La visite officielle effectuée par Serguei Lavrov au Maroc n’a duré que 24 heures et s’inscrivait dans le cadre d’une tournée régionale. Elle n’en demeure pas moins importante, en raison du contexte bilatéral et international.

Le Maroc n’était pas la destination mais une étape.  Lavrov a entamé sa tournée maghrébine par l’Algérie, partenaire traditionnel depuis quelques décennies, un pays auquel le lient des échanges multiformes, allant de la culture aux échanges “militaro-techniques“, selon sa propre expression.

Le Maroc est un partenaire qui monte en puissance. Depuis quelques années déjà, le Royaume revendique une diplomatie marquée par l’indépendance et l’équilibre entre les puissances régionales ou internationales.

En mars 2016, le Roi Mohammed VI a effectué une visite officielle en Russie couronnée par la signature de 16 conventions et le lancement d’un partenariat stratégique entre les deux pays.

Après le Maroc, Lavrov s’est rendu en Tunisie, pays qui accueille en mars prochain, le prochain sommet arabe, un événement important pour la Russie.

Intérêt assumé en direction du monde arabe et de l'Afrique

Moscou a été le seul gagnant de la tragédie syrienne. Elle a été le pays qui a le mieux manœuvré et se retrouve aujourd’hui avec toutes les cartes en main. Sa présence militaire et politique en Syrie ne sera pas de courte durée. Elle s’y est implantée et pour rester. L’avenir de la Syrie dépendra de la Russie d’abord, de la Turquie et de l’Iran ensuite.

En vérité, Poutine et Lavrov ont su saisir au bond les erreurs, ou les fautes américaines, pour occuper le terrain, la nature ayant horreur du vide. La Russie de Poutine veut maintenant le retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe.

En plus de sa présence à Damas, Moscou améliore ses relations avec Ryad. L’Arabie saoudite considère pourtant les deux alliés actuels de Moscou dans la région, l’Iran comme un ennemi, et la Turquie comme un adversaire.

Idem en Afrique. Moscou a entamé son retour en Afrique subsaharienne avec une participation de haut niveau au sommet des BRICS à Johannesburg en juillet 2018, puis l’organisation d’un forum économique Russie-Afrique. Moscou va organiser en octobre prochain à Sotchi, un sommet Russie-Afrique. Un autre Russie-monde arabe est possible. C’est dire.

Le retour de Moscou dans ces deux grands ensembles, monde arabe et Afrique ne se fait plus comme au temps de la Guerre froide qui a laissé un traumatisme plus grand qu’on ne l’imagine au pays des Tsars. Il se fait d’une manière plus subtile, en insistant sur les échanges, l’intérêt mutuel, la nécessaire stabilité d’un monde multipolaire, la résolution des conflits par la négociation, le commerce…

Moscou a pas mal d’atouts : membre permanent du Conseil de sécurité, producteur de gaz et de pétrole, producteur d’armes puissantes, il peut offrir des investissements, des débouchés commerciaux, des armes, de l’énergie…

Sur le plan géostratégique, la Libye, territoire immense, faible démographie, situation géographique enviable, richesses pétrolières, vit une situation dramatique d’instabilité, d’insécurité et de vide politique. Après la chute de Kaddafi, ce pays vit l’affrontement entre trois parties puissantes : le terrorisme, les islamistes supportés par le Qatar, les libéraux du maréchal Haftar supportés par les Emirats et l’Arabie.

La Libye est une cible toute indiquée pour les ambitions russes.

Maroc-Russie: ni trop vite, ni trop lentement

A son échelle, le Maroc a une histoire à raconter et joue sa partition en Afrique et dans le monde arabe. Il est une portée d’entrée économique (au minimum) vers l’Afrique et le monde arabe. Il apporte la stabilité dans le Nord-ouest africain et sur une partie de l’Afrique subsaharienne. Sa position géostratégique est exceptionnelle. Ces éléments ont été dits et répétés dans les différentes déclarations.

Pour le Maroc, le Sahara est la priorité. On ne peut à cet égard s’empêcher de comparer ce que les Algériens et ce que les Marocains ont, chacun de son côté, obtenu en matière de déclarations publiques de Lavrov.

Si l’on se réfère aux deux conférences de presse, Lavrov est resté prudent. Il a en fait repris les recommandations onusiennes sur la question : "une solution négociée, mutuellement acceptable, respectant le droit à l’autodétermination. La solution doit être trouvée avec l’implication de TOUTES les parties“. Pour un allié traditionnel d’Alger, cela ressemble à un échec.

Fin octobre 2018, la Russie s’était abstenue au cours du vote sur le Sahara, une résolution très favorable à la position marocaine. Ce qui était déjà intéressant, c’était l’explication du vote russe : l’abstention était justifiée non pas par le contenu de la résolution, mais par le fait que la Russie n’avait pas été suffisamment consultée pendant l’élaboration du texte.

Trois ans après la conclusion du Partenariat stratégique approfondi entre les deux pays, et 13 ans après la précédente visite au Maroc du ministre russe des Affaires étrangères, les deux pays se sont donc retrouvés à haut niveau.

Les objectifs marocains sont évidents. Notamment, confirmer le caractère stratégique du partenariat, installer des structures de dialogue plus adaptées et efficaces, clarifier la position russe sur la question du Sahara. Les abstentions russes en Conseil de sécurité avaient partiellement surpris le Maroc. Notre pays a probablement et diplomatiquement demandé un éclairage. La nouvelle politique africaine de la Russie a été soulevée et le Maroc a souligné que le Royaume peut être une plateforme économique pour les marchés africains.

Lavrov a été reçu par le Roi, s’est entretenu avec Bourita, a donné des déclarations à la presse. Après la visite du Souverain à Moscou en 2016, il y a eu celle de Medvedev au Maroc en 2017 puis celle de Lavrov. Les échanges commerciaux se sont développés de 13% en 2018. Le Maroc est le second partenaire de Moscou dans la région arabe. Rabat partage une caractéristique avec Moscou : la patience.

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Le Maroc n’était pas la destination mais une étape.  Lavrov a entamé sa tournée maghrébine par l’Algérie, partenaire traditionnel depuis quelques décennies, un pays auquel le lient des échanges multiformes, allant de la culture aux échanges “militaro-techniques“, selon sa propre expression.

Le Maroc est un partenaire qui monte en puissance. Depuis quelques années déjà, le Royaume revendique une diplomatie marquée par l’indépendance et l’équilibre entre les puissances régionales ou internationales.

En mars 2016, le Roi Mohammed VI a effectué une visite officielle en Russie couronnée par la signature de 16 conventions et le lancement d’un partenariat stratégique entre les deux pays.

Après le Maroc, Lavrov s’est rendu en Tunisie, pays qui accueille en mars prochain, le prochain sommet arabe, un événement important pour la Russie.

Intérêt assumé en direction du monde arabe et de l'Afrique

Moscou a été le seul gagnant de la tragédie syrienne. Elle a été le pays qui a le mieux manœuvré et se retrouve aujourd’hui avec toutes les cartes en main. Sa présence militaire et politique en Syrie ne sera pas de courte durée. Elle s’y est implantée et pour rester. L’avenir de la Syrie dépendra de la Russie d’abord, de la Turquie et de l’Iran ensuite.

En vérité, Poutine et Lavrov ont su saisir au bond les erreurs, ou les fautes américaines, pour occuper le terrain, la nature ayant horreur du vide. La Russie de Poutine veut maintenant le retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe.

En plus de sa présence à Damas, Moscou améliore ses relations avec Ryad. L’Arabie saoudite considère pourtant les deux alliés actuels de Moscou dans la région, l’Iran comme un ennemi, et la Turquie comme un adversaire.

Idem en Afrique. Moscou a entamé son retour en Afrique subsaharienne avec une participation de haut niveau au sommet des BRICS à Johannesburg en juillet 2018, puis l’organisation d’un forum économique Russie-Afrique. Moscou va organiser en octobre prochain à Sotchi, un sommet Russie-Afrique. Un autre Russie-monde arabe est possible. C’est dire.

Le retour de Moscou dans ces deux grands ensembles, monde arabe et Afrique ne se fait plus comme au temps de la Guerre froide qui a laissé un traumatisme plus grand qu’on ne l’imagine au pays des Tsars. Il se fait d’une manière plus subtile, en insistant sur les échanges, l’intérêt mutuel, la nécessaire stabilité d’un monde multipolaire, la résolution des conflits par la négociation, le commerce…

Moscou a pas mal d’atouts : membre permanent du Conseil de sécurité, producteur de gaz et de pétrole, producteur d’armes puissantes, il peut offrir des investissements, des débouchés commerciaux, des armes, de l’énergie…

Sur le plan géostratégique, la Libye, territoire immense, faible démographie, situation géographique enviable, richesses pétrolières, vit une situation dramatique d’instabilité, d’insécurité et de vide politique. Après la chute de Kaddafi, ce pays vit l’affrontement entre trois parties puissantes : le terrorisme, les islamistes supportés par le Qatar, les libéraux du maréchal Haftar supportés par les Emirats et l’Arabie.

La Libye est une cible toute indiquée pour les ambitions russes.

Maroc-Russie: ni trop vite, ni trop lentement

A son échelle, le Maroc a une histoire à raconter et joue sa partition en Afrique et dans le monde arabe. Il est une portée d’entrée économique (au minimum) vers l’Afrique et le monde arabe. Il apporte la stabilité dans le Nord-ouest africain et sur une partie de l’Afrique subsaharienne. Sa position géostratégique est exceptionnelle. Ces éléments ont été dits et répétés dans les différentes déclarations.

Pour le Maroc, le Sahara est la priorité. On ne peut à cet égard s’empêcher de comparer ce que les Algériens et ce que les Marocains ont, chacun de son côté, obtenu en matière de déclarations publiques de Lavrov.

Si l’on se réfère aux deux conférences de presse, Lavrov est resté prudent. Il a en fait repris les recommandations onusiennes sur la question : "une solution négociée, mutuellement acceptable, respectant le droit à l’autodétermination. La solution doit être trouvée avec l’implication de TOUTES les parties“. Pour un allié traditionnel d’Alger, cela ressemble à un échec.

Fin octobre 2018, la Russie s’était abstenue au cours du vote sur le Sahara, une résolution très favorable à la position marocaine. Ce qui était déjà intéressant, c’était l’explication du vote russe : l’abstention était justifiée non pas par le contenu de la résolution, mais par le fait que la Russie n’avait pas été suffisamment consultée pendant l’élaboration du texte.

Trois ans après la conclusion du Partenariat stratégique approfondi entre les deux pays, et 13 ans après la précédente visite au Maroc du ministre russe des Affaires étrangères, les deux pays se sont donc retrouvés à haut niveau.

Les objectifs marocains sont évidents. Notamment, confirmer le caractère stratégique du partenariat, installer des structures de dialogue plus adaptées et efficaces, clarifier la position russe sur la question du Sahara. Les abstentions russes en Conseil de sécurité avaient partiellement surpris le Maroc. Notre pays a probablement et diplomatiquement demandé un éclairage. La nouvelle politique africaine de la Russie a été soulevée et le Maroc a souligné que le Royaume peut être une plateforme économique pour les marchés africains.

Lavrov a été reçu par le Roi, s’est entretenu avec Bourita, a donné des déclarations à la presse. Après la visite du Souverain à Moscou en 2016, il y a eu celle de Medvedev au Maroc en 2017 puis celle de Lavrov. Les échanges commerciaux se sont développés de 13% en 2018. Le Maroc est le second partenaire de Moscou dans la région arabe. Rabat partage une caractéristique avec Moscou : la patience.

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