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De la naissance du mouvement à la condamnation de ses leaders, retour sur les dates clés du Hirak  

Samedi 30 juin 2018 à 09h48
De la naissance du mouvement à la condamnation de ses leaders, retour sur les dates clés du Hirak
 

De Mohcine Fikri au couperet de la Cour d’appel de Casablanca, voici quelques dates clés du Hirak, mouvement contestataire né à Al Hoceima.

28 octobre 2016, mort de Mohcine Fikri et naissance du Hirak

Au début, des clichés diffusés sur les réseaux sociaux. Ils sont terribles. Ils montrent un individu mort, les trois-quart du corps coincés sous la pelle d'un camion-benne à ordures. Il s'agit de Mohcine Fikri, grossiste de poisson à Al Hoceima.

Ensuite, une polémique, alimentée par de nombreuses versions sur les causes du décès. La plus insistante met en cause un commissaire. Ce dernier aurait ordonné, par l'expression "Than mo!" (Broie-le!) d'écraser Mohcine alors qu'il essayait d'empêcher la destruction de sa marchandise saisie.

En réalité, la thèse de l'accident a fini par s'imposer. Mais l'expression "Than mo" s'érige en hashtag, relayé massivement sur les réseaux sociaux. Le Maroc pleure Mohcine Fikri. Des dizaines de milliers de Marocains sortent pour manifester contre la "Hogra", terme qui renvoie au mépris et l'oppression des autorités.

Dans la région du Rif, et plus précisément à Al Hoceima, les marches, sit-in et manifestations deviennent quotidiens ou presque. Les rues ne désemplissent plus. Un mouvement contestataire est né: Le Hirak. Il se présente comme pacifique, avec des revendications purement sociales (des hôpitaux, universités, de l’emploi etc.). Les retards qu’accuse le programme «Al Hoceima, Phare de la Méditerranée», lancé en 2015 par le Roi, rendent légitimes ces revendications.

Du Hirak, émerge une figure devenue son leader: Nasser Zefzafi. Il s’affirme comme la voix du mouvement. Et attire déjà l’attention des forces de l’ordre. La BNPJ le met sur écoute dès le 1er décembre 2017. Il le restera jusqu’à son arrestation. 

>26 mars 2017, l’incendie

A Imzouren, localité à proximité d’Al Hoceima, des manifestants mettent le feu à une résidence abritant des policiers. Résultat: 93 blessés parmi les forces de l’ordre. 14 arrestations plus tard, des condamnations qui atteignent 20 de réclusion. Une année après, au procès du Hirak, un témoin oculaire viendra accuser Zefzafi d'avoir instigué ces agissements.

>26 avril 2017, verdict dans le dossier Mohcine Fikri

Des peines de 5 à 8 mois sont prononcées dans l’affaire Mohcine Fikri. L’homicide volontaire n’est pas retenu, corroborant «judiciairement» la thèse de l’accident.

>14 mai 2017, la maladresse

Convoqués par le ministre de l’Intérieur, des leaders des partis de la majorité gouvernementale se réunissent. Dans la foulée, devant les caméras d’Al Aoula, certains se fendent de déclarations particulièrement frontales.

La première déclaration émane de Rachid Talbi Alami, du RNI: «Naturelle au début, la situation commence à connaître quelques déviances. Surtout en ce qui concerne un groupe de personnes instrumentalisées par des parties de l’étranger. Le dialogue n’a donné aucun résultat avec ce groupe. Tous les éléments démontrent qu’ils sont impliqués dans une série de financements provenant de l’étranger, et précisément d’adversaires de l’intégrité territoriale».

La deuxième est signée Khalid Naciri, du PPS: «Le mythe des revendications sociales s’est évaporé. La ligne rouge a été bafouée par des demandes au souffle séparatiste dans tous les sens du terme.»

Des propos choc, qui ne seront pas repris dans le communiqué, plus lisse, publié un peu plus tard. Mais le mal est fait. Les propos scandalisent. Beaucoup y voient une erreur de communication, une maladresse qui risque d’embraser une situation déjà tendue. Cela se vérifie trois jours plus tard. A Al Hoceima, les habitants sortent pour une manifestation monstre, avec ce maitre-mot: «Nous ne sommes pas séparatistes».

>22 mai 2017, la tentative de réconciliation

Plusieurs membres du gouvernement se rendent de toute urgence à Al Hoceima pour tenter de reprendre la main sur des projets manifestement en retard. Le séjour verra des ministres essayer d’établir un dialogue avec les habitants. Vaine tentative. Le gouvernement semble largué.

>26 mai 2017, la mosquée

A Al Hoceima, Zefzafi interrompt l’imam de la mosquée Mohammed V, au milieu de la prière du vendredi.  Le parquet ordonne son arrestation.  

La police se déplace au domicile familial du leader du Hirak, située au quartier Dior Al Malik où ce dernier s’est réfugié. Les forces de l’ordre y sont confrontées à la résistance des habitants. Des émeutes éclatent. Un policier, Safouan Fares reçoit une grosse pierre en plein milieu du front.  Grièvement blessé, il est transféré d’urgence à l’hôpital. Coma de six mois et paralysie partielle au réveil.   

Ce jour là, dans la ville, la crise atteint son paroxysme. On compte 35 blessés parmi les forces de l’ordre et 38 arrestations parmi les manifestants. De son côté, Zefzafi échappe toujours à la police. Démarre une course poursuite qui va durer 3 jours.

>29 mai 2017, l’arrestation

Fin de cavale pour Nasser Zefzafi. Ce lundi, vers 6h30 du matin, il est arrêté, lui et deux amis  (Fahim Ghattass et Mohamed Haki) dans une maison située dans la petite localité de Trougout. Ils sont transférés en hélicoptère d’Al Hoceima à Casablanca, au siège de la BNPJ, pour y être placés en garde à vue avec d’autres compagnons interpellés entre le 26 et le 29 mai. Les informations sont alors floues à propos du nombre des personnes transférées.

>2 juin 2017, le transfert du dossier judiciaire

La Chambre criminelle près la Cour de cassation octroie à la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, la compétence territoriale à statuer sur tous les dossiers liés aux événements d’Al Hoceima et ayant un lien de connexité par les faits ou les personnes. Ici, c’est le noyau dur du Hirak que l’on vise.  Le renvoi à Casa est motivé par des raisons de sécurité publique.

>6 juin, le mandat de dépôt

Avant de boucler les 96 heures de garde à vue, Zefzafi et six suspects comparaissent le 5 juin devant le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Casablanca, Hassan Matar. Ce dernier décide de déférer les suspects devant le juge d’instruction.

L'interrogatoire de comparution, première étape de l'instruction, débute à 22h30. A 2h du matin, le 6 juin, le juge d'instruction émet un mandat de dépôt contre Nasser Zefzafi et six de ses camarades, qui seront tous placés en détention préventive à la prison civile de Oukacha.

D’autres mis en cause avaient été écroués entre le 2 et 5 juin.

>25 juin 2017, le carton jaune du Roi

Les événements d’Al Hoceima  figurent à la première place du menu du Conseil des ministres, réuni un dimanche. C’est la première réaction publique du Roi concernant ce dossier. Le souverain ne cache pas sa colère. Tous les ministres concernés par des projets en retard dans le cadre du programme "Al Hoceima Phare de la Méditerranée“ sont tancés.

Le Roi ordonne une double enquête:

-une de l’inspection générale l’administration territoriale, qui relève du ministère de l’Intérieur et qui a été chapeautée par la nouvelle inspectrice Zineb Al Adoui, venue de la région Souss-Massa.

-une de l’IGF, l’inspection générale des Finances, qui dépend du ministère du même nom.

>10 juillet, la vidéo

Le site barlamane.com publie une vidéo de Nasser Zefzafi. On y voit ce dernier examiné sous plusieurs angles par une caméra et montrant ses jambes, ses bras et son torse nus, de face et de dos, comme pour montrer l'absence de traces de violences.

La vidéo fait le tour du web. Considérée comme humiliante, elle suscite l'indignation générale. A l’instar de Mustapha Ramid, ministre d’Etat chargé des droits de l’homme, même des membres du gouvernement s’indignent.

Qui a pris la vidéo? Où? Qui l’a fait fuiter et pourquoi? Une enquête est ouverte. Quatre mois plus tard, le directeur de publication du site Barlamane.com est poursuivi en état de liberté. Son procès est en cours. En revanche, aucune poursuite contre la personne qui a fait fuité la vidéo. Le journaliste a refusé de dévoiler son identité.

>29 juillet, la grâce in concreto

A l'occasion de la Fête du Trône, le Roi Mohammed VI a gracie 1.178 personnes. Parmi ces graciés, figurent au moins une quarantaine de détenus du "Hirak", dont la chanteuse Silya.

C’est une grâce accordée au cas par cas, pour tous les détenus  «n'ayant pas commis de crimes ou actes graves lors des événements d'Al Hoceima». Nasser Zefzafi, qui sera un mois plus tard poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, ne figure pas dans cette liste.

>23 aout 2017, le mandat de renvoi

Le juge d’instruction a bouclé l’information judiciaire. 27 accusés, dont Nasser Zefzafi, sont renvoyés à la Chambre criminelle pour y être jugés. Les charges retenues vont de «la participation à des manifestations non déclarées» à  «l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat», crime passible de la peine capitale.

Une autre ordonnance de renvoi sera émise quelques jours plus tard. Elle complète le tableau du procès. 53 accusés, dont quatre en état de liberté. Plus Hamid El Mahdaoui, poursuivi début septembre pour non dénonciation d’un crime portant atteint à la sûreté de l’Etat.

>12 septembre 2017, le procès

La chambre criminelle près la Cour d'appel de Casablanca démarre l'examen du dossier. Identifié comme le groupe de Nabil Ahamjik, une salve de 22 accusés ouvre le bal. Nasser Zefzafi et un groupe de 31 accusés ne comparaitront pour la première fois que le 24 octobre. Les dossiers des deux groupes, ainsi que celui de Hamid El Mahdaoui, sont alors traités séparément. Ils seront joints le 2 novembre 2017.

Les audiences sont souvent tumultueuses, toujours tendues, parfois monotones. La Cour est présidée par un magistrat expérimenté, Ali Torchi, épaulé par deux conseillers. Le ministère public est représenté par Hakim Ouardi, 40 ans, jeune magistrats brillant et incisif. La défense regroupe une soixantaine d’avocats, parmi eux des bâtonniers. Défense et accusation se livrent un combat acharné. Les débats ne sont pas que juridiques. La politique a aussi imprégné les interventions de nombreux avocats.

Les accusés ne sont pas en reste, prenant souvent la parole sans préavis et en dépit des avertissements du juge. On ne compte pas le nombre de fois où Zefzafi est expulsé. Idem pour El Mahdaoui, trublion récidiviste.

Les médias s’arrachent un procès qui, de par ses enjeux et ses protagonistes, a tout du grand procès. Pas de couverture sans carte de presse. La sécurité est omniprésente. Le CNDH est présent en tant qu’observateur. Les familles des accusés répondent présentes lors des premières audiences. Les aller-retours Al Hoceima-Casablanca, et pour ainsi dire la résignation, auront raison de leur persévérance.

>24 octobre 2017, carton rouge du Roi

Au Palais royal de Rabat, le Roi Mohammed VI reçoit le premier président de la Cour des comptes, Driss Jettou, en présence du Chef du gouvernement Saâdeddine Elotmani, et des ministres de l'Intérieur et des Finances Abdelouafi Laftit et Mohamed Boussaid.

M. Jettou présente au Souverain le rapport relatif au programme Al Hoceima "Manarat Al Moutawassat", qui a conclu à l'existence de dysfonctionnements au cours du mandat du gouvernement Benkirane.

Des ministres sont limogés séance tenante, ainsi que Ali Fassi Fihri, DG de l'ONEE. 

Les ministères de l'Intérieur et des Finances avaient, au préalable, présenté leurs propres rapports qui concluaient à des dysfonctionnements et des retards. Le Roi avait néanmoins décidé de confier les ultimes vérifications à la Cour des comptes.

Au procès du Hirak, les avocats des accusés utilisent la décision du Roi comme argument de défense.

>26 janvier 2018, l’interrogatoire à l’audience

C’est la phase clé du procès. Avec une scène commune à tous les accusés: Avant de répondre aux questions du juge, chacun commence par un monologue, parfois long, sur ce que représente le Hirak, et sur les motivations «purement sociales» de ce mouvement. Surtout, une majorité écrasante déclare avoir été victime de mauvais traitement, voire de torture, physique ou mentale, lors de l’arrestation et/ou à lors de la garde à vue.

A lui seul, Nasser Zefzafi a récupéré trois semaines au temps judiciaire pour l’interrogatoire

>12 juin, le boycott

A l’audience, Zefzafi fait lecture d'une lettre où il communique au juge la décision des accusés, consistant à boycotter les prochaines audiences. Il y dénonce un procès où "l'instance a failli à son devoir d'impartialité".

Alors qu'il avait entamé la phase des plaidoiries, le procès du Hirak se poursuivra sans les accusés, excepté Hamid El Mahdaoui. Sur les consignes des accusés, la défense s’abstiendra de plaider. Les accusés boycottent l’audience par leur absence, la défense par son silence.

>22 juin, le réquisitoire

Le ministère public, représenté par Hakim El Ouardi, émet un réquisitoire touffu (1.920 pages, dont une centaine réservée à Zefzafi). Il appuie ses charges sur les communications interceptées (136, dont 69 pour Zefzafi), sur des publications Facebook, des témoignages et 71 vidéos. 

Le parquet concentre son argumentaire sur caractère organisé – et non spontané- du Hirak, sur les liens avec des entités indépendantistes qui le financent de l’étranger. On estime qu’une partie du mouvement a glissé du social vers le politique, du national vers l’international, du légitime vers le criminel.

Les réquisitions du magistrat sont sans détour. Il réclame la condamnation de tous les accusés, pour tous les chefs de poursuite. Dans le cas de certains accusés, cela implique l’application de l’article 201, alinéa 1. Zefzafi et Ahamjik sont, entre autres, concernés par cette charge passible de la peine de mort.

>26 juin, le couperet

Dans la salle 7 de la Cour d’appel, vers 22 heure et au bout de 86 audiences étalées sur 9 mois, la chambre criminelle émet son verdict: Un prévenu, Abdelmounim Assertihou, écope d’une amende 5.000 DH. Pour le reste, Ali Torchi distribuent des peines de 1, 2, 3, 5, 10, 15 et 20 ans d’emprisonnement et de réclusion.[1]Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Ouissam Boustati et Samir Ighid échappent à la peine de mort, mais prennent les sanctions les plus lourdes.

L’énoncé des sentences est accompagné de pleurs et de cris d’indignation. Les proches des condamnés n’en reviennent pas. Ils laissent exploser leur colère à l’intérieur et en dehors de la salle.

La décision a été prise en premier ressort. Pour l’heure, on ne sait pas si les accusés vont faire appel.


[1] Ce jour là, Hamid El Mahdaoui ne fait pas partie des condamnés. Son dossier a été séparé la veille, pour être jugé le 28 juin. 3 ans d’emprisonnement ferme.

 

 

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