte implantation terroriste.
 
A Palerme, les principaux protagonistes du conflit étaient présents, sauf le maréchal Haftar qui a boudé la séance d’ouverture. Le premier ministre libyen a également claqué la porte de la conférence lundi, pour avoir été écarté d’une réunion informelle en marge de la conférence.
 
Témoin des difficultés à rapprocher les vues dans un pays miné par les divisions et les luttes de pouvoir depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, l'ONU a annoncé jeudi que le processus électoral a été retardé et devrait finalement démarrer au printemps 2019.
 
Cette fois-ci, la conférence se tient en Italie, ancienne puissance coloniale qui entretient des liens historiques avec la Libye, pays riche en pétrole. La dernière a eu lieu à Paris en mai. Auparavant, il y a eu différents rounds à Skhirat, qui avaient permis de concevoir un plan de sauvetage. Malheureusement, ce plan n’a pas été correctement appliqué.

L'Italie est surtout très préoccupée par le problème des migrants dont des dizaines de milliers cherchent chaque année à joindre ses côtes à partir de la Libye où les passeurs, profitant du chaos, sont très actifs.

"La conférence de Palerme est un pas fondamental dans l’objectif de la stabilisation de la Libye et pour la sécurité de toute la Méditerranée", a estimé le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte.

Sont réunis autour de la même table les principaux protagonistes en Libye: le chef du gouvernement d'union nationale (GNA) internationalement reconnu, Fayez al-Sarraj, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'est du pays, le président du Parlement, Aguila Salah, et celui du Conseil d'Etat, équivalent d'une Chambre haute à Tripoli, Khaled al-Mechri.

Rome a aussi invité des dignitaires et représentants tribaux et de la société civile.   

"Une conférence nationale devrait se tenir dans les premières semaines de 2019. Le processus électoral qui en découlera devrait commencer au printemps 2019", a dit l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, s'exprimant par vidéo-conférence depuis Tripoli.

En Italie, aucune date ne devrait être avancée, et "pas sûr qu’il y ait un document final", selon une source diplomatique italienne.

Divers pays arabes et européens participent à la conférence. Le Maroc y est représenté par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la coopération.

Bourita: voici la position du Maroc

Nasser Bourita a exposé la position marocaine dans une allocution qui présente l’intérêt de la clarté. En voici des extraits:

"Au moment où s'installe, malheureusement, une impression généralisée de résignation de la communauté internationale, face à l'enlisement de la situation, la réunion d'aujourd'hui tombe à point nommé pour rappeler que:

Le statu quo n'est pas une option

- Les déchirements fratricides qui traversent la Libye ne sont pas une fatalité

- Le prolongement du conflit dans ce pays frère n'est pas une raison pour s'en accommoder; bien au contraire: c'est une motivation renouvelée pour redoubler d'efforts.

(…)

Depuis 2013, et après 7 initiatives internationales, 4 émissaires onusiens, une vingtaine de documents adoptés par les Nations unies et une dizaine de conférences internationales de haut niveau, les problématiques qui sous-tendent la crise libyenne demeurent immuables:

- Sont-elles dues à des divergences politiques irréductibles?

- A des agendas régionaux conflictuels?

- Ou à des égoïsmes personnels?

- Ou bien à des hésitations de la communauté internationale?

La crise libyenne ne peut être transformée en un Sisyphe des temps modernes. Revenir sans cesse à la case départ ne fait qu’aggraver les conflits entre les composantes du paysage libyen et augmenter les amertumes vécues par le peuple libyen frère.

La Libye a besoin d’actions concrètes, coordonnées et concomitantes:

- Je voudrais souligner l’attachement du Maroc à une solution politique, consensuelle et durable, qui permette à la Libye de retrouver sa stabilité, dans le cadre de son unité indivisible, de sa souveraineté irréfragable et son intégrité territoriale pleine et entière.

- L’adoption d’une constitution et d’une architecture institutionnelle qui correspond aux choix démocratiques du peuple est impérieuse. C’est une responsabilité libyenne. La communauté internationale peut au mieux soutenir, accompagner, mais certainement pas s’ingérer dans un processus, expression suprême d’une souveraineté légitime.

- La tenue de la Conférence nationale annoncée par le RSSG est une opportunité pour fédérer les Libyens sans exclusive et consolider le processus politique.

- La consolidation du cadre sécuritaire dans la capitale Tripoli et son élargissement à l’ensemble du territoire libyen; le rôle du ministère de l’Intérieur libyen pour le renforcement des capacités de la police nationale, afin qu’elle puisse assumer ses responsabilités dans la protection de l’ordre publique, et la mise à niveau de structures militaires unifiées constituent la pierre angulaire pour la stabilisation du pays ouvrant ainsi la voie à la réconciliation nationale.

- Le segment économique a également son importance compte tenu de son impact sur le vécu quotidien du citoyen libyen et du fait qu’il permettra une répartition équitable de la richesse en luttant notamment contre la gabegie et les velléités de monopole que certaines parties libyennes affichent.

Essayons de faire renaître l’esprit de Skhirat lorsque la communauté internationale, dans une parfaite cohésion, a su accompagner les progrès du dialogue inter-libyens.

- Je ne saurais terminer mon intervention sans renouveler la disponibilité du Royaume à mettre toute son expertise pour accompagner la Libye dans le vaste chantier d’édification institutionnelle, de restructuration administrative et de reconstruction du pays."

 

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