Un journaliste de Canal+ a montré, de manière inédite et de l’intérieur, la production de la résine de cannabis et son transport jusqu’aux côtes espagnoles.

Le reportage est tellement accusateur qu'il ne peut qu'interpeler les autorités marocaines. En effet, de deux choses l'une. Ou bien il dit vrai, et il faut ouvrir des enquêtes. Ou bien c'est faux et dans ce cas, il faut démentir.

Pour notre part, nous commentons ce reportage avec les réserves d'usage. 

Le documentaire "Aux royaumes du shit", diffusé sur Canal+ mercredi 18 novembre, se veut une immersion journalistique au cœur d’un trafic criminel qui génère 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel aux trafiquants internationaux.

Jérôme Pierrat, journaliste spécialiste des mafias internationales, affirme être parvenu à remonter les étapes de cette filière en rencontrant des producteurs, des courtiers et des trafiquants internationaux.

En se faisant passer pour un trafiquant voulant acquérir 25 tonnes de haschich, il dit avoir réussi à filmer en caméra cachée la fabrication du haschich puis les étapes de son transport vers l’Espagne. Ce qu'il a diffusé sur Canal + se veut le résultat de cette investigation.

D’intermédiaire en intermédiaire, il est conduit chez un homme présenté comme un petit producteur de Chefchaouen qui affirme que la récolte se fait de manière traditionnelle par des paysans arrivant à peine à joindre les deux bouts.

Si cette culture est interdite au Maroc, elle fait vivre des dizaines de milliers de familles dans la région du Rif sachant qu'une parcelle d’un hectare nourrit une famille de 7 personnes/an.

Contrairement à l’idée préconçue, le reportage montre des agriculteurs vivant dans des conditions d’extrême pauvreté et qui survivent à peine avec leur récolte du mois d’octobre. En effet, le trafic profite aux intermédiaires.

On est loin des images de mafieux milliardaires mais plutôt dans une économie de subsistance car faute d'entreprises qui recrutent, les jeunes de la région n'ont d'autre choix que de vendre leurs bras et leur liberté pour 100 DH par jour.

Les vraies plus-values sont faites par les courtiers et les trafiquants internationaux avec le prix du kilogramme qui explose entre le producteur et sa distribution à l’étranger.

Sollicités pour fournir au journaliste 25 tonnes de haschich, des intermédiaires annoncent que le prix de vente au gros est compris entre 200 et 300 euros/kg contre 1.000 euros au détail.

Selon eux, seuls 4 à 5 grossistes sont capables de livrer sur place des quantités variant entre 20 et 400 tonnes de résine de cannabis dans un délai d’un mois.

Quelques jours après cette rencontre, Jérôme Pierrat affirme qu'il est contacté pour visiter une ferme où sont entreposées et conditionnées plusieurs tonnes de haschich. Interrogé sur le coût supplémentaire de la livraison en Espagne, le trafiquant annonce un prix de 30.000 euros pour trois tonnes de marchandises.

La dernière partie du reportage est sans aucun doute la plus intéressante car c’est la première fois que l’on voit le déroulement du transport maritime de la drogue du Maroc vers l’Espagne.

Si le journaliste n’a finalement pas acheté de drogue, il a réussi à convaincre un trafiquant international rencontré sur place de l'accompagner.

Le trafiquant assure avoir donné 40.000 euros à la Marine Royale marocaine pour regarder ailleurs. Au petit matin, le journaliste est conduit sur une plage où l’on voit des ballots d’une quantité totale de 1,4 tonne de cannabis transvasés dans une petite barque de pêcheurs.

L’opération de transbordement des 47 ballots, présentés comme contenant de la drogue, a lieu en plein jour sur une plage de Tanger dans une résidence de vacances sous les yeux ébahis de touristes.

La barque s’éloigne alors de 300 mètres des côtes pour attendre un bateau ultra-rapide surnommé gomme qui doit prendre le relais. Arrivé avec 8 heures de retard, il met le cap sur l’Espagne mais en quelques minutes, il est pris en chasse par la marine marocaine.

On voit alors le pilote jeter la cargaison d’une valeur de 2 millions d’euros par-dessus bord et mettre les gaz vers Sebta. Une fois arrivé, le pilote appelle son commanditaire pour l’informer que toute sa marchandise a été jetée à la mer.

Attendus par les agents de la Guardia civil, le pilote du Go-Fast écopera d’une simple amende pour délit de fuite tandis que le journaliste sera sermonné avant d’être relâché.

De notre côté, nous avons pu joindre un ancien trafiquant marocain, aujourd'hui rangé. Il a visionné le reportage et estime que "cela se passait réellement comme ça il y a une dizaine d'années mais qu'aujourd'hui, les choses ont considérablement changé et que la marine, des deux côtés du Détroit sont beaucoup moins corruptibles".

Si les images filmées sont réelles, les autorités marocaines doivent expliquer comment ce journaliste a pu infiltrer si facilement une filière criminelle qu’elles sont censées combattre. 

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Un journaliste de Canal+ a montré, de manière inédite et de l’intérieur, la production de la résine de cannabis et son transport jusqu’aux côtes espagnoles. 

Le reportage est tellement accusateur qu'il ne peut qu'interpeler les autorités marocaines. En effet, de deux choses l'une. Ou bien il dit vrai, et il faut ouvrir des enquêtes. Ou bien c'est faux et dans ce cas, il faut démentir.

Pour notre part, nous commentons ce reportage avec les réserves d'usage. 

Le documentaire "Aux royaumes du shit", diffusé sur Canal+ mercredi 18 novembre, se veut une immersion journalistique au cœur d’un trafic criminel qui génère 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel aux trafiquants internationaux.

Jérôme Pierrat, journaliste spécialiste des mafias internationales, affirme être parvenu à remonter les étapes de cette filière en rencontrant des producteurs, des courtiers et des trafiquants internationaux.

En se faisant passer pour un trafiquant voulant acquérir 25 tonnes de haschich, il dit avoir réussi à filmer en caméra cachée la fabrication du haschich puis les étapes de son transport vers l’Espagne. Ce qu'il a diffusé sur Canal + se veut le résultat de cette investigation.

D’intermédiaire en intermédiaire, il est conduit chez un homme présenté comme un petit producteur de Chefchaouen qui affirme que la récolte se fait de manière traditionnelle par des paysans arrivant à peine à joindre les deux bouts.

Si cette culture est interdite au Maroc, elle fait vivre des dizaines de milliers de familles dans la région du Rif sachant qu'une parcelle d’un hectare nourrit une famille de 7 personnes/an.

Contrairement à l’idée préconçue, le reportage montre des agriculteurs vivant dans des conditions d’extrême pauvreté et qui survivent à peine avec leur récolte du mois d’octobre. En effet, le trafic profite aux intermédiaires.

On est loin des images de mafieux milliardaires mais plutôt dans une économie de subsistance car faute d'entreprises qui recrutent, les jeunes de la région n'ont d'autre choix que de vendre leurs bras et leur liberté pour 100 DH par jour.

Les vraies plus-values sont faites par les courtiers et les trafiquants internationaux avec le prix du kilogramme qui explose entre le producteur et sa distribution à l’étranger.

Sollicités pour fournir au journaliste 25 tonnes de haschich, des intermédiaires annoncent que le prix de vente au gros est compris entre 200 et 300 euros/kg contre 1.000 euros au détail.

Selon eux, seuls 4 à 5 grossistes sont capables de livrer sur place des quantités variant entre 20 et 400 tonnes de résine de cannabis dans un délai d’un mois.

Quelques jours après cette rencontre, Jérôme Pierrat affirme qu'il est contacté pour visiter une ferme où sont entreposées et conditionnées plusieurs tonnes de haschich. Interrogé sur le coût supplémentaire de la livraison en Espagne, le trafiquant annonce un prix de 30.000 euros pour trois tonnes de marchandises.

La dernière partie du reportage est sans aucun doute la plus intéressante car c’est la première fois que l’on voit le déroulement du transport maritime de la drogue du Maroc vers l’Espagne.

Si le journaliste n’a finalement pas acheté de drogue, il a réussi à convaincre un trafiquant international rencontré sur place de l'accompagner.

Le trafiquant assure avoir donné 40.000 euros à la Marine Royale marocaine pour regarder ailleurs. Au petit matin, le journaliste est conduit sur une plage où l’on voit des ballots d’une quantité totale de 1,4 tonne de cannabis transvasés dans une petite barque de pêcheurs.

L’opération de transbordement des 47 ballots, présentés comme contenant de la drogue, a lieu en plein jour sur une plage de Tanger dans une résidence de vacances sous les yeux ébahis de touristes.

La barque s’éloigne alors de 300 mètres des côtes pour attendre un bateau ultra-rapide surnommé gomme qui doit prendre le relais. Arrivé avec 8 heures de retard, il met le cap sur l’Espagne mais en quelques minutes, il est pris en chasse par la marine marocaine.

On voit alors le pilote jeter la cargaison d’une valeur de 2 millions d’euros par-dessus bord et mettre les gaz vers Sebta. Une fois arrivé, le pilote appelle son commanditaire pour l’informer que toute sa marchandise a été jetée à la mer.

Attendus par les agents de la Guardia civil, le pilote du Go-Fast écopera d’une simple amende pour délit de fuite tandis que le journaliste sera sermonné avant d’être relâché.

De notre côté, nous avons pu joindre un ancien trafiquant marocain, aujourd'hui rangé. Il a visionné le reportage et estime que "cela se passait réellement comme ça il y a une dizaine d'années mais qu'aujourd'hui, les choses ont considérablement changé et que la marine, des deux côtés du Détroit sont beaucoup moins corruptibles".

Si les images filmées sont réelles, les autorités marocaines doivent expliquer comment ce journaliste a pu infiltrer si facilement une filière criminelle qu’elles sont censées combattre. 

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