(Ph. Banque mondiale)

Au-delà du constat de l’échec de l’enseignement supérieur dressé par la Banque mondiale, des initiatives apparaissent pour rapprocher les formations du marché de l’emploi. Parmi elles, une opération pilote menée par la faculté d’Aïn Sebaâ.

Le bureau de la Banque mondiale au Maroc a organisé, en partenariat avec l’ IIHEM (International Institute for Higher Education in Morocco), une conférence-débat sur la question de l’employabilité des jeunes le mercredi 27 mars 2014. Si le constat dressé par les différents intervenants est accablant pour le système éducatif marocain, des initiatives sont mises en place pour pallier les insuffisances du système et aider les jeunes diplômés à s’insérer dans le monde du travail.

La difficile transition entre l’éducation et le monde du travail

Selon Kamel Braham, expert éducation de la Banque mondiale, la transition entre l’éducation et le monde du travail est très lente dans la région Mena – 8 ans en moyenne, contre 2 ans dans les pays de l’OCDE – révélant l’incapacité du système éducatif à produire des compétences recherchées par les entreprises. Le système éducatif est conçu pour répondre aux besoins du secteur public et fonctionne selon une logique de sélection et non une logique d’apprentissage.

De plus, dans la région Mena, des facteurs non professionnels, comme la collusion, pèsent lourdement dans l’accès à l’emploi des jeunes, « qui tu connais » étant plus important que « ce que tu connais ». Cela conduit à un déficit de méritocratie qui décourage les jeunes diplômés.

La difficile insertion des jeunes s’expliquent également par le manque de dynamisme du secteur privé dans la région Mena : alors que dans les pays d’Europe de l’Est, ce sont 3 à 4 nouvelles entreprises pour 1.000 habitants qui émergent chaque année, ce chiffre est inférieur à 1 dans la région Mena, selon Diego Angel Urdinola, spécialiste de l’entreprenariat des jeunes à la Banque mondiale. De plus, ces entreprises se développent surtout dans les secteurs du BTP et de la confection où les emplois sont peu qualifiés.

Par ailleurs, l’environnement institutionnel ne favorise pas le changement : le secteur privé apparaît plus risqué, moins bien payé avec un accès très restreint aux filets de sécurité sociale. Ce qui explique la préférence des jeunes diplômés pour le secteur public. Mais l’accès aux « bons emplois » est largement inéquitable à l’égard des femmes et des jeunes, 80% des bons emplois étant détenus par des hommes adultes diplômés qui ne représentent que 6% de la population.

Les universités marocaines, ces usines à chômeurs

Jamila Houfaida Settar, Doyenne de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales (FSJES) d’Aïn Sebaâ, est revenue sur le bilan désastreux des universités marocaines. Avec un taux d’abandon de 64% à la fin de la 3ème année, 14% des étudiants qui réussissent leur licence en 3 ans et 80% des étudiants qui ont un séjour de 8 ans dans les FSJES, le taux de rendement interne de ces universités varient de 7 à 12%. Ce qui constitue un gâchis considérable de ressources.

Aucune donnée n’existe sur le rendement externe des universités.

Que faire pour renverser la vapeur ?

De l’avis des experts de la Banque mondiale, l’insertion des jeunes serait facilitée par :

-un plus grand partenariat entre les secteurs public et privé dans l’élaboration des curricula pour une meilleure prise en compte des besoins des entreprises ;

-la promotion des « secondes chances » en dehors du système éducatif ;

-une harmonisation des conditions d’emplois entre les secteurs public et privé, notamment par une réforme de la sécurité sociale, une amélioration des filets sociaux et une meilleure protection du revenu pour favoriser la mobilité ;

-la promotion de l’entreprenariat, notamment par un meilleur accès au financement, pour redynamiser le secteur privé ;

-la promotion de la gouvernance au niveau du système éducatif et de la formation, notamment par la valorisation des résultats, la promotion de la logique de l’apprentissage et l’amélioration de l’efficacité des services publics de l’emploi.

Des expériences alternatives pilotes sont mises en place, telles que celle de la FSJES d’Ain Sebaâ. Cette université expérimente un nouveau concept de partenariat avec le monde de l’entreprise fondé sur la participation des entreprises à l’élaboration des cursus, la sélection des étudiants, leur encadrement et des stages en entreprise.

Cette formation en alternance permet aux étudiants d’acquérir des compétences au cours de leurs études. Le taux de réussite de la licence professionnelle est proche des 100% – alors qu’il n’est que de 51% pour la licence fondamentale – avec un taux d’insertion des diplômés de 96%, selon Jamila Houfaida Settar.

Les compétences comportementales, ce petit plus qui fait toute la différence

Parallèlement à l’acquisition des compétences techniques, le développement des compétences comportementales est primordial pour accroitre l’employabilité des jeunes, selon Marieme Guyer, représentante de Silatech au Maroc. Ces compétences, valorisées par les entreprises, comprennent, entre autres, le sens des responsabilités, l’autonomisation, le travail d’équipe, la gestion des émotions, etc. C’est pourquoi Silatech a insisté auprès du ministère du Tourisme pour inclure une formation visant le développement de ces compétences comportementales dans le curriculum du ministère.

Tous les experts sont tombés d’accord pour dire que ce sont ces « soft skills » qui font la différence non seulement pour l’accès au premier emploi mais également pour la progression tout au long de la vie professionnelle.


 

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Le bureau de la Banque mondiale au Maroc a organisé, en partenariat avec l’ IIHEM (International Institute for Higher Education in Morocco), une conférence-débat sur la question de l’employabilité des jeunes le mercredi 27 mars 2014. Si le constat dressé par les différents intervenants est accablant pour le système éducatif marocain, des initiatives sont mises en place pour pallier les insuffisances du système et aider les jeunes diplômés à s’insérer dans le monde du travail.

La difficile transition entre l’éducation et le monde du travail

Selon Kamel Braham, expert éducation de la Banque mondiale, la transition entre l’éducation et le monde du travail est très lente dans la région Mena – 8 ans en moyenne, contre 2 ans dans les pays de l’OCDE – révélant l’incapacité du système éducatif à produire des compétences recherchées par les entreprises. Le système éducatif est conçu pour répondre aux besoins du secteur public et fonctionne selon une logique de sélection et non une logique d’apprentissage.

De plus, dans la région Mena, des facteurs non professionnels, comme la collusion, pèsent lourdement dans l’accès à l’emploi des jeunes, « qui tu connais » étant plus important que « ce que tu connais ». Cela conduit à un déficit de méritocratie qui décourage les jeunes diplômés.

La difficile insertion des jeunes s’expliquent également par le manque de dynamisme du secteur privé dans la région Mena : alors que dans les pays d’Europe de l’Est, ce sont 3 à 4 nouvelles entreprises pour 1.000 habitants qui émergent chaque année, ce chiffre est inférieur à 1 dans la région Mena, selon Diego Angel Urdinola, spécialiste de l’entreprenariat des jeunes à la Banque mondiale. De plus, ces entreprises se développent surtout dans les secteurs du BTP et de la confection où les emplois sont peu qualifiés.

Par ailleurs, l’environnement institutionnel ne favorise pas le changement : le secteur privé apparaît plus risqué, moins bien payé avec un accès très restreint aux filets de sécurité sociale. Ce qui explique la préférence des jeunes diplômés pour le secteur public. Mais l’accès aux « bons emplois » est largement inéquitable à l’égard des femmes et des jeunes, 80% des bons emplois étant détenus par des hommes adultes diplômés qui ne représentent que 6% de la population.

Les universités marocaines, ces usines à chômeurs

Jamila Houfaida Settar, Doyenne de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales (FSJES) d’Aïn Sebaâ, est revenue sur le bilan désastreux des universités marocaines. Avec un taux d’abandon de 64% à la fin de la 3ème année, 14% des étudiants qui réussissent leur licence en 3 ans et 80% des étudiants qui ont un séjour de 8 ans dans les FSJES, le taux de rendement interne de ces universités varient de 7 à 12%. Ce qui constitue un gâchis considérable de ressources.

Aucune donnée n’existe sur le rendement externe des universités.

Que faire pour renverser la vapeur ?

De l’avis des experts de la Banque mondiale, l’insertion des jeunes serait facilitée par :

-un plus grand partenariat entre les secteurs public et privé dans l’élaboration des curricula pour une meilleure prise en compte des besoins des entreprises ;

-la promotion des « secondes chances » en dehors du système éducatif ;

-une harmonisation des conditions d’emplois entre les secteurs public et privé, notamment par une réforme de la sécurité sociale, une amélioration des filets sociaux et une meilleure protection du revenu pour favoriser la mobilité ;

-la promotion de l’entreprenariat, notamment par un meilleur accès au financement, pour redynamiser le secteur privé ;

-la promotion de la gouvernance au niveau du système éducatif et de la formation, notamment par la valorisation des résultats, la promotion de la logique de l’apprentissage et l’amélioration de l’efficacité des services publics de l’emploi.

Des expériences alternatives pilotes sont mises en place, telles que celle de la FSJES d’Ain Sebaâ. Cette université expérimente un nouveau concept de partenariat avec le monde de l’entreprise fondé sur la participation des entreprises à l’élaboration des cursus, la sélection des étudiants, leur encadrement et des stages en entreprise.

Cette formation en alternance permet aux étudiants d’acquérir des compétences au cours de leurs études. Le taux de réussite de la licence professionnelle est proche des 100% – alors qu’il n’est que de 51% pour la licence fondamentale – avec un taux d’insertion des diplômés de 96%, selon Jamila Houfaida Settar.

Les compétences comportementales, ce petit plus qui fait toute la différence

Parallèlement à l’acquisition des compétences techniques, le développement des compétences comportementales est primordial pour accroitre l’employabilité des jeunes, selon Marieme Guyer, représentante de Silatech au Maroc. Ces compétences, valorisées par les entreprises, comprennent, entre autres, le sens des responsabilités, l’autonomisation, le travail d’équipe, la gestion des émotions, etc. C’est pourquoi Silatech a insisté auprès du ministère du Tourisme pour inclure une formation visant le développement de ces compétences comportementales dans le curriculum du ministère.

Tous les experts sont tombés d’accord pour dire que ce sont ces « soft skills » qui font la différence non seulement pour l’accès au premier emploi mais également pour la progression tout au long de la vie professionnelle.


 

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