Environ 2.000 enfants sont adoptés chaque année au Maroc. Si la procédure est très longue et n’aboutit pas automatiquement dans le reste du monde, la demande de kafala est presque toujours acceptée au Maroc dans un délai de 3 à 6 mois. Ce régime d’adoption ultra-rapide qui ne peut pas être assimilé à une vraie filiation peut engendrer de nouveaux abandons.

Contrairement à la plupart des autres pays, le Maroc a opté pour la kafala qui est un régime de tutelle sur un enfant jusqu’à sa majorité et pas une adoption plénière permettant d’obtenir une filiation complète.

Interrogée par Médias24, une kafil (mère adoptive), préférant rester anonyme, affirme qu’il n’y a pas de procédure homogène d’adoption au Maroc mais que grâce à la collaboration d’une crèche qui s’est occupée de toutes les formalités, elle a pu bénéficier d’une kafala provisoire avant la décision finale du juge.

Exemple réussi d’une adoption

"Après avoir décidé d’adopter (un 1er garçon puis un 2ème), j’ai déposé une demande à la crèche de Tanger accompagnée de ma CIN, bulletin de salaires, attestation de logement, casier judiciaire.

"J’ai eu de la chance car mon enfant était chez moi une semaine après le dépôt du dossier mais à Casablanca, on ne vous le confie pas avant d’avoir fini le processus qui prend plusieurs mois.

"La crèche a transmis mon dossier au juge qui a ordonné quatre enquêtes. Une auprès de l’assistance sociale, une deuxième aux affaires religieuses, une 3ème à la police et la 4ème au caïd de mon quartier.

"Une fois lancées, une assistante sociale et un représentant des affaires religieuses ont effectué une (seule et rapide) visite domiciliaire tandis que la police et le caïd ont fait leur enquête discrètement", précise notre interlocutrice qui ajoute que la seule vraie contrainte au Maroc est d’être musulmane.

Notons que les étrangers souhaitant adopter un enfant doivent obligatoirement se convertir à l’Islam.

Il aura fallu 4 mois à notre interlocutrice pour obtenir l’ordonnance finale du juge lui accordant la garde définitive de ses enfants jusqu’à leur majorité. Munie de ce papier officiel, elle a entamé les démarches qui ont duré moins de 6 mois pour donner son nom de famille à chacun de ses enfants.

Après le changement de nom, elle a demandé au juge une autorisation pour leur établir un passeport puis une fois obtenu, elle a dû solliciter une autorisation de sortie du territoire pour chacun d’entre eux, explique, satisfaite, notre source qui regrette cependant qu’ils ne puissent hériter que de 20% de ses biens. Pour remédier à cette "injustice", elle compte leur faire des donations de son vivant.

Jointe à son tour, Fatim-Zahra Alami, ancienne présidente de l’association Osraty qui essaye de changer la loi pour instaurer un suivi des adoptés avec davantage de contrôle et qui conseille aussi les parents demandeurs, énonce les problèmes engendrés par la célérité de la procédure marocaine.

Selon elle, le délai extrêmement court d’adoption (4 à 6 mois), par rapport à l’Europe qui s’explique par l’absence de véritable enquête sur le profil des parents au Maroc, pose des problèmes ultérieurs.

Procédure express à l’origine de nombreux nouveaux abandons

"L’immense majorité des demandes de tutelle aboutissent même quand les kafils ne sont pas capables d’élever un enfant ou ne sont pas équilibrés psychologiquement.

"En France, l’adoption prend plusieurs années car il y a de nombreux entretiens pour cerner le profil des adoptants. De plus, il y a une phase pour les préparer qui permet de faire le tri et de faire réfléchir les postulants dont une bonne partie finit par renoncer. Entre les expertises psychologiques et l’apprentissage des obligations, 70% des candidats sont éliminés ou renoncent.

"Ainsi, on évite qu’ils ne rendent l’enfant aux services sociaux comme cela arrive souvent chez nous avec environ 20% de retours dans les orphelinats marocains dans l’année suivant leur adoption.

"Face aux crises identitaires qui se manifestent à l’adolescence, il vaut mieux être préparé mais comme ce n’est pas le cas au Maroc, beaucoup d’enfants se retrouvent dans des centres de sauvegarde, nom savant pour désigner des prisons de mineurs.

"Sachant qu’à 18 ans, la Kafala prend fin et qu’il n’y a plus de lien administratif ou d’obligation juridique des parents envers les enfants, ces derniers se retrouvent donc souvent à la rue", regrette Mme Alami qui espère que les autorités finiront par prendre conscience des effets pervers de l’adoption express.

La meilleure solution, selon elle, serait que le Maroc signe la convention internationale d’adoption qui permet de reconnaître l’adoption comme une vraie filiation avec toutes les obligations et droits manquants comme celui d’hériter ou de transmettre sa nationalité quand il s’agit d’un parent étranger.

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Environ 2.000 enfants sont adoptés chaque année au Maroc. Si la procédure est très longue et n’aboutit pas automatiquement dans le reste du monde, la demande de kafala est presque toujours acceptée au Maroc dans un délai de 3 à 6 mois. Ce régime d’adoption ultra-rapide qui ne peut pas être assimilé à une vraie filiation peut engendrer de nouveaux abandons.

 

Contrairement à la plupart des autres pays, le Maroc a opté pour la kafala qui est un régime de tutelle sur un enfant jusqu’à sa majorité et pas une adoption plénière permettant d’obtenir une filiation complète.

Interrogée par Médias24, une kafil (mère adoptive), préférant rester anonyme, affirme qu’il n’y a pas de procédure homogène d’adoption au Maroc mais que grâce à la collaboration d’une crèche qui s’est occupée de toutes les formalités, elle a pu bénéficier d’une kafala provisoire avant la décision finale du juge.

Exemple réussi d’une adoption

"Après avoir décidé d’adopter (un 1er garçon puis un 2ème), j’ai déposé une demande à la crèche de Tanger accompagnée de ma CIN, bulletin de salaires, attestation de logement, casier judiciaire.

"J’ai eu de la chance car mon enfant était chez moi une semaine après le dépôt du dossier mais à Casablanca, on ne vous le confie pas avant d’avoir fini le processus qui prend plusieurs mois.

"La crèche a transmis mon dossier au juge qui a ordonné quatre enquêtes. Une auprès de l’assistance sociale, une deuxième aux affaires religieuses, une 3ème à la police et la 4ème au caïd de mon quartier.

"Une fois lancées, une assistante sociale et un représentant des affaires religieuses ont effectué une (seule et rapide) visite domiciliaire tandis que la police et le caïd ont fait leur enquête discrètement", précise notre interlocutrice qui ajoute que la seule vraie contrainte au Maroc est d’être musulmane.

Notons que les étrangers souhaitant adopter un enfant doivent obligatoirement se convertir à l’Islam.

Il aura fallu 4 mois à notre interlocutrice pour obtenir l’ordonnance finale du juge lui accordant la garde définitive de ses enfants jusqu’à leur majorité. Munie de ce papier officiel, elle a entamé les démarches qui ont duré moins de 6 mois pour donner son nom de famille à chacun de ses enfants.

Après le changement de nom, elle a demandé au juge une autorisation pour leur établir un passeport puis une fois obtenu, elle a dû solliciter une autorisation de sortie du territoire pour chacun d’entre eux, explique, satisfaite, notre source qui regrette cependant qu’ils ne puissent hériter que de 20% de ses biens. Pour remédier à cette "injustice", elle compte leur faire des donations de son vivant.

Jointe à son tour, Fatim-Zahra Alami, ancienne présidente de l’association Osraty qui essaye de changer la loi pour instaurer un suivi des adoptés avec davantage de contrôle et qui conseille aussi les parents demandeurs, énonce les problèmes engendrés par la célérité de la procédure marocaine.

Selon elle, le délai extrêmement court d’adoption (4 à 6 mois), par rapport à l’Europe qui s’explique par l’absence de véritable enquête sur le profil des parents au Maroc, pose des problèmes ultérieurs.

Procédure express à l’origine de nombreux nouveaux abandons

"L’immense majorité des demandes de tutelle aboutissent même quand les kafils ne sont pas capables d’élever un enfant ou ne sont pas équilibrés psychologiquement.

"En France, l’adoption prend plusieurs années car il y a de nombreux entretiens pour cerner le profil des adoptants. De plus, il y a une phase pour les préparer qui permet de faire le tri et de faire réfléchir les postulants dont une bonne partie finit par renoncer. Entre les expertises psychologiques et l’apprentissage des obligations, 70% des candidats sont éliminés ou renoncent.

"Ainsi, on évite qu’ils ne rendent l’enfant aux services sociaux comme cela arrive souvent chez nous avec environ 20% de retours dans les orphelinats marocains dans l’année suivant leur adoption.

"Face aux crises identitaires qui se manifestent à l’adolescence, il vaut mieux être préparé mais comme ce n’est pas le cas au Maroc, beaucoup d’enfants se retrouvent dans des centres de sauvegarde, nom savant pour désigner des prisons de mineurs.

"Sachant qu’à 18 ans, la Kafala prend fin et qu’il n’y a plus de lien administratif ou d’obligation juridique des parents envers les enfants, ces derniers se retrouvent donc souvent à la rue", regrette Mme Alami qui espère que les autorités finiront par prendre conscience des effets pervers de l’adoption express.

La meilleure solution, selon elle, serait que le Maroc signe la convention internationale d’adoption qui permet de reconnaître l’adoption comme une vraie filiation avec toutes les obligations et droits manquants comme celui d’hériter ou de transmettre sa nationalité quand il s’agit d’un parent étranger.

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