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Interview. Noureddine Ayouch: «Nous organiserons d’autres colloques» 

Vendredi 22 juin 2018 à 17h01
Interview. Noureddine Ayouch: «Nous organiserons d’autres colloques»
 

Au surlendemain de l’interdiction du colloque international sur les libertés individuelles, le président du collectif «Démocratie et Libertés» livre à Médias24 sa lecture des faits. Selon lui, la peur des partis politiques «frileux» de perdre des voix électorales explique la décision de la préfecture qui est intervenue juste après les attaques salafistes contre son colloque aux thématiques dérangeantes.

-Médias24: Avant d’en arriver à cette fameuse interdiction, quelle était la vocation du colloque?

-Noureddine Ayouch : Ce colloque qui a nécessité 8 mois de préparation est conforme au manifeste de la charte de notre collectif d’associations intitulé «Démocratie et Libertés». Ce n’est pas le premier du genre sachant que nous en avons organisé plusieurs sur la liberté de conscience, l’égalité homme-femme et un tas d’autres thématiques pour défendre les droits humains et les libertés individuelles et religieuses.

Le dernier consacré à «la fin des partis politiques» s’est tenu à la Fondation du Roi Abdelaziz Al Saoud il y a 3 mois. Concernant ce colloque, c’était la première fois qu’on en organisait un de si important concentré sur plusieurs questions d’actualité. L’intitulé était «Les libertés individuelles à l’ère de l’Etat de droit».

Nous allions traiter la liberté de conscience avec plusieurs invités issus des minorités religieuses. Des sunnites convertis au christianisme, bahaïsme, Ahmadisme ou au chiisme devaient exprimer leurs difficultés à vivre et coexister au Maroc.

Plusieurs personnalités du monde arabe et du Maghreb (Tunisie, Algérie, Irak, France…) allaient parler de la liberté de conscience dans leurs pays et échanger leurs points de vue et expériences.

Du côté marocain, il y avait Nabil Mouline, Ahmed Assid, Nezha Skalli, Soumaya Guessous, Nezha Guessous et beaucoup d’autres intervenants issus de différents courants idéologiques ou politiques.

En dehors de la liberté de conscience, nous avions prévu de traiter plusieurs thématiques dont l’égalité successorale homme-femme, la procréation médicalement assistée, la liberté de disposer de son corps, celle des homosexuels, la liberté sexuelle…

Le colloque était prévu sur deux jours et chacun des 5 panels devait durer 3 heures.

-Ne fallait-il pas s’attendre à une interdiction avec un spectre aussi large de thèmes dérangeants?

-Non, car le collectif voulait aborder tous les sujets d’actualité en confrontant les expériences arabes. Nous avions l’intention de reprendre chaque thématique à part en 2019 dans le cadre d’une journée dédiée. Cette stratégie qui a été mûrement réfléchie pendant 8 mois devait d’ailleurs aboutir à la publication d’un livre regroupant les actes et recommandations de chaque intervenant.

-Qui étaient les politiques qui devaient intervenir (au départ)?

-Trois ou quatre partis politiques devaient assister à notre colloque international. Mohamed Sassi (PSU) devait parler des relations sexuelles et Omar Balafrej (FGD) de l’héritage. Le PPS a commencé par donner son accord avant de se désister.

-L’interdiction de votre colloque a été précédée de nombreux désistements...

-C’est faux, il n’y en a eu aucun hormis parmi les partis politiques et le gouvernement.

-Pouvez-vous citer des noms?

-Nous avons invité les dirigeants de toutes les formations politiques: PJD, PI, PAM, RNI, MP, PPS, FGD…

Le chef de l’Exécutif a été également convié pour présider la séance d’ouverture. Son directeur de cabinet m’a dit que Si Othmani allait réfléchir mais finalement, il n’a pas donné suite à l’invitation. Slimane Lamrani, directeur du PJD, m’a aussi fait des promesses, puis silence radio. Idem pour Karim Ghallab de l’Istiqlal, Ilyas Elomari et de Hakim Benchamach du PAM, Mohand Laenser du MP

-Et du côté des ministres?

-Mohamed Aujjar, ministre de la Justice, m’a affirmé 3 fois qu’il serait présent pour parler des libertés individuelles. Il était très content d’être parmi nous pour réitérer ses propos récents très courageux sur la sexualité qu’il considère comme une affaire privée du moment qu’elle a lieu à domicile.

En fait, c’est à partir du moment où la Fondation du Roi Abdelaziz est revenue sur sa décision d’accueillir notre colloque dans ses locaux que les désistements ont commencé.

-Comment avez-vous été avisés de l’interdiction de la tenue du colloque?

-Pour toute manifestation, la loi oblige les organisateurs à déposer un avis 48 heures avant l’événement, auprès de la préfecture voisine à savoir celle d’Anfa pour nous.

Nous avons donc déposé cet avis lundi 18 juin à 9h15 et comme le mercredi suivant à la même heure, nous n’avions reçu aucun réponse, nous avons pensé que notre demande avait été acceptée. Par souci de légalité, j’ai appelé la préfecture le mercredi à 15 heures qui m’a appris l’interdiction oralement. Nous avons alors exigé une notification par écrit qui nous a été promise pour 17 heures soit après les 48 heures réglementaires.

A l’heure convenue, une dame est venue avec une lettre d’interdiction du ministère de l’Intérieur signée d’un responsable de la préfecture.

-Qu’avez-vous fait?

-Sidérés, nous nous sommes réunis et avons décidé d’annuler l’événement et d’aviser chaque invité.

-Quelle était la raison officielle de cette interdiction ?

-Une justification très vague faisant état d’un problème de procédure qui citait le respect du délai légal de 48 heures.

-Pas pour un risque de trouble à l’ordre public avec une manifestation sous vos fenêtres?

-Non car si les autorités avaient décelé un risque, elles auraient pu établir un cordon de sécurité autour de l’événement. En fait, à chaque fois qu’elles veulent interdire une réunion dérangeante, elles prétextent des problèmes procéduraux car elles ne peuvent pas reconnaître la censure d’une manifestation sur les libertés publiques.

-Avant l’interdiction, y a-t-il eu des attaques des mouvements de salafistes opposés au colloque?

-J’ai souvent été menacé mais je ne prends pas au sérieux ces menaces sur internet sans quoi je ne ferais plus rien de sérieux. Dans la presse en ligne, nous avons été traités de tous les noms, on nous a accusés d’être des athées qui complotent contre l’Islam et contre la nation musulmane.

J’ai même vu des photos de manifestations salafistes dans la rue contre la tenue de notre colloque.

-Les autorités ont-elles eu peur d’être confrontées à des débordements populaires?

-Le vrai problème est que nous avons un gouvernement composé de partis, de tous bords politiques, qui ne considèrent pas les Marocains comme des citoyens mais plutôt comme des électeurs.

Afin de se protéger, le PJD, par exemple, a toujours axé ses actions sous le référentiel religieux. Idem pour l’Istiqlal et malheureusement, les partis de gauche préfèrent se taire pour ne pas perdre de voix. Ils justifient leur silence en arguant que le pays est conservateur et n’est pas prêt à évoluer sur certaines questions de société que nous allions aborder pendant le colloque.

-La raison est donc électorale?

-Sans l’ombre d’un doute car ils ne veulent pas s’aliéner des électeurs qui ne sont pas d’accord avec nos idées. Ces gens refusent d’instaurer les libertés individuelles par conservatisme et hypocrisie sociale.

-La Fondation qui devait vous accueillir a été la première cible des attaques idéologiques...

-C’est effectivement la raison pour laquelle elle a finalement refusé mais je ne leur en veux pas.

-Vous ne voulez pas insulter l’avenir...

-Absolument pas car je dis toujours ce que je pense et n’ai l’habitude de ménager personne. C’est une institution privée qui a le droit de refuser d’accueillir qui bon lui semble.

-Sachant qu’elle appartient à l’Arabie saoudite, son refus n’était-il pas attendu?

-Tout le monde sait que c’est un pays ultraconservateur dont le wahabisme a été à l’origine de nombreux maux du monde arabe.

-Mais la fondation a accepté de vous accueillir avant de revenir sur sa décision...

-C’est toute l’hypocrisie de ce pays qui veut donner une image moderne au Maroc alors que ce n’est pas le cas.

Il n’empêche que cette Fondation est dirigée par un intellectuel d’une grande valeur et très courageux qui est Mohamed Janjar. Il nous a toujours ouvert ses portes mais cette situation le dépasse...

-La Fondation a affirmé que votre programme et votre personne n’étaient pas assez académiques...

-Elle n’a jamais dit cela. De plus, la majorité de nos invités sont de grands académiciens du monde entier. Si je ne suis pas académicien, je suis un universitaire qui a le droit de défendre les libertés. Pour la Fondation, je pense que certaines thématiques (minorité religieuse) leur ont posé problème.

-Quelles sont les autres activités de votre collectif?

-Comme l’indique notre intitulé, notre vocation est de défendre la démocratie et les libertés. Pour faire court, nous nous battons contre les injustices (Palestine, rockeurs incarcérés que nous avons fait libérer, salafistes condamnés que nous avons aidés, droits des femmes, des homosexuels…).

-Qui a financé toutes ces activités et ce colloque en particulier?

-Avant, c’étaient des institutions internationales comme l’ambassade d’Angleterre ou d’Allemagne mais nous avons également plusieurs mécènes marocains dont je fais partie.

Concernant ce colloque, il a été entièrement financé par moi et d’autres contributeurs marocains.

-Combien devait-il coûter avant d’être interdit?

-La facture finale devait s’établir à 158.000 DH. Nous avons serré les vis et négocié pour obtenir les meilleurs prix d’avion et d’hôtels (650 DH avec un repas). Les déjeuners pendant le colloque devaient être des sandwichs coûtant 60 dirhams. Tout ça pour dire que notre institution n’a pas beaucoup de moyens mais que nous nous battons.

-Qu’allez-vous faire après l’interdiction?

-On ne va certainement pas baisser les bras sinon ça serait la fin. Après l’interdiction, nous avons reçu beaucoup de demandes d’inscription à notre collectif et de marques de soutiens.

-Au final, cela vous fait une publicité inespérée, peut-être supérieure à la tenue du colloque...

-Pour notre collectif oui mais nos censeurs, eux, doivent faire face une image très négative. Plusieurs médias étrangers comme le journal «Le Monde» s’intéressent à l’affaire et m’ont interviewé.

C’est aussi la première fois qu'une majorité de la presse marocaine appuie notre collectif.

-Cette visibilité médiatique va-t-elle vous faciliter la tâche pour l’avenir?

-Je suis persuadé que le travail des médias poussera les décideurs politiques à revenir à de meilleurs sentiments pour évoluer sur les questions sensibles de société.

-Qu’en pensent les libéraux, êtes-vous soutenus ou bien est-ce que tout le monde se cache?

-Tout le monde s'est soustrait, mais au sein de certains partis politiques, il y a quelques personnes qui nous appuient. Elles ne le font pas publiquement car elles ont peur ou sont frileuses.

Même s’il n’a pas pu avoir lieu, jamais un colloque n’a eu autant d’impact et fait autant parler de lui au niveau national et international (30 journalistes mobilisés et 8 télévisions).

-A terme, allez-vous en organiser d’autres?

-Nous allons laisser passer l’été puis nous remettre à la tâche. Notre combat n’est pas vain.

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