Nommé par le Roi à la tête de la délégation interministérielle aux droits de l’Homme, Ahmed Chaouki Benayoub n’est pas un inconnu des milieux droit-de-l’hommistes. Il en est même une des principales figures. Voici son parcours et ses nouvelles missions.

Actif dans les années 1970 au sein du Mouvement d’extrême gauche du 23-Mars, Ahmed Chaouki Benayoub, 61 ans, goûte très jeune aux affres de la détention politique.

Il est encore au lycée quand il est arrêté au milieu des années 1970 à Marrakech, avant d’être transféré à Meknès où son procès se déroule en même temps que ceux des militants d’Ila Al Amam et de certains séparatistes sahraouis. Dont un certain Saleh Tamek, actuel délégué général à l’administration pénitentiaire.

"Chaouki avait préparé un plaidoyer pour le groupe du 23 Mars. A la fin de son plaidoyer, Tamek le taxe séance tenante de 'makhzénien', car il avait défendu la marocanité du Sahara et a rejeté l’option de l’autodétermination", se rappelle pour l’anecdote le militant sahraoui Abdelmajid Belghazal.

"ll a passé 7 ou 8 ans en prison et a finalement bénéficié d’une liberté provisoire qui dure jusqu’à aujourd’hui", raconte avec un brin d’humour son ami et camarade à l’IER, Mbarek Boudarka.

Théoricien de la justice transitionnelle et bulldozer de l’IER

Baccalauréat en poche (obtenu en prison), il poursuit des études de droit après sa libération et intègre les rangs de l’OADP, parti de gauche fondé par son mentor politique Bensaid Ait Idder, qu’il quittera définitivement en 1994 pour se concentrer sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur: les droits de l’Homme et la justice transitionnelle.

"C’était un visionnaire pour son époque, car il croyait en la justice transitionnelle. Et voulait s’investir totalement dans ça. La politique ne l’intéressait pas, ce que je ne comprenais pas d’ailleurs, puisque l’action politique était à son apogée avec l’ouverture par le pouvoir de négociations avec la Koutla en vue d’enclencher l’alternance", raconte Belghazal.

Actif essentiellement au sein de l’OMDH, dont il a été "un des membres importants", comme le souligne Mohamed Nesh Nash, membre fondateur de l’OMDH et de l’IER, Benyaoub est derrière les grandes conférences organisées au début des années 2000 par l’institution sur les violations et les exactions des années de plomb.

"Il croyait dans la justice transitionnelle. Et c’est à partir de ces conférences qu’a germé dans sa tête l’idée de création d’une instance de vérité", soutient Nesh-Nash.

Nommé en 2002 membre du CCDH (ancêtre de l’actuel CNDH), il préside ainsi un groupe de travail qui prépare une recommandation cruciale: la mise en place de l’Instance équité et réconciliation (IER), sujet encore tabou à l’époque. "Il a mené une grande bataille pour faire adopter cette recommandation. Moi personnellement, je n’y croyais pas. Mais lui a persévéré, a bataillé pour qu’elle passe. Ce qui n’a pas été facile", se souvient Nesh-Nash. Une bataille qu’Ahmed Chaouki Benyaoub raconte dans "Kadalika Kan" (Il en fut ainsi), livre de mémoires, coécrit avec son camarade Mbarek Boudarka, qui revient sur les origines de l’IER, les coulisses de sa création et de ses travaux.

"L’IER, c’est lui. Il en est l’artisan, avec Boudarka et Benzekri dont il a été un grand intime, même si leurs caractères  sont très différents", estime Nesh-Nash. Mbarek Boudaraka ne dit pas autre chose: "L’IER lui doit beaucoup. Il était un bulldozer de travail. Driss Benzekri (président de l’IER, ndlr) disait qu’on était avec Chaouki le commando suicidaire de l’instance".

"On l’appelait le 'trax' (bulldozer), pour sa grande capacité de travail", confirme pour sa part Nesh-Nash. "A l’IER, nous étions avec cinq autres camarades chargés de traiter les demandes d’indemnisation. Nous en avons reçu plus de 20.000. Je peux vous assurer qu’il s’est chargé du plus gros des dossiers, beaucoup plus que nous tous réunis".

Auteur de plusieurs livres sur les droits de l’Homme, Benayoub – qui a exercé le métier d’avocat à Marrakech et à Kénitra, jouit également d’une grande réputation à l’international où il est considéré comme un expert de la justice transitionnelle.

"ll est intervenu à plusieurs reprises en Tunisie après la révolution de 2011. Mais aussi au Soudan dans les négociations sur le Darfour où il a été coopté par le Centre de Sheikha Moza (ex-première dame du Qatar) pour organiser les négociations entre les belligérants. Un rôle qu’il a joué également au Kurdistan pour le dialogue d’Erbil", témoigne son ami et ancien camarde de l’OADP, Abdelmajid Belghazal.

Benayoub – Ramid: le nouveau duo gouvernemental des droits de l’Homme

Installé officiellement le 8 décembre dans ses nouvelles fonctions de délégué interministériel aux droits de l’Homme, après la passation des pouvoirs avec son ami et camarade de l’IER Mahjoub El Haiba, Chaouki Benayoub travaillera désormais sous la houlette de Mostafa Ramid, ministre d’Etat aux droits de l’Homme, dont il a été depuis 2017 un des conseillers.

Un homme avec lequel il s’entend bien, nous dit-on: "Ils ont travaillé jusque-là en bonne intelligence. Chaouki s’est notamment beaucoup investi dans le Plan national en matière de démocratie et de droits de l’Homme. Il n’y a pas donc de raison pour que le tandem ne fonctionne pas à l’avenir", signale Nesh-Nash.

Créée en avril 2011 dans la foulée des grandes réformes institutionnelles enclenchées après le mouvement du 20 février, la délégation interministérielle aux droits de l’Homme a été d’abord rattachée à la primature, avant qu’elle ne passe sous la tutelle du ministère d’Etat chargé des droits de l’Homme (voir décret 2.17.190 relatif aux attributions du ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme.

Fixées par le décret n° 2-11-150, ses missions sont multiples. Elles consistent globalement dans le contrôle de la conformité de la politique gouvernementale avec les principes généraux des droits de l’Homme, dans la vérification de leur conformité avec les conventions internationales ratifiées par le Maroc, et dans la rédaction de rapports sur la situation des droits de l’Homme ainsi que leur présentation aux instances internationales. C’est aussi l’interlocuteur des ONG nationales et internationales sur tous les sujets ayants trait aux droits humains.

"Il sera en quelque sorte le contrôleur et le conseiller de l’Etat en matière de droits de l’Homme, mais aussi le représentant du Maroc en la matière au niveau international", résume en deux phrases Mbarek Boudarka.

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Nommé par le Roi à la tête de la délégation interministérielle aux droits de l’Homme, Ahmed Chaouki Benayoub n’est pas un inconnu des milieux droit-de-l’hommistes. Il en est même une des principales figures. Voici son parcours et ses nouvelles missions.
 

Actif dans les années 1970 au sein du Mouvement d’extrême gauche du 23-Mars, Ahmed Chaouki Benayoub, 61 ans, goûte très jeune aux affres de la détention politique.

Il est encore au lycée quand il est arrêté au milieu des années 1970 à Marrakech, avant d’être transféré à Meknès où son procès se déroule en même temps que ceux des militants d’Ila Al Amam et de certains séparatistes sahraouis. Dont un certain Saleh Tamek, actuel délégué général à l’administration pénitentiaire.

"Chaouki avait préparé un plaidoyer pour le groupe du 23 Mars. A la fin de son plaidoyer, Tamek le taxe séance tenante de 'makhzénien', car il avait défendu la marocanité du Sahara et a rejeté l’option de l’autodétermination", se rappelle pour l’anecdote le militant sahraoui Abdelmajid Belghazal.

"ll a passé 7 ou 8 ans en prison et a finalement bénéficié d’une liberté provisoire qui dure jusqu’à aujourd’hui", raconte avec un brin d’humour son ami et camarade à l’IER, Mbarek Boudarka.

Théoricien de la justice transitionnelle et bulldozer de l’IER

Baccalauréat en poche (obtenu en prison), il poursuit des études de droit après sa libération et intègre les rangs de l’OADP, parti de gauche fondé par son mentor politique Bensaid Ait Idder, qu’il quittera définitivement en 1994 pour se concentrer sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur: les droits de l’Homme et la justice transitionnelle.

"C’était un visionnaire pour son époque, car il croyait en la justice transitionnelle. Et voulait s’investir totalement dans ça. La politique ne l’intéressait pas, ce que je ne comprenais pas d’ailleurs, puisque l’action politique était à son apogée avec l’ouverture par le pouvoir de négociations avec la Koutla en vue d’enclencher l’alternance", raconte Belghazal.

Actif essentiellement au sein de l’OMDH, dont il a été "un des membres importants", comme le souligne Mohamed Nesh Nash, membre fondateur de l’OMDH et de l’IER, Benyaoub est derrière les grandes conférences organisées au début des années 2000 par l’institution sur les violations et les exactions des années de plomb.

"Il croyait dans la justice transitionnelle. Et c’est à partir de ces conférences qu’a germé dans sa tête l’idée de création d’une instance de vérité", soutient Nesh-Nash.

Nommé en 2002 membre du CCDH (ancêtre de l’actuel CNDH), il préside ainsi un groupe de travail qui prépare une recommandation cruciale: la mise en place de l’Instance équité et réconciliation (IER), sujet encore tabou à l’époque. "Il a mené une grande bataille pour faire adopter cette recommandation. Moi personnellement, je n’y croyais pas. Mais lui a persévéré, a bataillé pour qu’elle passe. Ce qui n’a pas été facile", se souvient Nesh-Nash. Une bataille qu’Ahmed Chaouki Benyaoub raconte dans "Kadalika Kan" (Il en fut ainsi), livre de mémoires, coécrit avec son camarade Mbarek Boudarka, qui revient sur les origines de l’IER, les coulisses de sa création et de ses travaux.

"L’IER, c’est lui. Il en est l’artisan, avec Boudarka et Benzekri dont il a été un grand intime, même si leurs caractères  sont très différents", estime Nesh-Nash. Mbarek Boudaraka ne dit pas autre chose: "L’IER lui doit beaucoup. Il était un bulldozer de travail. Driss Benzekri (président de l’IER, ndlr) disait qu’on était avec Chaouki le commando suicidaire de l’instance".

"On l’appelait le 'trax' (bulldozer), pour sa grande capacité de travail", confirme pour sa part Nesh-Nash. "A l’IER, nous étions avec cinq autres camarades chargés de traiter les demandes d’indemnisation. Nous en avons reçu plus de 20.000. Je peux vous assurer qu’il s’est chargé du plus gros des dossiers, beaucoup plus que nous tous réunis".

Auteur de plusieurs livres sur les droits de l’Homme, Benayoub – qui a exercé le métier d’avocat à Marrakech et à Kénitra, jouit également d’une grande réputation à l’international où il est considéré comme un expert de la justice transitionnelle.

"ll est intervenu à plusieurs reprises en Tunisie après la révolution de 2011. Mais aussi au Soudan dans les négociations sur le Darfour où il a été coopté par le Centre de Sheikha Moza (ex-première dame du Qatar) pour organiser les négociations entre les belligérants. Un rôle qu’il a joué également au Kurdistan pour le dialogue d’Erbil", témoigne son ami et ancien camarde de l’OADP, Abdelmajid Belghazal.

Benayoub – Ramid: le nouveau duo gouvernemental des droits de l’Homme

Installé officiellement le 8 décembre dans ses nouvelles fonctions de délégué interministériel aux droits de l’Homme, après la passation des pouvoirs avec son ami et camarade de l’IER Mahjoub El Haiba, Chaouki Benayoub travaillera désormais sous la houlette de Mostafa Ramid, ministre d’Etat aux droits de l’Homme, dont il a été depuis 2017 un des conseillers.

Un homme avec lequel il s’entend bien, nous dit-on: "Ils ont travaillé jusque-là en bonne intelligence. Chaouki s’est notamment beaucoup investi dans le Plan national en matière de démocratie et de droits de l’Homme. Il n’y a pas donc de raison pour que le tandem ne fonctionne pas à l’avenir", signale Nesh-Nash.

Créée en avril 2011 dans la foulée des grandes réformes institutionnelles enclenchées après le mouvement du 20 février, la délégation interministérielle aux droits de l’Homme a été d’abord rattachée à la primature, avant qu’elle ne passe sous la tutelle du ministère d’Etat chargé des droits de l’Homme (voir décret 2.17.190 relatif aux attributions du ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme.

Fixées par le décret n° 2-11-150, ses missions sont multiples. Elles consistent globalement dans le contrôle de la conformité de la politique gouvernementale avec les principes généraux des droits de l’Homme, dans la vérification de leur conformité avec les conventions internationales ratifiées par le Maroc, et dans la rédaction de rapports sur la situation des droits de l’Homme ainsi que leur présentation aux instances internationales. C’est aussi l’interlocuteur des ONG nationales et internationales sur tous les sujets ayants trait aux droits humains.

"Il sera en quelque sorte le contrôleur et le conseiller de l’Etat en matière de droits de l’Homme, mais aussi le représentant du Maroc en la matière au niveau international", résume en deux phrases Mbarek Boudarka.

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