Selon une étude scientifique, dont Médias 24 dévoile les résultats, la prostitution concerne des milliers de Marocaines et soulève d'abord des questions de santé publique.

Peu éduquées, vivant souvent seules, leurs revenus permettent de faire vivre leurs proches. Les clients sont très majoritairement marocains.

Le film de Nabil Ayouch a dérangé par l'évocation de la prostitution, par les mots crus des dialogues, par la vulgarité de certaines séquences et enfin par la présence d'une certaine "clientèle" venue du Moyen Orient. Autant de transgressions. Mais au delà, y a-t-il des données objectives sur la question?

Au-delà de la polémique suscitée par les premiers extraits du film Much Loved, Médias 24 dévoile les résultats d’une étude chiffrée menée au Maroc en 2011 sous l'égide du ministère de la Santé.

Tout d'abord, dans un article publié à la revue Farzyat le 20 mai 2014, Meriam Cheikh, chercheuse en anthropologie, expose son travail d’ethnographie auprès d’un groupe de jeunes filles de Tanger pratiquant les «transactions sexuelles». Elle explique que le profil des travailleuses du sexe au Maroc échappe aux typologies classiques.

«Il est de coutume de définir "la" prostitution au Maroc sans jamais interroger l’usage du singulier pour l’évoquer. C’est comme si, dès lors qu’il s’agissait d’une activité placée aux marges de la société (et de la réflexion) en raison de son caractère transgressif, déviant et "sale", celle-ci ne pouvait être pensée dans sa pluralité et sa complexité.»

L’étude menée sous l'égide du ministère de la Santé, auprès de travailleuses du sexe à Agadir, Fès, Rabat et Tanger, a quant à elle cherché à identifier les pratiques prophylactiques et la sérologie de ces femmes, tout en décrivant le quotidien de ces dernières et en tentant une extrapolation chiffrée.

Une enquête d’ampleur inédite

Entre 300 et 400 femmes ont ainsi été interrogées dans chaque ville. Cette enquête d’une ampleur inédite recèle des informations jamais révélées sur les particularités de ces femmes. Loin des clichés, l’étude renseigne sur l’âge, le statut, les raisons de l’initiation à la prostitution, l’environnement de travail et la clientèle des travailleuses.

Des femmes célibataires vivant seules avec plusieurs personnes à charge

Le film de Nabil Ayouch suit 4 prostituées qui partagent leur vie et leur domicile. Quelles sont les réalités maritale et familiale révélées par cette étude?
Entre 62 et 73% des travailleuses rapportent avoir été mariées, et actuellement séparées, divorcées ou veuves. La majorité d’entre elles l’ont été avant 24 ans. Très peu sont mariées (entre 0 et 2%) ou vivent en concubinage (entre 2 et 10%).

Dans leur grande majorité, les femmes interrogées vivent seules (entre 60 et 70%), mais soutiennent financièrement une ou plusieurs personnes (dans 50 à 80% des cas), en majorité plus de 3 personnes (entre 45 et 85% des situations). A peu près 40% des femmes interrogées à Agadir, Fès et Rabat soutiennent au moins un adulte, tandis que 53% des personnes à Tanger soutiennent deux adultes. Entre 38% et 56% ont des enfants à charge.

Seulement la moitié reporte avoir fréquenté l’école, et parmi elles la majorité n’a fréquenté que l’école primaire. Quelques unes ont rapporté être scolarisés au moment de l’étude. Entre 30 et 35% des interrogées ont atteint le niveau du collège. Une proportion non marginale a atteint un niveau d’étude supérieur: entre 5% et 14% des sondées selon les villes.

Initiation au sexe et au travail du sexe

La grande majorité des travailleuses déclarent avoir eu leur première relation sexuelle à l’âge adolescent, entre 15 et 19 ans (dans 58,5% à 66% des cas). L’âge médian se situe entre 17 et 18 ans. Une proportion importante déclare avoir eu leur premier rapport avant 14 ans (entre 11,6% et 19,3%). La majorité déclare que leur premier rapport fut avec leur mari et dans une deuxième mesure avec un ami et petit ami. Entre 11% et 25,7% déclarent avoir été forcées durant leur premier rapport.

L’âge médian d’initiation à la prostitution se situe entre 21 et 25 ans. Plus de 55% des femmes de chaque ville déclare avoir débuté, parce que poussées par la fatalité, se disant «incapables d’un autre travail». Plus du quart dit «se faire ainsi plus d’argent qu’avec n’importe quel autre travail».

Moins du quart déclarent qu’une autre femme de leur famille exerce la prostitution (Agadir 17,3%, Fes 22,1%, Rabat 22,4% et Tanger 16,7%).

Des travailleuses indépendantes exerçant chez leurs clients

Les femmes présentées dans Much Loved ont choqué des internautes par leur grande indépendance et leurs manières fortes. Au visionnage des extraits, elles semblent toutes maîtresses de leur destin et autonomes. Qu’a-t-on pu observer sur le terrain au cours de l’enquête?

A l’exception de Fès (44%), plus de la moitié déclarent ne pas avoir d’aide pour trouver des clients (Agadir, 59%; Rabat, 53%; Tanger, 84%). Parmi celles qui ont recours à un entremetteur, la majorité d’entre elles rapportent qu’il s’agit d’un ami (dans 56 et 90% des cas). Une proportion non négligeable rapportent passer par l’intermédiaire d’une agence ou d’un mac (18% à Agadir et Rabat, 35% à Tanger et 43% à Fès).

En grande majorité, la recherche de clients se fait par téléphone (entre 75 et 95% des cas). En deuxième lieu, la rue est un endroit de prédilection à Agadir, Rabat et Fès et les cafés à Tanger.

Dans la plupart des cas, la relation tarifée est consommée chez les clients (entre 62% à Tanger et 98% à Agadir). Le deuxième lieu populaire est la maison privée à Agadir, Rabat et Tanger, et l’hôtel à Fès.

Alors que la possession ou l’exploitation d’un «établissement destiné habituellement à la débauche ou à la prostitution» sont condamnés par l’article 501 du code pénal, peu sont celles qui rapportent travailler chez elles, ou chez un ami ou dans une maison close (entre 3 et 6%) à l’exception de Fès (22%).

Moins de 14% des femmes interrogées à Agadir, Rabat et Tanger rapportent avoir travaillé dans une autre ville au cours des 6 derniers mois, contre 40% parmi celles habitant à Fès.

Pour la majorité d’entre elles, le sexe tarifé est un revenu d’appoint (50% des femmes d’Agadir et Rabat, et plus de 70% de celles venant de Fès et Tanger). A Agadir, elles sont majoritairement salariées, à des postes qualifiés et non qualifiés. A Rabat et Tanger, elles exercent un travail domestique, tandis qu’à Fès, elles travaillent de façon prédominante en tant que vendeuse, commerçante ambulante

Plus de la moitié des interviewées rapporte n’avoir eu qu’un seul client durant les 7 derniers jours.

Prophylaxie: une trop grande ignorance sur les risques infectieux

Entre 15 et 25% des travailleuses du sexe interrogées reportent ne pas avoir utilisé de préservatifs avec leurs clients dans les 30 derniers jours.

La majorité des femmes déclarent avoir eu un usage occasionnel du préservatif au cours des 30 derniers jours (entre 43 et 54% des femmes interrogées) à l’exception de Tanger où elles déclarent un usage systématique du préservatif (58% des femmes interrogées). Les deux raisons les plus fréquemment évoquées pour la non-utilisation de préservatif sont l’indisponibilité et le fait que le partenaire ne le souhaitait pas.

L’écrasante majorité des interviewées ne disposait pas d’un préservatif au cours de l’interview.

Entre 55% et 68% des travailleuses du sexe à Agadir, Fès et Rabat mais en-dessous de 50% à Tanger ont entendu parler de maladies sexuellement transmissibles (hors VIH). Si à Agadir, Fès et Tanger, lorsque interrogées sur ce qui doit être fait à la découverte de symptômes d’IST, la réaction la plus citée est «trouver un traitement», la première réaction citée est de «s’abstenir de sexe jusqu’à disparition des symptômes, sans traitement ».

A l’exception de Fès (84,3%), presque toutes les sondées ont entendu parler du VIH. Parmi elles, 27,6% à Agadir, 17,7% à Fès, 5% à Rabat et 4,6% à Tanger connaissent des personnes vivant avec le virus.

La prévalence du VIH auprès des travailleuses interrogées était tout juste au dessus de 5% à Agadir (confirmant une épidémie plus concentrée dans cette ville), 2% à Fès et 1,4% à Tanger. La prévalence de la syphilis est plus importante.

Des clients en grande majorité marocains

Une autre scène qui a frappé la sphère internet marocaine est celle présentant des clients saoudiens en compagnie des protagonistes, lesquels comparent leurs femmes saoudiennes à de la viande morte. Quel est le profil de la clientèle type des femmes de cette enquête? 

A Tanger et Agadir, autant de clients se sont déclarés mariés que célibataires. A Fès, 37% des clients sont mariés, 27% sont célibataires et 7% divorcés. A Rabat, près de 50% se déclarent célibataires pour 27% de mariés.

Parmi les origines des clients des 6 derniers mois, les Marocains vivant au Maroc représentent l’écrasante majorité des clients (entre 70% et 96%). Arrivent en second les MRE (entre 1,2% et 22%) puis les habitants des pays du Golfe (entre 0,8% et 6%).

Dans la grande majorité des cas, la relation est tarifée à un prix allant de 100 à 500 DH (entre 50% et 70% des cas).

Plus de 19.000 prostituées dans quatre villes

Enfin, la question que soulève le film au sein de la société marocaine est la prévalence du commerce charnel au Maroc. Considéré comme un lieu privilégié du tourisme sexuel, les internautes se demandent de façon récurrente si le Maroc «vend plus ses femmes» qu’un autre pays dans le monde.

A travers le procédé de l’objet unique, l’enquête parvient à donner une estimation de la taille de la population des travailleuses du sexe dans les 4 grandes villes.

Avant le lancement de l’enquête, un objet unique a été distribué auprès de cette population (entre 800 et 1.000). Les femmes sondées qui rapportent l’objet unique sur l’ensemble des femmes sondées représentent le ratio des femmes identifiées par l’équipe sur l’ensemble de la population des travailleuses du sexe.

Par une règle de trois, l’étude donne une estimation du nombre de travailleuses du sexe dans les 4 grandes villes, soit: 1.556 à Agadir, 5.949 à Fès, 7.333 à Rabat et 4.234 à Tanger.

On compterait donc plus de 19.000 travailleuses du sexe, dans ces pôles urbains qui en excluent d’autres importants comme Casablanca ou Marrakech, et tout le reste du pays comme de petits villages du Moyen Atlas. De plus, ces chiffres ne prennent pas compte de la population masculine, autre réalité grandissante de la prostitution. On peut penser, sur la base de ces chiffres, que le nombre global est aux alentours de 50.000 personnes soutenant financièrement chacune deux ou plusieurs personnes. Il y a donc un aspect socio-économique, un aspect de santé publique qui viennent s'ajouter au registre moral.

Aux Pays-Bas, la population des travailleurs et travailleuses du sexe était estimée à 20.000 à 25.000 personnes en 2000 dont 90% de femmes. En France, une mission parlementaire a estimé la population à 18.000 à 20.000 personnes (dont 10 à 20% d’hommes).

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Selon une étude scientifique, dont Médias 24 dévoile les résultats, la prostitution concerne des milliers de Marocaines et soulève d'abord des questions de santé publique.

Peu éduquées, vivant souvent seules, leurs revenus permettent de faire vivre leurs proches. Les clients sont très majoritairement marocains.

Le film de Nabil Ayouch a dérangé par l'évocation de la prostitution, par les mots crus des dialogues, par la vulgarité de certaines séquences et enfin par la présence d'une certaine "clientèle" venue du Moyen Orient. Autant de transgressions. Mais au delà, y a-t-il des données objectives sur la question?

Au-delà de la polémique suscitée par les premiers extraits du film Much Loved, Médias 24 dévoile les résultats d’une étude chiffrée menée au Maroc en 2011 sous l'égide du ministère de la Santé.

Tout d'abord, dans un article publié à la revue Farzyat le 20 mai 2014, Meriam Cheikh, chercheuse en anthropologie, expose son travail d’ethnographie auprès d’un groupe de jeunes filles de Tanger pratiquant les «transactions sexuelles». Elle explique que le profil des travailleuses du sexe au Maroc échappe aux typologies classiques.

«Il est de coutume de définir "la" prostitution au Maroc sans jamais interroger l’usage du singulier pour l’évoquer. C’est comme si, dès lors qu’il s’agissait d’une activité placée aux marges de la société (et de la réflexion) en raison de son caractère transgressif, déviant et "sale", celle-ci ne pouvait être pensée dans sa pluralité et sa complexité.»

L’étude menée sous l'égide du ministère de la Santé, auprès de travailleuses du sexe à Agadir, Fès, Rabat et Tanger, a quant à elle cherché à identifier les pratiques prophylactiques et la sérologie de ces femmes, tout en décrivant le quotidien de ces dernières et en tentant une extrapolation chiffrée.

Une enquête d’ampleur inédite

Entre 300 et 400 femmes ont ainsi été interrogées dans chaque ville. Cette enquête d’une ampleur inédite recèle des informations jamais révélées sur les particularités de ces femmes. Loin des clichés, l’étude renseigne sur l’âge, le statut, les raisons de l’initiation à la prostitution, l’environnement de travail et la clientèle des travailleuses.

Des femmes célibataires vivant seules avec plusieurs personnes à charge

Le film de Nabil Ayouch suit 4 prostituées qui partagent leur vie et leur domicile. Quelles sont les réalités maritale et familiale révélées par cette étude?
Entre 62 et 73% des travailleuses rapportent avoir été mariées, et actuellement séparées, divorcées ou veuves. La majorité d’entre elles l’ont été avant 24 ans. Très peu sont mariées (entre 0 et 2%) ou vivent en concubinage (entre 2 et 10%).

Dans leur grande majorité, les femmes interrogées vivent seules (entre 60 et 70%), mais soutiennent financièrement une ou plusieurs personnes (dans 50 à 80% des cas), en majorité plus de 3 personnes (entre 45 et 85% des situations). A peu près 40% des femmes interrogées à Agadir, Fès et Rabat soutiennent au moins un adulte, tandis que 53% des personnes à Tanger soutiennent deux adultes. Entre 38% et 56% ont des enfants à charge.

Seulement la moitié reporte avoir fréquenté l’école, et parmi elles la majorité n’a fréquenté que l’école primaire. Quelques unes ont rapporté être scolarisés au moment de l’étude. Entre 30 et 35% des interrogées ont atteint le niveau du collège. Une proportion non marginale a atteint un niveau d’étude supérieur: entre 5% et 14% des sondées selon les villes.

Initiation au sexe et au travail du sexe

La grande majorité des travailleuses déclarent avoir eu leur première relation sexuelle à l’âge adolescent, entre 15 et 19 ans (dans 58,5% à 66% des cas). L’âge médian se situe entre 17 et 18 ans. Une proportion importante déclare avoir eu leur premier rapport avant 14 ans (entre 11,6% et 19,3%). La majorité déclare que leur premier rapport fut avec leur mari et dans une deuxième mesure avec un ami et petit ami. Entre 11% et 25,7% déclarent avoir été forcées durant leur premier rapport.

L’âge médian d’initiation à la prostitution se situe entre 21 et 25 ans. Plus de 55% des femmes de chaque ville déclare avoir débuté, parce que poussées par la fatalité, se disant «incapables d’un autre travail». Plus du quart dit «se faire ainsi plus d’argent qu’avec n’importe quel autre travail».

Moins du quart déclarent qu’une autre femme de leur famille exerce la prostitution (Agadir 17,3%, Fes 22,1%, Rabat 22,4% et Tanger 16,7%).

Des travailleuses indépendantes exerçant chez leurs clients

Les femmes présentées dans Much Loved ont choqué des internautes par leur grande indépendance et leurs manières fortes. Au visionnage des extraits, elles semblent toutes maîtresses de leur destin et autonomes. Qu’a-t-on pu observer sur le terrain au cours de l’enquête?

A l’exception de Fès (44%), plus de la moitié déclarent ne pas avoir d’aide pour trouver des clients (Agadir, 59%; Rabat, 53%; Tanger, 84%). Parmi celles qui ont recours à un entremetteur, la majorité d’entre elles rapportent qu’il s’agit d’un ami (dans 56 et 90% des cas). Une proportion non négligeable rapportent passer par l’intermédiaire d’une agence ou d’un mac (18% à Agadir et Rabat, 35% à Tanger et 43% à Fès).

En grande majorité, la recherche de clients se fait par téléphone (entre 75 et 95% des cas). En deuxième lieu, la rue est un endroit de prédilection à Agadir, Rabat et Fès et les cafés à Tanger.

Dans la plupart des cas, la relation tarifée est consommée chez les clients (entre 62% à Tanger et 98% à Agadir). Le deuxième lieu populaire est la maison privée à Agadir, Rabat et Tanger, et l’hôtel à Fès.

Alors que la possession ou l’exploitation d’un «établissement destiné habituellement à la débauche ou à la prostitution» sont condamnés par l’article 501 du code pénal, peu sont celles qui rapportent travailler chez elles, ou chez un ami ou dans une maison close (entre 3 et 6%) à l’exception de Fès (22%).

Moins de 14% des femmes interrogées à Agadir, Rabat et Tanger rapportent avoir travaillé dans une autre ville au cours des 6 derniers mois, contre 40% parmi celles habitant à Fès.

Pour la majorité d’entre elles, le sexe tarifé est un revenu d’appoint (50% des femmes d’Agadir et Rabat, et plus de 70% de celles venant de Fès et Tanger). A Agadir, elles sont majoritairement salariées, à des postes qualifiés et non qualifiés. A Rabat et Tanger, elles exercent un travail domestique, tandis qu’à Fès, elles travaillent de façon prédominante en tant que vendeuse, commerçante ambulante

Plus de la moitié des interviewées rapporte n’avoir eu qu’un seul client durant les 7 derniers jours.

Prophylaxie: une trop grande ignorance sur les risques infectieux

Entre 15 et 25% des travailleuses du sexe interrogées reportent ne pas avoir utilisé de préservatifs avec leurs clients dans les 30 derniers jours.

La majorité des femmes déclarent avoir eu un usage occasionnel du préservatif au cours des 30 derniers jours (entre 43 et 54% des femmes interrogées) à l’exception de Tanger où elles déclarent un usage systématique du préservatif (58% des femmes interrogées). Les deux raisons les plus fréquemment évoquées pour la non-utilisation de préservatif sont l’indisponibilité et le fait que le partenaire ne le souhaitait pas.

L’écrasante majorité des interviewées ne disposait pas d’un préservatif au cours de l’interview.

Entre 55% et 68% des travailleuses du sexe à Agadir, Fès et Rabat mais en-dessous de 50% à Tanger ont entendu parler de maladies sexuellement transmissibles (hors VIH). Si à Agadir, Fès et Tanger, lorsque interrogées sur ce qui doit être fait à la découverte de symptômes d’IST, la réaction la plus citée est «trouver un traitement», la première réaction citée est de «s’abstenir de sexe jusqu’à disparition des symptômes, sans traitement ».

A l’exception de Fès (84,3%), presque toutes les sondées ont entendu parler du VIH. Parmi elles, 27,6% à Agadir, 17,7% à Fès, 5% à Rabat et 4,6% à Tanger connaissent des personnes vivant avec le virus.

La prévalence du VIH auprès des travailleuses interrogées était tout juste au dessus de 5% à Agadir (confirmant une épidémie plus concentrée dans cette ville), 2% à Fès et 1,4% à Tanger. La prévalence de la syphilis est plus importante.

Des clients en grande majorité marocains

Une autre scène qui a frappé la sphère internet marocaine est celle présentant des clients saoudiens en compagnie des protagonistes, lesquels comparent leurs femmes saoudiennes à de la viande morte. Quel est le profil de la clientèle type des femmes de cette enquête? 

A Tanger et Agadir, autant de clients se sont déclarés mariés que célibataires. A Fès, 37% des clients sont mariés, 27% sont célibataires et 7% divorcés. A Rabat, près de 50% se déclarent célibataires pour 27% de mariés.

Parmi les origines des clients des 6 derniers mois, les Marocains vivant au Maroc représentent l’écrasante majorité des clients (entre 70% et 96%). Arrivent en second les MRE (entre 1,2% et 22%) puis les habitants des pays du Golfe (entre 0,8% et 6%).

Dans la grande majorité des cas, la relation est tarifée à un prix allant de 100 à 500 DH (entre 50% et 70% des cas).

Plus de 19.000 prostituées dans quatre villes

Enfin, la question que soulève le film au sein de la société marocaine est la prévalence du commerce charnel au Maroc. Considéré comme un lieu privilégié du tourisme sexuel, les internautes se demandent de façon récurrente si le Maroc «vend plus ses femmes» qu’un autre pays dans le monde.

A travers le procédé de l’objet unique, l’enquête parvient à donner une estimation de la taille de la population des travailleuses du sexe dans les 4 grandes villes.

Avant le lancement de l’enquête, un objet unique a été distribué auprès de cette population (entre 800 et 1.000). Les femmes sondées qui rapportent l’objet unique sur l’ensemble des femmes sondées représentent le ratio des femmes identifiées par l’équipe sur l’ensemble de la population des travailleuses du sexe.

Par une règle de trois, l’étude donne une estimation du nombre de travailleuses du sexe dans les 4 grandes villes, soit: 1.556 à Agadir, 5.949 à Fès, 7.333 à Rabat et 4.234 à Tanger.

On compterait donc plus de 19.000 travailleuses du sexe, dans ces pôles urbains qui en excluent d’autres importants comme Casablanca ou Marrakech, et tout le reste du pays comme de petits villages du Moyen Atlas. De plus, ces chiffres ne prennent pas compte de la population masculine, autre réalité grandissante de la prostitution. On peut penser, sur la base de ces chiffres, que le nombre global est aux alentours de 50.000 personnes soutenant financièrement chacune deux ou plusieurs personnes. Il y a donc un aspect socio-économique, un aspect de santé publique qui viennent s'ajouter au registre moral.

Aux Pays-Bas, la population des travailleurs et travailleuses du sexe était estimée à 20.000 à 25.000 personnes en 2000 dont 90% de femmes. En France, une mission parlementaire a estimé la population à 18.000 à 20.000 personnes (dont 10 à 20% d’hommes).

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