© Archives AFP

Les gardes-côtes espagnols sont mis en cause après le décès la semaine denière de 15 Subsahariens qui tentaient d’accéder à Sebta à la nage depuis le Maroc. Enquête sur place.

Des informations contradictoires font état de plusieurs manquements et de non-respect des procédures en vigueur.

Médias 24 a enquêté à Fnideq, et a recueilli les témoignages de survivants qu’elle a confrontés avec la version officielle.

Tant du côté des rescapés que des officiels, le récit de ce qui s’est passé a de quoi alarmer. Dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 février, 260 migrants subsahariens ont descendu la colline de Fnideq pour tenter de forcer le barrage sécuritaire menant au tunnel servant à l’évacuation des crues de mer, d’après une source sécuritaire marocaine qui a tenu à garder l’anonymat.

La marée humaine des migrants a eu raison de la digue humaine sécuritaire. C’est ainsi qu’environ 150 Subsahariens ont pu rejoindre la plage. Les autres ont été immédiatement arrêtés puis reconduits, en compagnie de ceux qui ont été repêchés aux larges des côtes marocaines, dans plusieurs villes marocaines, à plusieurs kilomètres de la ville de Fnideq.

Durant l’assaut, les candidats à la traversée ont été matraqués et ont essuyé des jets de pierre de la part des agents des forces de l’ordre, accuse un des candidats rencontré à la ville de Larache après sa déportation. De son côté, la source sécuritaire rapporte que les Subsahariens ont lancé des pierres et ont menacé de les attaquer à coup de couteaux et de bâtons.

Une fois dans l’eau, les candidats à l’émigration ont essuyé des tirs de balles en caoutchouc de la part des gardes-côtes espagnols. L’utilisation du gaz lacrymogène a aussi été rapportée. Confirmée à la fois par les candidats à l’immigration et par notre source sécuritaire qui ajoute que «3 éléments des forces de l’ordre marocains ont été admis aux urgences après avoir inhalé le gaz utilisé par la garde espagnole.»

L’agent de l’ordre interrogé est convaincu que l’utilisation des balles en caoutchouc et du gaz ont été la cause du décès des candidats par noyade, pris de panique au moment des faits. En revanche, l’autopsie pratiquée ne donnera pas plus de résultats: les 9 candidats autopsiés sont morts par noyade. Aucune mention sur l’utilisation de balles à blanc, ou du gaz dans les rapports d’autopsie. «Le centre médico-légal ne dispose pas de matériels assez sophistiqués pour déterminer l’intégralité des raisons des décès» déclare notre source.

Toutefois, les candidats rencontrés après les faits ont déploré le désintérêt des autorités marocaines face au drame. Moussa, un des candidats sauvés de la noyade par un autre ressortissant subsaharien rapporte que «les autorités marocaines nous voyaient en train de nous noyer sans rien faire. Plusieurs minutes plus tard, un zodiac de la marine royale est arrivé pour repêcher les cadavres et remonter quelques noyés.» Et se souvient: «lors d’une tentative de traverser les eaux espagnoles que nous avions effectuée le 31 décembre dernier, plusieurs zodiacs étaient venus à notre rescousse. Mais cette fois-ci, les autorités marocaines nous ont abandonnés. »

 

 

Au moment où le doute plane sur le nombre de candidats morts durant la tentative de forcer la déviation de Sebta, plusieurs médias espagnols ont rapporté que le bilan de la catastrophe doit être revu à la hausse. En effet, 15 candidats ont péri durant l’assaut, dont 6 dépouilles qui ont été remises par les autorités marocaines aux autorités espagnoles. Du côté des officiels marocains, il n’en est rien. Seuls 9 corps ont été repêchés sur les côtes marocaines, puis autopsiés.

Par ailleurs, plusieurs médias rapportent que les autorités espagnoles ont renvoyé des candidats arrivés à Sebta vers le Maroc par voie terrestre. Information démentie par les autorités marocaines et espagnoles. Pourtant, au fil de son investigation, Médias 24 a retrouvé un ressortissant camerounais renvoyé du territoire espagnol via la barrière douanière séparant Sebta de Fnideq, reconduit à plusieurs kilomètres du lieu de la traversée, sans vivres ni abri, dans la ville de Larache. Son récit est glaçant.

«J’ai réussi à joindre les côtes espagnoles avec une trentaine d’autres immigrés. Nous pensions que nous avions réussi à mettre les pieds en Espagne. Mais une fois abordés par la garde civile, nous avons subi un traitement des plus humiliants. La police nous a insultés et violentés avant de nous reconduire aux frontières douanières pour nous remettre aux autorités marocaines», raconte à Médias 24, le ressortissant camerounais Saly.

A l’heure où le ministre de l’Intérieur espagnol Jorge Fernandez Diaz se prépare à répondre des faits devant le congrès espagnol jeudi prochain, les témoignages contradictoires fusent de part et d’autre, et plusieurs éléments remontent à la surface... à l’image des dépouilles.

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Des informations contradictoires font état de plusieurs manquements et de non-respect des procédures en vigueur.

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Tant du côté des rescapés que des officiels, le récit de ce qui s’est passé a de quoi alarmer. Dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 février, 260 migrants subsahariens ont descendu la colline de Fnideq pour tenter de forcer le barrage sécuritaire menant au tunnel servant à l’évacuation des crues de mer, d’après une source sécuritaire marocaine qui a tenu à garder l’anonymat.

La marée humaine des migrants a eu raison de la digue humaine sécuritaire. C’est ainsi qu’environ 150 Subsahariens ont pu rejoindre la plage. Les autres ont été immédiatement arrêtés puis reconduits, en compagnie de ceux qui ont été repêchés aux larges des côtes marocaines, dans plusieurs villes marocaines, à plusieurs kilomètres de la ville de Fnideq.

Durant l’assaut, les candidats à la traversée ont été matraqués et ont essuyé des jets de pierre de la part des agents des forces de l’ordre, accuse un des candidats rencontré à la ville de Larache après sa déportation. De son côté, la source sécuritaire rapporte que les Subsahariens ont lancé des pierres et ont menacé de les attaquer à coup de couteaux et de bâtons.

Une fois dans l’eau, les candidats à l’émigration ont essuyé des tirs de balles en caoutchouc de la part des gardes-côtes espagnols. L’utilisation du gaz lacrymogène a aussi été rapportée. Confirmée à la fois par les candidats à l’immigration et par notre source sécuritaire qui ajoute que «3 éléments des forces de l’ordre marocains ont été admis aux urgences après avoir inhalé le gaz utilisé par la garde espagnole.»

L’agent de l’ordre interrogé est convaincu que l’utilisation des balles en caoutchouc et du gaz ont été la cause du décès des candidats par noyade, pris de panique au moment des faits. En revanche, l’autopsie pratiquée ne donnera pas plus de résultats: les 9 candidats autopsiés sont morts par noyade. Aucune mention sur l’utilisation de balles à blanc, ou du gaz dans les rapports d’autopsie. «Le centre médico-légal ne dispose pas de matériels assez sophistiqués pour déterminer l’intégralité des raisons des décès» déclare notre source.

Toutefois, les candidats rencontrés après les faits ont déploré le désintérêt des autorités marocaines face au drame. Moussa, un des candidats sauvés de la noyade par un autre ressortissant subsaharien rapporte que «les autorités marocaines nous voyaient en train de nous noyer sans rien faire. Plusieurs minutes plus tard, un zodiac de la marine royale est arrivé pour repêcher les cadavres et remonter quelques noyés.» Et se souvient: «lors d’une tentative de traverser les eaux espagnoles que nous avions effectuée le 31 décembre dernier, plusieurs zodiacs étaient venus à notre rescousse. Mais cette fois-ci, les autorités marocaines nous ont abandonnés. »

 

 

Au moment où le doute plane sur le nombre de candidats morts durant la tentative de forcer la déviation de Sebta, plusieurs médias espagnols ont rapporté que le bilan de la catastrophe doit être revu à la hausse. En effet, 15 candidats ont péri durant l’assaut, dont 6 dépouilles qui ont été remises par les autorités marocaines aux autorités espagnoles. Du côté des officiels marocains, il n’en est rien. Seuls 9 corps ont été repêchés sur les côtes marocaines, puis autopsiés.

Par ailleurs, plusieurs médias rapportent que les autorités espagnoles ont renvoyé des candidats arrivés à Sebta vers le Maroc par voie terrestre. Information démentie par les autorités marocaines et espagnoles. Pourtant, au fil de son investigation, Médias 24 a retrouvé un ressortissant camerounais renvoyé du territoire espagnol via la barrière douanière séparant Sebta de Fnideq, reconduit à plusieurs kilomètres du lieu de la traversée, sans vivres ni abri, dans la ville de Larache. Son récit est glaçant.

«J’ai réussi à joindre les côtes espagnoles avec une trentaine d’autres immigrés. Nous pensions que nous avions réussi à mettre les pieds en Espagne. Mais une fois abordés par la garde civile, nous avons subi un traitement des plus humiliants. La police nous a insultés et violentés avant de nous reconduire aux frontières douanières pour nous remettre aux autorités marocaines», raconte à Médias 24, le ressortissant camerounais Saly.

A l’heure où le ministre de l’Intérieur espagnol Jorge Fernandez Diaz se prépare à répondre des faits devant le congrès espagnol jeudi prochain, les témoignages contradictoires fusent de part et d’autre, et plusieurs éléments remontent à la surface... à l’image des dépouilles.

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