L’accident du train qui a eu lieu mardi 16 octobre a montré les limites du système de santé en termes d'organisation des secours. Selon une source médicale de haut niveau, requérant l’anonymat, la régulation médicale des victimes s’est passée dans une improvisation totale alors que des protocoles spécifiques sont normalement prévus pour faire face à ce type de tragédie. Notre interlocuteur pointe notamment du doigt l’absence d’un coordinateur général entre les services de santé, de la protection civile et de la gendarmerie.

Quels sont les protocoles de régulation médicale en cas d’accident grave et de flux important de victimes ? Pour en savoir plus, Médias24 a interrogé une personnalité du monde médical qui était en contact avec tous les acteurs ayant participé à l’évacuation des victimes de l’accident du train TRN 9, le mardi 16 octobre 2018 à Bouknadel.

Selon lui, la gestion de cette tragédie a montré que les protocoles de régulation médicale n’ont pas été respectés par les intervenants et que le bilan final des victimes aurait pu être beaucoup plus lourd.

Notons que la régulation des accidents graves où il n’y a pas d’afflux massif de blessés ne nécessite pas de mécanisme particulier car les services d’urgence du monde entier savent quoi faire.

Un protocole de gestion médicale … théorique

A contrario, dans le cas d’événements exceptionnels (accident de train, crash d’avion, attentat, séisme,…) occasionnant de nombreuses victimes, le système de santé est soumis à des plans préalables de gestion. Au Maroc, les processus d’intervention médicale sont calqués sur les protocoles qui existent en France.

« En théorie, nous avons des plans d’urgence qui nécessitent de mettre aux commandes une seule personne chargée de coordonner les différents corps et de faire le lien entre eux:

  • Ministère de la santé via le SAMU, les ambulances des différents hôpitaux et les services d’urgence de la région (mise à disposition de blocs, lits, scanners, chirurgiens …).
  • Ministère de l’Intérieur via la protection civile et les forces de police.
  • Gendarmerie royale avec son SAMU basé à Sala Al Jadida mais qui peut intervenir sur tout le Maroc.

«Dans la pratique, chacun a fait ce qu’il pouvait dans son coin et pour être honnête, c’était le grand bazar.

«Dès le départ, la chaîne de communication n’a pas correctement fonctionné. C’est le bouche à oreille entre médecins qui a déclenché l’alarme et la mobilisation médicale.

Pas de coordinateur et cafouillage entre intervenants

«Comme il n’y avait pas de coordinateur, il a fallu chercher l’information. C’est une défaillance majeure qui illustre bien la mauvaise coordination des services alors que les professionnels publics de la santé sont censés avoir été formés pour savoir quoi faire devant un afflux exceptionnel de victimes.

«La première mesure a été d’envoyer une équipe sur les lieux du drame, pas pour soigner les victimes mais pour établir un état de la situation et coordonner les actions à mener, à savoir, évaluer le nombre de lits à libérer et les moyens logistiques à déployer.

«Une fois sur place, cette équipe n’a pas pu effectuer sa mission car le désordre était total. Il y avait déjà les éléments de la protection civile qui ramassaient les blessés comme ils pouvaient.

«Les gendarmes présents leur disaient quoi faire alors qu’ils n’ont pas vocation à diriger la régulation médicale.

« Des blessés transportés comme des sacs de sable »

«Malgré ce cafouillage, tout le monde a été évacué. Et ceci même si les normes de sécurité médicale n’ont pas été suivies. S’il faut saluer la rapidité d’intervention de la protection civile, il faut préciser que leurs ambulanciers et pseudo-secouristes ne sont absolument pas formés pour gérer ce type de situation.

«Le but étant d’arriver le plus rapidement à l’hôpital sans se soucier d’aggraver l’état de polytraumatisés ou de blessés aux membres sectionnés.

«Après cette absence de coordination sur le terrain du drame, les choses ont changé à partir de l’hôpital de Salé où les médecins ont commencé à prioriser les patients, et les blessés les moins graves sont restés sur place pour être soignés.

«Initialement, tous les blessés sont passés par Salé et le triage a permis de déterminer qui allait à Avicenne ou à l’hôpital militaire. Environ 90 victimes sont restées à Salé puis une douzaine d’entre elles ont été dirigées vers l’hôpital militaire.

«Concernant les pathologies traumatiques, les cas les plus graves (envoyés à Avicenne puis à l’hôpital militaire) correspondaient à des personnes ayant les membres sectionnés, des fractures ouvertes ou des hémorragies internes.

«Contrairement à ce qui a été dit, l’accident n’a pas généré une grande demande en termes de transfusion, sachant que les médecins ont utilisé une trentaine de poches de sang pour les blessés.

Une coordination artisanale via téléphone portable

«S'il n’y a pas eu de coordination formelle, il y a, heureusement, eu un rapprochement informel entre les responsables du SAMU, de la protection civile et de la gendarmerie royale.

«Ils ont travaillé, à l’arrache, sans cellule de crise, comme le veut le protocole, et sans moyens de communication adaptés.

«Ainsi, les responsables des 3 services communiquaient à l’aide de leur propre téléphone portable alors qu’en pareil cas de figure, il faut des radios à onde courte interconnectées sachant que les mobiles peuvent être coupés (panne, batterie …) et que le réseau peut être encombré».

Notre interlocuteur affirme qu’au final, tout le monde s’en est plutôt bien sorti car la solidarité a bien joué, mais ce tragique accident a dévoilé les failles de la gestion médicale en termes de coordination.

« La leçon est importante car cela permettra de sensibiliser le ministre de la Santé pour qu’à l’avenir, l’application du protocole soit respectée et que la coordination devienne la règle en cas d’événement tragique similaire », conclut notre source.

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L’accident du train qui a eu lieu mardi 16 octobre a montré les limites du système de santé en termes d'organisation des secours. Selon une source médicale de haut niveau, requérant l’anonymat, la régulation médicale des victimes s’est passée dans une improvisation totale alors que des protocoles spécifiques sont normalement prévus pour faire face à ce type de tragédie. Notre interlocuteur pointe notamment du doigt l’absence d’un coordinateur général entre les services de santé, de la protection civile et de la gendarmerie.

Quels sont les protocoles de régulation médicale en cas d’accident grave et de flux important de victimes ? Pour en savoir plus, Médias24 a interrogé une personnalité du monde médical qui était en contact avec tous les acteurs ayant participé à l’évacuation des victimes de l’accident du train TRN 9, le mardi 16 octobre 2018 à Bouknadel.

Selon lui, la gestion de cette tragédie a montré que les protocoles de régulation médicale n’ont pas été respectés par les intervenants et que le bilan final des victimes aurait pu être beaucoup plus lourd.

Notons que la régulation des accidents graves où il n’y a pas d’afflux massif de blessés ne nécessite pas de mécanisme particulier car les services d’urgence du monde entier savent quoi faire.

Un protocole de gestion médicale … théorique

A contrario, dans le cas d’événements exceptionnels (accident de train, crash d’avion, attentat, séisme,…) occasionnant de nombreuses victimes, le système de santé est soumis à des plans préalables de gestion. Au Maroc, les processus d’intervention médicale sont calqués sur les protocoles qui existent en France.

« En théorie, nous avons des plans d’urgence qui nécessitent de mettre aux commandes une seule personne chargée de coordonner les différents corps et de faire le lien entre eux:

  • Ministère de la santé via le SAMU, les ambulances des différents hôpitaux et les services d’urgence de la région (mise à disposition de blocs, lits, scanners, chirurgiens …).
  • Ministère de l’Intérieur via la protection civile et les forces de police.
  • Gendarmerie royale avec son SAMU basé à Sala Al Jadida mais qui peut intervenir sur tout le Maroc.

«Dans la pratique, chacun a fait ce qu’il pouvait dans son coin et pour être honnête, c’était le grand bazar.

«Dès le départ, la chaîne de communication n’a pas correctement fonctionné. C’est le bouche à oreille entre médecins qui a déclenché l’alarme et la mobilisation médicale.

Pas de coordinateur et cafouillage entre intervenants

«Comme il n’y avait pas de coordinateur, il a fallu chercher l’information. C’est une défaillance majeure qui illustre bien la mauvaise coordination des services alors que les professionnels publics de la santé sont censés avoir été formés pour savoir quoi faire devant un afflux exceptionnel de victimes.

«La première mesure a été d’envoyer une équipe sur les lieux du drame, pas pour soigner les victimes mais pour établir un état de la situation et coordonner les actions à mener, à savoir, évaluer le nombre de lits à libérer et les moyens logistiques à déployer.

«Une fois sur place, cette équipe n’a pas pu effectuer sa mission car le désordre était total. Il y avait déjà les éléments de la protection civile qui ramassaient les blessés comme ils pouvaient.

«Les gendarmes présents leur disaient quoi faire alors qu’ils n’ont pas vocation à diriger la régulation médicale.

« Des blessés transportés comme des sacs de sable »

«Malgré ce cafouillage, tout le monde a été évacué. Et ceci même si les normes de sécurité médicale n’ont pas été suivies. S’il faut saluer la rapidité d’intervention de la protection civile, il faut préciser que leurs ambulanciers et pseudo-secouristes ne sont absolument pas formés pour gérer ce type de situation.

«Le but étant d’arriver le plus rapidement à l’hôpital sans se soucier d’aggraver l’état de polytraumatisés ou de blessés aux membres sectionnés.

«Après cette absence de coordination sur le terrain du drame, les choses ont changé à partir de l’hôpital de Salé où les médecins ont commencé à prioriser les patients, et les blessés les moins graves sont restés sur place pour être soignés.

«Initialement, tous les blessés sont passés par Salé et le triage a permis de déterminer qui allait à Avicenne ou à l’hôpital militaire. Environ 90 victimes sont restées à Salé puis une douzaine d’entre elles ont été dirigées vers l’hôpital militaire.

«Concernant les pathologies traumatiques, les cas les plus graves (envoyés à Avicenne puis à l’hôpital militaire) correspondaient à des personnes ayant les membres sectionnés, des fractures ouvertes ou des hémorragies internes.

«Contrairement à ce qui a été dit, l’accident n’a pas généré une grande demande en termes de transfusion, sachant que les médecins ont utilisé une trentaine de poches de sang pour les blessés.

Une coordination artisanale via téléphone portable

«S'il n’y a pas eu de coordination formelle, il y a, heureusement, eu un rapprochement informel entre les responsables du SAMU, de la protection civile et de la gendarmerie royale.

«Ils ont travaillé, à l’arrache, sans cellule de crise, comme le veut le protocole, et sans moyens de communication adaptés.

«Ainsi, les responsables des 3 services communiquaient à l’aide de leur propre téléphone portable alors qu’en pareil cas de figure, il faut des radios à onde courte interconnectées sachant que les mobiles peuvent être coupés (panne, batterie …) et que le réseau peut être encombré».

Notre interlocuteur affirme qu’au final, tout le monde s’en est plutôt bien sorti car la solidarité a bien joué, mais ce tragique accident a dévoilé les failles de la gestion médicale en termes de coordination.

« La leçon est importante car cela permettra de sensibiliser le ministre de la Santé pour qu’à l’avenir, l’application du protocole soit respectée et que la coordination devienne la règle en cas d’événement tragique similaire », conclut notre source.

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