Les médecins marocains de plus en plus tentés par l'émigration?

Chaque année, plusieurs milliers de cerveaux quittent définitivement le Maroc pour travailler à l’étranger. Le président marocain du Conseil national de l’ordre des médecins soutient que l’adoption récente de mesures en Europe pour faciliter l’insertion professionnelle des praticiens médicaux ne débouchera par sur un exode marocain inquiétant comme en Tunisie ou en Egypte. Selon lui, seuls 20 nouveaux diplômés et 20 médecins expérimentés choisissent d’exercer ailleurs chaque année. Mais, ces chiffres rassurants contrastent avec nos constats effectués lors d'une visite dans un hôpital à Rabat.

"Après 10 années d’études, nous sommes affectés dans des régions lointaines pour un salaire de misère et des conditions de travail plus que déplorables. Pour ceux qui n’ont pas les moyens d’ouvrir un cabinet ou n’arrivent pas à décrocher un emploi dans le secteur privé, le choix de partir s’installer en France ou en Allemagne est alors le seul moyen de garantir leur avenir professionnel car au Maroc, notre métier n’est absolument pas valorisé par nos autorités de tutelle.

"L’adoption récente d’un décret en France, qui permet aux étrangers d’obtenir une autorisation temporaire d’exercer, est donc une bénédiction, sachant qu’au bout de 3 ans de période probatoire, nous pourrons être complètement intégrés au système médical français", nous déclare un médecin, requérant l’anonymat, qui hésite encore à s’expatrier pour des raisons familiales.

Un décret français qui risque de faire exploser l’exode des praticiens marocains

"Mes collègues expérimentés ou pas et nos stagiaires à l’hôpital ne parlent que de ce décret. Si je ne venais pas de me marier et d’avoir un enfant, je n’hésiterais pas un instant, sachant qu’à l’hôpital Moulay Youssef de Rabat où j’exerce, on manque de tout, même de coton. Je vous laisse imaginer l’attractivité de cette opportunité chez nos confrères des petits patelins qui travaillent dans des conditions abominables", affirme notre source.

Adopté en novembre 2017, ce décret en effet facilitera le recrutement de centaines de médecins étrangers hospitaliers puis de praticiens libéraux, en médecine, en odontologie et en pharmacie.

Une fois embauchés en CDD dans les hôpitaux publics français, les médecins étrangers (jeunes diplômés ou exerçant depuis longtemps dans leur pays d’origine) seront assimilés à leurs confrères français avec les mêmes avantages en termes de rémunération, congés, protection sociale...

Selon notre source, cette disposition aura pour effet de faire "exploser" l’exode des Marocains et surtout des jeunes diplômés n’ayant pas encore d’attaches professionnelles dans leur pays d’origine. C'est d'ailleurs le cas dans d'autres pays tels que la Tunisie, l'Algérie ou l'Egypte.

Sachant que l’Allemagne propose aussi, depuis peu, d’offrir des formations linguistiques aux praticiens du Maghreb pour les intégrer dans ses établissements hospitaliers en manque de médecins, il y a donc de fortes chances que de nombreux médecins, dentistes, pharmaciens et chirurgiens, de nationalité marocaine, choisissent de s’expatrier pour des raisons matérielles.

Si ces pays ont assoupli leur législation pour séduire les étrangers et pallier leur manque croissant de ressources humaines, le Maroc qui fait aussi face à une pénurie de personnel médical risque fort à l’avenir de voir son déficit croître et même de devenir un désert médical dans certaines régions.

Une opération de charme "qui échouera face au patriotisme des Marocains"

Malgré les conditions désastreuses de travail, décrites par notre source et connues de tous les patients marocains qui consultent dans le secteur public, Houcine Maouni qui préside le conseil de l’ordre des médecins pense que le corps médical (jeune et moins jeune) ne se laissera pas séduire.

Selon lui, le Maroc qui compte 25.000 médecins (publics et privés) fait déjà face à un déficit avec 7,3 praticiens pour 10.000 habitants contre normalement 1 médecin pour 650 habitants (norme OMS).

Interrogé sur le cas inquiétant de la Tunisie qui a vu en 2017, 485 de ses 1000 nouveaux médecins inscrits au conseil de l’ordre se désinscrire et quitter leur pays contre à peine une soixantaine en 2013, Maouni avance que le Maroc n’est pas dans le même cas de figure.

"Cet exode n’est pas une bonne chose car le Maroc est déjà déficitaire en ressources humaines. La communauté médicale marocaine en Europe (surtout en France) nous prive de nombreuses compétences mais je ne suis pas inquiet car nos médecins ont le patriotisme chevillé au corps.

"Après avoir essayé, en vain, de séduire les praticiens des pays de l’Est, la France s’est tournée vers les pays du Maghreb pour combler sa pénurie. Au jour d’aujourd’hui, le conseil que je préside n’a pas constaté d’hémorragie car malgré les difficultés, nos confrères préfèrent exercer dans leur pays.

"De plus, comme le Maroc est en train de devenir un hub médical, ils seront moins tentés de partir. Il n’y a aucun rapport avec l’exode massif de nos confrères tunisiens car la problématique se pose autrement chez nous. Si 45% des nouveaux diplômés tunisiens choisissent de partir, c’est parce qu’ils n’ont pas de débouchés dans leur pays. Chez nous, il y a de la place pour tout le monde même s’il faut reconnaitre que les conditions de travail ne sont pas toujours optimales", précise le président.

A la question de savoir si la fibre patriotique fera le poids face aux nombreux avantages offerts en Europe (salaires élevés, assurance, logement …), Maouni persiste à dire que ce ne sont pas "ces packs de séduction" qui poussent les médecins à partir mais plutôt leur détermination à quitter leur pays.

"Nous n’avons pas de chiffres officiels sur les médecins expérimentés qui s’expatrient, mais en me basant sur ceux qui se désinscrivent du Conseil de l’ordre, pas plus d’une vingtaine l’ont fait en 2017. Idem pour les 1.000 nouveaux diplômés annuels mais ce chiffre de 20 ne tient pas compte de ceux qui ne s’inscrivent pas chez nous et le font directement en France ou ailleurs", conclut Maouni qui ajoute qu’il n’y aura pas d’hémorragie, sachant que les débouchés marocains sont nombreux et que les conditions de travail ne cessent de s’améliorer (adoption d’un régime de protection sociale des professions libérales, revalorisation à venir du prix des actes médicaux ….).

Un optimisme qui devra cependant être confronté à la réalité des futurs départs, sachant que l’opération de charme des pays européens concerne l’embauche de milliers de praticiens étrangers.

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Chaque année, plusieurs milliers de cerveaux quittent définitivement le Maroc pour travailler à l’étranger. Le président marocain du Conseil national de l’ordre des médecins soutient que l’adoption récente de mesures en Europe pour faciliter l’insertion professionnelle des praticiens médicaux ne débouchera par sur un exode marocain inquiétant comme en Tunisie ou en Egypte. Selon lui, seuls 20 nouveaux diplômés et 20 médecins expérimentés choisissent d’exercer ailleurs chaque année. Mais, ces chiffres rassurants contrastent avec nos constats effectués lors d'une visite dans un hôpital à Rabat.

"Après 10 années d’études, nous sommes affectés dans des régions lointaines pour un salaire de misère et des conditions de travail plus que déplorables. Pour ceux qui n’ont pas les moyens d’ouvrir un cabinet ou n’arrivent pas à décrocher un emploi dans le secteur privé, le choix de partir s’installer en France ou en Allemagne est alors le seul moyen de garantir leur avenir professionnel car au Maroc, notre métier n’est absolument pas valorisé par nos autorités de tutelle.

"L’adoption récente d’un décret en France, qui permet aux étrangers d’obtenir une autorisation temporaire d’exercer, est donc une bénédiction, sachant qu’au bout de 3 ans de période probatoire, nous pourrons être complètement intégrés au système médical français", nous déclare un médecin, requérant l’anonymat, qui hésite encore à s’expatrier pour des raisons familiales.

Un décret français qui risque de faire exploser l’exode des praticiens marocains

"Mes collègues expérimentés ou pas et nos stagiaires à l’hôpital ne parlent que de ce décret. Si je ne venais pas de me marier et d’avoir un enfant, je n’hésiterais pas un instant, sachant qu’à l’hôpital Moulay Youssef de Rabat où j’exerce, on manque de tout, même de coton. Je vous laisse imaginer l’attractivité de cette opportunité chez nos confrères des petits patelins qui travaillent dans des conditions abominables", affirme notre source.

Adopté en novembre 2017, ce décret en effet facilitera le recrutement de centaines de médecins étrangers hospitaliers puis de praticiens libéraux, en médecine, en odontologie et en pharmacie.

Une fois embauchés en CDD dans les hôpitaux publics français, les médecins étrangers (jeunes diplômés ou exerçant depuis longtemps dans leur pays d’origine) seront assimilés à leurs confrères français avec les mêmes avantages en termes de rémunération, congés, protection sociale...

Selon notre source, cette disposition aura pour effet de faire "exploser" l’exode des Marocains et surtout des jeunes diplômés n’ayant pas encore d’attaches professionnelles dans leur pays d’origine. C'est d'ailleurs le cas dans d'autres pays tels que la Tunisie, l'Algérie ou l'Egypte.

Sachant que l’Allemagne propose aussi, depuis peu, d’offrir des formations linguistiques aux praticiens du Maghreb pour les intégrer dans ses établissements hospitaliers en manque de médecins, il y a donc de fortes chances que de nombreux médecins, dentistes, pharmaciens et chirurgiens, de nationalité marocaine, choisissent de s’expatrier pour des raisons matérielles.

Si ces pays ont assoupli leur législation pour séduire les étrangers et pallier leur manque croissant de ressources humaines, le Maroc qui fait aussi face à une pénurie de personnel médical risque fort à l’avenir de voir son déficit croître et même de devenir un désert médical dans certaines régions.

Une opération de charme "qui échouera face au patriotisme des Marocains"

Malgré les conditions désastreuses de travail, décrites par notre source et connues de tous les patients marocains qui consultent dans le secteur public, Houcine Maouni qui préside le conseil de l’ordre des médecins pense que le corps médical (jeune et moins jeune) ne se laissera pas séduire.

Selon lui, le Maroc qui compte 25.000 médecins (publics et privés) fait déjà face à un déficit avec 7,3 praticiens pour 10.000 habitants contre normalement 1 médecin pour 650 habitants (norme OMS).

Interrogé sur le cas inquiétant de la Tunisie qui a vu en 2017, 485 de ses 1000 nouveaux médecins inscrits au conseil de l’ordre se désinscrire et quitter leur pays contre à peine une soixantaine en 2013, Maouni avance que le Maroc n’est pas dans le même cas de figure.

"Cet exode n’est pas une bonne chose car le Maroc est déjà déficitaire en ressources humaines. La communauté médicale marocaine en Europe (surtout en France) nous prive de nombreuses compétences mais je ne suis pas inquiet car nos médecins ont le patriotisme chevillé au corps.

"Après avoir essayé, en vain, de séduire les praticiens des pays de l’Est, la France s’est tournée vers les pays du Maghreb pour combler sa pénurie. Au jour d’aujourd’hui, le conseil que je préside n’a pas constaté d’hémorragie car malgré les difficultés, nos confrères préfèrent exercer dans leur pays.

"De plus, comme le Maroc est en train de devenir un hub médical, ils seront moins tentés de partir. Il n’y a aucun rapport avec l’exode massif de nos confrères tunisiens car la problématique se pose autrement chez nous. Si 45% des nouveaux diplômés tunisiens choisissent de partir, c’est parce qu’ils n’ont pas de débouchés dans leur pays. Chez nous, il y a de la place pour tout le monde même s’il faut reconnaitre que les conditions de travail ne sont pas toujours optimales", précise le président.

A la question de savoir si la fibre patriotique fera le poids face aux nombreux avantages offerts en Europe (salaires élevés, assurance, logement …), Maouni persiste à dire que ce ne sont pas "ces packs de séduction" qui poussent les médecins à partir mais plutôt leur détermination à quitter leur pays.

"Nous n’avons pas de chiffres officiels sur les médecins expérimentés qui s’expatrient, mais en me basant sur ceux qui se désinscrivent du Conseil de l’ordre, pas plus d’une vingtaine l’ont fait en 2017. Idem pour les 1.000 nouveaux diplômés annuels mais ce chiffre de 20 ne tient pas compte de ceux qui ne s’inscrivent pas chez nous et le font directement en France ou ailleurs", conclut Maouni qui ajoute qu’il n’y aura pas d’hémorragie, sachant que les débouchés marocains sont nombreux et que les conditions de travail ne cessent de s’améliorer (adoption d’un régime de protection sociale des professions libérales, revalorisation à venir du prix des actes médicaux ….).

Un optimisme qui devra cependant être confronté à la réalité des futurs départs, sachant que l’opération de charme des pays européens concerne l’embauche de milliers de praticiens étrangers.

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