L’IRCAM dénonce les chiffres du HCP sur l’utilisation de l’amazigh

Le président de l’IRCAM remet en cause la méthodologie des recenseurs laissant entendre que la proportion de Marocains parlant l’amazigh diminue à chaque nouveau recensement.

Si l’on se réfère aux derniers chiffres du recensement effectué par le Haut commissariat au Plan, le taux de Marocains qui s’expriment en langue amazigh serait passé de 28% en 2004 à 26,7% en 2014.

Interrogé par notre rédaction, Ahmed Boukous, président de l’institut Royal de la Culture Amazigh, réfute, arguments à l’appui, cette baisse annoncée des amazighophones du Maroc.

Il commence par remettre en cause la méthode de travail utilisée par les agents recenseurs. Pour le président de l’IRCAM, la méthodologie technique n’a pas été respectée car elle ne s’est pas basée sur les standards communément utilisés dans le monde entier.

"Au niveau de la représentativité de l’échantillon à partir duquel les extrapolations ont été faites, il y a un problème car il a porté sur 2% de la population alors que les standards internationaux énoncent une norme minimale de 10%."

Revenant sur la pertinence des chiffres publiés, il estime qu’en toute logique, le nombre d’amazighophones recensés en 2014 aurait dû être supérieur à celui du recensement effectué en 2004.

"Comment est-il possible que les chiffres donnent un taux de 26,7%, contre 28% il y a 10 ans? Cette différence est surprenante dans la mesure où l’on aurait dû s’attendre à un accroissement de cette population. Cette baisse n’est pas crédible au regard de la Constitution de 2011 qui a élevé l’amazigh au rang de priorité nationale."

Selon notre interlocuteur, la nouvelle conjoncture politique aurait dû, au contraire, encourager cette frange de locuteurs à afficher davantage le fait qu’ils parlent cette langue.

Ahmed Boukous poursuit que la baisse annoncée par le HCP est d’autant plus surprenante que le questionnaire de 2014 est beaucoup plus conséquent que celui de 2004. 

"Le précédent recensement ne comportait aucune question permettant de déterminer la proportion de personnes dont l’amazigh est la langue maternelle. Dans celui de 2014, cette interrogation était énoncée clairement, ce qui devait permettre à un plus grand nombre de répondants d’affirmer leur identité linguistique ."

"Un certain nombre de témoignages qui nous sont parvenus assurent que les agents recenseurs n’ont pas pris la peine d’interroger les sondés sur leur langue maternelle."

Il poursuit que la question posée s’est limitée à l’écriture ou pas de l’amazigh en caractères tifinagh. Elle a fait l’impasse sur la maîtrise de parler ou comprendre l’amazigh dans sa diversité (Tarifit, Tachalhit ou le tamazight) alors que les standards s’arrêtent d’abord à la maîtrise orale.

L’amazigh, une langue en voie de disparition?

Ahmed Boukous prend la méthodologie et les chiffres qui en découlent avec beaucoup de circonspection. Il pense qu’à ce rythme, dans quelques années, le HCP annoncera que les amazighophones ne représenteront plus qu’un pourcentage infime de la population.  

Il rappelle qu’en 1960, lors du 1e recensement du Maroc indépendant, des études sociologiques effectuées dans la ruralité et les villes avaient estimé la proportion d’amazighophones à 50% de la population marocaine.

"Aujourd’hui, on nous annonce qu’on est descendu à 26,7%, ce qui veut dire que la proportion de cette frange de population a baissé de moitié. En toute honnêteté intellectuelle et pour tout observateur indépendant, cette constatation n’a aucun sens."

Refusant de faire un procès d’intention au HCP ou aux chantres de l’arabité qui minorent l’amazighité du Maroc, il tient cependant à souligner que l’opération de recensement de la composante amazigh du Royaume avait mal démarré.

"Dès le début, il n’y a pas eu de consensus entre le département de Lahlimi et certains acteurs associatifs qui ont rejeté les choix du HCP en matière de méthodologie de travail. Il aurait été préférable de ne pas publier ces résultats avant de les faire certifier par des experts car faire passer une quasi-majorité au rang de minorité n’est ni sérieux ni crédible."

"Je rappelle qu’en plus des locuteurs natifs, il existe une proportion d’arabophones qui apprennent cette langue. Leur nombre n’est pas élevé mais ils ne sont pas comptabilisés."

Interrogé par Médias 24, Ahmed Lahlimi, président du HCP, affirme que malgré les protestations, le processus de recensement ne saurait être remis en question.

"Nos 75.000 agents n’ont pas fait un recensement ethnique et les chiffres que certains contestent sont basés sur les déclarations des répondants. Je comprends que certains s’inquiètent de la baisse du taux d’amazighophones mais ils doivent formuler des revendications pour remédier à la situation plutôt que remettre en cause des statistiques."

Selon lui, l’origine de cette baisse est simple: l’urbanisation et la préférence pour les langues fonctionnelles font que de moins en moins de locuteurs déclarent parler l’amazigh.

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Si l’on se réfère aux derniers chiffres du recensement effectué par le Haut commissariat au Plan, le taux de Marocains qui s’expriment en langue amazigh serait passé de 28% en 2004 à 26,7% en 2014.

Interrogé par notre rédaction, Ahmed Boukous, président de l’institut Royal de la Culture Amazigh, réfute, arguments à l’appui, cette baisse annoncée des amazighophones du Maroc.

Il commence par remettre en cause la méthode de travail utilisée par les agents recenseurs. Pour le président de l’IRCAM, la méthodologie technique n’a pas été respectée car elle ne s’est pas basée sur les standards communément utilisés dans le monde entier.

"Au niveau de la représentativité de l’échantillon à partir duquel les extrapolations ont été faites, il y a un problème car il a porté sur 2% de la population alors que les standards internationaux énoncent une norme minimale de 10%."

Revenant sur la pertinence des chiffres publiés, il estime qu’en toute logique, le nombre d’amazighophones recensés en 2014 aurait dû être supérieur à celui du recensement effectué en 2004.

"Comment est-il possible que les chiffres donnent un taux de 26,7%, contre 28% il y a 10 ans? Cette différence est surprenante dans la mesure où l’on aurait dû s’attendre à un accroissement de cette population. Cette baisse n’est pas crédible au regard de la Constitution de 2011 qui a élevé l’amazigh au rang de priorité nationale."

Selon notre interlocuteur, la nouvelle conjoncture politique aurait dû, au contraire, encourager cette frange de locuteurs à afficher davantage le fait qu’ils parlent cette langue.

Ahmed Boukous poursuit que la baisse annoncée par le HCP est d’autant plus surprenante que le questionnaire de 2014 est beaucoup plus conséquent que celui de 2004. 

"Le précédent recensement ne comportait aucune question permettant de déterminer la proportion de personnes dont l’amazigh est la langue maternelle. Dans celui de 2014, cette interrogation était énoncée clairement, ce qui devait permettre à un plus grand nombre de répondants d’affirmer leur identité linguistique ."

"Un certain nombre de témoignages qui nous sont parvenus assurent que les agents recenseurs n’ont pas pris la peine d’interroger les sondés sur leur langue maternelle."

Il poursuit que la question posée s’est limitée à l’écriture ou pas de l’amazigh en caractères tifinagh. Elle a fait l’impasse sur la maîtrise de parler ou comprendre l’amazigh dans sa diversité (Tarifit, Tachalhit ou le tamazight) alors que les standards s’arrêtent d’abord à la maîtrise orale.

L’amazigh, une langue en voie de disparition?

Ahmed Boukous prend la méthodologie et les chiffres qui en découlent avec beaucoup de circonspection. Il pense qu’à ce rythme, dans quelques années, le HCP annoncera que les amazighophones ne représenteront plus qu’un pourcentage infime de la population.  

Il rappelle qu’en 1960, lors du 1e recensement du Maroc indépendant, des études sociologiques effectuées dans la ruralité et les villes avaient estimé la proportion d’amazighophones à 50% de la population marocaine.

"Aujourd’hui, on nous annonce qu’on est descendu à 26,7%, ce qui veut dire que la proportion de cette frange de population a baissé de moitié. En toute honnêteté intellectuelle et pour tout observateur indépendant, cette constatation n’a aucun sens."

Refusant de faire un procès d’intention au HCP ou aux chantres de l’arabité qui minorent l’amazighité du Maroc, il tient cependant à souligner que l’opération de recensement de la composante amazigh du Royaume avait mal démarré.

"Dès le début, il n’y a pas eu de consensus entre le département de Lahlimi et certains acteurs associatifs qui ont rejeté les choix du HCP en matière de méthodologie de travail. Il aurait été préférable de ne pas publier ces résultats avant de les faire certifier par des experts car faire passer une quasi-majorité au rang de minorité n’est ni sérieux ni crédible."

"Je rappelle qu’en plus des locuteurs natifs, il existe une proportion d’arabophones qui apprennent cette langue. Leur nombre n’est pas élevé mais ils ne sont pas comptabilisés."

Interrogé par Médias 24, Ahmed Lahlimi, président du HCP, affirme que malgré les protestations, le processus de recensement ne saurait être remis en question.

"Nos 75.000 agents n’ont pas fait un recensement ethnique et les chiffres que certains contestent sont basés sur les déclarations des répondants. Je comprends que certains s’inquiètent de la baisse du taux d’amazighophones mais ils doivent formuler des revendications pour remédier à la situation plutôt que remettre en cause des statistiques."

Selon lui, l’origine de cette baisse est simple: l’urbanisation et la préférence pour les langues fonctionnelles font que de moins en moins de locuteurs déclarent parler l’amazigh.

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