Le refus par des membres de la communauté sénégalaise de remettre aux autorités le corps de Charles Ndour assassiné vendredi 29 août à Tanger, puis la manifestation organisée par les subsahariens ont valu à 25 d’entre eux des ordres d’expulsion. 10 autres ont été condamnés à un mois de prison ferme.

Selon des sources associatives et des résidents sénégalais et camerounais à Al Irfane 2, le procès des Sénégalais, Camerounais et Ivoiriens qui s’est ouvert au tribunal de Tanger lundi, s’est conclu par la décision d’expulser 25 ressortissants subsahariens vers leurs pays d’origine, dont des Sénégalais et des Camerounais. De même source, on annonce également la condamnation de 10 autres à une peine d’un mois de prison ferme.

Il leur est reproché des attroupements non autorisés sur la voie publique, le non-respect des ordres donnés par des agents de la force publique et la participation à une manifestation non autorisée.

Une altercation puis un mort

La soirée du vendredi 29 août à Al Irfane 2 avait connu de violents affrontements entre résidents marocains et résidents subsahariens. Les heurts avaient démarré sur la voie principale lorsque selon des témoignages recueillis sur les lieux, un  gardien de voitures a frappé un jeune Camerounais à l’arme blanche dans des circonstances confuses.

 Alors que ses compatriotes tentaient de mettre le blessé dans une voiture pour l’emmener aux urgences, des altercations opposaient des jeunes Subsahariens et des résidents marocains. Au même moment, des groupes de résidents qui avaient repéré des appartements où résidaient des Subsahariens lançaient une attaque sur l’immeuble où Charles Ndour trouvera la mort. Selon un témoin, les agresseurs étaient venus «pour voir s’il y avait un bar clandestin». 

Au lendemain de la mort de Charles Ndour, un jeune dakarois qui aurait fêté ses 26 ans le 13 octobre prochain, la communauté subsaharienne d’Al Irfane 2 avait décidé d’organiser une manifestation pour demander la protection des autorités. Selon des sources sur place, les Sénégalais d’Al Irfane 2 ont  demandé à leur représentant consulaire d’intercéder pour obtenir cette autorisation de manifester, en vain.

La décision d’expulser et de condamner des Subsahariens illustre la difficulté pour Rabat mais également pour l’Union européenne de définir une politique plus claire sur le sujet. Ce dossier prend chaque année, et depuis 25 ans, de l’ampleur entre le nord du Maroc et le sud l’Espagne, tout comme d’ailleurs entre la Libye et l’Italie, ou entre la Turquie et la Grèce plus à l’est de la Méditerranée.

«Gendarme» de l’Europe qui veille sur les périmètres de Sebta et de Mélillia et qui déploie des milliers de soldats le long de ses côtes de Larache à Nador, le Maroc souhaite également conserver une bonne image auprès des opinions publiques et des acteurs politiques de l’Ouest africain, mais aussi du Mali ou du Niger.

L’image du Maroc, sa manière de traiter et d’assurer la sécurité des Sénégalais, Camerounais, Maliens ou Ivoiriens se trouvant sur son territoire risque d’en souffrir, et donc son influence politique et son rôle économique aussi.

Une situation instable, qui mène à la mort

La mort de Charles Ndour cette semaine après celle du jeune Camerounais Cédric et celle d’un jeune Congolais, les affrontements violents de ces derniers jours, illustrent depuis une année, la détérioration des relations entre  Marocains et Subsahariens.

Sur un plan politique, la mort de Charles Ndour qui a provoqué beaucoup d’émotion à Dakar intervient également après le «dysfonctionnement» qui a permis à plus de 1.000 Subsahariens d’atteindre l’Espagne à bord de canots pneumatiques les 10, 11 et 12 août derniers.

Ce «dysfonctionnement» est interprété, en interne,  comme une manière pour Rabat de soulager la pression sur ses forces de sécurité et de donner des gages aux Marocains qui protestent contre l’afflux de Subsahariens. En externe, la mesure est interprétée comme une réponse aux accusations portées par des ONG européennes contre le comportement des forces de l’ordre marocaines aux portes de Sebta et de  Mélillia, des critiques dont n’est pas épargnée la Guardia civil du pays voisin. Le «dysfonctionnement» serait également l’illustration, vis-à-vis de l’Europe, de ce qu’une absence de coopération du Maroc sur ce dossier pourrait signifier pour les garde-côtes espagnols.

Un «dysfonctionnement» significatif

Dans ce jeu politique et une situation migratoire insoluble à court terme au vu des engagements régionaux marocains et de la situation sociale dégradée dans nombre de pays africains «amis», les Sénégalais, Camerounais, Ivoiriens, Maliens et autres Guinéens en transit au Maroc font figure de «véritables as de pique dans un jeu de ronda».

A court et moyen termes, cette situation est appelée à perdurer, le Maroc ne pouvant ni contrôler la totalité de ses frontières, ni  expulser tous les sans-papiers. De leur côté,  l’Espagne et l’Europe ne vont pas dans la conjoncture actuelle se montrer plus souples sur l’émigration clandestine en provenance du Maroc, sachant que des dizaines de milliers d’Africains et d’Arabes affluent sur les côtes italiennes depuis début 2014.

L’épisode du «dysfonctionnement» de la mi-août a provoqué mises au point et commentaires tant à Rabat et Madrid et le dossier de l’émigration clandestine et du contrôle aux frontières fut d’ailleurs l’un des points à l’ordre du jour de la réunion tenue à Tétouan entre les ministres marocains de l’Intérieur Mohamed Hassad et Jorge Diaz Fernandez et leurs proches collaborateurs le 27 août dernier. Dans les services du ministère de l’Intérieur marocain, ce ne sont pas les soucis et les dossiers à traiter qui manquent actuellement, ainsi que du côté espagnol : Sécurité urbaine renforcée pendant la saison d’été, filières jihadistes, trafic de drogue, flux migratoires, contrôles aux postes-frontières, Opération transit du détroit.

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Selon des sources associatives et des résidents sénégalais et camerounais à Al Irfane 2, le procès des Sénégalais, Camerounais et Ivoiriens qui s’est ouvert au tribunal de Tanger lundi, s’est conclu par la décision d’expulser 25 ressortissants subsahariens vers leurs pays d’origine, dont des Sénégalais et des Camerounais. De même source, on annonce également la condamnation de 10 autres à une peine d’un mois de prison ferme.

Il leur est reproché des attroupements non autorisés sur la voie publique, le non-respect des ordres donnés par des agents de la force publique et la participation à une manifestation non autorisée.

Une altercation puis un mort

La soirée du vendredi 29 août à Al Irfane 2 avait connu de violents affrontements entre résidents marocains et résidents subsahariens. Les heurts avaient démarré sur la voie principale lorsque selon des témoignages recueillis sur les lieux, un  gardien de voitures a frappé un jeune Camerounais à l’arme blanche dans des circonstances confuses.

 Alors que ses compatriotes tentaient de mettre le blessé dans une voiture pour l’emmener aux urgences, des altercations opposaient des jeunes Subsahariens et des résidents marocains. Au même moment, des groupes de résidents qui avaient repéré des appartements où résidaient des Subsahariens lançaient une attaque sur l’immeuble où Charles Ndour trouvera la mort. Selon un témoin, les agresseurs étaient venus «pour voir s’il y avait un bar clandestin». 

Au lendemain de la mort de Charles Ndour, un jeune dakarois qui aurait fêté ses 26 ans le 13 octobre prochain, la communauté subsaharienne d’Al Irfane 2 avait décidé d’organiser une manifestation pour demander la protection des autorités. Selon des sources sur place, les Sénégalais d’Al Irfane 2 ont  demandé à leur représentant consulaire d’intercéder pour obtenir cette autorisation de manifester, en vain.

La décision d’expulser et de condamner des Subsahariens illustre la difficulté pour Rabat mais également pour l’Union européenne de définir une politique plus claire sur le sujet. Ce dossier prend chaque année, et depuis 25 ans, de l’ampleur entre le nord du Maroc et le sud l’Espagne, tout comme d’ailleurs entre la Libye et l’Italie, ou entre la Turquie et la Grèce plus à l’est de la Méditerranée.

«Gendarme» de l’Europe qui veille sur les périmètres de Sebta et de Mélillia et qui déploie des milliers de soldats le long de ses côtes de Larache à Nador, le Maroc souhaite également conserver une bonne image auprès des opinions publiques et des acteurs politiques de l’Ouest africain, mais aussi du Mali ou du Niger.

L’image du Maroc, sa manière de traiter et d’assurer la sécurité des Sénégalais, Camerounais, Maliens ou Ivoiriens se trouvant sur son territoire risque d’en souffrir, et donc son influence politique et son rôle économique aussi.

Une situation instable, qui mène à la mort

La mort de Charles Ndour cette semaine après celle du jeune Camerounais Cédric et celle d’un jeune Congolais, les affrontements violents de ces derniers jours, illustrent depuis une année, la détérioration des relations entre  Marocains et Subsahariens.

Sur un plan politique, la mort de Charles Ndour qui a provoqué beaucoup d’émotion à Dakar intervient également après le «dysfonctionnement» qui a permis à plus de 1.000 Subsahariens d’atteindre l’Espagne à bord de canots pneumatiques les 10, 11 et 12 août derniers.

Ce «dysfonctionnement» est interprété, en interne,  comme une manière pour Rabat de soulager la pression sur ses forces de sécurité et de donner des gages aux Marocains qui protestent contre l’afflux de Subsahariens. En externe, la mesure est interprétée comme une réponse aux accusations portées par des ONG européennes contre le comportement des forces de l’ordre marocaines aux portes de Sebta et de  Mélillia, des critiques dont n’est pas épargnée la Guardia civil du pays voisin. Le «dysfonctionnement» serait également l’illustration, vis-à-vis de l’Europe, de ce qu’une absence de coopération du Maroc sur ce dossier pourrait signifier pour les garde-côtes espagnols.

Un «dysfonctionnement» significatif

Dans ce jeu politique et une situation migratoire insoluble à court terme au vu des engagements régionaux marocains et de la situation sociale dégradée dans nombre de pays africains «amis», les Sénégalais, Camerounais, Ivoiriens, Maliens et autres Guinéens en transit au Maroc font figure de «véritables as de pique dans un jeu de ronda».

A court et moyen termes, cette situation est appelée à perdurer, le Maroc ne pouvant ni contrôler la totalité de ses frontières, ni  expulser tous les sans-papiers. De leur côté,  l’Espagne et l’Europe ne vont pas dans la conjoncture actuelle se montrer plus souples sur l’émigration clandestine en provenance du Maroc, sachant que des dizaines de milliers d’Africains et d’Arabes affluent sur les côtes italiennes depuis début 2014.

L’épisode du «dysfonctionnement» de la mi-août a provoqué mises au point et commentaires tant à Rabat et Madrid et le dossier de l’émigration clandestine et du contrôle aux frontières fut d’ailleurs l’un des points à l’ordre du jour de la réunion tenue à Tétouan entre les ministres marocains de l’Intérieur Mohamed Hassad et Jorge Diaz Fernandez et leurs proches collaborateurs le 27 août dernier. Dans les services du ministère de l’Intérieur marocain, ce ne sont pas les soucis et les dossiers à traiter qui manquent actuellement, ainsi que du côté espagnol : Sécurité urbaine renforcée pendant la saison d’été, filières jihadistes, trafic de drogue, flux migratoires, contrôles aux postes-frontières, Opération transit du détroit.

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