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Page d'accueil NATIONAli Najab: "Pas de guerre en vue à moins que l’Algérie n'en donne l’ordre au polisario"

Ali Najab: "Pas de guerre en vue à moins que l’Algérie n'en donne l’ordre au polisario" 

Mercredi 4 avril 2018 à 16h26
Ali Najab:
 

Ce capitaine de l’armée de l’air marocaine a été prisonnier du polisario pendant près de 25 ans à proximité de la fameuse zone tampon qui fait actuellement l’objet de fortes tensions. Ali Najab décrypte pour Médias24 les motivations des sécessionnistes qui veulent pousser le Maroc à la faute en se substituant à l’ONU pour être in fine désavoués par la communauté internationale.

Médias24: Quel est le but des incursions répétées du polisario. S'imposer comme le seul interlocuteur autour de la table des négociations alors que le Maroc réclame la présence de l'Algérie?

Ali Najab: Depuis l’instauration en 1991 du cessez-le-feu dans le dossier du Sahara, le comportement de l’Algérie et du polisario a toujours été imprévisible. C’est d’ailleurs ce qui a toujours rendu la tâche difficile à notre diplomatie car il est difficile de faire face à une politique de maquisards.

Parler des incursions du polisario dans cette zone après l’instauration du cessez-le- feu, c’est ignorer ce qui se passe dans cette zone tampon depuis son entrée en vigueur le 6 septembre 1991.

Le polisario n’a, en effet, jamais cessé d’y circuler à sa guise aussi bien du côté nord-est (Bir Lahlou et Tifariti) que sur le versant sud (Mijic et Aghouinit). Il suffit de revenir à la fin des années 90 et au début des années 2000 quand le polisario avait annoncé son intention d’installer son parlement à Tifariti.

Il a d’ailleurs plusieurs fois organisé, chaque 27 février, sans coup férir des fêtes de commémoration de la création de la "rasd" avec des défilés de troupes, de blindés et de rampes de missiles SAM 6. Rappelons que personne n’a jamais levé le petit doigt: ni le Maroc, ni l’ONU ou son Conseil de sécurité.

Dire que l’Algérie a poussé le polisario à agir de la sorte pour forcer le Maroc à négocier avec lui sans sa présence me paraît peu probable car notre voisin a déjà participé aux négociations indirectement en même temps que les deux parties. Ainsi, à Houston, le polisario consultait systématiquement le délégué algérien avant de donner sa réponse aussi bien du temps de James Baker que de Christopher Ross.

La vraie raison de ce tapage s’explique par le fait que le polisario se sent de plus en plus oublié.

-Connaissant la région pour y avoir séjourné contre votre gré pendant 25 ans, à quoi ressemblent Bir Lahlou et Tifirati que le polisario présente comme des zones libérées?

-Le 27 février 1976, lorsque le polisario avait proclamé sur les ondes de la radio algérienne la création de la "rasd" à Bir Lahlou. J’y ai effectué, l’après-midi même, une mission de reconnaissance photo.  

Comme il n’y avait qu’une petite maisonnette faisant office de poste de contrôle du temps de l’armée espagnole, nous y sommes retournés avec une patrouille de quatre avions mais il n’y avait pas un chat.

Bir Lahlou comme son nom l’indique est un puits d’eau douce situé sur un terrain caillouteux qui était un passage obligé pour nos unités se rendant de Zag à Ain Bentelli et à Tifariti.

Comme ça toujours été un point géodésique sur les cartes, le polisario s’en est beaucoup plus servi pour faire de la propagande qu’autre chose.

Les FAR y étaient installées par moment pour surveiller leurs déplacements d’Est en Ouest durant la guerre, mais celui-ci parvenait à contourner nos unités pour attaquer des localités situées à l’Ouest.

Concernant Tifariti, c’était un poste important du temps des Espagnols qui avaient construit une petite caserne et l’armée marocaine en avait fait une grande caserne après leur départ. C’est là où est né le 6 RIM (régiment d’infanterie motorisé) devenu célèbre sous le commandement du colonel Ghoujdami.

Malgré l’existence d’une piste d’atterrissage en terre battue pour le C-130, nous l’avons quitté à cause des difficultés pour assurer le ravitaillement régulier à partir de Zag, et parce que Tifariti est devenue stratégiquement moins importante après la construction du 1er mur de défense qui passe par Smara.

Cela n’a pas empêché le polisario de vouloir s’y installer en implantant non seulement son drapeau mais aussi en projetant d’y implanter des tentes et d’y amener la population avec du bétail.

A cet égard, nos soldats prisonniers nous avaient rapporté l’anecdote suivante: le polisario avait emmené une centaine d’entre eux ramasser les ordures autour des camps. La collecte de ces ordures qui étaient destinées à Tifariti avait pour but de dire aux journalistes: "Regardez, notre armée, nos réfugiés sont à Tifariti depuis belle lurette, et les ordures aussi: la présence de la population et du bétail prouve que nous sommes sur une portion de territoire libéré…".

Comme notre armée a été mise au parfum la veille, elle ratissa toute la localité, et détruisit tous les préparatifs du polisario avant l’arrivée programmée de la population. Les combats causèrent beaucoup de pertes en matériel et vies humaines (2 avions de chasse perdus et deux pilotes tombés prisonniers).

Le jour de la signature de l’accord de cessez-le-feu, Tifariti n’était qu’un amas de ruines sur une colline rocheuse. Par la suite, le polisario y a construit des locaux pour ses troupes en exploitant les prisonniers de guerre marocains qui sont restés entre ses mains 13 ans après la fin de la guerre (1991-2004).

-Pensez-vous que les "administrations" de la rasd et les réfugiés des camps vont s'y installer?

-Dès la première année suivant le cessez-le-feu, le polisario n’a jamais respecté les conditions de l'accord militaire de cessation des hostilités.

Ni le Maroc, ni le Conseil de Sécurité et encore moins la Minurso ne l’y ont astreint. Certains médias, dont notamment la télévision algérienne, ont toujours couvert les festivités organisées à Tifariti.

L’accueil en grande pompe de l’ex-secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, dans la localité de Bir Lahlou en est une preuve même s’il n’y a aucune assurance que c’était bien Bir Lahlou.

De plus, Tifariti a toujours été un point de jonction des véhicules du polisario et des trafiquants mauritaniens dans le détournement de l’aide humanitaire vers Zouirate (Mauritanie). D’ailleurs, ce sont des prisonniers marocains qui étaient utilisés pour charger et décharger les camions des denrées alimentaires.

Ceci dit je ne pense pas que le polisario ira jusqu’à installer la population civile dans la zone tampon. L’ONU s’y opposera parce que c’est risqué mais l’Algérie est capable de décisions machiavéliques.

Peut-être pas jusqu’à entrer en guerre ouverte avec le Maroc car même si elle est plus armée que nous, elle sait que les grandes puissances s’opposeront à un conflit direct algéro-marocain.

Afin d’éviter ce scénario, SM le Roi a signé des accords d’amitié et de coopération avec la Russie, la Chine et l’Inde tout en restant à égale distance entre les pays impliqués dans les conflits du Moyen-Orient.

L’Algérie est trop isolée sur la scène internationale pour être suivie par quelque puissance que ce soit dans une quelconque aventure guerrière dans la région.

Au pire, la zone tampon restera occupée par les unités du polisario qui continueront à y faire paître leur cheptel de chameaux et de chèvres mais les camps des réfugiés n’y seront jamais déménagés pour des raisons de sécurité et de logistique.

-L'ONU peut-elle être mise devant le fait accompli sans réagir?

-C’est possible mais pas pour longtemps parce que le Conseil de sécurité possède des moyens de pression diplomatique, politique et économique via les cinq grandes puissances qui le composent.

Militairement, l’ONU ne peut que renforcer les unités de la Minurso pour un contrôle plus régulier et plus exigent sans plus.

-Comment le Maroc pourrait-il nettoyer militairement ces zones sans passer pour un pays agresseur?

-Le Maroc sait mieux que quiconque qu’il n’est pas dans son intérêt de réagir militairement.

D’une part, il mettrait dans l’embarras les pays amis et en particulier les grandes puissances qui soutiennent son plan d’autonomie et d’autre part, il détruirait son capital sympathie et la crédibilité gagnées dans le monde entier et en particulier au sein de l’Union Africaine.

Malgré la situation actuelle, le Maroc ne donnera pas la chance à ses ennemis pour renforcer leur machine de nuisance contre lui à l’échelle internationale.

-Si les incursions du polisario persistent, le Maroc est-il forcé d'intervenir militairement?

-Si j’étais encore toujours en service actif dans l’armée, je me prononcerais contre une action militaire.

Pas pour des raisons tactiques mais plutôt politiques parce que même sans présence avérée de population civile, le polisario et l’Algérie remueraient ciel et terre pour accuser le Maroc de génocide.

Lors de mon interrogatoire à Tindouf par les services de sécurité algériens, un officier algérien me demanda devant une trentaine de journalistes: "Capitaine, vous avez une caméra de télévision devant vous, quel était votre sentiment quand vos avions bombardaient la population sahraouie au Sahara occidental?"

Je lui ai jeté un regard noir avant de dire: «"je vous défie ainsi que le polisario de m’amener un ou une seul(e) sahraoui(e) en mesure de témoigner ici devant la presse internationale qu’ils ont été bombardés par notre aviation. Si c’est le cas, je suis prêt à donner ma tête à couper!". Il y eut un silence de mort et personne n’est venu témoigner car jamais une chose pareille ne s’était produite.

-Sachant que les éléments présents à Guerguarat ne sont pas armés, une réaction brutale du Maroc les ferait passer pour des martyrs?

-L’utilisation du mot martyr fait partie de la terminologie courante et de la propagande du polisario. Ses dirigeants sont capables de marcher sur les dépouilles de tous les Sahraouis pour arriver à leur but.

Il n’y a qu’à voir ce qu’a fait l’Algérie de ses martyrs de la guerre d’indépendance pour comprendre que dans les systèmes totalitaires, les êtres humains ne comptent pas mais plutôt l’objectif à atteindre.

Le Maroc doit donc user de ses atouts diplomatiques pour empêcher ses ennemis de marquer des points à l’international comme il doit demander avec force à l’ONU de prendre ses responsabilités.

Si le Conseil de Sécurité fait pression sur l’Algérie, qui est la directrice de conscience du polisario, ce dernier cessera ses manœuvres anti-marocaines contre notre armée sur le terrain.

-Au final, la situation pré-1991 n’est pas préférable au conflit larvé qui peut exploser à tout moment?

-Vouloir retourner à la situation qui prévalait avant le cessez-le-feu permettrait de récupérer notre zone tampon mais cela veut aussi dire d’engager une nouvelle guerre avec le polisario.

Cela signifie le départ de la Minurso du Sahara et le retour à la case départ. Ce n’est pas une bonne idée car le premier qui violera le cessez-le-feu sera condamné par l’opinion internationale, les grandes puissances et par l’ONU en tête.

C’est exactement ce que cherchent le polisario et l’Algérie à savoir faire porter le chapeau au Maroc.

-Si la conciliation de l'ONU devait échouer, une nouvelle guerre est-elle possible?

-Oui car si l’Algérie décide de prendre cette voie, le polisario s’exécutera quitte à signer son suicide.

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