Au lendemain de l’adhésion du Maroc au sein de l’Union africaine, le Roi Mohamed VI a prononcé un discours empreint d’émotion et de pragmatisme. Le géopoliticien Al Moussaoui El Ajlaoui, l'ancien président de la commission des affaires étrangères Mehdi Bensaid et le président du think tank Amadeus Brahim Fassi-Fihri décryptent à chaud, pour Medias24, les enjeux d’un acte fondateur d’une nouvelle dynamique.

“Majesté, vous avez parlé le langage du cœur“. C’est en ces termes que le président de l’Union africaine (UA) Alpha Condé a félicité le Roi pour son discours devant l’assemblée des chefs d’Etat africains.

“Il est beau le jour où l’on rentre chez soi, après une longue absence! Il est beau, le jour où l’on porte son cœur vers le foyer aimé. Je rentre enfin chez moi, et vous retrouve avec bonheur, vous m’avez tous manqué…“

Dès les premières paroles royales, l’émotion a pris le dessus et l’ensemble des participants ont applaudi chaleureusement le Souverain et le retour du Maroc à l’UA après une absence de 33 ans.

Dans un discours fédérateur où il a précisé qu’en rejoignant le successeur de l’OUA, l’intention du Royaume n’était pas de diviser “comme certains l’insinuent“, le Roi s’est voulu rassurant.

Tout en ne reniant pas les raisons conjoncturelles qui ont conduit au départ de l’OUA, il s’est attaché à mettre en avant le dynamisme économique marocain et ses projets africains pour justifier son retour (954 accords de coopération, milliers de bourses africaines, participation à 6 opérations de maintien de la paix en Afrique, projet de gazoduc Nigéria-Maroc, sécurité alimentaire, régularisation de milliers d’immigrés africains au Maroc ….).

Selon lui, par ces actes, “le Maroc ne vise pas à acquérir le leadership de l’Afrique, mais plutôt à donner au continent le leadership, car il est temps que les richesses africaines profitent à l’Afrique“.

Le Roi a aussi expliqué que le Maroc revenait dans sa famille africaine pour mettre à son service son “modèle d’émergence construit sans ressources naturelles“ car la “flamme de l’UMA s’est éteinte, la foi dans un intérêt commun a disparu et que l’UMA se dissoudra dans son incapacité chronique“.

Au final, le Roi a tenu un discours légaliste, de rassemblement, qui démontre la dimension africaine du Maroc par les chiffres et dans les faits.

Analysant la teneur d’un discours signant le retour en force du Maroc dans sa famille, trois spécialistes des relations maroco-africaines ont décrypté pour Médias24 son impact pour l’avenir.

El Moussaoui El Ajlaoui: Le discours royal a envoyé deux messages à l’Afrique

Interrogé sur sa grille de lecture de l’allocution royale, l’expert en géostratégie a affirmé que sa tonalité sémiotique était destinée aux Africains avec des mots que seuls eux peuvent comprendre.

Selon El Ajlaoui, ce discours pragmatique reflète la continuité de la politique africaine entreprise depuis l’an 2000 car le Roi a spécifié que le Maroc était absent de l’UA mais était de plus en plus présent sur le terrain africain.

“Il n’a pas seulement parlé du passé, car il a longuement évoqué l’avenir en envoyant deux messages principaux. Le premier est que le Maroc est de retour pour réunifier l’Afrique et pas pour la diviser. C’est une réponse à ceux qui déclarent que l’adhésion marocaine contribuera à disloquer le continent. Par ces paroles, il a voulu rétablir la confiance avec ceux qui ont peur de ce retour.

“De plus, il a déclaré que le Maroc s’est tourné vers l’Afrique depuis 2000 car il n’espère plus rien du vide existant en Afrique du Nord (Union du Maghreb arabe). Face aux blocages de l’UMA, il a donc opté pour une Afrique florissante. Tout en diagnostiquant ses faiblesses, il a proposé une feuille de route pour édifier une Afrique nouvelle dans le cadre d’un développement commun“, précise El Ajlaoui.

Mehdi Bensaid: Je n’exclus pas que certains pays hostiles changent de position rapidement

L’ancien président de la commission des affaires étrangères qui plaide depuis longtemps pour le retour du Maroc au sein du cénacle africain déclare que le discours royal était teinté d’émotion, mais qu’il a surtout délivré des vérités sur les défis de l’Afrique (sécurité alimentaire, défis sécuritaires,…).

“Réaliste, le Roi a reconnu que le Maroc avait des adversaires au sein de l’UA, mais il s’est inscrit dans une dynamique pour les convaincre de changer d’attitude sur la question du Sahara marocain. Il ne serait pas étonnant que dans quelques mois, certains pays changent de position sur ce sujet. Malgré ce qui s’est passé cette semaine (tentative de reporter l’adhésion du Maroc), il y a eu des signaux positifs comme le fait que le président de l’Afrique du Sud ne se soit pas exprimé sur ce retour. Je suis très optimiste car les entrepreneurs sud-africains soutiennent le Maroc avec qui ils aspirent à faire des affaires. Comme l’a déclaré le Souverain, il faut arrêter les discours idéologiques et tiers-mondistes pour que les huit Etats africains les plus importants puissent travailler au bien-être collectif“.

Bensaid poursuit que la guerre froide est finie et qu’il ne faut pas en créer une nouvelle afro-africaine qui desservira le développement du continent. D’après lui, une fois, le verrou sud-africain “neutralisé“, le reste ira très vite avec l’Angola, le Mozambique, la Namibie et le Zimbabwe qui changeront de position à l’égard du Maroc car ils ne font que suivre celle d’Afrique du Sud.

“Les opportunités créées par la vision royale doivent être saisies pour que le retour flamboyant du Maroc à aujourd’hui soutenu par 40 Etats le soit demain par les 53 pays du continent“, conclut-il.

Brahim Fassi-Fihri: La prochain combat sur le Sahara aura lieu au sein de l’UA

Le fondateur du think tank Amadeus a résumé le discours royal par le commentaire du président de l’UA, Alpha Condé, qui s’est adressé au Roi en lui affirmant qu’il avait parlé avec les mots justes du cœur.

Celui qui avait invité pour la première fois au Maroc le président rwandais, soutient que les propos du Souverain étaient rassembleurs et “afro-optimistes“.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le Roi “a fait un premier pas pour ne pas faire de ce retour un événement polémique. S’il est motivé politiquement par notre cause sacrée, il découle aussi d’une vision afro-optimiste du développement économique du continent. Chaque chose en son temps, mais il est fort à parier que le prochain combat autour de la question du Sahara se fera au sein de l’UA, avec une dynamique favorable au Maroc et ses adversaires de plus en plus isolés“, se réjouit Fassi-Fihri. 

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Au lendemain de l’adhésion du Maroc au sein de l’Union africaine, le Roi Mohamed VI a prononcé un discours empreint d’émotion et de pragmatisme. Le géopoliticien Al Moussaoui El Ajlaoui, l'ancien président de la commission des affaires étrangères Mehdi Bensaid et le président du think tank Amadeus Brahim Fassi-Fihri décryptent à chaud, pour Medias24, les enjeux d’un acte fondateur d’une nouvelle dynamique.

“Majesté, vous avez parlé le langage du cœur“. C’est en ces termes que le président de l’Union africaine (UA) Alpha Condé a félicité le Roi pour son discours devant l’assemblée des chefs d’Etat africains.

“Il est beau le jour où l’on rentre chez soi, après une longue absence! Il est beau, le jour où l’on porte son cœur vers le foyer aimé. Je rentre enfin chez moi, et vous retrouve avec bonheur, vous m’avez tous manqué…“

Dès les premières paroles royales, l’émotion a pris le dessus et l’ensemble des participants ont applaudi chaleureusement le Souverain et le retour du Maroc à l’UA après une absence de 33 ans.

Dans un discours fédérateur où il a précisé qu’en rejoignant le successeur de l’OUA, l’intention du Royaume n’était pas de diviser “comme certains l’insinuent“, le Roi s’est voulu rassurant.

Tout en ne reniant pas les raisons conjoncturelles qui ont conduit au départ de l’OUA, il s’est attaché à mettre en avant le dynamisme économique marocain et ses projets africains pour justifier son retour (954 accords de coopération, milliers de bourses africaines, participation à 6 opérations de maintien de la paix en Afrique, projet de gazoduc Nigéria-Maroc, sécurité alimentaire, régularisation de milliers d’immigrés africains au Maroc ….).

Selon lui, par ces actes, “le Maroc ne vise pas à acquérir le leadership de l’Afrique, mais plutôt à donner au continent le leadership, car il est temps que les richesses africaines profitent à l’Afrique“.

Le Roi a aussi expliqué que le Maroc revenait dans sa famille africaine pour mettre à son service son “modèle d’émergence construit sans ressources naturelles“ car la “flamme de l’UMA s’est éteinte, la foi dans un intérêt commun a disparu et que l’UMA se dissoudra dans son incapacité chronique“.

Au final, le Roi a tenu un discours légaliste, de rassemblement, qui démontre la dimension africaine du Maroc par les chiffres et dans les faits.

Analysant la teneur d’un discours signant le retour en force du Maroc dans sa famille, trois spécialistes des relations maroco-africaines ont décrypté pour Médias24 son impact pour l’avenir.

El Moussaoui El Ajlaoui: Le discours royal a envoyé deux messages à l’Afrique

Interrogé sur sa grille de lecture de l’allocution royale, l’expert en géostratégie a affirmé que sa tonalité sémiotique était destinée aux Africains avec des mots que seuls eux peuvent comprendre.

Selon El Ajlaoui, ce discours pragmatique reflète la continuité de la politique africaine entreprise depuis l’an 2000 car le Roi a spécifié que le Maroc était absent de l’UA mais était de plus en plus présent sur le terrain africain.

“Il n’a pas seulement parlé du passé, car il a longuement évoqué l’avenir en envoyant deux messages principaux. Le premier est que le Maroc est de retour pour réunifier l’Afrique et pas pour la diviser. C’est une réponse à ceux qui déclarent que l’adhésion marocaine contribuera à disloquer le continent. Par ces paroles, il a voulu rétablir la confiance avec ceux qui ont peur de ce retour.

“De plus, il a déclaré que le Maroc s’est tourné vers l’Afrique depuis 2000 car il n’espère plus rien du vide existant en Afrique du Nord (Union du Maghreb arabe). Face aux blocages de l’UMA, il a donc opté pour une Afrique florissante. Tout en diagnostiquant ses faiblesses, il a proposé une feuille de route pour édifier une Afrique nouvelle dans le cadre d’un développement commun“, précise El Ajlaoui.

Mehdi Bensaid: Je n’exclus pas que certains pays hostiles changent de position rapidement

L’ancien président de la commission des affaires étrangères qui plaide depuis longtemps pour le retour du Maroc au sein du cénacle africain déclare que le discours royal était teinté d’émotion, mais qu’il a surtout délivré des vérités sur les défis de l’Afrique (sécurité alimentaire, défis sécuritaires,…).

“Réaliste, le Roi a reconnu que le Maroc avait des adversaires au sein de l’UA, mais il s’est inscrit dans une dynamique pour les convaincre de changer d’attitude sur la question du Sahara marocain. Il ne serait pas étonnant que dans quelques mois, certains pays changent de position sur ce sujet. Malgré ce qui s’est passé cette semaine (tentative de reporter l’adhésion du Maroc), il y a eu des signaux positifs comme le fait que le président de l’Afrique du Sud ne se soit pas exprimé sur ce retour. Je suis très optimiste car les entrepreneurs sud-africains soutiennent le Maroc avec qui ils aspirent à faire des affaires. Comme l’a déclaré le Souverain, il faut arrêter les discours idéologiques et tiers-mondistes pour que les huit Etats africains les plus importants puissent travailler au bien-être collectif“.

Bensaid poursuit que la guerre froide est finie et qu’il ne faut pas en créer une nouvelle afro-africaine qui desservira le développement du continent. D’après lui, une fois, le verrou sud-africain “neutralisé“, le reste ira très vite avec l’Angola, le Mozambique, la Namibie et le Zimbabwe qui changeront de position à l’égard du Maroc car ils ne font que suivre celle d’Afrique du Sud.

“Les opportunités créées par la vision royale doivent être saisies pour que le retour flamboyant du Maroc à aujourd’hui soutenu par 40 Etats le soit demain par les 53 pays du continent“, conclut-il.

Brahim Fassi-Fihri: La prochain combat sur le Sahara aura lieu au sein de l’UA

Le fondateur du think tank Amadeus a résumé le discours royal par le commentaire du président de l’UA, Alpha Condé, qui s’est adressé au Roi en lui affirmant qu’il avait parlé avec les mots justes du cœur.

Celui qui avait invité pour la première fois au Maroc le président rwandais, soutient que les propos du Souverain étaient rassembleurs et “afro-optimistes“.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le Roi “a fait un premier pas pour ne pas faire de ce retour un événement polémique. S’il est motivé politiquement par notre cause sacrée, il découle aussi d’une vision afro-optimiste du développement économique du continent. Chaque chose en son temps, mais il est fort à parier que le prochain combat autour de la question du Sahara se fera au sein de l’UA, avec une dynamique favorable au Maroc et ses adversaires de plus en plus isolés“, se réjouit Fassi-Fihri. 

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