Abdelhak Khiame:

EXCLUSIF. A l’issue d’une conférence de presse qu’il a tenue dans ses locaux, le chef du BCIJ a reçu Médias 24 pour revenir sur sa mission et les risques d’attentat au Maroc. Affable, Abdelhak Khiame est indéniablement un professionel qui tranche avec les anciennes générations.

Médias 24: Ce vendredi, le Maroc a échappé au pire car un attentat devait s’y produire?

Abdelhak Khiame: Ce groupe terroriste devait effectivement passer à l’acte aujourd’hui [vendredi 19 février 2016, NDLR]. Cet attentat devait se faire soit à l’aide d’une voiture piégée ou avec une ceinture explosive.

Nous avons découvert des produits chimiques et biologiques qui entrent dans la confection des bombes sales. Les suspects disposaient aussi d’armes à feu et même de fusil à lunettes pour atteindre facilement leurs cibles.

Ce qui est sûr, c’est qu’ils étaient bien équipés pour commettre un attentat de grande envergure. Ils voulaient semer la psychose parmi la population, puis se retirer dans une base de repli à vingt kilomètres de Tan Tan. Ils devaient y être rejoints par leurs donneurs d’ordre.

-Cette opération terroriste aurait pu faire combien de victimes?

-Je dirais au bas mot des dizaines, voire beaucoup plus. A l’heure où je vous parle, je suis très impatient de reprendre en personne les interrogatoires pour en savoir plus sur les cibles et la localisation de leur projet, car nous n’avons pas encore tous les détails.

-Depuis votre nomination il y a moins d’un an, vous êtes devenu une vraie star des médias. Comment expliquez-vous l’enchaînement des succès du département que vous dirigez ?

-Je suis extrêmement fier du travail de mes équipes, bien que le BCIJ soit encore tout jeune.

Avant mon affectation à la tête du BCIJ, je travaillais à la Brigade nationale de la police judiciaire. Toutes les affaires que nous avons résolues à la BNPJ l’ont été sur la base de renseignements communiqués par la Direction de la surveillance du territoire, DGST. Je fais allusion aux affaires Belliraj, de Hay Farah et plusieurs autres démantèlements de cellules terroristes ou criminelles.

En fait, le BCIJ ne fait que capitaliser sur l’expérience remarquable accumulée par la DST lors des dernières décennies en matière de collecte d’informations, mais aussi d’analyse.

Le législateur a jugé utile et opportun d’accorder aux membres de cette direction la qualité d’officier de police judiciaire. En vertu d’une décision des ministres de l’Intérieur et de la Justice et des libertés, il a été décidé de créer le nouveau service de renseignements dénommé Bureau central d’investigations judiciaires.

Hormis la collecte et l’analyse des renseignements, notre service est doté de compétences humaines efficaces et de moyens matériels et financiers pour faire face à la recrudescence des menaces terroristes. Je crois que c’est cette conjonction qui constitue la clé de la réussite du BCIJ.

-Vous êtes un homme d’action et chose nouvelle au Maroc, un policier qui n’hésite pas à communiquer. Est-il bon de s’exposer aux médias quand on est censé être un homme de l’ombre?

-Je suis à la tête d’un service qui se veut transparent, car nous travaillons sous la supervision du parquet. Certes, nous dépendons d’un service de renseignements, mais ma propension à communiquer ne date pas d’aujourd’hui.

C’était déjà le cas quand je chapeautais la BNPJ, car à chaque grande affaire résolue, j’organisais des conférences de presse et accordais des interviews, comme aujourd’hui avec vous.

A mon sens, l’opinion publique se doit d’être sensibilisée aux menaces et dangers terroristes par les communications médiatiques de nos services. L’information est à double sens car de cette manière, les Marocains peuvent contribuer à nous aider à résoudre des affaires.

-A quoi ou à qui doit-on cette exposition médiatique inédite?

-C'est simplement la nouvelle Constitution qui prévoit que les médias aient un droit d’accès aux informations concernant les affaires qui intéressent et touchent de près l’opinion publique. En tant qu'Etat démocratique, nous sommes soumis à une obligation constitutionnelle de communiquer avec la presse.

-Comment jugez-vous la menace terroriste. Y a-t-il un vrai risque d’attentat au Maroc?

-Il est vrai qu’avec la délocalisation du présumé Etat islamique en Libye, la menace se rapproche du Maroc, car il n’y a plus que l’Algérie entre les fous de Daech et nous, sans compter l’AQMI et les troubles en Afrique subsaharienne (Mali, Boko Haram …).

Il y a aussi la précarité des populations de Tindouf, dont les aides humanitaires sont détournées et qui peuvent être tentées par le terrorisme. Tout cela fait que la situation actuelle est inquiétante et nécessite de la part des services de renseignements et de police de redoubler de vigilance.

Cela ne doit pas empêcher la population de se mobiliser, car notre travail de prévention et de répression est destiné à éviter la terreur. Mes équipes et moi-même prenons des risques en exposant nos visages, mais nous faisons un travail que nous avons choisi et dont nous sommes très fiers.

-Pour rebondir sur la menace régionale, y a-t-il des contacts entre le BCIJ et les services algériens?

-Malheureusement, il n’y a ni rencontres ni échanges de renseignements avec nos homologues algériens, alors que la collaboration avec nos partenaires occidentaux est tout simplement exemplaire.

Cela me fait mal au cœur, car nous leur avons tendu la main à plusieurs reprises pour attirer leur attention sur le danger qui prévaut sur le Maghreb et donc sur le Maroc et l’Algérie.

Il n y a ni base de données commune ni le moindre contact, la communication est pour l’instant coupée entre lers services des deux pays.

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Abdelhak Khiame:

EXCLUSIF. A l’issue d’une conférence de presse qu’il a tenue dans ses locaux, le chef du BCIJ a reçu Médias 24 pour revenir sur sa mission et les risques d’attentat au Maroc. Affable, Abdelhak Khiame est indéniablement un professionel qui tranche avec les anciennes générations. 

Médias 24: Ce vendredi, le Maroc a échappé au pire car un attentat devait s’y produire?

Abdelhak Khiame: Ce groupe terroriste devait effectivement passer à l’acte aujourd’hui [vendredi 19 février 2016, NDLR]. Cet attentat devait se faire soit à l’aide d’une voiture piégée ou avec une ceinture explosive.

Nous avons découvert des produits chimiques et biologiques qui entrent dans la confection des bombes sales. Les suspects disposaient aussi d’armes à feu et même de fusil à lunettes pour atteindre facilement leurs cibles.

Ce qui est sûr, c’est qu’ils étaient bien équipés pour commettre un attentat de grande envergure. Ils voulaient semer la psychose parmi la population, puis se retirer dans une base de repli à vingt kilomètres de Tan Tan. Ils devaient y être rejoints par leurs donneurs d’ordre.

-Cette opération terroriste aurait pu faire combien de victimes?

-Je dirais au bas mot des dizaines, voire beaucoup plus. A l’heure où je vous parle, je suis très impatient de reprendre en personne les interrogatoires pour en savoir plus sur les cibles et la localisation de leur projet, car nous n’avons pas encore tous les détails.

-Depuis votre nomination il y a moins d’un an, vous êtes devenu une vraie star des médias. Comment expliquez-vous l’enchaînement des succès du département que vous dirigez ?

-Je suis extrêmement fier du travail de mes équipes, bien que le BCIJ soit encore tout jeune.

Avant mon affectation à la tête du BCIJ, je travaillais à la Brigade nationale de la police judiciaire. Toutes les affaires que nous avons résolues à la BNPJ l’ont été sur la base de renseignements communiqués par la Direction de la surveillance du territoire, DGST. Je fais allusion aux affaires Belliraj, de Hay Farah et plusieurs autres démantèlements de cellules terroristes ou criminelles.

En fait, le BCIJ ne fait que capitaliser sur l’expérience remarquable accumulée par la DST lors des dernières décennies en matière de collecte d’informations, mais aussi d’analyse.

Le législateur a jugé utile et opportun d’accorder aux membres de cette direction la qualité d’officier de police judiciaire. En vertu d’une décision des ministres de l’Intérieur et de la Justice et des libertés, il a été décidé de créer le nouveau service de renseignements dénommé Bureau central d’investigations judiciaires.

Hormis la collecte et l’analyse des renseignements, notre service est doté de compétences humaines efficaces et de moyens matériels et financiers pour faire face à la recrudescence des menaces terroristes. Je crois que c’est cette conjonction qui constitue la clé de la réussite du BCIJ.

-Vous êtes un homme d’action et chose nouvelle au Maroc, un policier qui n’hésite pas à communiquer. Est-il bon de s’exposer aux médias quand on est censé être un homme de l’ombre?

-Je suis à la tête d’un service qui se veut transparent, car nous travaillons sous la supervision du parquet. Certes, nous dépendons d’un service de renseignements, mais ma propension à communiquer ne date pas d’aujourd’hui.

C’était déjà le cas quand je chapeautais la BNPJ, car à chaque grande affaire résolue, j’organisais des conférences de presse et accordais des interviews, comme aujourd’hui avec vous.

A mon sens, l’opinion publique se doit d’être sensibilisée aux menaces et dangers terroristes par les communications médiatiques de nos services. L’information est à double sens car de cette manière, les Marocains peuvent contribuer à nous aider à résoudre des affaires.

-A quoi ou à qui doit-on cette exposition médiatique inédite?

-C'est simplement la nouvelle Constitution qui prévoit que les médias aient un droit d’accès aux informations concernant les affaires qui intéressent et touchent de près l’opinion publique. En tant qu'Etat démocratique, nous sommes soumis à une obligation constitutionnelle de communiquer avec la presse.

-Comment jugez-vous la menace terroriste. Y a-t-il un vrai risque d’attentat au Maroc?

-Il est vrai qu’avec la délocalisation du présumé Etat islamique en Libye, la menace se rapproche du Maroc, car il n’y a plus que l’Algérie entre les fous de Daech et nous, sans compter l’AQMI et les troubles en Afrique subsaharienne (Mali, Boko Haram …).

Il y a aussi la précarité des populations de Tindouf, dont les aides humanitaires sont détournées et qui peuvent être tentées par le terrorisme. Tout cela fait que la situation actuelle est inquiétante et nécessite de la part des services de renseignements et de police de redoubler de vigilance.

Cela ne doit pas empêcher la population de se mobiliser, car notre travail de prévention et de répression est destiné à éviter la terreur. Mes équipes et moi-même prenons des risques en exposant nos visages, mais nous faisons un travail que nous avons choisi et dont nous sommes très fiers.

-Pour rebondir sur la menace régionale, y a-t-il des contacts entre le BCIJ et les services algériens?

-Malheureusement, il n’y a ni rencontres ni échanges de renseignements avec nos homologues algériens, alors que la collaboration avec nos partenaires occidentaux est tout simplement exemplaire.

Cela me fait mal au cœur, car nous leur avons tendu la main à plusieurs reprises pour attirer leur attention sur le danger qui prévaut sur le Maghreb et donc sur le Maroc et l’Algérie.

Il n y a ni base de données commune ni le moindre contact, la communication est pour l’instant coupée entre lers services des deux pays.

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