Abou Hafs défend publiquement la liberté de conscience

Abou Hafs, celui qui fut salafiste jihadiste, appelle désormais au respect de la liberté de conscience. Ce fut au cours d’une rencontre organisée mardi par Bayt al hikma.

Il participait à une conférence sous forme de face-à-face avec Ahmed Assid, le philosophe laïc. En fait, il n'y a pas eu de confrontation. Abou Hafs a tenu un discours très en avance sur le référentiel d'où il vient.

Invité en séance d'ouverture du cycle de rencontres organisé par Bayt al hikma sur le thème de la liberté de conscience, le prédicateur salafiste Abou Hafs est revenu sur la nécessité de rompre avec le corpus violent que contiennent quelques textes religieux en islam.

Dans les pays arabo-musulmans, la liberté de conscience est souvent confrontée à une lecture rigoriste des textes religieux. Ce corpus, foncièrement violent et contre-productif, doit obligatoirement être abandonné. Le prédicateur Abou Hafs en est conscient.

Il appelle à une réadaptation de la lecture des textes religieux à la lumière de l'évolution de la société.

Pour le prédicateur marocain, le takfir (excommunication) est une tentative de stéréotypisation de la société.

"C'est un crime contre les humains que de vouloir imposer un mode de pensée unique à toute la population, estime Abou Hafs. C'est une barrière qui se dresse face au développement des civilisations. La transmission de la religion par la contrainte déresponsabilise les citoyens. En d'autres termes, on ne peut être comptable d'actes auxquels on a été forcé."

Abou Hafs ajoute par ailleurs que, selon les récits religieux, les prophètes n'ont jamais eu la volonté de transformer les mentalités des peuples, mais certains textes tirés du Hadith font mention de contraintes subies par les communautés non musulmanes, vivant en terre d'islam.

Abou Hafs explique que c'est une lecture qui regroupe trois axes, permettant de justifier le rejet de la liberté de conscience. Il s'agit du jihad (combat au nom de l'islam), de la riddah (apostasie) et de la jiziah (impôt versé par les personnes appartenant à une autre confession). Ce sont les trois axes qui permettent aux fondamentalistes religieux de justifier leurs discours takfiristes.

"Historiquement, explique Abou Hafs, il s'agit de pratiques contextuelles, mises en place par les civilisations passées, prenant en considération des données historiques et politiques, tout en s'inspirant des usages en vigueur à l'époque."

En ce qui concerne la définition du jihad, "il s'agit tout d'abord du droit des musulmans à se défendre. Mais il existe certains cas spécifiques, rapportés par les textes, qui ne peuvent en aucun cas faire jurisprudence aujourd'hui."

S'agissant de la jiziah, Abou Hafs indique que sa raison d'être dans l'histoire était liée au rapport qu'entretenait l'Etat avec ses citoyens. "En temps de guerre, seuls les musulmans partaient au combat. Les autres communautés qui vivaient à l'intérieur de l'Etat en étaient exemptées. La jiziah était donc une contrepartie du service de protection des biens et des vies des personnes appartenant à d'autres convictions et vivant en terre d'islam."

Actuellement, "la raison d'être de cet impôt n'est pas justifiée, car les Etats disposent de leurs armées qui ont pour mission de protéger les populations civiles" ajoute-t-il.

Concernant la riddah, les défenseurs de l'application de la décapitation en cas d'apostasie se basent essentiellement sur un hadith de Sahih Al Boukhari, qui rapporte les paroles suivantes du prophète Mohammed: "Toute personne (musulmane ndlr) qui se convertit à une autre religion doit être tuée."

Le prédicateur nuance: "Toutes les actions du prophète ne sont pas considérées comme source de législation. Il faut, là encore, se rapporter au contexte. Les Etats avaient une identité strictement religieuse et le changement de confession d'un individu revenait à changer d'identité. Cela signifie que toute personne qui sortirait de l'islam était prête à rejoindre un autre groupe ou un Etat ennemi."

Pour finir, Abou Hafs considère que "la conscience est avant tout un voyage vers la spiritualité. Le fait de forcer les personnes à se convertir est un frein dressé face à cette quête spirituelle."

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Abou Hafs, celui qui fut salafiste jihadiste, appelle désormais au respect de la liberté de conscience. Ce fut au cours d’une rencontre organisée mardi par Bayt al hikma.
 

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Invité en séance d'ouverture du cycle de rencontres organisé par Bayt al hikma sur le thème de la liberté de conscience, le prédicateur salafiste Abou Hafs est revenu sur la nécessité de rompre avec le corpus violent que contiennent quelques textes religieux en islam.

Dans les pays arabo-musulmans, la liberté de conscience est souvent confrontée à une lecture rigoriste des textes religieux. Ce corpus, foncièrement violent et contre-productif, doit obligatoirement être abandonné. Le prédicateur Abou Hafs en est conscient.

Il appelle à une réadaptation de la lecture des textes religieux à la lumière de l'évolution de la société.

Pour le prédicateur marocain, le takfir (excommunication) est une tentative de stéréotypisation de la société.

"C'est un crime contre les humains que de vouloir imposer un mode de pensée unique à toute la population, estime Abou Hafs. C'est une barrière qui se dresse face au développement des civilisations. La transmission de la religion par la contrainte déresponsabilise les citoyens. En d'autres termes, on ne peut être comptable d'actes auxquels on a été forcé."

Abou Hafs ajoute par ailleurs que, selon les récits religieux, les prophètes n'ont jamais eu la volonté de transformer les mentalités des peuples, mais certains textes tirés du Hadith font mention de contraintes subies par les communautés non musulmanes, vivant en terre d'islam.

Abou Hafs explique que c'est une lecture qui regroupe trois axes, permettant de justifier le rejet de la liberté de conscience. Il s'agit du jihad (combat au nom de l'islam), de la riddah (apostasie) et de la jiziah (impôt versé par les personnes appartenant à une autre confession). Ce sont les trois axes qui permettent aux fondamentalistes religieux de justifier leurs discours takfiristes.

"Historiquement, explique Abou Hafs, il s'agit de pratiques contextuelles, mises en place par les civilisations passées, prenant en considération des données historiques et politiques, tout en s'inspirant des usages en vigueur à l'époque."

En ce qui concerne la définition du jihad, "il s'agit tout d'abord du droit des musulmans à se défendre. Mais il existe certains cas spécifiques, rapportés par les textes, qui ne peuvent en aucun cas faire jurisprudence aujourd'hui."

S'agissant de la jiziah, Abou Hafs indique que sa raison d'être dans l'histoire était liée au rapport qu'entretenait l'Etat avec ses citoyens. "En temps de guerre, seuls les musulmans partaient au combat. Les autres communautés qui vivaient à l'intérieur de l'Etat en étaient exemptées. La jiziah était donc une contrepartie du service de protection des biens et des vies des personnes appartenant à d'autres convictions et vivant en terre d'islam."

Actuellement, "la raison d'être de cet impôt n'est pas justifiée, car les Etats disposent de leurs armées qui ont pour mission de protéger les populations civiles" ajoute-t-il.

Concernant la riddah, les défenseurs de l'application de la décapitation en cas d'apostasie se basent essentiellement sur un hadith de Sahih Al Boukhari, qui rapporte les paroles suivantes du prophète Mohammed: "Toute personne (musulmane ndlr) qui se convertit à une autre religion doit être tuée."

Le prédicateur nuance: "Toutes les actions du prophète ne sont pas considérées comme source de législation. Il faut, là encore, se rapporter au contexte. Les Etats avaient une identité strictement religieuse et le changement de confession d'un individu revenait à changer d'identité. Cela signifie que toute personne qui sortirait de l'islam était prête à rejoindre un autre groupe ou un Etat ennemi."

Pour finir, Abou Hafs considère que "la conscience est avant tout un voyage vers la spiritualité. Le fait de forcer les personnes à se convertir est un frein dressé face à cette quête spirituelle."

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